ARTICLE CCII
Qae ce sont les aines foi blés et basses qui se laissent le plus emporter à l’autre.
L’autre espècqde colère , en laquelle prédomine
ao4 les passions d k l’ame.
la haine et la tristesse , n’est pas si apparente d’abord , sinon peut-être en ce quelle fait pâlir le visage; mais sa force est augmentée peu à peu par l’agitation d’un ardent désir de se venger excité dans le sang, lequel pétant mêlé avec la bile qui est poussée vers le cœur de la partie inférieure du ♦ foie et de la rate , y excite une chaleur fort âpre et fort piquante. Et comme ce sont les âmes les plus généreuses qui ont le plus de reconnoissance , ainsi ce sont celles qui ont le plus d’orgueil et qui sont les plus basses et les plus infirmes qui se laissent le plus emporter à cette espèce de colère ; car les
• injures paroissent d’autant plus grandes que l’orgueil fait qu’on s’estime davantage, et aussi d’autant qu’on estime davantage les biens quelles ôtent, les-
- quels on estime d’autant plus qu’on a lame plus foibleetplus basse, à cause qu’ils dépendent d’autrui.
ARTICLE CCflI.
Que la générosité sert de remède contre ses excès.
Au reste, encore que cette passion soit utile pour
• •bus donner de la vigueur à repousser les injures , "• il n’y en a toutefois aucune dont oq doive éviter
les excès avec plus de soin, pourceque, troublant le jugement, ils font souvent commettre des fautes dont on a par après du repentir, et même que quelquefois ils empêchent qu’on ne uepousse si bien
ces injures qu’on pourroit faire si on avoit moins d’émotion. Mais comme il n’y a rien qui la rende plus excessive que l’orgueil , ainsi je crois que la générosité est le meilleur remède qu’on puisse trouver contre ses excès, pourceque faisant qu’on estime fort peu tous les biens qui peuvent être ôtés , et qu’au contraire on estime beaucoup la liberté et l’empire absolu sur soi-même, qu’on cesse d’avoir lorsqu’on peut être offensé par quelqu’un , elle fait qu’on n’a que du mépris ou tout au plus de l'indignation pour les injures dont les autres ont coutume de s’offenser.