‹ Œuvres de Descartes (volume 5)Chapitre 33 sur 63 · AUX PREMIÈRES INSTANCES · texte numérisé non relu

AUX PREMIÈRES INSTANCES

Il y a des propriétés que l'on conçoit les unes avant les autres, etc. La sensibilité ne me ftaroît être dans la chose sensible qu'une dénomination extrinsèque, et n'est point une qualité qui convienne à toute la substance corporelle ; car si elle se rapporte à nos sens, elle ne convient point aux parties les plus déliées de la matière ; que si elle avoit quelque rapport à ces nerfs imaginaires que vous supposez que Dieu pourrait façonner , elle pourrait peut-être convenir aux anges et aux Âmes ; car je ne conçois pas plus facilement des nerfs capables de sentiment, et si subtils qu'ils puissent être mus par les plus petites parties de la matière, que quelque autre-faculté par le moyen de laquelle notre âme puisse sentir ou percevoir immédiatement les autres âmes : mais bien que dans l'extension nous comprenions facilement les parties au respect les unes des autres , il me paroît pourtant que je conçois très bien l'étendue , sans penser au rapport que ces parties ont les unes à Tégard des autres; ce que vous devez admettre plus volontiers que moi , parceque vous concevez l'étendue comme convenant à Dieu , sans admettre en hii aucunes parties.

XKTTRES.

Personne n'a encore démontré que la faculté d'être touché, ou l'impénétrabilité, soient des propriétés qui conviennent à la substance étendue. Si vous concevez l'étendue par le rapport des parties les unes au- » prés des autres, il ne paroît pas que vous puissiez dire que chacune de ses parties ne touche pas les voisines, et cette faculté d être touché est une véritable propriété qui est intime au sujet, et non celle que les sensNnous font appeler le toucher.

On ne peut pas aussi comprendre qu'une partie d'une chose étendue pénètre une autre partie qui lui soit égale , sans comprendre en même temps que l'étendue qui est au milieu de ces deux parties est ôtée ou anéantie ; or une chose réduite au néant n'en sauroit pénétrer une autre : ainsi on f peut démontrer , selon moi , que l'impénétrabilité appartient à l'essence de l'étendue, et non à l'essence d'aucune autre chose.

Je soutiens, quil y a une autre étendue aussi véritable. Enfin nous sommes d'accord sur le fond, et il ne s'agit plus entre nous que d'une question de nom , savoir , s'il faut donner le nom de véritable étendue à cette dernière. Pour moi, je ne conçois aucune étendue de substance , ni en Dieu , ni dans les anges, ni dans notre âme; mais seulement une étendue de puissance, ou une extension en puissance ; en sorte qu'un ange peut proportionner ce pouvoir d extension , tantôt à une plus

grande ou moindre partie de la substance corporelle ; car s'il n'y avoit aucun corps , je ne comprendrais aussi aucun espace à qui Dieu ou l'ange correspondissent par 1 étendue. Quant à ce qu'on attribue à la substance l'étendue qui n'appartient qu'à la puissance, c'est un effet du même préjugé qui nous fait supposer toute substance en Dieu même, comme tombant sous l'imagination.

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