‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 250 sur 293 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

justement égale à sa grosseur , qui , étant au-dessous, peut prendre sa place en cas qu'elle descende; ce qui est cause qu’entre les parties d’un même corps, qu’on nomme homogène, comme entre celles de l’air ou de l’eau, les plus basses ne sont point notablement plus pressées que les plus hautes , et qu’un homme étant au-dessous d’une eau fort profonde , ne la sent point davantage peser sur son dos que s’il nageoit tout au-dessus.

Mais s’il vous semble que la matière du ciel , taisant ainsi descendre la pierre R vers T au-dessous de l’air qui l’environne , la doive aussi faire aller vers 6 ou vers 7 , c’est-à-dire vers l’occident ou vers l’orient, plus vite que cet air, en sorte quelle ne descende pas tout droit et à plomb, ainsi que font les corps pesants sur la vraie terre , considérez premièrement que toutes les parties terrestres comprises dans le cercle 5, 6, 7, b étant pressées vers T par la matière du ciel , en la façon que je viens d’expliquer, et ayant avec cela des figures fort irrégulières et diverses , se doivent joindre et accrocher les unes aux autres ,* et ainsi 11e composer qu’une masse qui est emportée tout entière par le cours du ciel ABCD , en telle sorte que, pendant quelle tourne, celles de ses parties qui sont , par exemple, vers 6 demeurent toujours vis-à-vis de celles qui sont vers 2 et vers F, sans s’en écarter notablement ni çà ni là , qu’autant que

ag4 le monde.

les vents ou les autres causes particulières les y

contraignent.

Et de plus remarquez que ce petit ciel ABCD tourne beaucoup plus vite que cette terre \ mais que celles de ses parties qui sont engagées dans les pores des corps terrestres ne peuvent pas tourner notablement plus vite que ces corps autour du centre T, encore qu’elles se meuvent beaucoup plus vite en divers autres sens , selon la disposition de ces pores.

Puis, afin que vous sachiez qu’encore que la matière du ciel fasse approcher la pierre R de ce centre , à cause qu’elle tend avec plus de force qu’elle à s’en éloigner, elle ne doit pas tout de même la contraindre de reculer vers l’occident \ bien quelle tende aussi avec plus de force quelle à aller vers l’orient , considérez que cette matière du ciel tend à s’éloigner du centre T, parcequ’elle tend à continuer son mouvement en ligne droite , mais qu’elle ne tend de l’occident vers l’orient que simplement, parcequ’elle tend à le continuer de même vitesse , et qu’il lui est d’ailleurs indifférent de se trouver vers 6 ou vers 7.

Or il est évident qu’elle se meut quelque peu plus en ligne droite pendant qu’elle fait descendre la pierre R vers T, quelle ne feroit en la laissant vers R; mais elle ne pourroit pas se mouvoir si vite vers l’orient , si elle la faisôit reculer vers l’oc-

CH A. PI TH F, XI. !ip5

cident , que si elle la laisse en sa place , un même que si elle la pousse devant soi.

Et toutefois , afm que vous sachiez aussi qu’en core que cette matière du ciel ait plus de force à faire descendre cette pierre R vers T, qu’à y faire descendre l’air qui l’environne, elle ne doit pas tout de même enavoir^Ius à la pousser devant soi de l’occident vers l’orient, ni par conséquent la faire mouvoir plus vite que l’ai*en ce sens-là ; considérez qu’il y a justement autant de cette matière du ciel qui agit contre elle pour la faire descendre vers T, et qui y emploie toute sa force , qu’il en entre de celle de la terre en la composition dè son corps, et que, d’autant qu’il y en entre beaucoup davantage qu’en une quantité d’air de pareille étendue, elle doit être pressée beaucoup plus fort vers T que n’est cet air , mais que , pour la faire tourner vers l’orient, c’est toute la matière du ciel contenue dans le cercle R qui agit contre elle et conjointement contre toutes les parties terrestres de l’air contenu en ce même cercle ; en sorte que, n’y en ayant point davantage qui agisse contre elle que contre cet air, elle ne doit point tourner plus vite que lui en ce sens-là.

Et vous pouvez entendre de ceci que les raisons dont se servent plusieurs philosophes pour réfuter le mouvement de la vraie terre, n’ont point de force contre celui de la terri' que je vous dé-

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cris; comme lorsqu’ils disent que si la terre se mouvoit les corps pesants ne devroient pas descendre à plomb vers son centre, mais plutôt s’en écarter çà et là vers le ciel , et que les canons pointés vers l’occident devroient porter beaucoup plus loin qu’étant pointés vers l’orient , et que l’on devroit toujours sentir en ^ir de grands vents et ouïr de grands bruits , et choses semblables , qui n’ont beu qu’en ca§ qu’on suppose qu’elle n’est pas emportée par le cours du ciel qui l’environne » mais qu’elle est mue par quelque autre force et en quelque autre sens que ce ciel.

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