CHAPITRE IX
toutes, ont bien pu rompre et froisser les autres en les heurtant , mais non pas réciproquement en être brisées et froissées.
Or, soit que vous vous imaginiez quê ces deux sortes de parties aient été d’abord fort agitées, ou même fort peu ou point du tout , il est certain que par après elles ont dû se mouvoir de même braire que la matière du ciel qui les contenoit ; car si d’abord elles se sont mues plus vite que cette matière, n’ayant pu manquer de la pousser en la rencontrant en leur chemin , elles ont dû en peu • de temps lui transférer une partie de leur agitation ; et si au contraire ' elles n’ont eu en ellesmêmes aucune inclination a se mouvoir, néanmoins, étant environnées de toutes parts de cette matière du ciel , elles ont dû nécessairement suivre son cours; ainsi que nous voyons tous les jours que les bateaux et les autres divers corps qui flottent dans l’eau , aussi bien les plus grands et les plus massifs que ceux qui le sont moins, suivent le cours de l’eau dans laquelle ils sont, quand il n’y a rien d’ailleurs qui les en empêche.
Et remarquez que, entre les divers corps qui flottent ainsi dans l’eau , ceux qui sont assez durs et assez massifs, comme sont ordinairement les
bateaux , principalement les plus grands et les plus chargés, ont toujours beaucoup plus de force qu’elle ^continuer leur mouvement, encore même-
LE MONDE
que ce soit d’elle seule qu’ils l’aient reçue; et qu’au contraire ceux qui sont fort légers , tels que peuvent être ces'amas d’écume blanche qu’on voit flotter le long des rivages eu temps de tempête , en ont moins. En sorte que si vous vous imaginez deux rivières qui se joignent en quelque endroit l’une à l’autre, et qui se séparent derechef un peu après, avant que leurs eaux, qu’il faut supposer fort calmes* et d’une force assez égale, mais avec cela fort rapides, aient le loisir de se mêler , les bateaux ou autres corps assez massifs et pesants qui seront emportés par le cours de l’une pourront facilement passer en l’autre , au lieu que les plus légers s’en éloigneront, et seront rejetés par la force de cette eau vers les lieux où elle est le moins rapide.
Par exemple , si ces deux rivières sont ABF et CDG 1 , qui , venant de deux côtés différents , se rencontrent versE, puis de là se détournent, AB vers F, et CD vers G, il est certain que le bateau II, suivant le cours de la rivière AB, doit passer par E vers G, et réciproquement le bateau I vers F, si ce n’est qu’ils se rencontrent tous deux au passage eu même temps, auquel cas le plus grand» et le plus fort brisera l’autre ; et qu’au contraire l’écume , les feuilles d’arbres et les plumes, les fétus, et autres tels corps fort légers qui peuvent flotter vers A, doivent être
J >'oye* plauche 1, ligure 3.