‹ Œuvres de DescartesChapitre 3 sur 103 · LA FAMILLE · texte numérisé non relu

LA FAMILLE

Descartes naquit à La Haye en Touraine, le 3i mars i5g6. Cette date nous est connue par une inscription autour d'un portrait du philosophe, que dessina en 1644 Frans Schooten,

a. Voici les principaux ouvrages à consulter, lesquels renvoient euxmêmes à tous les opuscules et articles publiés sur des points de détail :

La Vie de Motif. Des-Cartes, par Adrien Baillet, Paris, Hortemels, 1691, 2 vol. in-4.

La Famille Descaries en Bretagne, par Sigismond Ropartz, Rennes, 1877, in-8.

Trois Médecins Poitevins au XVI' siècle, ou origines châtelleraudaises de la famille Descartes, par A. Barbier, Poitiers, 1897, in-8. — Voir aussi, du même auteur : Bulletins de la Société des Antiquaires de l'Ouest, t. VIII, 2= série, Poitiers, 1901, p. 618-654.

Nouvelles recherches sur l'origine et le lieu de naissance de Descartes, par Louis de Grandmaison, Paris, 1899, in-8. Extrait de la Bibliothèqui de l'École des Chartes.

La famille Descartes, par E. Thouverez, Toulouse, Congrès de; Sociétés savantes, 1899. Extrait de la Revue Archiv fur Geschichte de» Philosophie : XII Bd, 4. Heft, s. 5o5-528; XIII Bd, 4 Heft, s. 550-577 XIV Bd, I. Heft, s. 84-110.

Le Parlement de Bretagne, i554-ijgo , par Frédéric Saulnier Rennes, 1909, in-f°, 2 parties, p. lxiii et 1-475, 476-892.

Ces ouvrages seront cités sous la dénomination : Baillet, Ropartz. Barbikr, Gpandmaison. Thoi'verez, Saulnier.

Vie de Descartes. i

4 Vie de Descartes.

nation de « Poitevin », qu'il s'inscrivit en i63o sur les registres de l'Université de Leyde''; et il se présenta aussi comme « Poitevin» à Beeckman, lorsqu'il fit sa rencontre à Brédaen 1618''. En effet, son père et sa mère, et des deux côtés ses grandspères et grand'mères, et une partie de ses ascendants encore, appartenaient à la province du Poitou.

Son père d'abord, Joachim des Cartes, était né en Poitou, à Châtellerault ; l'acte de baptême est du 2 décembre 1 563 ". Son grand-père, Pierre Descartes, docteur en médecine, avait exercé dans cette même ville, jusqu'à sa mort en 1 566 (on a retrouvé sa pierre tombale)'' ; et il y exerçait déjà en i543, lorsqu'il se fiança (on a le contrat de fiançailles, du 3 octobre) avec Claude Ferrand. Celle-ci, grand'mère paternelle du philosophe, était fille de Jean Ferrand, aussi docteur en médecine à Châtellerault. Elle n'avait, à la date de i543, que onze à douze ans, étant née en i532 (la famille comptait neuf frères et sœurs), et elle survécut quarante-cinq ans à son mari, car on la retrouve encore vivante, dans des actes publics dont le dernier est du 29 novembre 1610 ^ Elle paraît avoir habité jusqu'à la fin Châtellerault .

La mère de Descartes, Jeanne Brochard, demeurait à La Haye lors de son mariage, dont le contrat est du i5 janvier 1 589 f. Elle figure comme marraine au registre des baptêmes de cette ville, par quatre fois, de 1574 à 1590 s, d'abord sous le nom de « damoiselle Jehanne Brochard » simplement, et la dernière fois avec cette addition : « femme de honorable homme, le sieur Joachim des Cartes, conseiller en Parlement de Rennes ». Mais son père, René Brochard, grand-père

a. Renatus Des Caries, Mathematicus, Picto, à la date du 27 juin i63o.

b. Tome X, p. 5i, 52, 53, 54.

c. Barbier, Société Antiquaires Ouest, t. VIII, 1901, p. SSg.

d. Ibid., p. 56o et p. 554.

e. Ibid., p. 637-638.

f. Baillet, t. I, p. 5.

g. Grandmaison, Bibl. Ecole des Chartes, t. LX, 1899, p. 450-451 :

5 juin 1574, — 14 février 1575, — 19 mars 1579, — et 2 janvier 1590.

La Famille. j

maternel du philosophe, était lieutenant général du présidial de Poitiers ; il vécut donc en cette ville, et y mourut, le 28 juillet i586; il fut inhumé, le 8 août, dans l'église Sainte- Opportune. Son père également, Aymé Brochaid, y avait été déjà inhumé le 24 juin i533; il était en son vivant conservateur des privilèges de l'Université de Poitiers".

