AUX REPONSES SUR LES QUESTIONS
A la première et à la seconde, vous répondes toujours constamment et conformément à vos Principes, ce que j'attends et j'approuve de chacun , si un meilleur sentiment ne l'emporte. A la troisième voici le gain que j'ai fait ave<5 votre petit bateau: 1 . Que par rapport au mouvement il y a une résistance mutuelle entre les deux corps qu'on dit être mus. 2. Que le repos est une action, je veux dire un effort pour résister. 3. Que deux cor|>s qui se meuvent sont immédiatement séparés. 4- Que cette séparation immédiate est ce mouvement, ou ce transport précis ; mais lorsque deux corps se séparent l'un de l'autre , si vous n'ajoutez à l'idée de ce transport ou de ce mouvement une force dans l'un et dans l'autre qui les sépare et qui les divise , ce mouvement sera seulement un rapport extrinsèque ou quelque chose même de moins; car être séparé signifie ou que la surface des corps qui se touchoient mutuellement auparavant est à présent éloignée l'une <le l'autre (or, la distance des corps est seulement un rapport extrinsèque), ou signifie ne pas toucher ce qui étoit touché auparavant; ce qui est seulement une privation ou une négation. Je ne comprends pas bien votre pensée là-dessus.
Pour moi , si je voulois m'en croire , je dirois que le mouvement est cette force ou cette action
a5a " LETTRES-
par laquelle les corps que vous dites se mouvoir se détachent mutuellement l'un de l'autre , et que leur séparation immédiate est l'effet dudit mouvement, quoique cette séparation soit seulement ou un rapport ou une privation ; mais vous avez raisonné autrement dans l'explication de la définition du mouvement à l'article 25 de la seconde partie, p. 88, où, pour vous dire le vrai, je n'entends pas bien votre pensée. Vous avez répondu dune manière claire et précise aux autres questions que je vous ai proposées : mais pour avoir une plus parfaite intelligence de celles que j'ai faites en assez grand nombre à la sixième, j'attends avec empressement votre livre des passions.
Au reste, sur mes dernières paroles, Si quelque chose, etc. , il m'étoit venu dans l'esprit une vaine subtilité qui m'est échappée, et que je ne me soucie pas de rappeler. Je demande seulement derechef si la matière abandonnée à elle-même , c'est-àdire ne recevant aucune impulsion d'ailleurs, seroit en mouvement ou en repos. Si elle se meut naturellement d'elle-même, la matière étant homogène, et par conséquent le» mouvement étant partout égal , il s'ensuit que la matière seroit divisée en des parties si infiniment petites qu'on ne sauroit rien ôter absolument d'aucune petite parcelle, car tout ce que l'on conçoit pouvoir être ôté est déjà fait à cause de la force intime du mouvement
t.fcTTAKS. 253
qui pénètre toute la matière, ou, si vous voulez, qui lui est naturel , et les parties ne s'attacheraient pas davantage les unes aux autres , et les unes ne prendraient pas un cours différent des autres, puisqu'elles sont entièrement semblables, selon toutes les manières qu'on peut imaginer ; car on ne saurait s'imaginer dans une figure aucune âpreté ou aucun angle qui n'ait été brise, jusqu'au dernier point où le mouvement peut aller, et il ne faut admettre aucune inégalité de mouvement dans aucune petite parcelle» puisque la matière est supposée parfaitement homogène. Si la matière se mouvoit donc naturellement, il n'y auroit ni soleil, ni ciel, ni terre, ni tourbillons, ni rien d'hétérogène ou de sensible, et qui pût tomber sous l'imagination dans la nature: ainsi vous verriez périr cet art merveilleux par lequel vous voulez que se puissent former les cieux, la terre, et toutes les autres choses sensibles»
Que* si vous dites que la matière est de soi* même en repos, à moins qu'elle ne reçoive le mouvement d'ailleurs , et que ce repos est quelque chose de positif, il s'ensuivroit que la matière souffriroit une violence éternelle , et qu'un de ses modes naturels serait détruit pour toujours et céderait à son contraire, ce qui paraît un peu difficile à admettre. Je ne sais même s'il serait plus sûr de dire que le repos est la privation ou la né-
gation du mouvement; car on anéantirait par là toute cette force de résister que vous reconnoissez dans la matière en repos, bien que cela produise encore quelque embarras dans mon esprit ; car en disant que le repos est une action de la matière, il faut nécessairement reconnoître que le mouvement n'est que cette même force; en effet, la matière n'a point d'autre action que le mouvement actuel, ou bien un effort pour le mouvement. J'ai donc là-dessus de furieux scrupules , que vous me ferez plaisir de m'ôter le plus tôt que vous pourrez. Bien plus , j'examine si rigoureusement ces principes, qu'il me vient une nouvelle difficulté sur la nature du mouvement ; car si le mouvement est un mode du corps, comme la figure, l'arrangement, les parties , etc. , comment se pourra-t-il faire qu'il passe plutôt d'un corps dans un autre , que les autres modes corporels ? Et en général je ne saurais concevoir comment il sç peut faire que quelque chose qui ne peut pas être hors du sujet, tels que sont tous les ♦ modes , passe pourtant dans un autre sujet. Je demanderai ensuite si lorsqu'un corps heurte un moindre corps qui est en repos, et qu'il l'emporte avec soi, le repos du corps qui étoit en repos ne passe pas indifféremment dans <jelui qui étoit en mouvement , comme le mouvement est passé dans celui qui étoit en repos; car il semble que le repos est quelque chose d'oisif, et
de si paresseux qu'il plaint le chemin qu'il auroit à faire; cependant comme il n'est pas moins réel que le mouvement, la raison veut qu'il passe à l'autre corps; enfin je suis dans un vrai étonnement lorsque je considère qu'une chose aussi légère et aussi vile que le mouvement, qui peut être séparée du sujet et passer dans un autre corps, qui d'ailleurs est d une nature si foible et si passagère qu'il périroit entièrement s'il n'étoit soutenu par son sujet, soit pourtant capable de lui donner un si grand branle, et le pousser avec autant de force de côté et d'autre.
J'avoue que je me sens plus porté à croire qu'il n'y a point de, communication de mouvement: mais que par la seule impulsion d'un corps, un autre corps sort, pour ainsi dire, de son état d'indolence pour entrer en mouvement, comme l'âme a une telle pensée par telle et telle occasion , et que le corps ne reçoit pas tant le mouvement qu'il s'y détermine, étant averti par un autre; et, # comme f ai dit ci-dessus , le mouvement est par rapport au corps ce que la pensée est par rapport à l'âme : ni l'un ni l'autre n'est reçu dans son sujet , mais ils naissent du sujet dans lequel ils se trouvent; et véritablement tout ce qu'on appelle corps n'a qu'une vie, pour ainsi dire, pleine de stupidité et d'ivresse, et je ne le regarde que comme la dernière et la plus infime ombre de Tes-
sence divine, qui est la véritable vie et la vie très parfaite : enfin il est comme une idole qui n'a ni sçntiment , ni réflexion. Au reste ce passage des mouvements d'un sujet à un autre , soit du plus grand au moindre , ou réciproquement , comme j'ai dît ci-dessus , représente tout-à-fait bien la nature de mes esprits étendus qui peuvent se ramasser, et puis s'étendre, pénétrer facilement la matière sans la remplir, l'agiter en tous sens, et la mouvoir, et le tout sans aucunes machines, et sans liens ni crochets ; mais je me suis arrêté ici plus long-temps que je ne pensois. Je me hâte d'arriver à mon but , je veux dire à ces nouvelles questions que j'ai à vous proposer sur chaque article des principes de votre Philosophie, dont je ne comprends pas encore assez bien la force.
