‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 208 sur 293 · CHAPITRE I. - 2\r · texte numérisé non relu

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mière toutes les fois que l’action qui la signifie touche notre œil; mais, sans perdre de temps à disputer , j’aurai plus tôt fait d’apporter un autre exemple.

Pensez-vous , lors même que nous ne prenons pas garde à la signification des paroles , et que nous oyons seulement leur son, que l’idée de ce son qui se forme en notre pensée soit quelque chose de semblable à l’objet qui en est la cause? Un homme ouvre la bouche , remue la langue , pousse son haleine ; je ne vois rien en toutes ces actions qui ne soit fort different de l’idée du son qu’elles nous font imaginer. Et la plupart des philosophes assurent que le son n’est autre chose qu’un certain tremblement d’air qui vient frapper nos oreilles; en sorte que si le sens de l’ouïe rapportoit à notre pensée la vraie image de son objet, il faudroit, au lieu de nous faire concevoir le son , qu’il nous fît concevoir le mouvement des parties de l’air qui tremble pour lors contre nos oreilles. Mais , parceque tout le monde ne voudra peut-être pas croire ce que disent les philosophes, j’apporterai encore un autre exemple.

L’attouchement est celui de tous nos sens que l’on estime le moins trompeur et le plus assuré; de sorte que si je vous montre que l’attouchement même nous fait concevoir plusieurs idées qui ne ressemblent en aucune façon aux objets qui

LE MONDE

les produisent , je ne pense pas que vous deviez trouver étrange si je dis que la vue peut faire le semblable. Or il n’y a personne qui ne sache que les idées du chatouillement ét de la douleur qui se forment en notre pensée à l’occasion des corps de dehors qui nous touchent , n’ont aucune ressemblance avec eux. On passe doucement une plume sur les lèvres d’un enfant qui s’endort , et il sent qu’on le chatouille : pensez-vous que l’idée du chatouillement qu’il conçoit ressemble à quelque chose de ce qui est en cette plume? Un gendarme revient d’une mêlée; pendant la chaleur du combat, il auroit pu être blessé sans s’en apercevoir, mais maintenant qu’il commence à se refroidir il sent de la douleur , il croit être blessé ; on appelle iln chirurgien , on ôte ses armes , on le visite, et on trouve enfin que ce qu’il sentoit n’étoit autre chose qu’une boucle ou une courroie qui , s’étant engagée sous ses armes , le pres^oit et l’incommodoit. Si son attouchement, en lui faisant sentir cette courroie, en eût imprimé l’image en sa pensée , il n’auroit pas eu .besoin d’un chirurgien pour l’avertir de ce qu’il sentoit.

• Or je ne vois point de raison qui nous oblige à croire que ce qui est dans les objets d’où nous , vient le sentiment de la lumière, soit plus semblable à ce sentiment que les actions d’une plume et d’une courroie le sont au chatouillement et à

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