Quant à la mère de Jeanne Brochard, ou la grand'mère maternelle de Descartes, Jeanne Sain, elle s'était retirée à La Haye après la mort de son mari en i586, et peut-être même avant ; car elle est mentionnée dans un acte du 10 janvier iSyS comme « femme séparée d'avec M' René Brochard'' ». Un acte de baptême du 12 octobre i588, à La Haye, la désigne sous le titre qu'elle avait du vivant de son mari : Madame, ou plutôt, suivant l'usage du temps, « Mademoiselle la Lieutenante de Poitou "^ ». Mais on a retrouvé Torigine de la famille Sain '^, et ceci nous ramène encore à Châtellerault. Le père de Jeanne Sain, de son nom Claude Sain, habitait Orléans, où il exerçait la profession de marchand ; mais il était né à Châtellerault, d'un père déjà aussi marchand, Mathurin Sain ; et il avait un frère aîné, qui resta dans cette même ville, comme contrôleur des tailles, Pierre Sain, Un fils de celui-ci, marchand d'abord, lui succéda en sa charge de contrôleur, et ne quitta pas non plus Châtellerault ; il s'appelait Jean Sain. Ce fut sa femme Jeanne Proust, que l'on choisit pour être marraine au baptême de René Descartes, petit-fils de leur cousine germaine, Jeanne Sain, donc leur petit-neveu, si l'on prolonge d'un degré la parenté, comme c'est assez l'usage. L'enfant n'eut qu'une marraine, mais il eut deux parrains : son oncle René Brochard, sieur des Fontaines, frère de sa mère ; puis l'un des nombreux frères de sa grand'mère paternelle, et son grand'oncle à lui, Michel Ferrand, lieutenant général du roi à Châtellerault ^

a. Barbier, Société Antiquaires Ouest, t. VIH, rgoi, p. 63i.

b. Grandmaison, Bibl. Ecole des Chartes, t. LX, 1899, p. 453-454.

c. Ibid., p. 45i : 19 janv. 1597.

d. Barbier, loc. cit., p. 621-622.

e. Voir ci-avant, p. a, note b.

6 Vie de Descartes.

On voit encore en cette ville la maison paternelle de Descartes, celle qu'habita son père, son grand-père et peutêtre aussi quelque temps son frère aîné ^ La famille se disait noble, de petite noblesse, il est vrai, et du dernier degré : du côté maternel, l'aïeul et le bisaïeul, René et Aymé Brochard, prenaient le titre d'écuyer ; son père Joachim des Cartes se disait aussi écuyer, et même son grand-père le médecin Pierre Descartes''. Celui-ci avait revendiqué, en 1547, le privilège essentiel de la noblesse, l'exemption des tailles. Et plus tard notre philosophe sera traité de gentilhomme en Hollande par son compatriote, l'érudit Saumaise, et par un personnage officiel, tel que Constantin Huygens " ; de même aussi quelque-

a. Lorsque celui-ci se maria, à Kerleau, paroisse d'Elven, le 26 sept. 1624, il est encore désigné, bien que déjà conseiller au Parlement de Rennes, comme étant « de la paroisse de Saint-Jean-Baptiste, en la ville » de Châtellerault, diocèse de Poitiers ». (Ropartz, p. 67.) — De là peutêtre cette assertion de Pierre Borel sur Descartes, Vttce Cartejii Compendium, i656, p.- 2 : « Magnus ille vir vitales auras haurire incepit inter Pictonum & Armoricorum in Galliâ gentem in vrbe Caltrum Eraldium didà. »

b. Barbier, loc. cit., 1 901, p. 554 : « Contraflz de mariage de maiftre » Pierre Desquartes, efcuyer, avec ma fille Claude Ferrand. » (Annotalion du beau-père, Jean Ferrand, à l'acte de fiançailles du 3 oct. 1543.) — D'autre part, on lit dans Baillet, t. I, p. 4 : « Un Médecin de Châtelle- » raut en Poiftou, nommé Pierre Defcrrtes, du tems de François I, » foûtint un procez à la Cour des Aydes de Paris, contre les Elus de cette » Ville, qui prétendoient le mettre à la taille. Il fut rétabli par la Cour » dans tous les droits de fa NobleCTe, après avoir fidellement reprefenté » fa généalogie par générations non interrompues jufqu'au Roy Charles » Cinquième. [En marge : Regiftre de la Cour des Aydes du 4 Septembre » 1547, avec les pièces originaires du procez.] » Par malheur, ce registre n'existe plus aux Archives nationales, et le récit de Baillet ne peut pas être contrôlé. — Quant à Joachim Descartes, il est qualifié d'écuyer au moins une fois, dans un acte du 7 oct. 1619 : Barbier, loc. cit., p. 641.

c. Tome X, p. 555, pour Saumaise; et pour Huygens, t. III, p. 677, 1. 29. René Descartes, d'ailleurs, était déjà qualifié d'écuyer, dans un acte de baptême à Elven, du 22 janv. 1628. Et son frère aîné, Pierre, a la même, qualification, dans des actes de baptême et autres, 20 nov. 1616,

7 oct. 1619, par ex. : Grandmaison, Bibl. Ecole des Chartes, 1899, p. 453,

et Barbier, loc. cit., p. 641.

La Famille 7

fois en France, notamment par un Jésuite qui paraît avoir été son condisciple au collège de La Flèche, le P. Georges Fournier\ Son nom d'ailleurs fut imprimé en tête des livres signés de lui, et dans la plupart des ouvrages du temps, en deux mots : M. Des Cartes ^.

Mais ce qui valait mieux que cette petite noblesse, ce sont les emplois publics ou les professions libérales de la plupart des membres de sa famille. Plusieurs, il est vrai, du côté des Sain, furent marchands, et déjà aussi officiers du roi pour les finances ; mais les Brochard occupèrent des charges de justice et de police, et les Ferrand furent des hommes de science ou d'étuae, comme ce bisaïeul, conservateur des privilèges de l'Université de Poitiers, et qui lui-même avait épousé Anne de Sauzay, fille d'un bibliothécaire du roi ' : un de leurs descendants, Gaspard d'Auvergne, fut poète et traduisit Machiavel. Si donc plus tard le bonhomme Descartes, père de notre philosophe, dira dans sa vieillesse que son cadet n'était bon « qu'à se faire relier en veau ^ », saura-t-on jamais de quel ton il disait cela? Comme une boutade, et dans un mouvement d'humeur? Ou comme la plaisanterie d'un vieillard jovial, glo-

a. Le P. Fournier [Hydrographie, 1643, p. 5 12, 695, etc.) dit même toujours : 0 gentilhomme breton ». Ce qui ferait croire à des souvenirs de collège : l'élève René Descartes était connu à La Flèche comme fils d'un conseiller au Parlement de Bretagne, donc breton. Lui-même alla plus d'une fois en Bretagne, chez son père ou ses frères et beau-frère : aussi parle-t-il, pour l'avoir entendu, du dialecte ou patois « bas-breton ». (Tome VI, p. 7, \. 17-18, et t. X, p. 5o3, 1. 3.)

