‹ Œuvres de Descartes (volume 5)Chapitre 45 sur 63 · L.ET ires. ' 5g · texte numérisé non relu

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défaire aisément des objections qui semblent, lui pouvoir être opposées. Il faut pour cela suivre sa démonstration mot pour mot, et il suffira d'enfermer par des parenthèses ce qui ne sera point à lui , et que j'ajouterai du mien. Voici donc comme il parle au commencement de la page 20 de sa Dioptrique françoise.

Et premièrement , supposons qu'une balle poussée d'A vers B rencontre au point B, non . plus la superficie de la terre , mais une toile CBE , qui soit si foiblçet.si déliée que cette balle ait la force de la rompre et de passer tout au travers, en perdant seulement une partie de sa vitesse, à savoir, par exemple, la moitié. Or, cela posé, afin de savoir quel chemin elle doit suivre, considérons derechef que son mouvement diffère entièrement de sa détermination à se mouvoir plutôt vers un côté que vers un autre, d'où il suit que leur quantité doit être examinée séparémeot; et considérons aussi que des deux parties dont on peut imaginer que cette détermination est composée, il n'y a que celle qui faisoit tendre la balle de haut eu bas qui puisse être changée en quelque façon par la rencontre de la toile, et que pour celle qui la faisoit tendre vers la main droite , elle doit toujours demeurer la même qu'elle a: été , à cause que cette toile, ne lui est aucunement opposée en ce sens-là. Mais ce raisonnement n'est-il pas un peu opposé

au sens commun ? L'extension qu'il en fait de la réflexion à la réfraction n'est-elle pas aussi un peu forcée ? Dans la page 14 H suppose que la balle va toujours d'égale vitesse , tant en descendant qu'en remontant, qu'elle continue son mouvement dans un même milieu; il en déduit, dans la page 1 7, que la rencontre de la terre peut bien empêcher la détermination qui faisoit descendre la balle d'ÀF vers CE à cause qu'elle occupe tout l'espace qui est au-dessous de CE , mais qu'elle ne peut point empêcher l'autre qui la faisoit avancer vers la main droite, vu qu'elle ne lui est aucunement opposée en ce sens-là; d'où il infère l'égalité des angles de réflexion et d'incidence. Mais quand bien ce raisonnement seroit véritable en la réflexion , quelque sceptique scrupuleux ne manquera pointd'alléguer qu'il y a trois circonstances en la réfraction qui doivent changer la conséquence, ou du moins servir d'empêchement à la recevoir sans nouvelle preuve. Premièrement, en la figure de la page 20 ou en celle de la page 21 de la Dioptrique, la balle ne continue pas son mouvement d'une égale vitesse , puisque par la supposition elle perd, par exemple, la moitié de sa vitesse dès le point B. Secondement, elle ne passe pas toujours par un même milieu , comme il paroît en la figure de la page 2 1 . Et enfin la détermination qui la faisoit allerde haut en bas n'est pas tout-à-fait empêchée par la rencontre de la toile, ou de l'eau,

mais changée seulement ou diminuée.- Or que la conséquence soit la même nonobstant la diversité de ces trois circonstances , il sera malaisé qu'un médiocre logicien le puisse accorder* Il alléguera pour excuse de sa logique scrupuleuse qu'il n'a pas cru se faire grande violence lorsqu'en la figure de la page 16 et 17 il a donné les mains que la détermination de la gauche à la droite restoit la même , puisque la balle allant toujours de même vitesse pouvoit conserver Tune de ses visées ou déterminations lorsque l'autre seule étoit empêchée ; que d'ailleurs le mouvement se faisoit dans un même milieu 9 et qu'enfin la détermination de haut en bas étant entièrement empêchée , il n'y avoit pas grand mal de consentir que celle de la gauche à la droite restât tout entière ; comme quand on perd un œil on dit que la vertu visive 9e conserve entière en celui qui reste. Mais en laréfraction tout y est différent; veut-on y obtenir le consentement de "notre sceptique sans preuve ? La détermination de la gauche à la droite demeurera t-elle la même , lorsque toutes les raisons qui le lui avoient persuadé en la réflexion se sont éva nouies ? Mais ce n'est pas tout , il a sujet d'appréhender l'équivoque; et lorsqu'il aura accordé que cette détermination de gauche à droite demeure la même, il a occasion de soupçonner que l'auteur le chicanera sur l'explication de ce terme; car

