RENATO DES CARTES
NoBiLi Gallo,
Perronm Domino,
Cui quantum fit quod ne/cimus non ignoranti, & maximam partem eorum qux Jcimus, minimam eoruvi ejfe quœ ignoramus,
^92 Vie de DEhCARTES.
» a- nefcifC plerofque ea, qiice tamen jaâaiit Je Jcire ctc pnrfumunl, » adeoque doceri fere ac tradi qucc dedifcere Jii necejfe, de receptis >' haâenus philofophorum fententiis dubitare, bonum facîum vifum » eji, ut diibitando fibi ad fapientiam aliifque regiam viam faceret ; « Qui œqucevam naturœ rerum philofophiam, & Jic veram ac anti- » quant, reddidit; eandemque, poft fœdi[Jïmam tôt fxculorum Jervi- » tutem, in libertatem tandem ajferuH. €■ quaji manumijit;
« Cui univerfam rerum naturam animo magno ac aufu, & fine idlo » duce, circumeunti, intimofque ejus receffus Jerio ac diligenter infpi- » cienti, neque antiqua placuerunt, quia antiqua, neque difplicuerunt » nova, quia nova, cùm quiX nunc antiqua funt, aliquando fuijj'e nova, » & quœ nunc nova funt, aliquando futura antiqua, non ignoraret,fed » quia/alfa aut vera deprehendebantnr, nova condita e/i ac vera philo- » fophandi ratio. & idcirco duratura, ac antiqua aliquan\do futura;
» Hoc monumentum pofuit, & cum eo quod marmoreum ci » illujlriffimiis Chrijlianijfimi Régis ad
» CHRISTINAM
)' CelfiJJimam eruditijjtmamque Sucdorum
» Reginam Legatus
n PETRUS CHANUTUS
» Ponendum curavit
» Conjunxii
» Marcus Zuerius Bo.xhornius. »
Ejufdem Authoris Epitaphium
Quijibi demeruit lotum Cartesius orbem,
Extramum fati iranfigit illc diem.
Avia cui Veterum vifa ejl Sapienlia, veram
Prcetulit antiquœ, prœpofuitque novam.
Sunt imitatores Jerviim pecus. Hune venerare;
Naturam agnofces hoc prceeuntc ducem,
Marcus Zuerius Boxhornius mourut à Leyde, le 3 oct. i653. (Voir le Dagboek de Constantin Huygens, dont il était parent.)
Enlin nous ;ivons vu, t. V, p. 479-4.80, que Huygens père, et son second fiU, Christian, firent aussi des vers sur la mort de Descartes. A ce propos, on pourrait être surpris que Huygens
Appendice. ^9^
n'eût fait aucune mention de leur grand ami, dans son Dagboek (publié par J.-H.-W. Unger, à Amsterdam, Gebroeders Binger, 18-^4), à la date du i i février i65o, ni plus tard. Le fait est d'autant plus surprenant que Huygens n'oublie pas de mentionner la mort d'autres Français, qu'il a connus : « 9 Dec. i632 : Obit, heu! » Alb(ert)us Girardus. vir incomparabilis. — i3 Sept. 1643 : » Obit... Abraham de Mori, Ecclefiaftes Gallicus, amicus integer- M rimus, & heu! mihi inftar fratris. — 3 Sept. i653 : Obit Spadœ » Claudius Salmafius. » Il mentionne celle d'Elisabeth, princesse palatine, à Herford, le 8 février 1680, comme il avait fait celle de Campanella. à Paris, le 21 mai i63g. Mais le 11 février i65o, rien sur Descartes. L'explication en est fort simple : du 18 janvier au 3 avril i65o, il y a une lacune dans le Dagboek (voir l'imprimé p. 5o). Mais Huygens se souvint de son ami Descartes. Outre sa lettre à Chanut, du 2,6 juillet i65o (t. V, p, 479-480), il en écrivit une autre, en latin, à la reine Christine elle-même. La voici :
n VII Cal. Se.xtil. i65o. — Quis & cujas ego fim, qui è Batauis » tecompellatum eo, tam te fcire parum attinet, quàm folis intereffe » dicas quotam inaceruo paleam formica bajulet... » Et il se présente lui-même, énumérant ses titres : « ...Aiunt me, apud » Inuiclos Araiifij Principes quodammodô gratiofum, tota quinque » luftra fecretioribus confilijs implicitum, non inutiliter operam » nauaffe nec plebeiam... »; puis ses ouvrages, et il conclut : « Quidquid eius rei fit, nondum fatis cauffae arbitror, quôd fim » tire tuae femper amicitiîe. »
« Superat argumentum, quo fi non âmes, utique me cenferi » patiare inter Majeftatis tuîe non indignifiîmos clientes. Cartesivm » amaui, Domina, & quem amaret [ad ultimum vitas fufpirium » écrit d'abord, puis barré ; et récrit ^u- dessus : h Oau|^.«»T5; ad finem » heu ! breuis vitœ] vifus fum meruifie. Hoc tandem nomine quis & » cujas ego fim ne nefcias, meo mihi jure poftulo. In tuo Septen- » trione Solem illuni occrdentem vidifti, nec fine lachrimis quidem, )) nifi vehementer fallor. Splendet tamen ifle poft occafum, & » fplendebit immortalis, quamdiù Sol alter ifte, & minores flellae. » Itaque te per magnos, nifi pateris & facros, Mânes obteftor, faue » parentantibus amicis intimis amico inîeftimabili, eo génère facun- » di« quod per fingultum fubfilit, & lacrimis, non atramento, » explicatur. Neque alibi te in re feriâ oftendat jocularis fermo : » inualuit hic Duper illa didio, ex quo Galliœ placuit, & applaufum » ibi fapientiflimorum hominum tulit, qui Maronis caftifiimam » majeftatcm aufus efl ludos facere, & ad morientis Elifae pyrum Vie de Descartes. 75
