XV
Panthéon et Elysée.
Cette note est empruntée, pour la première partie (Panthéon). à un article signé P. J. {Paul Janet?) de L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, année 1890, p. 220-224, n° du 10 avril.
« Le 12 avril 1791, le président de l'Assemblée nationale donne » lecture d'une pétition de M. le Prestre de Chateaugiron, lequel •» sollicite un décret, qui accorde à Descartes, son grand-oncle, llion- » neur d'être placé oii dot l'en t être déposées les cendres des grands » hommes^. Le manuscrit original de la pétition a été retrouvé dans
a. La date de cette inscription est certainement fautive. Edme Pour- CHOT, né le 5 sept. lôSi. ne fut recteur qu'en 1692, puis en .1693, puis cinq fois encore de 1694 jusqu'à sa mort, le 32 juin 1734. Quant à Jean-Antoine de Mesmes, comte d'Avaux, qui vécut de 1640 à 1709. il fut ambassadeur à Venise de 167: à 167.1, ^" Hollande de 1678 à 1688. auprès de Jacques II en Irlande l'année 1689. enfin à Stockholm de 1693 à 1700, auprès de Charles XI jusqu'à la mort de celui-ci, le 5 avril 1697, ensuite auprès de Charles XII. L'inscription serait donc au plus tôt de décembre 1697.
b. Voir pour la filiation du pétitionnaire, ci-avant p. 11-12, note b : fin de la descendance de Pierre Descanes de la Bretallière, frère aîné du philosophe.
Appendice. 609
» une vente; la pièce tout entière est un autographe de Condorcet. » La voici in extenso :
« Un petit-neveu de Descartes, le /ils de la dernière descendante » de ses frères, ose solliciter un décret, qui accorde à ses cendres » l'honneur d'être placées dans le Temple que l'Assemblée nationale a » consacré aux Mânes de nos grands hommes. »
« Descartes, éloigné de la France par la superstition et le fana- » tisme, est mort dans une terre étrangère. Ses amis, ses disciples » voulurent que du moins il eût un tombeau dans sa patrie. Son » corps, transporté par leurs soins, fut déposé dans l'ancienne église » de Sainte-Geneviève ; il leur paraissoit que celui qui avoit rétabli » la raison humaine dans ses droits, devoit être placé au milieu des » écoles publiques, oit l'on s'appliquoit à former celle des générations » naissantes, afin que ses cendres écartassent à jamais les préjugés » de ce lieu consacré par elles. Ils lui avaient préparé un éloge » public ; mais la superstition défendit de louer un philosophe, l'or- » gueil ne permit pas d'honorer un particulier qui n'étoit qu'un » grand homme, et si le prince royal aujourd'hui roi de Suède » n' avoit voulu consacrer par un monument ^ l'honneur qu'àvoit eu n son pays de servir d'agile à la philosophie persécutée, aucune » distinction publique n'auroit vengé l'apôtre de la raison des amer- » lûmes auxquelles la haine de ses ennemis l'avoit condamné. »
« Mais cette longue attente peut être plus que réparée : celui qui, » en brisant les fers de l'esprit humain ^ préparait de loin l'éternelle » destruction de la servitude politique, semblait mériter de n'être » honoré qu'au nom d'une nation libre; et le sort l'a servi d'une » manière digne de lui, en le préservant des honneurs que l'orgueil » du despotisme aurait souillés ''. »
a. Gustave III, qui devait bientôt périr assassiné à Stockholm, le 29 mars 1792. Son père étant mort le 12 févr. 1771, pendant que luimême se trouvait justement à Paris (du 4 févr. au 25 mars 1771)» '' n'était encore que prince héritier, lorsqu'il fit élever en 1770 à Descartes, dans l'église Adolphe-Frédéric de Stockholm, un monument, oeuvre du sculpteur suédois Johan Tobias Sergel. Un marbre dressé porte cette inscription : gustavus pr. haer. r. s. | renato cartesio | nat. in gallia
MDXCVI I MORT. IN SVECIA MDCL | MONI'MENTUM EREXIT | MDCCLXX. AU-deSSUS Un
médaillon, représentant les traits du philosophe ; au bas, un Génie, éclairant d'un flambeau une sphère, dont il soulève le voile qui la recouvrait.
b. Le texte de la pétition est suivi, dans l'autogr^he, de celte note d'un autre caractère :
« N(ot)a. le désire que, dans la lettre, M. de Chàteaugiron n'insiste pas » sur l'extinction de la famille de Descartes. Je connois deux jeunes Vie de Descartbs. 77
6io Vie de Descartes.
« Sur la proposition de son président, l'Assemblée renvoya cette » pétition à l'examen du Comité de Constitution. Elle ne fut rap- » portée que le i^'' octobre 1793, par Marie-Joseph Chénier, qui » proposa à la Convention, au nom du Comité d'instruction » publique, de placer Descartes au Panthéon. Son discours très » éloquent détermina l'Assemblée à rendre ces décrets :