Sur l'article 8 de la première partie des Principes, page 5, ligne 16.
Nous connoissons manifestement , etc. Nous ne voyons pas manifestement que l'étendue , la figure et le mouvement local appartiennent à notre nature , mais nous ne voyons pas aussi le contraire. Plût à Dieu que vous pussiez me donner ici une bonne démonstration qu'un corps ne sauroit penser.
Sur l'art. 37, ibûL, page a5, ligne «7. N'est-ce pas une plus grande perfection que
LETTRES. Stbj
l'homme puisse seulement vouloir ce qui lui seroit le plus avantageux, que de pouvoir aussi le contraire, puisqu'il vaut mieux toujours être heureux, que d'être quelquefois ou même toujours comblé de louanges.
Sur Fart. 54 ibid.9 pag» 39, lig. ia.
Je répète ici derechef qu'il faut nous démontrer que rien d'étendu ne pense, ou, ce qui paroîtra plus facile, qu'aucun corps ne peut penser : c'est là un sujet digne de votre esprit. ,
Sur Part. 60, ibid., pag. 44 et suiv.
Quoique l'âme puisse se considérer elle-même comme une chose qui pense, en excluant toute extension corporelle de cette pensée , on ne peut conclure de là, sinon que l'âme peut être corporelle , ou incorporelle, mais non pas que de fait elle soit incorporelle; il faut donc vous prier derechef de démontrer, par quelques opérations de l'âme qui ne puissent convenir à la matière corporelle, que notre âme est incorporelle.
Sur l'article a 5 de la seconde partie des Principes, page 88, ligne 3o.
Et non pas la force ou l'action qui transporte, afin de montrer que le mouvement est toujours dans le mobile 9 etc. Est-ce que la force elle-même et l'action du mouvement ne sont pas dans la chose mue?
Sur l'art. 26, ibid. , pag. 89, lig. 11,
Y a-t-il donc dans les choses qui sont en repos une certaine force continuelle qui fait qu'elles se tiennent dans la même situation, ou une action de s'arrêter et de se fortifier contre toutes les forces qui pourroient séparer leurs parties et les disjoindre ou entraîner, et emporter tout le corps autre part; en sorte qu'on peut très bien définir le repos une certaine force, ou une action interne du corps qui lie étroitement les parties du corps entre elles et les comprime, et qui par là les garantit de la division ou de la séparation, par l'impulsion d'un corps étranger ? car il s'ensuivroit de là naturellement, ce que je croirois volontiers, que la matière est une espèce de vie obscure , que je regarde comme la dernière ombre de la divinité, et qui ne consiste pas dans la seule extension des parties, mais dans quelque action qu'elle a toujours» c'est-à-dire , ou dans le repos , ou dans le mouvement, auxquels vous accordez vous-même le nom d'action.
Sur l'art. 3o, ibid., pag. 9a, lig. a 3.
Cet article paroît contenir une démonstration très évidente, que le transport, ou le mouvement local, n'est réciproque en aucune manière, à moins qu'on ne veuille faire seulement attention au rapport extrinsèque des corps voisins.
LETTRES. a5<) Sur Fart. 36, ibid., pag. 100, lig. 3.
Je demande si l'âme humaine , quand elle remue violemment ses esprits par une longue et pénible attention, ce qui ne manque pas même d'échauffer le corps, ti 'augmente point le mouvement de l'univers ?
Sur Fart. 55, ibid.9 pag. 119, lig. 29.
Un cube parfaitement dur et plàn étant mû sur une table parfaitement dure et parfaitement plane, dans le même instant qu'on arrête son mouvement, se réunit-il aussi fermement avec la table que les parties du cube ou de la: tâblë le sont entre elles, ou reste-t-il toujours divisé de la table, on du moins pour un temps, après le repos? Car il n'y a aucune compression du cube vers la table, puisque nous imaginons ce mouvement comme fait dans le vide sur la table située hors des murs du monde s'il étoit possible, et par conséquent dans un endroit où il n'y a pas lieu à la pesanteur ou à la légèreté , et que nous supposons que le mouvement est arrêté du côté auquel tend le cube : il paroît donc par la loi de la nature que le cube et la table étant divisés et n'y ayant aucune action réelle qui les unisse, il paroît, dis-je, qu'ils demeureront toujours actuellement divisés.
. Sur les art. 56 et 57 , ibîd.^ pag. 1 20 et suiv.
Je ne vois point la nécessité de tout ce jeu des
parties autour du corps B, et pourquoi vous faites décrire de si grands cercles aux petites parties de l'eau. Il suffiroit d'observer que toutes ces petites parcelles sont égales entre elles, soit par le mouvement que leur donne la matière subtile, soit par rapport à leur masse. Car il suivra de là que le corps B étant frappé de tous côtés par les petites parties les plus voisines, par des lignes circulaires ou autres , il se tiendra nécessairement en repos , n'étant pas plutôt poussé d'un côté que d'un autre.
Sur Fart. 57, ibid., pag. ia4, lig. 22. Et ne continuent plus de se mouvoir selon des lignes si droites 9 etc. Quoi! parcequ'auparavant elles décrivoient une ligne presque ovale, et qu'elles suivent présentement une ligne qui approche davantage de la circulaire? Je ne comprends pas bien cela.
Sur l'art. 60, ibid. , pag. 128, lig. 17.
Mais seulement quelles emploient l'agitation qu'elles ont de reste à se mouvoir en plusieurs autres façons. La vitesse du mouvement et sa détermination' peuvent-elles donc souffrir un divorce? car c'est la même chose que si on supposoit un voyageur courant qui dirigeât sa course vers Londres, et que cependant la vitesse de sa course fut portée vers Cantorbéry ou vers Oxford; subtilité qu'aucune de ces universités ne comprendra jamais, à
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moins que vous ne compreniez peut-être par le mot de $e mouvoir un effort de mouvement pour tendre quelque part.
Sur l'article 16 de la troisième partie des Principes , page i/,3.
Est-ce que dans le système de Ptolomée on ne s'apercevroit pas des changements de lumière qu'on remarque dans Vénus? un peu moins sensibles à la vérité que ceux qu'on aperçôit dans la lune.
Sur l'art. 35, îbùL, pag. i58.
D'où vient que toutes les planètes, et même les taches du soleil, ne sont pas emportées dans un même plan, je veux dire dans ce plan de récliptique, ou du moins dans des plans parallèles à Fécliptique? D'014 vient pareillement que la lune n'est pas emportée ou dans le plan de l'équatetifr, ou dans un : plan parallèle à* 1 eqùateur , puisque tous ces corps ne sont point dirigés par aucune action intérieure, mais qu'ils sont, tous entraînés par une force étrangère? . , f
Sur lès art, 36 et 3 7 pag. 16b et 161.