594 Vie de Descartes.
» admotas prjeficas in rifum foluit. Nimirum gens imperatoria, » quœ & inconftantiaï fuas & [vanitatis écfit d'abord, puis barré; )' récrit au-dessus : leuitatis] (edam quoufque libet extendit, [in n margine : à quà lepidiffimà tyrannide ne Septentrionem quidam » tuum immunem habes,] ipfum Chriftiani orbis ftilum, uti libitum » eft, tempérât, innouat, aut immutat; ipfis denique Mufis perfo- » nam induit aut detrahit, pro imperio : ut hœc ubique nunc pari » pad'u ambulent, Galiicè veftiri, & loqui. Accedit quôd, cùm Sta- » giia, quam h [/.axapiTY;; oppugnauerat, debellanda porrô effet, infi- » rtendum quodammodo veftigijs inuifti poliorcetge fuit, & quam » ille moderto Icommate paflim impetiuerat, totis plauftris inueâi- » uis explodenda. Faciunt hùc in illuftri argumente loquaces nugœ, » aliaque nonnuUa ejufdem furfuris ; quorum ubi pertœfum fuefit, » patior feueris non blandis oculis intuearis, quœ porrô Philo- » fophi tui tumulo elogia appendimus, non jocofi commatis, fed » quibus pofteritati conftare voluimus, quis ille & quanti Renatus » fuerit, & quàm futilem de Phœnice fabulam reddiderit, unicus » ifte & nullo de cinere reuidurus... » (Amsterdam, Acad. des Sciences. Constantini Hugenu Epijlolœ Latinœ, MS., Epift. 419.)
Transfert du corps.
Funérailles a Paris.
Nous reproduisons ici le chap. xxiu du Livre II de La Vie de M. Des-Cartes, par A. Baillet, 1G91 :
« ...Cependant les amis du défunt ne pouvoient fouffrir qu'avec » chagrin que fon corps demeurât ainfi dans une terre étrangère, où » il ne leur étoit point libre de chanter les Cantiques du Seigneur, » & d'offrir leurs vœux au Ciel fur fon tombeau. [En marge : » Lettr. & Rélat. MJf. de Chajf. & de PompA Depuis la retraite » de la Reine {1654), perfonne ne s'intéreffoit plus à la garde de » ce précieux dépôt, & fon fépulcre ne fervoit plus que de fpedacle » à la curiofité des Voyageurs & des Sçavans. Perfonne ne parut » alors plus mtelligent pour pénétrer le fonds du cœur de ces » affligez, & pour expliquer leurs foupirs, que Monfieur d'AIibert » (Pierre), Tréforier général de France; & perfonne ne fe trouva
AppFNDicr:. ijOÇ
» peut-ctrc plus en ctat que luy de latisfairc à leurs delirs. » (Baili-ET, loc. cit., p. 433.) Clcrselier l'annonça au public dès la fin de 1666, dans une Préface : voir notre t. V, p. G52-r)S'3.
La page qui suit, dans Baillot, relative à d'Alibert, se trouve reproduite en notre t. XI, p. GSy-ôbo. Baillet continue ainsi :
« Voyant donc M. Chanut forti de ce monde [Chanut était mort » le ig Juillet 1662), il ne crud perfonne plus en tftat que luy-niême » de faire reufiir la relblution qu'ils avoient prife en iGG6, de faire » tranfporter le corps du Philofophe en France. Il fe chargea feul » de la conduite de l'alVaire, & fon cœur ne put fouffrir même, » que perfonne {page 435) autre que luy, parlât de contribuer » aux frais de cette longue & difficile exécution. Les premiers avis » de leurs délibérations n'alloient d'abord qu'à rétablir le tombeau » du défunt & à luy faire ériger en Suéde un monument de » marbre pareil à ccluydont la Reine Chrifiine avoit eu le delicin. » M. d'Alibert avoit écrit dés l'année précédente à M. le Chevalier » de Terlon pour lors Amball'adeur de France en Suéde, pour le » fonder fur ce point, & fçavoir s'il voudroit fe charger de l'entrc- » prife. [Lettres MJf. du Chevalier de Terlon à M. d'Alibert » du 27. Juillet i665. Du 23. Septembre. Du 3. Oâlobre. Du » 10 Octobre de la même année ] Cet Ambalfadeur fut ravi d'avoir » une occafion de témoigner le zélé & la vénération qu'il avoit » pour la mémoire & la réputation d'une perfonne, dont il efiimoit » infiniment la dodrine. Il manda à M. d'Alibert qu'il acceptoit la » commiffion avec joye, & qu'outre le monument de marbre, qui » feroit fupcrbe, il feroit faire un bufte de bron/.e, & un autre de » pierre de taille, fur le tableau que la Reine Chrirtine en avoit » fait tirer après fa mort; & qu'il feroit mettre les deux bulles fur » la pyramide de' l'ancien tombeau, que M. Chanut avoit fait » dreffer, après qu'il l'auroit fait raccommoder. Il communiqua » enfuite ce grand deffein \Lettr. du 10 d'Oâobre] à un fcavant & » illujlre François, qui fe trouvoit à Stockholm, & qui avoit été >> aufli à la Reine Chrilline en qualité d'homme de Lettre-^ Cet » homme loua le delfein; mais il reprc'fenta à l'Ambalfadeur, qu'il » feroit encore plus glorieux pour la mémoire du grand Philofophe, » & pour la nation des François, de Iran/porter fon corps, tel n qu'on le Irouveroit, en France ; d- de le placer dans une des Hglifes » de la capitale du Royaume, oit toute l'Europe l'iroit voir : au lieu » qu'il feroit toujours \ncoy:,T\\xo dans un coin du Nord, où è toit fon » tombeau. M. le Cheualier de Terlon étant entré dans ce feiitiment, >> propofa la chofe à M. d'Alibert, & M. d'Alibert aux principaux
Vie de Descartes.