b. La signature de Descartes au bas des autographes que nous avons de lui, ne prouverait rien : les caractères d'écriture sont tous d'une seule venue, sans intervalle entre DES et CARTES. Mais plusieurs actes de baptême et autres montrent un intervalle très net et certainement intentionnel dans les signatures du père, Joachim Des Carthes, 32 février 1577; et de René lui-même, René Des Cartes, 21 mai i6i6, et plus tard, 27 juillet 1025; enfin de son frère aîné, P. Des Cartes, 5 décembre 1620. (Barbier, loc. cit., 1901, p. 553-554 et p. 562.)

c. RoPARTz, p. 19.

d. Id., p. 100. L'anecdote sera examinée et discutée, en son lieu, lors de la mort de Joachim Descartes, en octobre 1640.

rieux, au fond, des livres de son fils ? Car enfin, sinon son père, le médecin Pierre Descartes, qui n'eut pas le temps de rien publier, du moins son grand-père, Jean Ferrand, avait été l'auteur d'ouvrages de médecine. Cet ancêtre nous apparaît même comme assez dégagé de préjugés en ce temps-là : son gendre, Pierre Descartes, étant mort en i566, il voulut en faire l'autopsie, et consigna ses observations dans un traité qu'il publia en iSyo sur les maladies de la pierre". D'autre part, au point de vue religieux, même largeur d'esprit sans doute : on était habitué à vivre avec des protestants à Châtellerault, et c'était une des villes du royaume où ceux-ci, depuis 1 589, avaient le libre exercice de leur culte ''.

a. De Nephrijis et Lithiajis, feu de renum & vejicœ calculi, definitione, caufis, Jignis, prœdiâione, prœcautione & curatione. Ex Hippocrate, Diofcoride, Galeno, Auicenna, jEtio, & Paulo ^gineta, aliifque celeberrimis medicis, colleflis. Per Ioannem Ferrandum feniorem medicum Piâauienfem. (Parilîis, Apud Gulielmum Iulianum, fub lîgno Amicitiœ, ad gymnafium Cameracenfe. iSyo.) Petit in-8, f. io3. Titre abrégé : De Nephrijis & Lithiajis dejinitione.

F. II verso : « Ferrandus, quamplurimos traflauit qui talia patie- » bantur, inter quos ciiarinTimum habuit generum fuum à chartis medi- » cum meritiffimum, quem cum è viuis exceffîffet fecare fecit, lapidefque » quam plurimos in cauitatibus renum inuenit, ficuti etiam in fubftantia » renum : plures enim reperti funt, longi, afperi, cornuti, nigri, qui » quoties laborabat, aut equitabat, veilicaban': renum fubdantiam, vnde » fanguinolentam meiebat vrinam, & quando quietus manebat, puram & » limpidam meiebat. »

F. 21 recto : « Ferrandus hoc ipfo anno i566. Sefto cadauere fui generi » Pétri defchartes, re medicâ illuftrati, exclufit c fubftantia vtriufque » renis duos lapides, ab vtroque vnum, infignis magnitudinis & craflî- » tie(i), multis alis feu cornibus, aut radicibus in di£lâ renum fubftantia & » ftomachis feu ventriculis adha;rentibus, cum multis lapiliis piforum » magnitudinis repletis, vreteribus quamplurimis arenulis refertis & » oppletis. Et in reiSo inteftino, è regione coUi veficae, inuenta eft carno- » litas putris, quae fua putrilagine veficam ita lacerauerat, vi inteftinorum » excremcnta ante obitum, vna cum vrina redderet ad miraculum vfque, » & forlltan antea non vifum. »

On remarquera le nom que Ferrand donne à son gendre, en latin d'abord, puis en français : « generum fuum à chartis », et " fui generi Pétri de/chartes <>.

b. BARiiiiiK, loc. cil., iQOi, P. G'^'h. Ordonnance du -ïi mars iSSg,

La Famille. 9

Toutefois, c'est par les situations où elle s'éleva dans le monde parlementaire que la famille de Descartes se distingua dès la fin du xvi* siècle et surtout au xvii'. Joachim, le père du philosophe, entra comme conseiller au Parlement de Bretagne : ses lettres de provision sont datées du 6 décembre i585, et il fut installé le 14 février i586. Mais il ne quitta pas pour cela le Poitou ni le pays de sa femme. Celle-ci lui donna cinq enfants, de iSSg à 1697 • quatre au moins naquirent à La Haye, où l'on a relevé leurs actes de baptême aux dates suivantes : Pierre, 7 octobre iSSg ; un second Pierre (le premier n'ayant pas vécu), 19 octobre iSgi, qui fut le frère aîné de notre philosophe ; celui-ci, René, 3 avril i Sgô ; et un dernier-né, le i3 mai 1597, qui mourut aussitôt, et coûta la vie à sa mère, trois jours après, le 16 mai 1597". Le cinquième enfant était une fille, Jeanne, dont on n'a pas retrouvé l'acte de baptême : sa naissance doit être datée de 1 590, ou bien de 1 592 à i SgS ''. Tous ces événements de famille se passèrent à La Haye. , Joachim Descartes n'avait donc pas emmené sa femme à Rennes ; et lui-même pendant un assez long temps n'y résida que trois mois au plus chaque année. Les sessions du Parlement de Bretagne étaient trimestrielles, une l'été et l'autre .