Je voudrais aussi que vous m'expliquassiez la raison des aphélies , et les périhélies des plàinètes , et la cause pourquoi ces points changent de lieu, surtout puisqu'elles sont dans le même tourbillon? Pourquoi on ne trouvera pas dans le même lieu
les aphélies et les périhélies de toutes les grandes planètes? Comment l'avance des équinoxes naît de vos principes? car vous pourrez expliquer ici les causes véritables et naturelles de ces phénomènes, tandis que les autres ne donnent que des hypothèses feintes.
Sur Fart. 55, ibid^ pag, 181.
ToUfS les corps qui se meuvent en rond. Mais comment ces espaces immenses de matière ont-ils d'abord commencé à tourner en rond et à former des tourbillons?
Sur Fart. 57, pag. 181.
■ Mais seulement à cette partie dont F effet est emp& ché par la froride. Il paroît plus difficile à concevoir que la pierre A soit empêchée de se mouvoir vers D, puisqu'en effet elle n'y est jamais portée, et qu'elle ne continueroit pas son chemin vers D, si l'empêchement è\oiï ôté, car elle continueroit son chemin vers C.
Sur Part. 59, ibùt.9 pag. i83.
Vous dites ici qu'une nouvelle force de mouvement est acquise, et que cependant l'effort est renouvelé : je ne sais si cela qi^adrebien; car si une nouvelle force est acquise et surajoutée, ce n'est pas un renouvellement de mouvement, niais une augmentation. Que si la boule À en se npouvant augmente son mouveiqent, étant dan» le même
LETTRES. î*63
point du bâton , pourquoi le mouvement en se mouvant toujours ne s'enflamme et ne s'augmentet-il pas? Or, de cette manière tout seroit allé depuis long-temps en flamme.
Sur Fart. 62, ibid., pag. 62.
Puisque la pression et l'effort des globules, en quoi consiste l'action de la lumière, se fait selon toute l'étendue du tourbillon , de façon que la base du triangle BFD peut être dix ou cent fois plus grande que DB, et que les extrémités de cette grande base BD fassent un effort oblique sur les globules pour les pousser vers l'œil du spectateur, qui sera au sommet du triangle en F, je vous demande pourquoi la lumière du soleil ne paroît pas plus grande que si elle ne venoit que du petit cercle DCB.
Sur l'art. 72, ibîd. , pag. 199.
Je n'entends point du tout la manière ou l'art de tourner la matière du premier élément en formes spirales , ou en limaçon , surtout dans les lieux un peu éloignés de l'axe , à moins que cela ne se fasse, non tant parceque les globules sont tournés autour des parties du premier élément, que parceque le premier élément, peut-être déjà déterminé par les globules à tourner autour d'eux, se glissant ensuite dans ces petits espaces triangulaires, prenne de lui-même cette figure spirale. Je vous supplie
d'expliquer ici plus pleinement votre pensée. Mais il naît de là un autre doute. Comment ces petites parties spirales sont-elles composées de particules très déliées et très rapidement agitées ? comment ces parties très petites s'assemblent-elles en une forme ou en une masse plus considérable , surtout cette contorsion et cette obliquité du mouvement servant à former ces petites parties cannelées?
Sur l'art. 82, ibid.9 pag. 211.
Celles qui sont plus haute* et celtes qui sont plus basses. Cette course rapide des globules d'en haut me paroît une espèce de prodige , surtout si on la compare avec celles de ceux qui sont au milieu , et qu'on fasse réflexion qu'elle excède de beaucoup les causes que vous apportez dans l'article suivant. Si vous pouvez trouver quelque autre chose qui rende cette doctrine plus recevable, vous me ferez certainement un grand plaisir de me l'apprendre. Sur Fart. 84, ibid.y pag. 214,
Pourquoi tes queues des comètes, etc. Dans l'impatience où je suis d'avoir vos explications sur toutes ces matières , je me saisis de la première occasion que je trouve pour vous pousser à le faire : je vous prie de vouloir bien m'expliquer pareillement cette matière en deux mots.
Sur l'art. 108, ibid., pag. a3<). ,
Ou bien sont chassées vers tes parties du ciel qui sont
proche* de réclip tique GH. D'où Vient qu'elles n'y sont presque pas toutes chassées, plutôt que de composer ce que tous appelez un tourbillon , en passant d'un pôle à un autre?
Sur l'art. 121, ibid., pag. 260.
Et cette détermination peut être continuellement changée par diverses causes. Par quelles ?
Sur l'art 129, ibid.9 pag. 260.
Et même nous ne pouvons l'y apercevoir que quand, etc. Pourquoi le flux de cette matière étant si transparent empêche-t-il la comète d'être aperçue? car la matière de notre tourbillon ne cache pas à nos yeux la planète de Jupiter; et pourquoi est-il nécessaire que la planète n'en sorte qu'enveloppée de la matière du tourbillon qu elle vient de quitter ?
Sur l'art. i3o, ibid., pag. 272. La force des rayons est véritablement diminuée. Pourquoi pas entièrement perdue, si le tourbillon AEIO presse avec plus de force ou également les tourbillons voisins qu'il n'en est pressé ?
Sur l'art. 1^9, ibid.f pag. 3oo.
Elle a dû venir bientôt vers A, etc. Pourquoi n'avance-t-elle pas jusqu'à F , et ne heurte-t-elle pas même la terre ?
Parcequ'en cette façon le cours qu'elle a pris a été
moins éloigné de ta ligne droit*. Je ne vois pas bien que la ligne NA continuée avec AB forme plutôt une ligne droite que la même NA continuée avec AD; mais puisque la lune s'éloigne du centre S selon le cours des globules de la matière éthérée , elle doit plus naturellement selon moi s'élever vers B que de descendre vers D.
Sur l'article 22 de la quatrième partie des Principes, page 3a6.
Et que la terre n'a pas de soi-même la force qui fait qu'elle tourne en vingt-quatre heures sur son es~ sieu, etc. Je ne vois pas qu'il soit nécessaire de savoir d'où vient ce mouvement circulaire, pourvu qu'il soit dans la terre; et je ne comprends pas pourquoi ces mouvements circulaires et si prompts de la terre ne repousseroient pas vers les cieux toute la matière qui l'environne, quand même son mouvement ne lui seroit pa$ propre; mais qu'il lui viendroit de la matière célestè interne, si l'agitation de la substance éthérée qui l'entoure, et à qui vous accordez un mouvement plus rapide, ne Ten)pêchoit de le faire: et il me semble qu'il né faut pas considérer la terre comme un corps en repos par rapport à l'effort continuel de ses parties pour s'éloigner du centre. Cela paroît nécessaire en tout corps mû circulairement; mais la terre peut être dite en repos en tant qu'elle est emportée avec la substance éthérée qui l'entoure, et que leurs su-
perfides ne sont point séparées* Je dis ceci pour savoir de vous si la raison pour laquelle les parties de la terre ne sont point élancées de tous côtés ne doit point être attribuée à la seule vitesse du mouvement des parties de la matière éthérée.
Sur l'art. a5 , ibid. , pag. 329.
Mlles ont quelque légèreté à cause du mouvement de leurs parties. Que pensez-vous donc du fer qui est froid, et de celui qui est chaud, lequel pèse davantage? Outre cela, comment une certaine quantité d'eau est-elle plus légère à cause du mouvement des parties, puisque le mouvement de ces parties est enfin déterminé en bas par les globules? car on doit juger que la pesanteur d'un corps est d'autant plus grande que sa chute est plus rapide; et ainsi Feau seroit plus pesante que l'or.