» Cartéfiens, qui cmbradcrent cet expédient comme une bonne n fortune, qu'ils avoient toujours defirée ardemment, mais qu'ils » n'avoientoféefpérer comme unechofede trop difficile acquifition. » » M d'Alibert fe picqua d'honneur, pour faire voir que l'exécution » de cette affaire ne luy feroit point difficile; & il récrivit vers le » commencement de l'Avent à M. l'Ambaffadeur, pour le prier » de faire lever le corps de M. Defcartes, & de l'envoj'er en France » fuivant les moyens qu'il luy en facilitoit. M. le Chevalier de Terlon » {page 436) étoit fur le point de partir de Suéde pour aller » Ambafladeur en Danemarc, lors qu'il reçut cette lettre; & il ne » fut point fâché de fignaler fa fortie par une adion de cet éclat, » qui devoit trouver un jour fa place dans l'hifloire. Ayant reçu le » confentement du Roy de Suéde par écrit, il demanda permifTion » défaire lever le corps au Gouverneur de Stockholm, & à la » Régence de la ville, puis au grand Chancelier du Royaume, qui » étoit pour lors le Comte Magnus-Gabriel de la Gardie, oncle du » Roy Charles XI (il avoit époufé fa tante), fils du Connétable » (Jacques de la Gardie) & grand Général de Suéde, & petit-fils de » Pontus de la Gardie, Gentil-homme François. M. le Chevalier de » Terlon, après avoir payé les droits à l'Evêque, aux Prêtres Luthé- » riens, & aux foflbyeurs, marcha en plein jour avec toute fa » famille au cimetière du Nord-Malme, accompagné de Monfieur >) de Pompone, qui étoit nouvellement arrivé de France pour luy » fuccéder dans fon Ambaflade de Suéde, & qui avoit fouhaité » d'affifter à la cérémonie. Elle fut faite malgré les murmures des » Sçavans du pais, le premier jour de May de l'an 1666, par l'Au- » mônier de M. de Terlon, qui fit conduire & dépofer le corps dans » la Chapelle de fon hôtel, où l'on fit un procez verbal de tout ce » qui s'étoit paflé. [Lettr. MJf. de Terlon à d'Alibert, du 3o. Dé- » cembre i665, du 20. Mars 1666, du i . May 1666^]. Il eut foin
a. Le Chevalier de Terlon à M. de Lionne : « A Stockholm, le 8 may » 1666. — Je vous efcris ces lignes en mon particulier, pour vous dire, » Mgr, que Monfieur de Pompone eft prefentement chez luy, & que cela » ne fait pas, quoique feparés de maifon, que nous ne foyons toufiours » enfemble & dans la dernière Union en toutes chofes, tant pour le fer- » vice, que pour ce qui peut nous regarder en noftre particulier. »
« Je vous donne aufîî advis, par ce mot, que nous avons fait déterrer le » corps de feu Monfieur Defcartes, qui mourufticy du temps de la reyne » Chriftine, & auquel feu Monfieur Chanut fit ériger un tombeau avec » une fort belle infcription. Comme j'ay elté prié par le fieur d'Alibert » de faire la chofe, & de l'envoyer à Paris, pour le mettre à Saint-Vi£lor
Appendice. Ç97
» même dô faire réparer Ui pyramide du tombeau en la manière » que M. Chanut l'avoit fait dreffer, & il fit retracer les Infcriptions » latines que cet ami de M. Defcartes avoit compofc'es, & que les » vents & les pluyes avoient fort mal traitées depuis ce têms-ià. » M. de Terlon, fongeant à la commodité du tranfport, avoit fait » faire un cercueil de cuivre, long de deux pieds & demi feulement, » parce qu'il fe doutoit que le cranc & les os du défunt feroient » détacher, & qu'on pourroit les ranger les uns fur les autres fans » indécence. [Mém. MJf. de Monjieur de Pomponne, <Sr.]. L'on
» où la plufpari de fes difciples ont réfolu de luy préparer un tombeau » magnifique, j'ay voulu vous Tefcrire, croyant qu'il feroit affés à propos » que l'on inférât dans l'infcription, que ledit corps a efté tranfporté de » Stokolm à Paris, du Règne de Sa Maierté. Il eftoit affés grand homme, » & fa haute réputation clloit allés bien ellablic, pour mériter ce foin de » ladite Maiellé. Je vous alfeure, Mgr, que l'on a eu beaucoup de peine à » m'accorder icy le tranfport de ce qui, peut refter de fes offemens, plu- » fleurs perfonnes s'eltant tout à fait attachées de fuivrc fa doftrine & fes » préceptes. Monfieur de Caumont-Fieubet, qui a l'honneur d'elfre » connu de vous, loge chés luy le fieur d'Alibert, auquel vous ferés, s'il » vous plaift, fçavoir nos fentimens, afin qu'il les exécute punililuelle- » ment... » [Société archéologique de Touraine, 187?, t. XXIII, p. 42, etc.) Le marquis de Pomponne à Monsieur Colbert. « A Stockholm, ce » 8 may 1666... Vous donnez tous les iours, Monfieur, tant de marques » du cas que vous faittes des gens de lettres, que lorfque ceux qui vivent » ont tant de fujet de parler de vous, vous ferez bien aife fans douite que » l'on vous parle d'un grand philofophe qui n'efl plus». C'eft de l'illufire » M. Des Cartes, qui après avoir porté fi loin fa réputation dans toutte » l'Europe, meritoit un fort plus heureux que de venir mourir affez » obfcurement en Suéde. Quelques gens d'eftude & de mérite qui fe font » honneur à Paris de porter le nom de difciples d'un fi grand maiftre, » ont cru qu'il n'elloit pas moins de ia vénération qu'ils ont pour fa » mémoire que de l'intereft de leur pays, de rendre à la France tout ce « qui lefle d'un li grand homme, & que luy ayant donné la naiffance, il » eftoit de fa gloire de faire connoiftre à la pofterité, par fon tombeau. » qu'elle a produit un philofophe dans notre fiecle capable d'obfcurcir » tous ceux des ficclts palfcz. Ainfy ayant prié, il y a defja quelque » temps, M. le Chevalier de Terlon d'envoyer fon corps à Paris, il a pris » foin de le faire enlever de la fepulture que M. Chanut, chez qui il » mourut, luy avoit fait cflevcr, pour en recevoir une plus honorable » qu'ils luy préparent. Recevez, s'il vous plailt, Monfieur, cette nouvelle » de ce pays, quoiqu'elle ne foit pas tout à fait de celles dont nous » devons groflir nos defpefches, & croyez que l'on ne peut eftre avec » plus de refpeil A de vérité que nous femmes, &c. . . » {Ibidem.)