rendue par le roi de Navarre, qui devint cette même année Henri IV (le I" août). A noter que le futur parrain de notre philosophe, Michel Ferrand, lieutenant général de la sénéchaussée, catholique zélé, résista d'abord, mais il dut se soumettre. D'autre part, à La Haye, on trouve ceci dans Ropartz, p. 34 : « La maison où est né René Descartes, était » sur l'ancienne paroisse de Notre-Dame. Il fut baptisé à Saint-Georges, » parce qu'au moment de sa naissance Notre-Dame servait de temple aux » protestants. »

a. Grandmaison, Bibl. Ecole des Chartes, 1899, p. 449 (le premier Pierre). Ropartz, p. 29 (le second Pierrei, p. 33 (René, lire : le 3 avril), p. 35-36 Mernier enfant et mort de la mère).

b. Cette seconde hypothèse est assez vraisemblable : les deux grand' mères, Claude Ferrand et Jeanne Sain, furent marraines l'une après l'autre sans doute des deux aînés, le premier et le second Pierre; Jeanne ne serait venue qu'ensuite, et peut-être son nom lui fut donné par une tante, appelée aussi Jeaime Brochard, dame d'Archange, dont les trois enfants Descartes furent plus tard les héritiers.

Vie de Descartes. 2

lo Vie de Descartes.

l'hiver, et chaque conseiller n'appartenait qu'à l'une des deux". Joachim Descartes siégea d'abord de juillet à octobre ; puis il échangea avec un collègue, et siégea de février à avril. En outre les chemins n'étant pas sûrs en ces temps de guerre civile, pour aller de La Haye ou de Châtellerault à Rennes, plus d'une fois il demanda et il obtint d'être dispensé de siéger : c'est ainsi qu'il n'alla pas en Bretagne en 1 589, 1592, iSgS et 1 594, et passa tout ce temps en Poitou ''. Par contre, il était à Rennes pour la session d'hiver, lorsque son fils René vint au monde, le 3i mars 1596; et il y était aussi l'année suivante,* lorsqu'il perdit à la fois son dernier enfant et sa femme ellemême, i3et 16 mai 1597.

Mais il se remaria avec une Bretonne, Anne Morin, de Nantes, cti elle avait été baptisée le 2 septembre iSjg". On

a. De 1554 à 1600, le Parlement de Bretagne tint deux sessions par an, d'un trimestre chacune, la première en février, mars et avril, la seconde en août, septembre et octobre ; et ce n'étaient pas les mêmes magistrats qui siégeaient à l'une et à l'autre. Mais un édit de juillet 1600, enregistré le 12 octobre suivant, rendit les sessions semestrielles : févrierjuillet, août-janvier. D'autre part, il y avait deux catégories de magistrats, les Bretons, ou « originaires » de Bretagne, et les Français ou « non originaires ». Bretons et Français étaient d'abord égaux en nombre : mais bientôt, par la création des nouveaux offices, l'égalité fut rompue en faveur des Français. Joachim Descartes, le père, était un de ceux-ci ; ^t ses fils et petits-fils, conseillers comme lui, eurent aussi des offices de « non originaires ». Tant que les sessions ne furent que de trois mois, les conseillers du dehors pouvaient fort bien ne venir à Rennes que pour celte courte durée, et demeurer les trois quarts de l'année dans leurs provinces respectives, Anjou, Touraine et Poitou. Mars lorsque les sessions durèrent six mois, la résidence de Rennes s'imposa presque à tous (Le Parlement de Bretagne, i554- lygo, par Frédéric Saulnier, Rennes, 1909, t. I, p. XIX, XXI, xxxi-xxxii). Ce serait une des raispns, sans parler de son second mariage, pour lesquelles Joachim Descartes, à partir de 1600, aurait quitté le Poitou pour la Bretagne. Et cependant, son fils aîné, dans son acte de mariage, en 1624, est encore mentionné comme appartenant « à la paroisse de Saint-Jean-Baptiste, en la ville de Châtellc- » rault, diocèse de Poitiers »•. (Voir ci-avant, p. 6, note a.)

h. RoPARTz, p. 22-23, 27-28, 29-31, 32-33, 35-36.

c. Id. p. 49. Saulnier, p. 295, donne ces deux dates pour le baptême et pour la mort d'Anne Morin : Nantes, 2 sept. 1579, et 19 nov. 1634.

La Famille. i i

ignore la date de ce second mariage ; on peut la supposer aux environs de 1600. D'autre part, les sessions du Parlement étant devenues semestrielles, le séjour à Rennes s'imposait. Cependant le Poitou retint encore quelque temps notre conseiller : ainsi sa femme, Anne Morin, mit au monde un enfant, appelé Claude, dans un village proche de Châtellerault, à Oyré, où il fut baptisé le 9 novembre i6o4\ Un autre, en 1609, appelé François, et qui, comme le précédent, n'a pas vécu, naquit, il est vrai, à Chavagne, paroisse de Sucé, près de Nantes. Mais seule la dernière enfant, une fille nommée Anne comme sa mère, est née à Rennes, où elle fut baptisée le 25 mai 161 1. Vers 1607, Joachim s'était décidé à acheter en cette ville un hôtel qui existe encore, et à s'y installer définitivement. Breton désormais, du fait de sa résidence, c'est aussi en Bretagne qu'il établit toute sa famille, même les enfants de sa première femme, Pierre et Jeanne, à l'exception du philosophe René ''.

a. RoPARTZ, p. 5o (Claude et François), p. 5i (Anne).

b. Voici les noms de six Descartes, père, frères, neveux et petit-neveu de notre philosophe, qui furent conseillers au Parlement de Bretagne, sans compter un neveu, fils de sa sœur, François Rogier, sieur du Crévy, et d'autres alliés par des mariages à la famille. (Saulnier, t. I, p. 295-299.)

