CHAPITRE VI
arrêté notre pensée , en sorte que chacune de ses parties occupe toujours une partie de cet espace tellement proportionnée à sa grandeur, quelle n’en sauroit remplir une plus grande, ni se resserrer en une moindre , ni souffrir que pendant quelle y demeure quelque autre y trouve place.
Ajoutons à cela que cette matière peut être divisée en toutes les parties et selon toutes les ligures que nous pouvons imaginer , et que chacune de ses parties est capable de recevoir en soi tous les mouvements que nous pouvons aussi concevoir; et supposons de plus que Dieu la divise véritablement en plusieurs telles parties , les unes plus grosses, les autres plus petites ; les unes d’une figure , les autres d’une autre , telles qu’il nous plaira de les feindre; non pas qu’il les sépare pour cela l’une 'de l’autre, en sbrte qu’il y ait quelque vide entre deux , mais pensons que toute la distinction qu’il y met consiste dans la diversité des mouvements qu’il leur donne , faisant que , dès le premier instant qu’elles sont créées, les unes commencent à se mouvoir d’un côté , les autres d’un autre ; les unes plus vite , les autres plus lentement ( ou même , si vous voulez, point du tout), et quelles continuent par après leur mouvement suivant les lois ordinaires de la nature : car Dieu a si merveilleusement établi ces lois, qu’encore que nous supposions qu’il ne crée rien de plus que ce que j’ai dit , et même qu’il ne
L K M.O fll ü E.
mette eu ceci aucun ordre ni proportion , mais qu’il en compose un chaos le plus confus et le plus embrouillé que les poètes puissent décrire, elles sont suffisantes pour faire que les parties de ce chàos.se démêlent d’elles-mèmes , et se disposent en si bon ordre, quelles auront la forme d’un monde très parfait , et dans lequel on pourra voir non seulement de la lumière, mais aussi toutes le» autres choses, tant générales que particulières, qui paroissent daus ce vrai monde.
Mais, avant que j’explique ceci plus au long, arrêtez-vous encore un peu à considérer ce chaos, et remarquez qu’ifme, contient aucune chose qui ne vous. soit si parfaitement connue, que vous ne sauriez pas même feindre de l’ignorer ; car pour les qualités que j’y ai mises, si vous y, avez pris garde, je les ai seulement supposées telles qiie vous les pouviez imaginer. Et pour la matière dont je l’ai composé, il n’y a rien de plus simple ni dé plus facile à connoître dans les créatures inanimées j et son idée.est tellement comprise en toutes celles que notre imagination peut former, qu’il faut nécessairement que vous la conceviez , ou que vous n’imaginiez jamais aucune chose.
Toutefois, parceque les philosophes sont si subtils qu’ils savent trouver des difficultés dans les choses qui semblent extrêmement claires aux autres hommes , et que le souvenir de leur matière pre-