Vie DR Drscartrs.
» renlerma les os couchez fur les cendres dans ce nouveau cercueil » avec de nouvelles cérémonies & quelques prières; mais l'on ne I) put refufer à M. le Chevalier de Terlon un des olfemens de la » main, qui avoit fervi d'inltrument aux écrits immortels du » Défunt, & qu'il avoit religieufement demandé à l'Affemblée, qui » compofoit prcfque toute l'Églifc catholique de Suéde, en témoi- » gnagc du zélé qu'il avoit pour conferver la mémoire de M. Def- » cartes. On drelfa un nouveau procez verbal, que [page 43 j) l'on » mit avec le premier dans le cercueil, que l'on jugea à propos de » fceller & d'enchaffer dans de fortes barres de fer : après quoy on » le fît embaler, & M. l'AmbafTadeur le garda dans fon anti- » chambre jufqu'au jour du départ. [Lettr. Mf. de Terlon du » I g Juin 1666, & Rél. Mf. de Chajfan].
« Le fieur de l'Epine, Maître d'hôtel de Monfieur de Chaffan, » qui étoit reflé à Stockholm lorfque fon Maître en étoit parti pour » revenir à Paris, s'offrit pour conduire le corps en France, foit » de fon propre mouvement, foit comme commiiïionnaire de fon » Maître & de M. d'Alibert. M. le Chevalier de Terlon, qui connoif- » foit le fieur de l'Epine pour un homme fur & intelligent, ne fit » point difficulté de luy confier le dépôt; mais il voulut luy joindre » l'un de fes valets de chambre, nomm'éle fieur du Rocher, ferviteur » d'un zélé & d'une fidélité éprouvée, pour luy rendre conte de » tout ce qui fe feroit paffé. Dés que le funèbre équipage fut » embarqué (en Juin 1666) au port de Stockholm, M. le Chevalier » de Terlon qui devoit le fuivre de prés jufqu'à Coppenhague, d'où » il alloit l'envoyer par terre, écrivit à M. d'Alibert [Lettr. MJf.] » pour luy donner avis de toutes chofes. Celuy-cy en donna la nou- » velle aux principaux Cartéfiens de Paris, qui employèrent leurs » amis, & fur tout le Réfident de France à Hambourg, pour obte- » nir de la Reine de Suéde un certificat de la catholicité de M. Def- .) cartes, contre certains reftes de l'Envie, que la Vérité & la » Juftice n'avoient point encore pu étouffer depuis dix-fept ans. .) M. Clerfelier & l'Abbé Picot fe chargèrent d'écrire en particulier » au Père Viogué, Affiftant François du Général des Auguflins à •) Rome, qui avoit gouverné la confcience de M. Defcartes en .) Suéde, afin de luy faire donner de fon côté un certificat de ce > qu'il en avoit connu par luy-même. [Lettr. du P. Viogué, du » 10 May 1667.] Ce ne fut point fans difficulté, que le corps put » arriver à Coppenhaglie, à caufe des fcrupules fuperititieux des » matelots, qui par de fotes traditions avoient appris de leurs fem- » blables que le tranfport des corps morts leur étoit de malheu-
Appendice. 599
» reux augure. M. le Chevalier de Terlon, en partant de Stockholm » pour Coppenhague, où il devoit refter Ambafladeur auprès du » Roy de Danemarc, écrivit au Roy fon maître, pour l'informer de » tout ce qu'il avoit fait, & de ce qu'il avoit à faire encore touchant le » corps de M. Defcartes. Il marqua en peu de mots à Sa Majefté quel » étoit le mérite de cet illuftre Sujet (/ja^g'e.^Jci') qui faifoit une partie » de la gloire de fon Royaume, & la fupplia de vouloir luy faire » connoître fa volonté. Le Roy luy fit l'honneur d'approuver ce » qu'il av )it fait, & luy envoya les ordres néceflaires pour faire » faire le tranfport du corps par fon autorité royale. [Lettr. Mf. de » Terlon, du 1 May 1666. Lettr. du ig Juin 1666.] Le corps fut » trois mois entiers à Coppenhague fous l'infpedion de M. le Che- » valier de Terlon, qui prit toutes les mefures néceffaires pour la » fureté des paffages. Il luy donna la forme d'un balot de fes )) hardes, qu'il devoit envoyer fous le fceau de fes armes, afin de >) prévenir tous les fcrupules, & les effets de la fuperltition des » peuples étrangers. Il en marqua la route par terre, pour éviter » les hazards de la navigation: affùré fur tout que, fi ce précieux « dépôt venoit à tomber entre les mains des Anglois, parmi lef- » quels M. Defcartes avoit déjà une infinité d'Adorateurs, ils » auroient refufé de le rendre, & luy auroient élevé un magni- » fique Maufolée dans leur païs, fous prétexte de dreffer un temple » à fa Philofophie. Ayant reçu les ordres du Roy, il écrivit à » M. de Lionne & à M. Colbert [Lettr. du 2 d'Odobre 1666] » pour les leur faire fçavoir, afin qu'ils ordonnaient aux Doiiannes » de ne point ouvrir le balot. Enfin, il fit partir le corps de Cop- » penhague le fécond jour d'Odobre de l'an 1666, fous la diredion » du fieur de l'Epine, &'du fieur du Rocher, auquel il donna une » lettre pour M. d'Alibert. Trois jours après, il luy récrivit par » l'ordinaire [Lettr. du S d'Odobre 1666], pour en publier la » nouvelle dans Paris, & l'inférer dans les Gazettes. Mais il » demanda, pour reconnoiffance de fes foins, qu'on ajoutât à l'inf- » cription du tombeau, que ce tranfport avoit été fait fous » Loiiis XIV par le Chevalier de. Terlon fon Ambafj'adeur. \ Lettr. » du 25 Dec. 1666.] Les fieurs de l'Epine & du Rocher travcr- )• férent à longues journées la Juthlande, la baffe Allemagne, la » Hollande & la Flandre, en toute fureté, jufqu'à ce qu'étant M arrivez à Péronne en Picardie, ils furent arrêtez par les Doiian- » niers, comme introdudeurs de quelque marchandife de contrc- » bande. [Rél. Mf de M. Haqueteau.] Rien ne leur parut dans » tout leur voyage plus embarraffant que cette exaditude aveugle
6oo Vie de Descartes.