Joachim Descartes, le père, bien que né le 2 décembre i363, fut conseiller du Parlement de Bretagne, à vingt-trois ans (au lieu de vingt-sept, (fui était l'âge requis, ou du moins, vingt-cinq, suivant l'ordonnance de Blois, de mai. 1579) : lettres de provision, 6 décembre i585; réception, 14 février i586. Il résigna sa charge en faveur de l'un de ses fils, Joachim, pourvu le 2 décembre 1625. Mais le père obtint du roi (lettres dû

10 décembre), que, pour les services qu'il avait rendus « l'espace de quarante ans », il continuerait l'exercice de sa charge pendant quatre années, « son fils ne pouvant entrer en exercice que le susdit temps ne soit » expiré ». Toutefois il n'alla pas jusqu'au bout, et obtint des lettres d'honorariat, données par le roi « au camp devant La Rochelle, le 20 juillet 1628 ». Il ne les fit enregistrer qu'un an après, le 21 juillet 1629. (Ropartz, p. 92-95.) Il vécut encore plus d'onze ans, et ne mourut qu'en octobre 1640. '

Pierre Descartes, sieur de la Bretallière et de Kerleau, fils aîné du précédent (et frère aîné de notre philosophe), fut aussi conseiller au Parlement de Bretagne. Né le 19 octobre iSgi, pourvu le 10 mars 1618, reçu le 10 avril suivant, il était seulement dans sa vingt-septième année.

11 résignera sa charge en faveur de son fils, pourvu le 21 décembre 1647, et

12 Vie de Descartes.

Jeanne Descartes épousa donc à Rennes, le 21 avril i6i3, Pierre Rogier, seigneur du Crévy, paroisse de La Chapelle, près de Ploërmel. Plus tard, Pierre Descartes, sieur de la Bretallière, devint d'abord conseiller au Parlement de Bretagne : pourvu le 10 mars 1618, et reçu le 10 avril suivant. Puis il épousa, le 26 septembre 1624, à Elven, Marguerite Chohan, dame de Kerleau. Le père ne pouvait pas faire moins

reçu le 3o mai 1648. Mais lui-même se fera pourvoir d'une nouvelle charge en 1649 ; on le reçut le 10 février i65o, avec beaucoup de difficultés et sur lettres de jussion du 10 janvier précédent, et encore, sous la condition qu'il ne céderait j)lus cette seconde charge à l'un de ses enfants. Il semble bien l'avoir résignée des cette même année i65o en faveur de François Fouquet, bien que celui-ci n'ait été reçu que le 17 juillet 1654; (le contrat de vente est du 3o janvier 1654, au prix de 80.000 livres). Il ne mourut que six ans après, en 1660; mais depuis quatre ans, il était paralysé. (RoPARTZ, p. 162.) — Son fils aîné, Joachim Descartes, sieur de Kerleau. né à La Chapelle, près de Ploérmel, le 5 octobre 1627, fut donc pourvu le 21 décembre 1647 et reçu le 3o mai 1648 (il n'avait que vingt ans). Il mourut à Rennes, le 28 avril 1700. — Il eut lui-même un fils conseiller au Parlement de Bretagne, Francois-Joachim Descartes, sieur de Kerleau, né à Rennes, le 20 avril 1664; pourvu le 16 février 1691. Marié deux fois : avec Françoise Geret, le 28 novembre 1690, laquelle mourut le II août 1729, sans enfants; puis avec Anne-Marguerite-Sylvie-Joseph de Quifistre, dame de Balavan, le 9 octobre 1729, née le 14 août i70i elle avait vingt-sept ans, et son mari soixante-cinq. Ce Descartes, le dernier du nom, mouru» à Vannes, le 7 avril 1736, et fut inhumé le 8 à Elven. Il avait vendu sa charge, le 20 juillet 1734, au prix de 22.000 livres. Sa fille unique, Marguerite-Sylvie, née du second mariage, le 21 janvier 1731, épousa le 24 juin 1750 René-Jacques-Louis Le Prestre, marquis de Chàteaugiron, conseiller en 1742, et président à mortier en 1756; elle mourut en 1762, et fut inhumée à Elven, le 14 juillet. De cette union naquit un fils, René-Joseph, père de René-Jacques-Hippolyte, marquis de Chàteaugiron (1774-1848), dernier du nom, celui qui communiqua à Victor Cousin la lettre du ? avril 1622, publiée au t. I, p. 1-2.

