CHAPITRE III
diversement l’une de l’autre et le plus vite qu’il est possible , encore qu’avec cela elles ne laissent pas de se pouvoir toucher l’une l’autre de tous côtés, et se ranger en aussi peu d’espace que si elles étoient sans mouvement. Enfin , je crois que chaque corps approche plus ou moins de ces deux extrémités , selon que ses parties sont plus ou moins en action pour s’éloigner l’une de l’autre ; et toutes les expériences sur lesquelles je jette les yeux me confirment en cette opinion.
La flamme , dont j’ai déjà dit que toutes les parties sont perpétuellement agitées , est non seulement liquide , mais aussi elle rend liquides la plupart des autres corps. Et remarquez que quand elle fond les métaux, elle n’agit pas avec une autre puissance que quand elle brûle du bois; mais, parceque les parties des métaux sont à peu près égales, elle’ ne les peut remuer l’une sans l’autre, et ainsi elle en compose des corps tout liquides , au lieu que les parties du bois sont tellement inégales, qu’elle en peut séparer les plus petites et les rendre liquides, c’est-à-dire les faire voler en fumée , sans,agiter ainsi les plus grosses.
Après la flamme , il n’y a rien de plus liquide que • • l’air, et l’on peut voir à l’œil que ses parties se remuent séparément l’une de l’autre ; car si vous daignez regarder ces petits corps qu’on nomme communément des atomes , et qui paroissent aux
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rayons du soleil , vous les verrez , lors même qu’il n’y aura point de vent qui les agite, voltiger incessamment çà et là en mille façons différentes. On peut aussi éprouver le semblable en toutes les liqueurs les plus grossières , si l’on eu mêle de diverses couleurs l’une parmi l’autre afin de mieux distinguer leurs mouvements. Et enfin cela paroit très clairement dans les eaux-fortes , lorsqu’elles remuent et séparent les parties de quelque métal.
Mais vous me pourriez demander en cet endroit-ci pourquoi , si c’est le seul mouvement des parties de.la flamme qui fait quelle brûle et qu’elle est liquide , le mouvement des parties de l’air, qui le rend aussi extrêmement liquide, ne lui donne-t-il pas tout de même la puissance de brûler, mais au contraire, il fait que nos mains ne le peuvent presque sentir. A quoi je réponds qu’il ne faut pas seulement prendre garde à la vitesse du mouvement, mais aussi à la grosseur des parties, et que ce sont les plus petites qui font les corps les plus liquides, mais que ce sont les plus grosses qui ont le plus de force pour brûler, et généralement pour agir contre les autres corps. . t
Remarquez en passant que je prends ici , etqu^ je prendrai toujours ci-après pour une seule par-'* tie, tout ce qui est joint ensemble et qui n’est point en action pour se séparer , encore que celles qui ont tant soit peu de grosseur puissent aisément
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être divisées en beaucoup d’autres pins petites ; ainsi un grain de sable, une pierre, un rocher, et toute la terre même , pourra ci-après être prise pour une seule partie , en tant que nous n’y considérerons qu’un mouvement tout sim pie et tout égal.
Or, entre les parties de l’air, s’il y en a de fort grosses en comparaison des autres , comme sont ces atomes qui s’y voient, elles se remuent aussi fort lentement, et s’il y en a qui se remuent plus vite , elles sont aussi plus petites ; mais , entre les parties de la flamme , s’il y en a de plus petites que dans l’air, il y en a aussi de plus grosses, ou du moins il y en a un plus grand nombre d’égales aux plus grosses de celles de l’air, qui avec cela se remuent beaucoup plus vite , et ce ne sont que ces dernières qui ont la puissance de brûler.
Qu’il y en ait de plus petites , on le peut conjecturer de ce qu’elles pénètrent au travers de plusieurs corps, dont les pores sont si étroits que l’air même n’y peut entrer; qu’il y en ait ou de plus grosses ou d’aussi grosses en plus grand nombre , on le voit clairement en ce que l’air seul ne suffit pas pour la nourrir ; qu’elles se remuent plus vite , la violence de leur action nous le fait assez éprouver; et enfin que ce soient les plus grosses de ces parties qui ont la puissance de brûler, et non point les autres , il paroît en ce que la flarrjme qui sort de l’eau-de-vie ou des autres corps
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fort subtils ne brûle presque point , et qu’au contraire celle qui s’engendre dans les corps durs et pesants est fort ardente.