» des Commis; & quoy qu'ils alléguaffent de par le Roy, & au » nom de M. Colbert pour M. l'Ambaffadeur, ils ne purent s'en » garantir, qu'en fouffrant que l'on rompît le fceau de M. l'Ambaf- » fadeur, & que l'on ouvrît la caiffe de cuivre : dont ils prirent adle » en préfence de témoins fuffifans. »
[Page 43g.) « Le corps étant enfin arrivé à Paris, vers le com- » mencement du mois de Janvier de l'année fuivante, fut porté chez » M. d'Alibert, & quelques jours après, il fut mis en dépôt fans » cérémonie dans une Chapelle de l'Eglife de faint Paul; & l'on » délibéra auiïi-tot du lieu do la fepulture, & des circonftances dont » on accompagneroit la cérémonie. [Lettr. Mf. de Clerf.au P. l'Alle- » mant, du i6 Mars lôôy. Ephémérid. imprim. de l'Abbàie de Ste » Geneviève, & de la Congrégat., du i Février lôâS".] L'on jetta les
a. Relation de ce qui s'eft pajfé en la Congrégation des Chanoines Réguliers de France en l'année 1 66 j [le même titre, avec la date seule changée, reprend en tête de chaque année, de 1654 à 1699]. Page 5-6 :
« Les amis de M. Defcartes, ne pouuant fouffrir que le corps de ce » fameux Philofophe demeurât plus long-temps dans vne terre eftran- » gère & Hérétique, obtinrent, quoy qu'auec difficulté, permiflîon du Roy » de Suéde de le faire tranfporter en France, oii cherchant quelque lieu » conuenable pour garder vn dépos fi confiderable, ils jetterent les yeux » fur l'Eglife de Saincle Geneuiefue de Paris, non feulement à raifon de fes » prerogatiues, mais encor à caufe qu'elle eft fituée au milieu des Lettres » & de rVniuerfité. Ils vindrent donc prier le R""^ P. General de l'y rece- » uoir : ce qui leur ayant efté accordé, ils apportèrent aux flambeaux, » dans vn carroffe, le corps qui eftoit enfermé dans vn cercueil de »' cuiure, qui fut mis en terre entre deux Autels au haut de la Nef, où » l'on doit pofer vn Epitaphe à fon honneur ; on fit enfuite vn Seruice » fort folemnel, oij tous les Dodes de Paris furent conuoquez, auquel le » R""= officia pontificalement. »
« Dauantage, pour lauer entièrement les cendres & la mémoire de ce 1 gnand Homme, de la tache des erreurs qui infeflent les pais où il a » afFez long-temps demeuré pendant fa vie & après fa mort, on a depofé » dans nos Archiues, comme dans vn trefor publique, des témoignages » &. des certificats authentiques de fa Religion, & comme il eft mort » dans la Communion de l'Eglife Romaine. Il y en a vn, entr'autres, de » la Reyne Chriftine de Siiede, qu'elle a figné, & di£lé en nollre langue, » qui comprend vn éloge de ce rare Perfonnage, où elle dit : Nous certi- » fions mefme, par ces Prefentes, qu'il a beaucoup contribué à nojlre » glorieu/e comierfion, & que la Prouidènce de Dieu s'eft feruie de luy, » & de fon illuftre, amy le fteur de Chanut, pour nous en donner les pre- » mieres lumières, que fa grâce & fa mifericorde acheuerent après, à
Appendice. 601
» yeux fur l'Eglife de fainte Geneviève du Mont, que l'on ne » regardoit pas moins comme le fanduaire des Sciences, que comme » celuy de la Religion. On fouhaitoit d'expofer ce corps à toute la » France fur le lieu le plus élevé de la capitale, & fur le fommet de » la première Univerfité du Royaume, afin que les dépouilles de la » mortalité de ce grand Philofophe puffent fervir de trophée à la » Vérité éternelle, que fon efprit avoit recherchée fur la terre, & » que fon ame poffédoit en l'autre monde, autant qu'il étoit permis » de l'efpérer de la miféricorde de Dieu. L'Abbé de fainte Géne- » viévc. Général de la Congrégation, qui étoit alors le Révérendi- » flime P. François Blanchard, reçut la propofition qu'on luy en » fit, avec plaifir; & tous les Religieux de la maifon n'eurent qu'une » voix pour y confentir. Le Père l'Allemant, Chancelier de l'Uni- » verfité, célèbre par divers ouvrages de piété, dont le Public fera » long-têms fes délices, fut choifi pour compofer l'Oraifon funèbre, » & M. Clerfelier luy fournit les mémoires néceflaires pour y » réiiflir. D'un autre côté, M. Foucher, Chanoine de Dijon, demeu- » rant pour lors à Paris, s'étoit chargé d'en faire encore une autre, » à la prière de M. Rohault, pour être prononcée en un autre lieu, » dont on devoit convenir dans la fuite. Mefiîeurs de fainte Géne- » viéve voulurent bien prendre tous les foins de l'appareil funèbre » qui regardoit la décoration de leur Eglife, & M. d'Alibert convint » avec eux des moyens de faire la chofe avec un éclat & une magni- » ficence à laquelle on n'eût rien à defirer. »
« Toutes chofes étant préparées pour le xxiv Jour de Juin. » [Regijlre des Jure^ Crieurs, du Samedy 2S Juin 1667], la » pompe funèbre partit de la rue Beau-treillis, où demeuroit » M. d'Alibert, après le foleil couché, pour fe rendre à l'Eglife » de faint Paul, d'où l'on devoit lever le corps. Elle étoit compofée » du Clergé de cette grande Paroiffe, d'un nombre très-grand de » Pauvres revêtus de neuf au nom du Défunt, portant des torches & » desflambcauXj&d'une longue (f»a^e^.^o) fuite de caroffes, remplis » de perfonnes de la première qualité, de tous les amis du Philofophe » qui reftoient à Paris, & d'une foule de fes Sedateurs, qui » n'avoient jamais eu l'honneur de le connoitre. Elle arriva devant
» nous faire embraffer les vérité^ de la Religion Catholique, Apojlolique » & Romaine. »
Le 0 Témoignage » en question remplit la p. lo. (Note communiquée par M. Victor Chapot, sous-bibliothecairc à la Bibliothèque Sainte- 'teneviève.)