Sur Fart. 27, ibid., pag. 33a.
u4 moins peut-être que quelque cause extérieure, etc. Quelles sônt ces causes? Faites-moi la grâce de me le dire en deux mots.
Sut fart. i33, lig. 12, ibid., pag. 443. Pensons qu'il y a en la moyenne région plusieurs pores ou petits conduite parallèles à son essieu. Le mot de parallélisme me fait souvenir ici de quelques difficultés presque insurmontables. 1 . Pourquoi vofc tourbillons ne sont-ils pas en forme de colonne ou de cylindre plutôt que d'ellipse , puis-
que chaque point de Taxe est comme un antre duquel la matière céleste se retire, et, autant qu'il me le semble, avec un mouvement entièrement égal ; d'ailleurs (puisqu'il faut partout que les globules s'écartent de l'axe avec une force égale) pourquoi le premier élément n'est-il pas également étendu tout le long de l'axe en forme de cylindre , plutôt que d'être repoussé presque vers le milieu de l'axe, et d'y être ramassé en forme de globe ; car ce qui entre du premier élément par les deux pôles du tourbillon n'empêche point que tout l'axe ne doive paroître lumineux; en effet, comme les globules s'éloignent avec une force égale de tous les points de Taxe, les courants de la matière très subtile, qui entre avec impétuosité, trouveront beaucoup plus de facilité à se glisser les uns sur les autres pour arriver aux pôles opposés , qu'à se former et à se creuser en quelque endroit de l'axe un espace plus grand que le tournoiement actuel et uniforme du tourbillon rie pourroit leur permettre et leur céder.
2. Enfin , comme les globules célestes sont emportées autour de l'axe du tourbillon d'une manère parallèle à l'axe et à eux-mêmes , et ne perdent peint le parallélisme lorsqu'ils changent eu quelque façon de liéu entre eux ,il paroît impossible qu'il se fasse absolument aucune contorsion des parties cannelées, si ces parties cannelés ne tour*
neût autour de leurs propres axes dans ces espaces triangulaires ; or je ne vois pas que cela se puisse faire commodément , comme j'ai dit ci-dessus.
Sur Fart. 187, ibid., pag. 499*
On ne remarque aucuns effets de sympathie ou d'antipathie si merveilleux , etc. Plût à Dieu que vous expliquassiez ici , si cela se pouvoit faire en peu de mots, par quelle raison mécanique il arrive que si, de deux cordes dedivers instruments quisont ou à l'unisson , ou à cet intervalle que les musiciens appellent tempéré, l'on en touche une l'autre trémousse dans un autre instrument tandis que celles qui sont plus proches et même qui sont tendues dans le même instrument où la corde a été ébranlée ne se remuent point du tout. Aucune sympathie ne me paroît plus difficile à expliquer mécaniquement que cet accord des cordes , ce qui est une expérience vulgaire et très commune.
Sur l'art. î88, ibid.f pag. 5o2.
L'autre touchant celle de l'homme, etc. Continuez, monsieur, à éclaircir et à achever cette matière. Je suis très persuadé qu'on n'a jamais rien mis au jour qui soit plus agréable et plus utile à tous les savants. Vous ne devez pas vous excuser sur le défaut d'expériences; car pour ce qui regarde votre corps , j'ai appris par des auteurs dignes de foi que vous avez examiné avec une exactitude in-
finie tout ce qui regarde l'anatomie du corps humain. Pour ce qui regarde l'âme, vous en avez reçu une en partage dont les opérations sont si lumineuses, et dont la vivacité et l'égalité sont telles , que par le seul secours de cette force et vigueur céleste , comme par un feu chimique , elle se changera en toutes les formes , et tiendra lieu d'une infinité d'expériences.
Sur l'art. ip5, ibid.y pag. 5io.
Comme j'ai déjà expliqué dans les Météores. Vous avez certainement donné une très belle raison des couleurs dans les météores. Il reste pourtant là-dessus une méchante difficulté qui embarrasse beaucoup mon imagination; car, disant que la variété des couleurs naît de la proportion qu'a le mouvement circulaire des globules au mouvement rectilinaire, il arrivera nécessairement que quelquefois dans les mêmesglobules le mouvement circulaire surpassera en même temps le rectilinaire , et le rectilinaire le circulaire. Par exemple, dans deux murailles opposées, dont l'une est teinte en rouge et l'autre en bleu , les globules qui sont entre seront mus plus vite en cercle qu'en ligne droite à cause de la muraille rouge , et plutôt en ligne droite qu'en cercle à cause de la muraille bleue, et tout cela en même temps , ce qui ne sauroit arriver. Ou bien de cette autre manière : dans la même muraille dont , si
' vous voulez, la partie droite est rouge, celle du milieu noire , et la gauche bleue ; comme il se fait toujours un croisement par rapport à l'œil , tous les globules, à cause du concours des rayons, prendront la proportion du mouvement de chaque s globule en particulier, c'est-à-dire du circulaire au droit , en sorte qu'il est nécessaire que toutes les couleurs se mêlent au fond de l'œil , et qu'elles s'y confondent ; et je ne saurois inventer aucune manière de lever cette difficulté , à moins qu'il ne faille peut-être supposer que le mouvement circulaire n'est pas un mouvement plein , mais une tendance au mouvement circulaire , comme il arrive en effet dans le mouvement droit des même» globules. J'aurois bien pu de môi-même donner une solution telle quelle à presque toutes les difficultés que je vous ai proposées ; mais votre bonté m'ayant permis de vous les exposer, et y ayant été invité par-dessus cela par cette dextérité admirable que vous avez à résoudre ces difficultés , et que j'ai reconnue dans vos dernières lettres (car, bien que je voie que.vous avez été fort court dans vos réponses , à cause du peu de temps que vous aviez , cependant vous me satisfaites si pleinement, et vous me fortifiez aussi bien dans mes pensées que si j'étois animé par votre présence, et que vous-même montrassiez les choses au doigt; ajoutez à» cela que vos explications auront plus de poids
auprès de moi , et auprès des autres dans le besoin ) ; j'ai donc cru qu'il étoit de mon intérêt de vous proposer toutes ces difficultés : après votre décision, j'aurai, si je ne me trompe, une connoissance parfaite de tous les principes de votre philosophie. Vous ne sauriez croire combien j'estime ce bonheur; et lorsque vous m'aurez servi de sphinx sur ces questions , ce qui me sera d'autant plus agréable que vous le ferez plus promptement , à cause de la passion extrême qui me porte à vos ouvrages , vous recevrez sur la dioptrique les autres difficultés qui vous seront proposées par le plus affectionné de votre philosophie. Je suis , etc.
LETTRE DE M. MORUS
A M. DESCARTES
(Lettre 71 du tome I. Version.)
