‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 140 sur 293 · DEUXIÈME PARTIE. l5j · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. l5j

à cause qu’elles peuvent n’arriver pas , ét par ce rngven nous affliger d’autant plus que nous les' aurons plus souhaitées , mais principalement à cause qu’en occupant notre pensée, elles nous détournent de porter notre affection à d’autres choses dont l’acquisition dépend de nous. Et il y a deux rftnèdes généraux contre ces vains désirs : le premier est la générosité, de laquelle je parlerai ciaprès ; le second est que nous devons Souvent faire réflexion sur la Providence divine , et nous représenter qu’il est impossible qu’aucune chose arrive d’autre façon quelle a été déterminée de toute éternité par cette Providence ; en sorte qu’elle est comme une fatalité ou une nécessité immuable qu’il faut opposer à la fortune , pour la détruire comme une chimère qui ne vient que de l’erreur de notre entendement. Car nous ne pouvons désirer que ce que nous estimons en quelque façon être possible , et nous ne pouvons estimer possibles les choses qui ne dépendent point de nous , qu’en tant que nous pensons qu’elles dépéndent /le la fortune, c’est-à-dire que nous jugeons qu’elles peuyent arriver, et qu’il en est arrivé autrefois de semblables. Or cette opinion n’est fondée que sur ce que nous ne connoissons pas toutes les choses qui contribuent à chaque effet; car lorsqu’une chose que nous avons estimé dépendre de la fortune n’arrive pas, cela témoigne que quelqu’une

LES PASSIONS 1)E LAME

des causes qui étoient nécessaires pour la produira a manqué , et par conséquent qu’elle étoit absolument impossible , et qu’il n’en est jamais arrivé de semblable , c’est-à-dire à la production de laquelle une pareille cause ait aussi manqué , en sorte que si nous n’eussions point ignoré cela auparavant , nous ne l’eussions jamais estimée possible , ni pur conséquent ne l’eussions désirée.

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