Joachim Descartes, sieur de Chavagne, fils du premier Joachim et de sa seconde femme, demi-frère par conséquent de notre philosophe, naquit vers 1602. Pourvu le 2 décembre 1625, à charge de survivance, au lieu de son père résignant, il ne fut reçu que le 10 juillet 1627 : rien ne pressait, puisque son père pouvait exercer quatre ans encore. Il vendit son office par contrat du i5 avril 1678, au prix de 64.000 livres, et reçut des lettres d'honorariat, le 8 septembre de la même année. II mourut doyen du Par-

La Famille. ij

pour les deux enfants de sa seconde femme : il résigna son office de conseiller en faveur de son fils, nommé comme lui Joachim, qui fut admis au Parlement de Bretagne, le lo juillet 1627 ; et l'année suivante, en juillet 1628, il maria sa fille Anne avec Louis d'Avaugour de Kergrois. La famille Descartes était ainsi devenue et demeura toute bretonne, et elle tira désormais sa noblesse des emplois occupés par elle au Parlement*.

lement, vers 1680. — Son fils, appelé comme lui Joachim Descartes, sieur de Chavagne, né en mai i635, devint aussi conseiller : pourvu le 3i mars 1659 (à vingt-quatre ans à peine), reçu le 21 mai suivant. Il avait acheté sa charge 95.000 livres, et ne l'estimait plus que 45.000 dans son testament, en 171 1 et 1714. Sa fille aînée ne la vendit, le 18 décembre 1721, que 38. 000 livres. Il était mort le 8 août 1718. Demeuré veuf de sa femme, Prudence Sanguin, le i5 juillet 1673, avec quatre filles, il maria rainée, Louise-Prudence, avec Christophe de Rosnyvinen, marquis de Pire, le Si août 1676; la seconde entra aux Ursulines ; la troisième. Céleste, épousa le 9 avril 1682, François Amaury de la Moussaye; et la dernière, Suzanne, baptisée le 9 mai 1664, épousa, comme son ainée, un Rosnyvinen, Jean; frère cadet de Christophe. Ayant ainsi marié ses filles, Joachim Descartes entra dans les ordres; il 'était déjà prêtre, lorsque Baillet publia sa Vie de Descartes, en 1691. (Ropartz, p. 177-183, et p. 205-209. Baillet, t. I, p. 14-15.)

a. En 1668, une commission fut nommée pour la réformation de la noblesse de Bretagne, et elle fonctionna jusqu'en 1671. Parmi les arrêts qu'elle rendit, il en est deux qui regardent la famille Descartes : arrêt du 17 décembre 1668, en faveur de •< Messire Joachim Descartes, seigneur de Kerleau »; arrêt du 22 octobre 1668, en faveur d'un autre « Messire » Joactiim Descartes, seigneur de Chavagne. » C'étaient les petits-fils de Joachim Descartes, père du philosophe, et les fils de ses deux frères, par conséquent ses neveux. Or, pour obtenir gain de cause, il leur suffit de faire valoir qu'ils étaient conseillers, fils de conseillers, et petit-fils de conseiller, sans avoir à produire d'autres titres (ce dont ils auraient été peut-être assez en peine). Ils furent déclarés « nobles, issus d'extraction noble », et on leur permit, à eux et à leurs descendants, >< les qualités d'Ecuier et de Chevalier », et à leurs frères « la qualité d'Ecuier » seulement. Les armes de la famille : d'argent, au sautoir de sable cantonné de quatre palmes de sinople, remonteraient à cette date de 1668; et il resterait à établir qu'elles existaient antérieurement. (Barbier, loc. cit., 1901, p. 574-575, et p. 576.) — En 1637, Descartes obtint pour ses ouvrages un privilège du roi, rédigé en termes si élogieux, que cela valait mieux, lui dit-on, que « des lettres de chevalerie » (t. I, p. 376, 1. 5-7), ou qui l'auraient créé chevalier. Donc il ne l'était pas; aussi n'en prit-il jamais le

14 Vie de Descartes.

Cependant les enfants de Jeanne Brochard étaient restés, semble-t-il, le plus longtemps possible à La Haye auprès de leur grand'mère, Jeanne Sain, sans doute jusqu'à la mort de celle-ci en i6io\ René, notre philosophe, dira plus tard à la

titre, mais seulement, nous l'avons vu, celui d'écuyer. Les arrêts de i668 auront à la fois pour effet de confirmer la famille dans sa noblesse, et de la promouvoir d'un degré.

a. Jeanne Sain mourut sans doute dans les premiers mois de 1610. Voici, à ce propos, un document qui est le premier acte public, à notre connaissance, où mention soit faite des biens de famille dont hérita en partie Descartes.

« 26 novembre 1610. — Partages des successions de feu dame .leanne » Sain, veuve de feu messire René Brochard, vivant lieutenant général » du Poitou, et de feu damoiselle Jeanne Brochard, vivante dame et » douairière de M« Darchange, en séquance du jugement du 5 mai » dernier qui ordonne lesdits partages, tant des biens de Poitou que de » ceux de Touraine, suivant les appréciations des 1761 18 mai, arrêtées » les i3 juillet et i^"^ octobre derniers. Lesdits partages faits entre :

» I. M*^ René Brochard, éc, sf de la Coussaye, petit-fils aîné et prin- » cipal héritier de ladite Jeanne Sain, par représentation de feu M' Claude » Brochard son père, vivant conseiller en la cour de Parlement... Le lot » dudit s' de la Coussaye se monte à 35. 000 livres.

» 2. M= René Brochard, éc, se^ des Fontaines, conseiller du Roi et » son magistrat au siège présidial de Poitiers, fils de ladite Jeanne Sain. » Sa part s'élève à 17.697 livres 10 sous.

