‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 228 sur 293 · CHAPITRE VI. 25l · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. 25l

mière, qu’ils savent être assez malaisée à concevoir, les pourroit divertir tlç la connoissance de celle dont je parle , il faut que je leur dise en cet endroit que , si jje ne me trompe , toute la difficulté qu’ils éprouvent en la leur ne vient que de ce qu’ils la veulent distinguer de sa propre quantité et de son étendue extérieure, c’est-à-dire de la propriété qu’elle a d'occuper de l’espace ; en quoi toutefois je veux bien qu’ils croient avoir raison , car je n’ai pas dessein de m’arrêter à les contredire : mais ils ne doivent pas aussi trouver étrange si je suppose que la quantité de la matière que j’ai décrite ne diffère non plus de sa substance que le nombre fait des choses nombrées , et si je conçois son étendue, ou la propriété quelle a d’occuper de ^espace, non point comme un accident, mais comme sa vraie forme et son essence ; car ils ne sauroient nier quelle ne soit très facile à concevoir en cette sorte'. Et mon dessein n’est pas d’expliquer comme eux les choses qui sont en effet dans le vrai monde ; mais seulement d’en feindre un à plaisir dans lequel il n’y ait rien que les plus grossiers esprits ne soient capables de concevoir, et qui puisse toutefois être créé tout de même que je l’aurai feint.

Si j’y mettois la moindre chose qui fût obscure, il ’ se pourroit faire que parmi cette obscurité il y auroit quelque répugnance cachée dont je ne me serois pas aperçu,- etainsi que, sans y penser, je su ppo-

232 LE MONDE

serois une chose impossible; au lieu que, pouvant distinctement imaginer tout ce que j’y mets, il est certain que, encore qu’il n'y eût rien de tel dans l’ancien monde , Dieu le peut toutefois créer dans

un nouveau , car il est certain qu il peut creer toutes les choses que nous pouvons imaginer.

Page 1