‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 121 sur 293 · ARTICLE CX XIV · texte numérisé non relu

ARTICLE CX XIV

^ Du ris.

Le ris consiste en ce que le sang qui vient d« la cavité droite du cœur par la veine artérieuse, enflant les poumons subitement et à diverses reprises , fait que l’air qu’ils contiennent est contraint d’en sortir avec impétuosité par le sifflet , où il forme une voix inarticulée et éclatante, et tant les poumons en s’enflant , que cet air en sortant, poussent tous les muscles du diaphragme, de la poitrine et 'de la gorge, au moyen de quoi ils font mouvoir ceux du visage qui ont quelque connexion avec eux ; et ce n’est que cette action du visage, avec cette voix inarticulée et éclatante, qu’on nomme le ris.

article exxv.

Pourquoi il n'accompagne point les plus grandes joies.

Or, encore qu’il semble que le ris soit un des principaux signes de la joie , elle ne peut toutefois le causer que lorsqu’elle est seulement médiocre et qu’il y a quelque admiration ou quelque haine mêlée avec elle : car on trouve par expérience que lorsqu’on est extraordinairement joyeux, jamais le ,

sujet de cette joie ne fait qu’on éclate de rire, et même on ne peut pas si aisément y être invité par

LES PASSIONS DE LAME

quelque autre cause que lorsqu’on est triste; dont la raison est que dans les grandes joies le poumon est toujours si plein de sang qu’il ne peut être davantage enflé par reprises.

Page 1