‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 196 sur 293 · TROISIÈME PARTIE. 20Ô · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. 20Ô

davantage lç cœur et qui a des effets dangereux. Ceux qui ont beaucoup de bonté et beaucoup d’amour sont les plus sujets à la première; car elle ne vient pas d’une profonde haine, mais d’une prompte aversion qui les surprend , à cause qu’étant portés à imaginer quç toutes choses doivent aller en la façon qu’ils jugent être la meilleure , sitôt qu’il en arrive autrement , ils admirent et s’en offensent souvent, même sans que la chose les touche en leur particulier, à cause qu’ayant beaucoup d’affection ils s’intéressent pour ceux qu’ils aiment en même façon que pour eux-mêmes. Ainsi ce qui ne seroit qu’un sujet d’indignation pour un autre, est pour eux un sujet de colère ; et pourceque l’inclination qu’ils ont à aimer fait qu’ils ont beaucoup de chaleur et beaucoup de sang dans le cœur, l’aversion qui les surprend ne peut y pousser si peu de bile que cela ne cause d’abord une grande émotion dans ce sang. Mais cette émotion ne dure guère, à cause que la force de la surprise ne continue pas , et que sitôt qu’ils s’aperçoivent que le sujet qui les a fâchés ne les devoit pas tant émouvoir, ils s’en repenteht.

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