» 3. M'^ Jouachim Des Cartes, éc, conseiller du Roi en sa cour de » Parlement de Bretagne, comme père et loyal administrateur de ses » enfants mineurs et de feu damoiselle Jeanne Brochard, sa première » femme. Le lot dudit messire Jouachim Des Cartes, audit nom, » comprend :

» La maison, métairie et clos de vigne de la Grand-Maison, » La maison noble, appartenances et dépendances du Marchais- Bellin, » La maison et métairie du Perrion (sic),

» Les terres et prés de la Baudinière, — le tout situé paroisse » d'Availles ;

» Plus la maison et métairie de la Raintrie (sic) et Pré-Brochard, en la » paroisse de Poutumé ;

» Plus la maison noble, appartenances et dépendances du Petit-Marais, » paroisse d'Ingrande, avec quelques rentes en blé et en argent. » Le tout montant à 17.723 livres. »

Ce document a été publié par Louis de Grandmaison, Bibl. École des Chartes, t. LX, 1899, p. 455-456. La Grand'Maison, le Marchais, le

La Famille. i r

princesse Elisabeth, la seule personne à qui dans ses lettres il ait jamais parlé de sa mère, qu'il perdit celle-ci « peu de jours après sa naissance », (en quoi il se trompe : ce fut l'année suivante, et peu de jours après la naissance d'un autre enfant; mais il ignora sans doute cette circonstance) ; il ajoute qu'il hérita d'elle « une toux sèche et une couleur pâle », qui firent mal augurer d'abord de sa santé : longtemps on crut qu'il mourrait jeune \ C'était une raison de plus de le laisser presque à la campagne, dans cette petite ville de La Haye, confié, au moins jusqu'à son entrée au collège, aux soins de sa grand' mère et aussi d'une nourrice dont il gardera le souvenir : à son ht de mort, dans ses dernières recommandations, il la rappellera à ses deux frères, comme nous l'apprend une de ses nièces, Catherine Descartes, fille de son frère aîné Pierre \ Celui-ci fut également élevé à La Haye chez leur grand'mère : on lit son nom comme parrain, malgré son jeune âge, sur le registre des baptêmes de la paroisse Saint-George, le i6 octobre iSgS et le 1 3 janvier iSgg (il avait sept ans-). On lit de même le nom de leur sœur, « damoyselle Jehanne

Perron et la Bobinière, sont quatre hameaux de la commune d'A vailles, canton de Vouneuil-sur-Vienne, arrondissement de Châtellerault. La Renaintrie est maintenant de la commune de Châtellerault, la commune de Pouthund ayant été réunie à celle-ci en 1801. Enfin le Petit-Marais est une ferme de la commune d' Ingrandes, canton de Dangé, toujours arr. de Châtellerault.

Des trois enfants de Joachim Descartes et de sa première femme, Jeanne Brrchard, deux fils et une fille, celle-ci, Jeanne Descartes, épousa le 21 avril 161 3, Pierre Rogier, seigneur du Crévy. « Le mariage fut » célébré à Rennes, dans l'église Saint-Germain, par Messire Pierre » Radenatz, recteur de cette paroisse. Le contrat, dressé par MM" Jean t. Nazette et François Gicquel, nous apprend que Jeanne Descartes reçut » en dot 15.000 livres, savoir : S.ooo livres, suivant l'ordonnance de » dernière volonté de Claude Ferrand, mère dudit sieur Descartes, et » 10.000 livres pour la part de Jeanne, dans la succession de défunte » Jeanne Sain, son aïlleule maternelle, Jeanne Brochard, sa mère, et » autre Jeanne Brochart, dame d'Archangié, sa tante. » (Ropartz, p. 54,)

a. Tome IV, p. 220, 1. 29, à p. 221, 1. 5 : lettre de mai ou juin 1645.

b. Tome V, p. 470 : lettre du jo février i65o.

c. Grandmaison, Bibl. École des Chartes, t. LX, 1899, p. 451-452.

i6 Vie de Descartes.

Descartes», comme marraine, à maintes reprises, de iSgS jusqu'en 1609''. Il est donc à peu près sûr que Descartes enfant grandit avec son frère et sa sœur. Celle-ci étant son aînée de trois ou quatre ans peut-être, c'en était assez pour qu'elle jouât à la petite maman avec le petit frère, et le philosophe ne l'oublia jamais : plus tard, il témoignait un intérêt particulier au fils de Jeanne, « son neveu de Crévy'' » ; et plus tard encore, faisant allusion à la perte presque simultanée de deux personnes qui lui étaient très proches, il parle en termes discrets du « déplaisir » qu'il en ressentit "= : l'une de ces deux personnes était certainement son père, et l'autre probablement sa sœur.

Que dire maintenant de cette première enfance passée à La Haye ? Descartes n'en a guère parlé dans ses lettres, qu'une ou deux fois seulement. Ici, c'est un remède qu'il a vu employer avec succès dans son pays, pour guérir les enfants en bas âge, et qu'il indique à la princesse Elisabeth incommodée un jour « d'apostèmes aux doigts <* ». Là, c'est une confidence plus intime, faite à son ami Chanut, d'une inclination qu'il avait eue tout jeune pour une fillette qui louchait : longtemps

a. Grandmaison, lè/i., p. 452; 26 déc. iSgS, — i5déc. i5gg, — 12 avril 1600, — 19 août i6o3, — 6 févr. et i3 nov. 1604, — 6 sept. i6o5, — i3 mars 1606, — 3 juin 1609.