Monsieur,
Je ressens une douleur bien vive de ce qu'on vous a enlevé si subitement de notre voisinage, et qu'on vous a emmené en un pays si éloigné : mais
pour ne vous. rien, déguiser , j'ai de quoi adoucir ce déplaisir et cette tristesse, et de quoi me consoler moi-même; en effet, ce n'est pas un petit avantage pour vous que les nations les plus reculées aient rendu un tel honneur à votre mérite, et que l'éclat de votre réputation ait pénétré avec tant de force jusqu'aux sombres climats et aux brouillards épais du septentrion ; et ce qui est le plus important , que ce n'ait pas été sans fruit , puisque l'amour des belles - lettres et de ceux qui les cultivent a fait une si forte impression sur le cœur généreux de la sérénissime reine de Suède , cette illustre héroïne, que, non contente, dç vos, écrits et de votre réputation, elle n'a cessé de voqs engager par ses lettres d'aller la voir , jusqu'à ce qu'elle ait été au comble de ses vœux : empresse-4 ment qui ne manquera pas de tourner, comme je le crois , à l'avantage et à l'ornement de son royauirçç,. Ces considérations m'ont fait supporter, je vous l'avoue , avec moins d'impatience votre départ , fit en même temps la perte de cette lettre si désfréft que j'attendois , comme vous l'aviez promis, avant votre départ. Bien loin de renoncer à l'espérance que j'avois conçue de la recevoir, j'ai au contraire une ferme espérance que non seulement vous honorerez d'une de vos réponses celle que je vous ai écrite auparavant , mais encore les présentes des que vous les aurez reçues. Plein de cette confiancer
je passe à votre Dioptrique, pour venir ensuite aux Météores, s'il y a quelque difficulté qni m'y arrête, afin que je puisse décharger une fois pour toutes mon esprit de tout ce que j'avois résolu de vous proposer pour mon avantage. J'espère par là qu'après avoir fait de ma part tout .ce qui étoit en moi, je me procurerai une plus grande tranquillité, et que je serai délivré de bien des doutes.
. Sur la Dioptrique, discours 2, page 20, ligne 24 , figure 7 , planche 1 .
A cause que cette toile ne lui est aucunement opposée en ce sëns4à. Il me parok que la toile CE s'oppose en quelque façon à la balle B, même par rapport à la détermination qui la fait tendre vers la main droité; ce que je prouve ainsi : •x GH est opposé à plein à la balle B, et l'empébhe entièrement de s'avancer tant du côté HE que du côté IE, c'est-à-dire vers le bas; car? comme CE fce diffère de GH, qui est opposé à plein au mouvement vers HE , que de la quantité de l'angle HBE, ou GBC, il' est manifeste que CE, dans la position qu'on lui donne , s'opposera toujours avec une certaine force au mouvement de la balle vers HE ; nous en serons convaincus davantage si nous supposons que CE est une superficie d'argile fort molle , et qu'une balle , si Vous voulez de cuivre , est poussée d'A vers B :
elle s'enfoncera un peu dans l'argile , mais elle perdra tout d'un coup tout son mouvement, tant vers HE que vers CE , ce qui n'arriveroit point si la balle étoit poussée selon la ligne CBE; elle s'a* vanceroit vers HE sans aucun embarras , surtout si nous imaginons que cette balle n'a aucune pesanteur: donc la superficie CE s'oppose à la balle qui vient de A vers B par rapport à la détermination qui la porte vers HE, ce qu'il falloit démontrer.
Ibid., page 21, lig. 1.
Car puisqu'elle perd la moitié de sa vitesse. Je veux bien qu'elle perde quelque degré de vitesse, mais je ne puis comprendre, ce que vous supposez dans cet article et dans le suivant, que ce degré de vitesse n'est perdu que par rapport à CE et non par rapport à FE; car, comme cette balle n'a qu'un tnouvement réel, quoique nous puissions l'imaginer composé de plusieurs déterminations différentes, si ce mouvement est diminué, quelque part que la balle s'avance , son mouvement sera plus lent après cette diminution. Ainsi ce qui porte la balle en I , et non point en D, n'est pas son plus ou moins de. vitesse-, mais.. la résis tance qui est plus forte dans le grand angle CBD, et plus petite dans l'angle EBDy parceque la pointe de l'angle aigu EBD, jointe à la fluidité du liquide ,
doit moins résister à la balle que la pointe émous«
2j6 LETTRES.
sée de l'angle CBD ; sans cela, s'il falloit avoir recours au plus ou moins de vitesse, la balle qui est poussée de À vers B seroit portée vers D : vous n'avez qu'à considérer pour cela votre figure de la Dioptrique s*il est besoin.
Sur le Discours a de la Dioptrique, page aa, lig. a4. Mais si elle est poussée suivant une ligne , comme ÀB , qui soit si fort inclinée sur la superficie de Veau , ou de la toile CBE, que la ligne FE étant tirée, etc. Il faut avouer qu'il y a beaucoup de subtilité dans votre manière de montrer le chemin que doit tenir cette balle ; mais il me paroît que vous n'arrivez point au but. La véritable et unique cause que vous auriez dû rapporter est la grandeur de l'angle CBD, la petitesse de l'angle EBD, et la grosseur de la balle, qui, pour se réfléchir en l'air vers L,doit d'autant moins faire baisser la ligne AB vers CE que sa grosseur est plus grande ; car une grosse balle a plus de peine à ouvrir et écarter la pointe d'un angle aigu qu'à la froisser en se réfléchissant.
Ibid. page a3, lig. i3.
Qui augmente la fprce de son mouvement. L'augmentation du mouvement ne sert à rien pour détourner la balle , s'il ne se rencontre quelque corps qui , par sa position , en change la détermination ; ce .qui arrive ainsi, selon que je me 11-
magine, surtout dans un lieu que vous dites admettre plus facilement les rayons de la lumière , tel qu'est le cristal, le verre, etc. Comme dans ces matières la pointe de l'angle EBD est si dure et si inflexible qu'elle ne peut céder , le rayon qui tombe sur le sommet incliné de cet angle, dont la matière est si serrée, se détourne de la ligne droite, et est chassé dedans en s'approchant de la perpendiculaire ; ainsi ces deux réfractions me paraissent une véritable réflexion commencée ; or , comme dans une véritable et libre réflexion il n'arrive de changement quex dans la détermination , et non dans la quantité du mouvement, il paroît qu'il ne faut pas avoir recours ici au plus ou au moins de vitesse pour diminuer ou changer la détermination : donc la seule détermination diminuée ou augmentée suffit pour les deux réfractions ; car quand la balle B est arrivée à la superficie CE , elle ne se détourne point de son chemin parcequ'elle a plus ou moins de vitesse , mais parcequ'elle tombe sur un corps qui change 1^ détermination , car autrement, s'il n'y a qu'une vi-* tesse plus ou moins grande, la balle, après avoir passé de À en B , iroit en D.
C'est pourquoi dans la première réfraction , ou la balle s'éloigne de la perpendiculaire, sa détermination vers le bas est diminuée, et si elle perd du mouvement, c'est par accident, à cause de h
mollesse du milieu qui résiste ; dans la seconde , où la balle s'approche de la perpendiculaire, sa détermination vers le bas est augmentée ; si elle acquiert de la vitesse, c'est par accident, à cause qu'elle pénètre un nouveau milieu qui lui donne un passage plus libre. La cause et le changement de la détermination sont donc nécessaires pour les deux réfractions, comme pour la réflexion, et le plus ou moins de vitesse ne sont qu'accessoires , et même entièrement inutiles pour ces effets ; même il est difficile d'imaginer la cause qui donne à la balle un nouveau degré de vitesse , quand elle passe dans un milieu plus aisé ; car tout ce que ce milieu peut faire, c'est de laisser à la balle toute la célérité qu'elle a voit eue, ne recevant par la communication aucune partie de son mouvement, mais il ne peut lui rien donner de nouveau ; et il me paroît qu'il seroit aussi absurde de dire que la balle, quand elle entre dans un milieu plus aisé, acquiert de nouveaux degrés de vitesse, soit par pure libéralité, soit, si vous l'aimez mieux, par restitution de ceux qu'elle avoit perdus , que d'accorder qu'il y a un instant de repos dans le point de la réflexion, ce que vous avez eu raison de re^ jeter dans l'art. 2 de ce discours.