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quoiqu'il ait protesté que la détermination est différente de la puissance qui meut, et que leur quantité doit être examinée séparément , si notre sceptique lui accorde en cet endroit que cette détermination de gauche à droite demeure la même en la réfraction , c'est-à-dire» qu'elle conserve la même visée ou direction, il. y a apparence que l'auteur voudra l'obliger ensuite à lui accorder que la balle dent la détermination vers la droite n'est point changée s'avance autant et aussi vite vers la droite quelle faisoit auparavant, quoique sa vitesse et le milieu par où elle passe .soient changés. Mais parcequ'il ne paroît pas si tôt qu'on veuille lui faire une si grande violence , il ne croit pas être encore temps de se départir du respect qu'il doit au nom de M. Descartes , et il veut bien lui avouer , sur sa seule parole, que cette détermination vers la droite demeurera la même , pourvu qu'il ne se parle point du temps que la balle doit employer à s'avancer de ce côté-là ; parceque M. Descartes même a avoué que la force qui meut et la détermination sont deux quantités qui n'ont rien de commun , et qu'elles doivent être séparément examinées. Puis ayant décrit du centre B le cercle AFD , et tiré à angles droits sur CBE les trais lignes droites AC, I1B, FE, en telle sorte qu'il y ait deux fois autant de distance entre FE et HB qu'entre HB et AC , nous verrons que cette balle doit tendre

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vers le point I. Car puisqu'elle perd la moitié de sa vitesse en traversant la toile CBE , elle doit employer deux fois autant de temps à passer au-dessous, depuis B jusques à quelque point de la circonférence du cercle ÀFD, qu'elle a fait au-dessus à venir depuis A jusques à B ; et puisqu'elle ne perd rien du tout de la détermination qu'elle avoit à s'avancer vers le côté droit, en deux fois autant de temps qu'elle en a mis à passer depuis la ligne ÀC jusques à HB , elle doit faire deux fois autant de chemin vers le même côté. C'est ici le guetapens; et la trop grande crédulité de celui qui avoit franchi tous ses scrupules sur le premier article reçoit en cet endroit une nouvelle attaque. L'auteur a sujet d'espérer que puisque notre sceptique lui a déjà accordé que la détermination vers la droite restoit la même, il ne doit pas le dédire non plus que cette détermination ou cette visée et direction vers le côté droit ne soit également vite, et n'avance toujours autant qu'elle faisôit auparavant. Mais le sceptique commence à n'entendre plus raillerie ; et s'il a .consenti de bonne foi que la détermination vers la droite ne changeoit pas , il proteste qu'il n'est point engagé à consentir qu'en changeant de milieu elle fasse toujours un égal progrès , puisque l'auteur a si souvent et si solennellement assuré que la détermination et la force mouvante sont tout-à-fait différentes et dis-

tinctes. Et pour se confirmer en son doute, il ajoute que si , dans la figure de la page 20, la balle étoit poussée depuis H jusques à B, et qu'elle continuât son mouvement vers BG, le raisonnement de celui qui diroit , La détermination de la balle sur la route HBG n'est point changée au point B , car elle est la même, et le mouvement perpendiculaire se continue dans la même ligne HBG , donc cette balle avance autant et aussi vite au-dessous de B qu elle faisoit auparavant ; ce raisonnement , dis-je , seroit ridicule , parcequela détermination ou direction du mouvement diffère de sa vitesse. Pourquoi donc notre sceptique sera-t-il obligé d'accorder gratuitement et sans preuve que le mouvement qui se fait vers la droite dans la figure de la page 21 avance également vers ledit côté droit, après qu'il a changé de milieu? Ce n'est pas que cette proposition ne puisse être vraie, mais elle qe l'est qu'au cas que la conclusion que M. Descartes en tire soit véritable, c'est-à-dire que la raison ou proportion pour mesurer les réfractions ait été par lui légitimement et véritablement assignée. Il ne l'a donc pas prouvée par une proposition si douteuse et si peu admissible. En un mot quand toutes les oppositions qu'on peut faire à son raisonnement seroient fautives, peut-il faire passer pour véritable ce qui n'est ni axiome , ni déduit par une conséquence légitime d'aucune première vérité ? Les démons-

trations qui ne forcent pas de crdîre ne peuvent point porter ce nom. Et croiriez-vous , monsieur , que si la proposition de M. Descartes étoit démonstrativement prouvée, son évidence et sa clarté n'eussent pas percé les ténèbres de mon entendement pendant vingt années qui se sont écoulées depuis notre ancien démêlé , puisque je vous ai protesté dès le commencement de ma lettre que je travaille sincèrement à me tirer d'erreur, et que je ne cherche qu'un honnête prétexte à me rendre. Je serois même ravi d'établir l'honneur de M. Descartes aux dépens du mien , et je voudrois , s'il m'étoit possible , çn reconnoissant la vérité de sa preuve , ajouter avant que de finir:

Se olara vidcudam Obtulit , et pura per n oc te m ia luce réfutait.

Il en sera pourtant ce que M. le chevalier Digby çt vous, monsieur, trouverez bon. Je vous soumets à tous deux ma Logique et ma Mathématique, et je consens que vous en fassiez un sacrifice à la mémoire de cet illustre , qui n'est plus en étàt de se défendre. Mais jusques à ce que vous ayez prononcé , je prétends que la véritable raison ou proportion des réfractions est encore inconnue, et que €teôv év yévvwi x&çcu en compagnie de tant d'àutres Vérités que l'avenir découvrira peut-être mieux que n'a pu le foire le passé. Excusez ma longueur, et faites-moi l'honneur de me croire , etc.

RÉPONSE DE M. CLERSELIER

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