6o2 Vie de Descartes.
» l'Eglife de fainte Geneviève peu de têms apre's les matines de la » Communauté. L'Abbé, revêtu des habits pontificaux, la mitre fur » la tête & la croffe à la main, accompagné de tous les Chanoines » réguliers, portant chacun le cierge, alla recevoir le corps à la » porte de l'Eglife, & le conduifit dans le Chœur, où l'on chanta » folennellement les Vêpres des Morts. L'induftrie des Pérès de » fainte Geneviève pour l'appareil funèbre, & pour tout le céré- » monial Eccléfiaftique, qui eft toujours fort majeftueux parmi les » Chanoines réguliers, enchérit encore beaucoup au-deffus de tout » ce que l'imagination du généreux M. d'Alibert avoit pu leur » fuggérer; & depuis la mort du Cardinal de la Roche- Foucaut, » Réformateur de leur Ordre, l'on ne fe fouvenoit point d'avoir » rien vu de plus pompeux dans leur Eglife. Les prières finies, » l'on porta le cercueil au côté méridional de la nef, & on le pofa » contre la muraille {en marge : entre deux confefiionnaux) dans » un caveau qui luy avoit été deftiné, entre la chapelle du titre de )/ fainte Geneviève & celle du titre de faint François. La groffe » fonnerie qui fe fit entendre par toute la Ville, dans le têms que » tous les bruits du jour commençoient à céder au filence de la » nuit, excita la curiofité ou ia dévotion d'une infinité de monde, » qui accourut à l'Eglife le lendemain, qui étoit un famedy, auquel » on avoit remis le fervice : ce qui produifit une foule d'affiftans, )) beaucoup plus grande que celle de la veille. Mais à travers de » tout cet appareil, il vint un ordre de la Cour, portant deffenfe de » prononcer publiquement l'Or.aifon funèbre. Il fut reçu avec » refped, & fut exécuté avec autant de foùmiflîon, que s'iL » n'eût pas été furpris. Dès le mois de Mars [Lettr. Mf. de » Clerf. au P. V Allemant, du i6 Mars lôôj. Item, Mém. Mff. de » Clerf. ^^ lorfque la pièce n'ètoit encore qu'ébauchée fur le papier » du P. l'Allemant, l'on avoit reçu quelque avis que, parmi la » foule des auditeurs qui feroient ravis d'entendre prononcer cette » Oraifon. il fe glifferoit infailliblement quelques cenfeurs mal >) intentionnez, qui pourroient en faire un mauvais ufage. La » crainte parut aflez bien fondée à M. Clerfelier, qui jugea qu'on )> devoit en continuer la compofition, mais s'abftenir de la prononcer » en public. Le P. l'Allemant, charmé de la {page 441) beauté de fon » fujet, n'avoit pas laifle de fe préparer dans la fuite, à la perfuafion » de ceux qui prenoient cette crainte pour une terreur panique. » Mais l'événement fit connoître tout à propos, que M. Clerfelier » avoit confeillé le meilleur parti. Cependant en fit le fervice folen- » nel avec la même magnificence que la veille. Le Rèvérendiffime
Appendice. 6oj
» Général Abbé du lieu dit la Meffe pontificalement, & finit toute » la cérémonie par une proceflion au lieu du cercueil, où il bénit » pour la dernière fois les cendres du Défunt. Après que le gros » de la foule fut écoulé, les principaux amis de M. Defcartes » allèrent joindre les Religieux de la maifon, & leur préfentércnt » les titres & les procez verbaux de toute l'hiftoire de cette fameufe » tranflation, avec les certificats en bonne forme, du Père Viogué » (du 9 de May 1667, à Rome), de feu M. Chanut l'Ambaffadeur, » de M. Clerfelier, & de Meffieurs Chanut, fils de l'Amballadeur, i> concernant la catholicité de fa Religion, l'intégrité de fes mœurs, » & l'innocence exemplaire de fa vie. Ils y joignirent auffi une » lame de cuivre, où ils avoient fait graver la même hiftoire parfai- » tement bien circonftanciée, avec les noms de toutes les perfonnes » qui y avoient eu quelque part. L'Abbé & les Religieux renfer- » mérent la lame de cuivre dans le cercueil en préfence de ces » amis; & après qu'on l'eut fcellé & barré, ils portèrent les titres, » les procez verbaux & les certificats, dans les archives de l'Abbaye. » Celuy qu'on attendoit de la Reine de Suède ne put venir a(fez » tôt, pour être compris dans la même cérémonie. On ne le reçut » qu.'au mois de Septembre fuivant, parce que la Reine ne s'étoit » trouvée en état de l'écrire de fa main, que le xxx jour d'Août » dans la ville de Hambourg^. On le mit à la tête des autres,
a. Baillet avait donné, au commencement du même chapitre, un extrait du certificat de la reine :
« Voicy les termes aufquels fa Majefté voulut s'en expliquer, douze ans » après, par vn certificat figné de fa main : Nous certifions même, par ces » préfentes, que ledit Jieur De/cartes a beaucoup contribué à nôtre glo- » rieufe converjion, & que la Providence de Dieu s'ejl fervie de luy & » de /on illujlre ami le Jieur. Chanut, pour nous en donner les premières » lumières, que fa grâce & Ja mijéricorde achevèrent après, & pour nous » faire embraffer les vérite\ de la Religion Catholique, Apoflolique, & » Romaine. La Reine fut bien aife de donner ce témoignage au Public, » afin de le faire paffer à la Poftérité, parce qu'il s'agilToit de protefter » folennellement en faveur de la Vérité. Mais dans fes converfations » particulières [Poiffon. Rélat. Mf. defon entret. avec la Reine de Suède » d Rome, en i6yj], où l'on fçait qu'elle affefloit de parler toujours fort » froidement de ceux qu'elle eftimoit le plus, fur tout depuis qu'elle eût » fixé fa demeure en Italie, elle fe contentoit de déclarer que : la facilité » avec laquelle elle s'ètoit rendue à plufieurs difficultés^, qui l'éloignoient » auparavant de la Religion des Catholiques, ètoit due à certaines chofes » qu'elle avoit oûy dire à M. Defcartes. » (Loc. cit., t. H, p. 433.)