Discours 6 de la Dioptrique , page 61 , lig. 6, fig. 19, pl. i4»
Mais seulement de la situation des petites partie*
Lettres. 379
du cerveau d'oà les nerf* prennent leur origine* Ces petites parties sont-elles visibles dans quelques parties du cerveau, ou les supposez-vous seulement par une simple conjecture? Pour moi, il me paroît qu'on peut s'en passer , mais que les mêmes organes qui transmettent le mouvement font connoître nécessairement à l'âme d'où vient cette transmission, s'il ne se trouve en chemin aucun empêchement.
Ibid., page 64 , lig. 19.
Un raisonnement tout semblable à celui que font les arpenteurs ± lorsque par le moyen de deux diffé* refîtes stations ils mesurent des distances inaccessibles. Cette comparaison me paroît obscure, pour ne pas dire un peu forcée ; je n'y vois rien de commun que ces deux stations : car les géomètres, ou, si vous l'aimez mieux, les géodètes, prennent leurs stations sur une ligne droite tirée depuis quelque arbre ou quelque tour, et l'œil prend les sienneà en changeant de place sur une ligne à peu près parallèle à l'objet. Il me paroît que c'est tout ce qu'on peut déduire de cette comparaison.
Ibid. , page 66 , lig. 6.
Leur grandeur s'estime par la connoitsailce ou l'opinion qu'on a de leur distance. Il seroit très difficile de donner une raison exacte de la grandeur apparente des corps ; mais je crois que le jugement
que nous en portons dépend principalement de la grandeur ou de la petitesse de l'angle où les rayons se croisent : plus cet angle est grand , plus l'objet paraîtra grand ; plus il est petit , plus l'objet paraîtra* petit : de plus, ce qui mérite attention, si vous approchez de votre œil quelque objet, par exemple votre pouce, à la distance d'une ligne , l'angle où les rayons se croisent sera quatre ou cinq fois plus grand que si votre pouce étoit distant de l'œil de dix lignes. Si vous l'éloignez encore de quelques dizaines de lignes , l'angle diminuera, mais en moindre proportion, jusqu'à ce qu'il devienne si petit, qu'on puisse le confondre avec une seule ligne droite: c'est pourquoi personne ne doit être surpris si son pouce lui paraît beaucoup plus grand quand il n'est éloigné de son œil que d'une ligne, que quand il est éloigné de dix ; et si après cela il paraît toujours à peu près de la même grandeur, quoiqu'il l'éloigné de trente , quarante lignes, et même davantage , cependant il peut si fort l'éloigner qu'il ne paroîtra plus , car l'ouverture de l'angle peut être plus petite que le diamètre d'un des filaments du nerf optique. Mais je ne comprends pas ce que peut produire en cela l'opinion de la distance comparée à la grandeur de l'image de l'objet , comment l'œil ou l'âme peuvent faire cette comparaison; mais il m'est aussi aisé d'expliquer que de concevoir çom-
LETTRES. a8l
ment , par le moyen de l'angle ou les rayons se croisent , nous jugeons Je la grandeur des corps* Soient H, I et K, L , le fond de deux yeux, d'un grand et d'un plus petit, CD le plus grand objet, mais plus éloigné; EF le plus petit objet, mais plus voisin; EGF, ou RGL, l'angle où, les rayons se croisent : d'abord j'établis qu'il y a un effort ou une transmission de mouvement de O en L, et de D en K, et que ma réflexion, se promenant sur la ligne droite KGFD, parvient à D , extrémité de l'objet CD, dans la place où il est véritablement ; tandis que , par une autre ligne droite LGEC, elle parvient à l'autre , extrémité C, dans l'endroit où elle est véritablement : autant en estil de toutes les parties de l'objet CD. Je dis donc que c'est par cette course de ma réflexion que je découvre la grandeur de l'objet qui est devant mes yeux, et que la mesure de son diamètre apparent est l'angle Egf. Je dis pareillement que si l'on conserve les mêmes lignes droites que parcourt ma réflexion, et la même ouverture de l'angle à l'égard de l'œil HI, l'objet DC doit lui paroitre aussi grand qu'à l'œil Kl : d'où je conclus ensuite que la grandeur apparente de l'objet dépend non de la grandeur de l'image , mais de la grandeur de l'angle où les rayons se croisent. Enfin, de même que la grandeur apparente de l'objet ne vient pas de la grandeur de l'image peinte au fond de l'œil,
puisque le petit objet Ef peint, soit dans l'œil Hi, soit dans l'œil Kl, une image d'égale grandeur à celle du grand objet Cd , ainsi elle ne vient pas de la grandeur de l'angle formé par la rencontre des rayons, autrement l'objet Ef paroîtroit aussi grand que Cd, cet angle étant le même pour les deux; mais en retirant le petit objet Ef , Cd paroîtra beaucoup plus grand que ne paroîtroit EEf , quoiqu'on les vît tous deux sous un même angle, d'où Ton conclura avec raison que la grandeur apparente d'un objet vient en partie de la grandeur réelle de l'objet. Il n'est pas non plus surprenant que ma réflexion, qui se promène sur ces lignes formées par l'effort ou par la transmission du mouvement, pénètre et s'arrête où le mouvement a commencé , c'est-à-dire en c et en d, et qu'ils paroissent plus distants que E et f , puisqu'en effet ils sont plus éloignés que Ef , et qu'on ne les voit point sous un angle plus petit, et qu'enfin tout l'objet Cd paroisse simplement plus grand que tout l'objet Ef.
Ibid., page 68, lig. 18.
De plus; à cause que nous sommes accoutumés de Juger, etc. Que pensez vous donc de l'aveugle-né que Jésus-Christ guérit? Si on lui eût présenté un miroir plan avant qu'une mauvaise habitude eût dépravé son jugement, auroit-il vu son visage en-
deçà du miroir, et non au-delà ou derrière? Çe petit jeu de l'image derrière le miroir, dont j'avoue que je ne connois pas jusques ici le manège, a donné de terribles entraves à mon imagination ; car je ne me contente point de cette mauvaise habitude de juger. Vous me feriez grand plaisir de faire agir pour cela la bonne mécanique, et de m'en faire part quand vous l'aurez découverte.
Ibid.9 page 70, lig. 28.
// suit de là que leur diamètre , etc. Qui empêcheque le diamètre du soleil ou de la lune ne nous paroisse d'un ou de deux pieds au plus, à cause de l'angle formé par la rencontre des rayons , et ne diminue d'une manière propre à nous faire paroître à cette distance des corps de la grandeur réelle du soleil ou de la lune , sans une image d'un ou deux pieds ?
Ibid.y page 71, lig. 11.
Car ordinairement ces astres semblent plus petits lorsqu'ils sont fort hauts vers le midi, etc. Donc le soleil et la lune paroissent plus grands près de l'horizon qu'ils ne devraient, eu égard à leur distance ; et moi je dis qu'une grandeur apparente * soumise à des lois constantes, doit plutôt être appelée véritable et non trompeuse, que celle qui dépend de quelques circonstances étrangères et variables.
