‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 111 sur 293 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

stupides peuvent remarquer à l’œil de leurs maîtres s’il est fâché contre eux ou s’il ne l’est pas. Mais , encore qu’on aperçoive aisément ces actions des yeux , et qu’on sache ce quelles signifient , il 11’est pas aisé pour cela de les décrire , à cause que chacune est composée de plusieurs changements qui arrivent au mouvement et en la figure de l’œil , lesquelles sont si particulières et si petites , que chacune d’elles ne peut être aperçue séparément , bien que ce qui résulte de leur conjonction soit fort aisé à remarquer.jOn peut dire quasi le même des actions du visage qui accompagnent aussi les passions ; car, bien qu’elles soient plus grandes que celles des yeux, il est toutefois malaisé de les distinguer; et elles sont si peu différentes, qu’il y a des hommes qui font presque la même mine lorsqu’ils pleurent que les autres lorsqu’ils rient. Il est vrai qu’il y en a quelques unes qui sont assez remarquables , comme sont les rides du front en la colère, et certains mouvements du nez et des lèvres en l’indignation et en la moquerie; mais elles ne semblent pas tant être naturelles que volontaires. Et généralement toutes les actions , tant du visage que des yeux, peuvent être changées par l’âme lorsque, voulant cacher sa passion , elle en imagine fortement une contraire : en sorte qu’on s’en peut aussi bien servir à dissimuler ses. passions qu’à les déclarer.

LES PASSIONS DE L’AME

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