rhose plus importante, Baillet parle de « certains petits mémoires
6o4 Vie de Descartes.
» comme le témoignage le plus glorieux de l'eftime que la plus » fçavante des tètes couronnées faifoit de nôtre Philofophe, & M comme le titre le plus authentique des fervices qu'il avoit rendus » à la Religion Catholique [en marge : en procurant la converfion » de cette PrincelTej, & de la piété avec laquelle il avoit tâché de » fe fanclifier luy-mème au milieu des Proteftans & des Etrangers » dans le iein de l'Eglife Romaine. Les reftes de l'inclination que » la Reine Chriftine confervoit pour la gloire des Etats qu'elle M avoit quitez, s'étoient réveillez à la nouvelle de l'enlèvement qu'on » avoit fait du corps de ion ancien Maître. M. le Chevalier de Terlon » [Lettr. de Terlon à d'Alibert, du 12 Juillet 166'j] {page 442) » ayant eu occafion de la voir depuis, elle ne put luy diiTimuler ce » qu'elle en penfoit ; & elle ajouta que, Ji elle avoit été dans le » Royaume, jamais elle n' aurait fouffert qu'on eût enlevé ce thréfor » de la Suéde; mais qu'elle V aurait fait tranjporter dans une Eglife, » aie elle l'auroit couvert d'un magnifique tombeau. » [Lettr. Mf. de » Clerf. à d'Alibert, du 23 Juin 1667. Lettr. de Terlon à d'Alibert, » du 12 Juillet 1667.] »
« Au fortir de l'Eglife de fainte Geneviève, M. d'Alibert mena » quelques perfonnes qualifiées & qu"elques-uns des principaux » Cartéfiens qui avoient été de la cérémonie, chez le fameux » Bocqtiet, où il leur avoit fait préparer un fplendide & fomptueux » repas. Ceux des conviez dont la mémoire ne nous efl pas encore » échappée, étoient : M. de Montmor, Maître des Requêtes ; M. A'Or- » mejfon, Maître des Requêtes; M. de Gucdreville, Maître des » Requêtes; M. d'Amboile, fils de M. d'Ormeffon, qui a été depuis M Maître des Requêtes & Intendant à Lyon; M. de Fleury, alors » Avocat, & maintenant Abbé du Locdieu, fous-Précepteur de » Monfeigneur le Duc de Bourgogne & de Monfeigneur le Duc » d'Anjou; M. de Cordemoy, aufli Avocat, & depuis Lecteur de » Monfeigneur: M. Rohault, gendre de M. Clerfelier & chef des » écoles Cartéfiennes; M. Au:;^out, Mathématicien, qui demeure pré- » fentement à Rome; M. Le Laboureur, Bailly de Montmorency; n M. Petit, Intendant des Fortifications, dont nous avons fouvent » eu occafion de parler dans cet ouvrage; M. Denjs (Jean-Bapt.), » Médecin ordinaire du Roy; M. Clerfelier, qui faifoit les honneurs » de la fête avec M. d'Alibert, M. Fedé fut auiTi du feftin, &
I) l'écrets qu'il (Descartes) luy avoit dreffez (à la reine de Suède), pour luy » apprendre la manière de vivre heureufe devant Dieu & devant lesi » hommes ». (Page 432.) Ces mémoires sont-ils définitivement perdus-
Appendice. 6o^
» quelques autres encore, qui fans y avoir été invitez le jeudy 23 » du mois comme les douze premiers, s'étoient affûrez d'y être trés- » bien reçus. On n'y omit rien de ce qui pouvoit le plus contribuer » à bien folennifcr la mémoire de M. Defcartes. Mais [Lettr. Mf. de » Clerf.^ de la Jin de Juin lôô-j] quelqu'un de la compagnie, en belle » humeur fur la fin du dîner, voyant que perfonne n'avoit pris le » parti des Péripatéticiens, fe leva foudain fur fon fiége & s'écria, » en fautant comme s'il avoit voulu prendre la fuite, en leur nom :
Hojlis habet muros, ruit alto à culmine Troja.
» Le neuvième jour d'après, qui étoit un Dimanche, troifiéme jour » de Juillet, i\l. d'AIibert, M. Clerfelier & M. Rohault furent priez » à diner par le P. Général de fainte Geneviève, & M. Rohault fit » après le repas diverfes expériences de l'aimant, pendant la récréa- » tion des Pères de la maifon. » (Baillet, loc. cit., t. II, p. 433-442.)
Tombeau a Sajntk-Geneviève-du-Mont.
Ce qui suit est la fin du même chap. xxiii, livre VII, du tome II de La Vie de M. Des^Cartes, par A. Baillet, 1691, chapitre reproduit ci-avant, p. 694-605. L'épitaphe française serait de Gaspard Fieubet, conseiller d'État, mort en 1694.