Sur le Discours 7 de la Dîoptrique, page 9^, lig. 2 3.
Si ce n'est peut-être de fort peu en la renver* sanly etc. Quel est cet art de renverser? et pourquoi n'en dites-vous rien ?
Sur le Discours 8 de la Diop trique , page 220, lig. 6.
Ou parallèles de divers côtés. Je ne comprends point ces, rayons parallèles de plusieurs divers côtés, car je ne vois rien d'approchant dans votre figure 120 de la Dioptrique, c'est pourquoi je vous prie de vous expliquer plus nettement. Si je n'ai pas l'esprit bouché, ce que vous avez mis à la fin de cet article n'est guère plus clair : vous parlez des rayons qui se croisent en traversant les deux verres convexes DBQ, et dbq; dans votre édition françoise vous renvoyez en marge à la page 108, c'est-à-dire à la figure qui est à la page 112 de la nouvelle édition. Pour moi , je ne vois pas que les rayons se croisent dans ces verres , mais seulement audelà en I, qui est leur foyer commun; il paroit que tous ces rayons gardent un grand parallélisme, jusqu'à ce qu'ils soient parvenus à la superficie convexe des deux verres BD, bd; c'est là qu'ils se courbent pour se croiser en I, et non ailleurs; au lieu que vous dites que ces rayons se croisent deux fois dans ces deux verres : premièrement, dans la superficie DBQ ; secondement,
dans la superficie dbq. Quelle superficie entendez-vous , la plane ou la convexe ? Est-ce la même dans tous les deux verres? Vous ajoutez : du moins les rayons qui viennent de différentes parties. Qu'estce que venir de différentes parties? Entendezvous parties opposées", car les parallèles qui partent du même objet peuvent être dits venus de différentes parties? Tirez-moi de ces ténèbres.
Sur le Discours 9 de la Dioptrique, page i36, fig. 9.
Pourceque d'autant que ces lunettes font que les objets paroissent plus grands , d'autant en peuvent-elles faire moins voir à chaque fois. Puisque ces lunettes plus parfaites ont une plus grande ouverture du côté du verre extérieur , qui par conséquent reçoit de l'objet plus de rayons parallèles que les imparfaites qui ont cette ouverture grande, et la convexité de ce verre renvoyant tous ces rayons au fond de l'œil, d'où vient qu'il ne se peint pas dans cet œil un plus grand nombre d'objets , comme il s'y peint de plus grandes images ?
Sur le Discours 10 de la Dioptrique, page 149, lig. 11.
Sera une hyperbole toute semblable > et égale à la précédente. Vous supposezdonc que toutes les hyperboles dont les foyers sont également distants des sommets, quoique les unes ayant été décrites par le moyen du cône , et les autres avec la corde et la règle , ont néanmoins les mêmes propriétés , et
comment prouverez-vous l'augmentation de la chaleur portée au double quand la balle descend de À en B ? Elle décrit une ligne par son mouvement , et cette ligne n'est plus quand la balle se dispose à remonter de B en D ; nous n'avons donc qu'une ligne de mouvement qui ne peut doubler la chaleur : au contraire la chaleur diminuera dans l'air voisin de la terre , puisque le globule ou la balle communique quelque chose de son mouvement aux particules terrestres qui l'environnent ; c'est pourquoi le mouvement sera plus lent en BD qu'en ÀB; il faut donc que vous expliquiez pourquoi l'air s'échauffe plus contre la terre que vers les nues, et s'il ne peut faire que, quoique le mouvement soit plus lent contre la terre que vers les plus hautes régions de l'air , on y sent cependant / une plus grande chaleur , à cause de l'inégalité de ce mouvement.
Discours 7 des Météores, page 268, lig. 1.
Mais aussi les plus basses demeurant fort rares. Si les nues inférieures sont si rares ou si peu compactes , comment peuvent-elles recevoir les plus hautes qui tombent sur elles, et les arrêter? Il paroit au contraire qu'elles sont si minces , qu'elles devroient être entraînées à terre avec les dernières, si celles-là avoient déj^ pris ce chemin-là.
Ibid. , page 168 , lig. 9.
A cause de la résonnance de l'air, etc. C'est l'opinion de Paracelse , que le bruit affreux du tonnerre vient des voûtes du ciel ; c'est ainsi qu'on entend un grand bruit lorsque quelqu'un décharge une arme à feu dans une salle voûtée ; mais pour vous qui ne reconnoissez ni voûte ni plafond audessus de l'air , vous devez trouver plus vraisemblable que plus le coup est éloigné de la terre , plus il doit être foible , le bruit étant d'autant' moins sensible qu'on est éloigné des corps qui l'ont produit.
Discours 9 des Météores, page 3oi, lig. 3o.
Car il ne se réfléchit de sa superficie que peu de rayons. Voulez-vous donc que le petit nombre de rayons produise le bleuP Voqp ne serez pas d'accord avec ce que vous avez dit d'abord : vous avez dit plus haut que les couleurs sont produites parla différente proportion qui se trouve entre leur mouvement en ligne droite , et le tournoiement sur leur propre centre, et particulièrement que le bleu paroit quand les globules tournoient moins vite sur leur centre, eu égard à leur mouvement en ligne droite. Présentement vous avez recours au petit nombre des rayons; jevoudrois donc savoir si vous pensez qu'il n'y aautre cause des couleurs que celle que vous avez si ingénieusement expliquée ci- dessus , ou si vous
croyez qu'elles peuvent être encore produites d'autre façon sans aucun égard au tournoiement et au mouvement direct des globules , surtout puisque vous avancez que l'eau de la mer paroît bleue a cause du peu de rayons qui sont réfléchis ; et certes il n'est pas aisé de dire pourquoi la mer ne paroît pas blanche ou rouge, lorsque les globules viennent à frapper sa superficie , puisque ces glo* bules y trouvent quelquefois plus de résistance que dans l'air chargé de vapeurs , qui vous paroît blanc pour lors.
Voilà, monsieur, tout ce que j'avois à vous proposer sur vos écrits de physique, et qui m'a paru ou difficile à comprendre ou dont la vérité souffrirôît qtfèlqûes difficultés; sur quoi vous aurez àujet d'être surpris du caractère et du tour de irion esprit, qui, entrant assez à fond dans toùtle reste de Vos écrits, où se trouvent cependant bien des choses plus difficiles que celles qui l'arrêtent en plusieurs endrôits, n'a pas la même pénétration pour te dont je Vôtis demande l'explication, ou que je vous prie de fortifier par de nôuvelles preiives. Quelques efforts qde j'aie faits pour corriger cette disposition de moft esprit, que j'àfVeîharquée dès mon enfance, je veux dire de surmonter souvent très heureusement les choses les plus difficiles , et (l'être arrêté par les plus petites , je n'ai pourtant jamais pu en venir à bout Téspère
que votre bonté excusera ce qu'il ne m'est pas possible de corriger, et qu'elle n'imputera ni à une ignorance affectée ni à une sotte démangeaison de disputer tant de difficultés que j'ai entassées les unes sur les autres; car je ne l'ai pas fait par un désir effréné de disputer, mais par un zèle religieux pour tout ce qui vient de vous.
