CHAPITRE
plupart des doctes , qu’il y a quelque premier mobile qui, roulant autour du monde avec une vitesse incompréhensible , est l’origine et la source de tous les autres mouvements qui s’y rencontrent.
Or , ensuite de cette considération , il y a moyen d’expliquer la cause de tous les changements qui arrivent dans le monde, et de toutes les variétés qui paroissent sur la terre ; mais je me contenterai ici de parler de celles qui servent à mon sujet.
La différence qui est entre les corps durs et ceux qui sont liquides, est la première que je désire que vous remarquiez; et, pour cet effet, pensez que chaque corps peut être divisé en des parties extrêmement petites. Je ne veux point déterminer si leur nombre est infini ou uon ; mais du moins il est certain qu’à l’égard de notre connoissance , il est indéfini , et que nous pouvons supposer qu’il y en a plusieurs millions dans le moindre petit grain de sable qui puisse être aperçu de nos yeux.
Et remarquez que si deux de ces petites parties s’entre-touchent sans être en action , pour s’éloigner l’une de l’autre, il est besoin de quelque force pour les séparer, si peu que ce puisse être; car, étant une fois ainsi posées, elles ne s’aviseroient jamais d’elles-mêmes de se mettre autrement. Remarquez aussi qu’il faut deux fois autant de force pour en séparer deux que pour en séparer une , et 4. *s
22(3 LF. MONDE.
mille fois autant pour en séparer mille; de sorte que s’il en faut séparer plusieurs millions tout à la fois, comme il faut peut-être faire pour rompre un seul cheveu, ce n’est pas merveille s’il faut une force assez sensible.
Au contraire, si deux ou plusieurs de ces petites parties se touchent seulement en passant, et lorsqu’elles sont en action pour se mouvoir, l’une d’un côté , l’autre de l’autre , il est certain qu’il faudra moins de force pour les séparer que si elles étoient tout-à-fait sans mouvement, et même qu’il n’y en faudra point du tout si le mouvement avec lequel elles se peuvent séparer d’ellesmêmes est égal ou plus grand que celui avec lequel • on les veut séparer. Or je ne trouve point d’autre différence entre les corps durs et les corps liquides, sinon que les parties des uns peuvent être séparées d’ensemble beaucoup plus aisément que celles des autres. De sorte que , pour composer le corps le plus dur qui puisse être imaginé , je pense qu’il suffit que toutes ses parties se touchent , sans qu >1 reste d’espace entre deux, ni qu’aucunes d’elles soient en action pour se mouvoir ; car quelle colle ou quel ciment y pourroit-on imaginer outre cela pour les mieux faire tenir l’une à l’autre?
Je pense aussi que c’est assez pour composer le corps le plus liquide qui se puisse trouver, si toutes ses plus petites parties se remuent le plus