« Les foins de M. d'AIibert fe terminèrent enfuite à faire dreffer » fur le tombeau de M. Defcartes un marbre contre la muraille, » contenant la repréfentation de fon corps en fculpture avec une » belle Epitaphe au bas du bufle (elle ne fut mife en place que fur » la fin de l'an 1669), dont les vers françois font de la veine de l'un » des plus illuftres & des plus fçavans Magiftrats qui compofent » aujourd'huy le Confeil du Roy. Mais l'infcription latine que l'on » y a jointe, eft de M. Clerfelier, quoique plufieurs veuillent encore » maintenant l'attribuer au Père l'AlIcmant, Chancelier de l'Uni- » verfité. Voicy l'une & l'autre infcription de l'Epitaphe :
Descartes, dont tu vois icf lafepulture, A deffillé les yeux des aveugles mortels. Et gardant le refpeâ que l'on doit aux Autels, Leur a du Monde entier démontré lajtruélure.
6o6 Vie de Descartes.
Son nom par mille écrits Je rendit glorieux ; Son efprit, mefiirant & la Terre & les deux. En pénétra l'abime, en perça les nuages : Cepettdant, comme un autre, il cède aux loix du fort, Luf qui vivrait autant que /es divins ouvrages. Si le Sage pouvait s'affranchir de la mort.
RENATUS DESCARTES.
ViR fupra titulos omnium retro Philofophorum,
Nobilis génère, Armoricus gente, Turonicus origine,
In Gallià Flexiîe ftuduit ;
In Pannonià miles meruit ;
In Batavia Philofophus delituit ;
In Suecià vocatus occubuit.
Tanti Viri preciofas reliquias
Galliarum percelebris tune Legatus Petrus Chanut
Chriftinœ Sapientiffima» Reginte Sapientium amatrici
Invidere non potuit, nec vendicare Patriae :
Sed quibus licuit cumulatas honoribus
Peregrina» terrœ mandavit invitus,
Anne Domini i65o, menfe Februario, œtatis 54°.
Tandem poft xvii annos,
In gratiam Chriftianiffimi Régis
LuDovici XIV,
Virorum infignium cultoris & remuneratoris,
Procurante P^/ro d'Alibert,
Sepulcri pio & amico violatore,
Patriœ redditœ funt :
Et in ifto Urbis & Artium culmine pofitae.
Ut qui vivus apud Exteros otium & famam quasfierat,
Mortuus apud fuos cum laude quiefceret,
Suis & Exteris in exemplum & documentum futurus.
I nunc, viator :
Et Divinitatis immortalitatifque Animœ
Maximum & clarum Affertorem.
Aut jam crede felicem,
Aut precibus redde.
Appendice. 607
Ce tombeau demeura à Sainte-Geneviève jusqu'en 1792. Cependant on crut en France, notamment dans la famille de Descnrtes, qu'une partie au moins de ses restes avait été retenue en Suède. Arckenholtz ne manque pas de le rappeler, dans ses Mémoires concernant Chriftitie, etc., i^Si, t. I, p. 228-229; il ajoute dans une note sur le philosophe :
« Son parent, Mr. Joachim Defcartes, avoit intention de faire » conrtruire un autre Monument à l'endroit où René Defcartes fut » enterré, & où, comme il dit, une partie des cendres & du refte » du Défund fe trouvoit encore. Mais ce deffein n'a pas été » exécuté. Cependant nous mettrons ici l'infcription que fon » Parent auroit mile fans cela fur ce Monument :
« Carthefius (Joachimus), Gallus, Renati Affinis, Régi Galliarum » à Confiliis Militarifque Difciplina; Prasfedus, durabilius & » magnificentius Monumentum Renato Affini fuo in Cœmiterio » ad S. Olaum Suburbii Orientalis vulgo Nordermalm propediem » exftrui curabit in forma Pyramidis marmoreae plane iiluflris : » cujus primum latus habebit antiquam Infcriptionem ; alterum, » D. O. M. Régnante Chrijiina &c.; tertium fequentem, & novam » quartum [V. Joh. Tepelii Hijl. Philofophia: Carthef., pag. 85 » & 86] :
Adfta, Viator, & lege.
Hic inter Parvulos conditus ejt anno MDCL
Vir morum ftmplicitate & innocentia vere parvulus,
Atingenii fubtilitate maximus,
RENATÙS DESCARTES.
Galliarum totiufque Orbis Philofophus
Qualis quantujque fuerit, intelligcs ex infra fcriptis elogiis,
Caduco infortnique antehac tumulo
A Viro Nobili Petro Chanul Galliarum tune Legato appqfilis ;
Hujus quidem ojfa curis & fumtibus
Generoji Pétri D'Alibert Generalis Franciœ Quccjloris
Hinc eruta
Lutetiam tranjlata funt anno MDCLXl^I,
Et in ^-Ede S. GenovevcE pojita :
Sedexuviarum Ej us pars non exigua hoc fuperejl loco,
Quam ut pro Viri meritis decoraret
Illujlrijf. Joa. Anton, de Me/mes Eques, Cornes d'Avaux,
Ludov. XIV Régi Chrijîianijfimo à Secretioribus Confiliis.
Regiorum Ordinum Commendator eorumque
Ceremoniis prœpofitus/ummus Magi/ter,
6o8 Vie de Descartes.
Ad Rempublicani Venetam, dein Batavam.
Hinc ad Jacobum II, Magnœ BritaunLv Regcm in Hibernid degentem,
Tum ad Carol. XI et XII Suecice Reges Legatus,
Pro ïtifila Memmiorum Genti erga Literas &
Literatos propenfione
Ad Philofophice honorent & Gallici nominis immortalitatem
Immortalis memorice Philofopho,
Gallix Decori,
M. Decembr. MDCLXVII.
« Hanc qualemcunque Inlcriptionem Illurtrill', Galliarum Legato » vovei & confecrat illius Author Edmundus Pourchotius Senenfis. ») Jur. Utr. Lie, Academiae ParifienL Reclor Antiquus & emeritus » Philof. Profeff. ». »