C'est moins dans le désir d'obtenir la victoire , Qoe par le zèle ardent d'acquérir votre gloire.
Comrtie le dit élégamment le poète, et comme - je lé répète dans la dernière sincérité.
Au reste, monsieur , je vous prie de prendre en bonne part tout ce que je vous ai écrit-, et d'y faire réponse à votre loisir : si vous me faites cette grâce, vous aurez la consolation d'avoir rendu très savant celui qui a été jusques ici le plus fidèle partisan de votre philosophie. Je suis, etc.
A Omfcridge, dn collège de Christ , le ai octobre 1649.
(Lettre 7a du tomel.)
Ce qui suit a été trouvé parmi les papiers de M. Descartes, comme un projet ou commencement de la iféponse , qu'il prép^rpit aux 4eux précédentes lettres de M-, Morusj 1
J'étotéfcifr «ion départ pour le voyage de Stiède, lorsque Je r^çtis votre lettré datée du 2 3 juillét, etc.
i. Si le êentiment dans les anges est proprement un sentiment , et s'ils sont eorporels ou non? Je réponds que.l'àme humaine séparée du corps n'a point proprement de sentiment; qu'à l'égard des anges, nous n avons aucune raison naturelle qui nous fasse connoître s'ils sont créés comme les âmes séparées des corps, ou comme les mêmes âmes qui sont unies aux corps , et que je ne détermine jamais rien sur les choses dont je n'ai aucune raison certaine pour donner lieu à des conjectures* J'approuve ce que vous dites, que nous ne devons point nous former d'autre idée de Dieu que celle que tous les gens de bien souhaiteraient s'il n'y avoit point de Dieu.
Votre instance sur l'accélération du mouvement4 pour prouver que la même substance peut occuper tantôt un plus grand, tantôt un moindre lieu, est ingénieuse; cependant la disparité est grande, p^rceque le mouvement n'est pas une substance, mais un mode , et un mode tel en effet que nous concevons intimement comment il peut être diminué ou augmenté dans le même lieu ; car tous les êtres ont certaines notions propres par lesquelles seules il en faut porter jugement, et non par comparaison des êtres les uns aux aufrfcs : t'est ainsi que les qualités de la figure rie conviennent pas au mouvement , et que les qualités de lune et dç l'autre ne conviennent point, à l'étendue. Quand on aura
une fois bien compris que le néant n'a aucune propriété, et que par conséquent ce qu'on appelle communément espace vide n'est pas un rien , mate un vrai corps dépouillé de tous ses accidents, je veux dire de ceux qui peuvent se trouver et ne se pas trouver sans la corruption du sujet, èt qu'on aura remarqué comment chaque partie ou de cet espace ou de ce corps est différente de toutes les autres, et impénétrable, on verra facilement que la même divisibilité, la même faculté d'être touché et la même impénétrabilité ne peuvent convenir à aucune autre chose. J'ai dit que Dieu est étendu en puissance , parceque cette puissance se fyit voir ou se peut faire voir dans la chose étendue ; et il est certain que l'essence de Dieu doit être présente partout, afin que sa puissance s'y puisse mettre au jour; mais je dis qu'elle n'y est pas à la manière des choses étendues, c'est-à-dire de la manière que j'ai décrit ci- dessus la chose étendue. Il me paroît que parmi les marchandises que vous dites avoir gagnées sur mon petit bateau , il y en a deux qui sont de contrebande: la première, que le repos soit une action ou une espèce de résistance; car bien que la chose qui est en repos ait cette résistance, de cela même qu'elle est en repos, ce n'est pas à dire pour cela que cette résistance soit en repos. La seconde est que mouvoir deux corps, c'est les séparer immédiatement; car souvent entre
âg4 LETTRES.
les choses qui sont ainsi séparées, l'une est dite être mue, et l'autre être en repos , comme j'ai expliqué dans les art 2 5 et 3o de la seconde partie des Principes.
Ce transport que j'appelle mouvement n'est point une chose de moindre entité que la figure, c'est-à-dire elle est un mode dans le corps, et la force mouvante peut venir de Dieu qui conserve autant de transport dans la matière qu'il y en a mis au premier mouvement de la création, ou bien delà substance créée, comme de votre âme, ou de quelque autre chose que ce soit, à qui il a donné la force de mouvoir le corps ; et cette force dans la substance créée est son mode, mais elle n'est pas un^mode en Dieu; ce qui étant un peu au-dessus de la portée du commun des esprits, je n'ai pas voulu traiter cette question dans nies écrits, pour ne pas sembler favoriser le sentiment de ceux qui considèrent Dieu comme l'âme du monde unie à la matière. Je considère la matière laissée à elle-même, et ne recevant aucune impulsion d'ailleurs, comme parfaitement en repos; et elle est poussée par Dieu qui conserve en elle autant de mouvement ou de transport qu'il y en a mis dès le commencement; et ce transport ne cause pas plus de violence à la matière que le repos; car le nom de violence ne se rapporte qu'à notre volonté, qui souffre, dit-on, violence r lorsque
quelque chose se fait qui y répugne : or dans )a nature il n'y a rien 4e violent, mais il est aussi naturel aux cqrps de se pousser mutuellement, ou de se briser quand cela arrive, que de se tenir en repos. Mais ce qui a été la cause, à ce que je crois, de la difficulté que vous avez proposée, est que vous concevez une certaine force dans le corps qui est ep repos, par laquelle il résiste au mouvement 9 copune çi cette force étoit quelque chose de positif, c'est-à-dire une certaine action distincte du repos même, quoique ce ne soit qu'une entité modale.
Vous remarquez fort bien que le mouvement, en tant qu'il est mode du corps , ne peut passer d'un corps dans un autre, et je ne l'ai pas dit aussi. Bien plus, je crois que le mouvement, en tant, qu'il est un tel mode , reçoit des changements continuels ; çav autre chose est le mode dans le premier point du corps A , qui est séparé du premier point du corps B, et autre celui qui est séparé du deuxième et du troisième, etc.
Or lorsque j'ai dit qu'il restoit toujours autant de mouvement dans la matière, j'ai entendu cela de la force qui pousse ses parties, laquelle force s'applique tantôt à une partie de la matière , tantôt s'applique aux autres , selon les lois proposées dans Fart. 45 > Pag- no, et dans les suivantes de la seconde partie. Il ne faut donc pas s'embarras-
2g6 LETTRES.
ser du transport du repos d'un sujet à un autre , puisque le mouvement même , en tant qu'il est un mode opposé au repos, ne passe point ainsi. À l'égard de ce que vous ajoutez que le corps vous semble jouir d'une vie, mais stupide et pleine d'ivresse, etc., je regarde cela comme de fort belles paroles; mais permettez - moi une fois pour toutes, avec cette liberté dont vous m'avez permis d'user à votre égard , que rien ne nous éloigne plus du chemin cte la vérité que d'établir certaines choses, comme véritables , qu'aucune raison positive , mais notre volonté seule , nous persuade , c'est-à-dire lorsque nous avons inventé ou imaginé quelque chose , et qu'après cela nos fictions nous plaisent , comme vous faites à l'égard de ces anges corporels , de cette ombre de l'essence divine , et autres choses semblables que personné ne doit admettre, parceque c'est le vrai moyen de se fermer tout chemin à la vérité.