CHAPITRE VIII
comme on ne sauroit pousser aucune partie d’un tel corps sans pousser aussi ou tirer par même moyen toutes les autres , ainSi faut-il penser, que l’action ou la force de se mouvoir et de se diviser qui aura été mise d’abord en quelques unes de ses parties, s’est épandue et distribuée en toutes les autres au même instant aussi également qu’il se pouvoit.
Il est vrai que cette égalité n’a pu totalement être parfaite : car, premièrement, à cause qu’il n’y a point du tout de vide en ce monde, il a été impossible que toutes les parties de la matière se soient roues en ligne droite;’ mais étant égales à peu près , et pouvant presque aussi facilement être détournées les unes que les autres, elles ont dû s’accorder toutes ensemble à quelques mouvements circulaires. Et toutefois , à cause que nous supposons que Dieu les a mues d’abord diversement, nous ne devons pas penser qu’elles se soient toutes accordées à tourner autour d’un seul centre , mais autour de plusieurs différents, et que nous pouvons imaginer diversement situés les uns à l’égard des autres. < ■ •
Ensuite de quoi l’on peut conclure qu’elles ont dû naturellement être moins agitées ou plus petites, ou l’un et l’autre ensemble , vers les lieux les plus proches de ces centres que vers les plus éloignés ; car, ayaht toutes inclination à continuer leur
afit) LE MONDE.
mouvement en ligne -droite, il est certain que ce sont les plus fortes, c’est-à-dire les plus grosses entre celles qui étdfent également agitées , et les plus agitées entre celles tjuî étoient également grosses, qui ont dù décrire les plus grands cercles, comme étant les plus approchants de la ligne droite. Et pour la matière contenue entre trois ou plusieurs de ces cercles , elle a pu d’abord se trou- ( ver beaucoup moins divisée et moins agitée que toute l’autre; et, qin^plus est, d’antant que nous supposons que Dieu a mis au commencement toute sorte d’inégalité entre l'es parties de cette matière , nous devons jpenser qu’il y en a eu pour fors de toutes sortes de grosseurs et figures , et de disposées à se mouvoir ou ne se mouvoir pas en toutes façons et en tous sens.
Mais cela n’empêche pas que par après elles ne se soient rendues presque toutes assez égales, principalement celles qui sont demeurées à pareille distance des centres autour desquels elles tournoyoient : car , ne se pouvant mouvoir les unes sans
les autres , il a fallu que les. plus agitées communiquassent de leur mouvement à celles qui l’é— toient moins, et que les plus grosses se rompissent et se divisassent, afin de pouvoir passer par les mêmes lieux que celles qui les précédoient , ou bien qu’elles montassent plus haut; et ainsi elles se sont .arrangées en peu de temps toutes paq or-
dre, en telle sorte que chacune s’est trouvée plus ou moins éloignée du centre autour duquel elle a
pris son cours, selon qu’elle a été plus ou moins grosse et agitée à comparaison des autres; et même, d’autant que la grosseur répugne toujours à la vitesse du mouvement, on doit* penser que les plus éloignées de chaque centre ontét’é celles qui, étant Un peu plus petites que les plus proches , ont été avec cela de beaucoup plus agitées.
Tout de même pourleurs figures, encore que nous supposions qu’il y en ait eu au commencement de toutes sortes, et qu’elles aient eu pour la plupart plusieurs angles et plusieurs côtés, ainsi que les pièces qui s’éclatent d’une pierre quand on la rompt , il est certain que par*après, en se remuant et se heurtant les unes contre les autres, elles ont dù rompre peu à peu les petites pointes de leurs angles, et émousser les carrés de leurs côtés jusques à ce qu’elles se soient rendues à peu près toutes rondes ; ainsi que font les grains dç sableet les cailloux lorsqu’ils roulent ave<? l’eau d’une rivière; si bien qu’il ne peut y avoir maintenant aucune notable différence entre celles qui sont assez voisines , ni même aussi entre celles qui sont fort éloignées, sinon en.ce qu’elles peuvent se mouvoir un peu plus viteétètréun peu plus petites ou plus grosses l’une que l’autre; et ceci n’empêche pas qu’on ne leur puisse attribuer à toutes la même forme.
LE Mt>NDE.
Seulement en faut-il excepter quelques unes qui , ayant été dès le commencement beaucoup plus grosses que les autres, n’ont pu si facilement se diviser, ou qui, ayant eu des figures fprt irrégulières et empêchantes , se sont plutôt jointes plusieurs-ensemble que>de se rompre pour s’arrondir;
et ainsi elles ont retenu la forme du troisième élé-
ment, et ont servi à composer les planètes et les comètes , comme je vous dirai ci-après.
De plus , il est besoin de remarquer que la matière qui est sortie d’autour des parties du second élément , à mesure qu’elles ont rompu et émoussé les petites pointes de leurs angles pour s’arrondir , a dû nécessairement acquérir un Mouvement beaucoup plus vite que lê leur , et ensemble une facilité à se diviser et à changer à tous moments de figure pour s’accommoder à celle des lieux où elle se trouvoit , et ainsi qu’elle a pris la forme du premier élément.
Je dis qu’elle a. dû acquérir un mouvement beaucoup plus vite que le'lfcur; et la raison en est évidente : car, devant sortir de côté et par -des passages fort étroits , hors des petits espaces qui étoient entre elles , à mesure qu’elles s’alloient rencontrer de front l’une l’aptre, elle avoit beaucoup plus de chemin qu elles à foire en même temps.
Il est aussi besoin de remarquer que ce qui se trouve de ce premier élément de plus qu’il n’en