b. Tomel, p. 468 : octobre 1637. T. II, p. 596, 1. 5-io : lettre du 16 cet. 1639. T. IV, p. 528, 1, 2-3 : lettre du 12 oci. 1646. François Rogier, sieur du Crévy, fur baptisé à La Chapelle, près de Ploërmel, le i" août 1622, et mourut au plus tard en 1662. Il devint conseiller au Parlement de Rennes : lettres de provision, 24 mars 1649; réception, 14 mai suivant. II épousa, le 26 nov. i65o, Renée Foucault, fille d'un maître des comptes de Bretagne. Sa veuve vendit son office, par contrat du 19 août i663, au prix de 1 35. 000 livres. (Saulnier, t. I, p. 769.)

c. Tome III, p. 278, 1. 10, à p. 279, 1. 3 : lettre de janvier 1641. Son père mourut en octobre 1640. Quant à l'autre personne, on peut hésiter entre la petite fille qu'il venait de perdre à l'âge de cinq ans, Francine, morte à Amersfort le 7 sept. 1640, et sa sœur Jeanne, dame du Crévy; celle-ci mourut cette même année 1640, mais nous n'avons pas la date du décès. (Tome IV, p. 373.)

d. Tome IV, p. 579, 1. 17-19, et p. 589, 1. 10-19.

La Famille. 17

ensuite il regarda avec complaisance tous les yeux louches". Mais reçut-il en outre du milieu extérieur des impressions que l'on retrouve plus tard dans ses ouvrages ?

Il vivait à la campagne, dans un pays de vignes, par conséquent aussi de vendanges, et Ton sait qu'il affectionne les comparaisons avec le vin nouveau, le vin cuvé sur la râpe, et même le petit clairet''; il est vrai qu'il parle aussi de pommes, à la fois saines et gâtées dans le même panier ', et tout cela est bien de son pays : pommes r;i raisins ne mûrissent en Hollande. Le souvenir des villageoises battant le beurre et séparant la crème du petit lait '', lui était peut-être resté de ses premières années ; mais c'est aussi ce qu'il verra faire tous les jours sous ses yeux dans les villages hollandais. De même toutes ces images empruntées à la vie des champs pouvaient lui venir également du Poitou et de la Hollande'' : voyageurs égarés au milieu d'une forêt, dont le pied enfonce dans le sol humide et en fait jaillir l'eau, et qui la nuit prennent peur des feux follets se jouant au-dessus d'un marécage ; feuilles touffues des haies dans les champs, et branches d'arbre, où le vent souffle; poussière soulevée à travers la plaine ; tourbillons formés par les courants des ruisseaux ou rivières ; incendies qui s'allument à l'intérieur des granges oià l'on a rentré du foin trop peu sec; et

a. Tome V, p. 57, 1. 10-22.

b. Tome XI, p. i23, 1. 6-8 (clairet), et p. 254, 1. 3-4, p. 63i-632, etc.

c. Tome VII, p. 5i2, 1. 16-21.

d. Tome VI, p. 248, 1. io-i5, et p. 314, 1. 26-28.

e. Tous les traits qui suivent, sont empruntés textuellement à Descartes; et on en pourrait citer bien d'autres encore.. Voir t. Vi, p. 24, 1. 22-3o (voyageur dans la forêt); t. VIII, p. 226, 1. 4-6 (marais]; t. VI, p. 322, 1. 5-6 (feux-follets); t. VI, p. 235, 1. 19-21, et p. 241, 1. i2-i5 (haies); t. VI, p. 240, 1. 5-r4 (poussière); t. VIII, p. 94, 1. 18-26, et p. gS, 1. 23, t. XI, p. 58-6o (tourbillons); t. VI, p. 46, 1. 9-10, et t. XI, p. 254, l. 4-5, et p. 642, 1. 8-9 (/o/n); t. III, p. 141, 1- i5-29 (cribles); t. XI, p. 370, 1. 1-8 (chiensr, t. II, p. 35o, 1. 19-22 (mouches); t. VI, p. 3i2, 1. 19-21 (moucherons). Voici encore une jolie image, t. XI, p. 108, 1. 10-12 (il faut lire ainsi le texte, qui est à corriger) : « . . .ainfi que fait l'image de » la Lune, au fond d'vn lac dont la furface n'efi pas fort troublée ny » agitée, mais feulement vn peu crefpée par le fouffle de quelque vent. »

ViK DK Dkscartes. 3

i8 Vie de Descartes.

tout le mobilier d'une ferme, cribles pour le seigle et cribles pour « l'avene » ; et jusqu'aux chiens couchants, dressés pour la chasse; sans oublier le repos que l'on goûte étendu à l'ombre d'un bois, et que trouble parfois un bourdonnement de mouches, à moins que l'on ne suive d'un œil amusé un vol de moucherons, qui prennent leur essor, et vont s'égayer au haut de l'air. Tout cela, certes, se trouve en Hollande aussi bien qu'en Touraine et Poitou ; mais en Hollande même, si Descartes a presque toujours choisi de préférence une habitation à la campagne (non loin d'une ville cependant), ce besoin de grand air, et d'un espace libre autour de soi, et de verdure pour reposer la vue, ce goût des choses rurales enfin ne lui était-il pas demeuré de ses impressions du premier âge ? Elles lui revinrent avec force, semble-t-il, à la fin de sa vie. Un mot en ditlong à ce sujet, dans une lettre de 1649 ^ Brasset, un compatriote qui pouvait le comprendre, habitant comme lui loin du pays natal : Descartes hésitait à quitter la Hollande pour la Suède, « pays des ours, entre des rochers et des glaces », hésitation bien naturelle pour qui est né, dit-il, n dans les jardins de la Touraine* ».

a. Tome V, p. 349, 1. 7-8 et 1. i2-i3 : lettre à Brasset, 23 avril 1649. Voir aussi t. III, p. 616, 1. 1-2.

Page 1