‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 252 sur 293 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

immobile', à comparaison de la vitesse dont se meut la matière du ciel qui est sous el* et considériez que cette matière du ciel ayant moins d’espace entre o et 6 pour y passer, qu’elle n’en auroit entre B et 6 (si la lune 11’occupoit point l’espace qui est entre o et B), et par conséquent s’y devant mouvoir un peu plus vite, elle ne peut manquer d’avoir la force de pousser quelque peu toute la terre vers D, en sorte que son centre T s’éloigne, comme vous voyez, quelque peu du point M, qui est le centre du petit ciel ABCD: car il n’y , a rien que le seul cours de la matière de ce ciel qiti la soutienne au lieu où elle est. Et parceque l’air 5, 6, 7, 8 et l’eau 1,2, 3, 4, qui environnent cette terre, sont des corps liquides, il est évident que la même force qui la presse en cette façon , les doit aussi faire baisser vers T, non seulement du côté 6,2, mais aussi de son opposé 8,4 , et en récompense les faire hausser aux endroits 4> 1 et 7,3 ; en sorte que la superficie delà terre EFG1I demeurant ronde , à cause quelle est dure , celle de l’eau 1,2, 3, 4 et celle de l’air 5,6, 7,8 , qui sont liquides, se doivent former en ovale. . . <

Puisconsidérezque la terre tournant cependant autour de son centre , et par ce moyen faisant les jours, qu’on peut diviser en. vingt-quatre heures, comme les nôtres , celui de ses côtés F qui est maintenant vis-à-vis de la lune , et sur lequel pour cette raison

ap8 LE MONDE.

l’eau 2 est moins haute, se doit trouver dans six . IveuWs vis-à-vis du ciel marqué C, où 'cette eau sera plus haute, et dans douze heures vis-à-vis de l’endroit du ciel marqué D, où l’eau derechef sera plus basse; en sorte que la mer, qui est représentée par cette eau 1,2, 3, 4, doit avoir son flux et son reflux autour de cette terre de six heures en six heures, comme elle a autour de celle que nous habitons. r iS 4 v

Considérez aussi que pendant que cette terre tourne d’E par F vers G , c’est-à-dire de l’occident par le midi vers l’orient, l’enflure de l’eau et de l’air qui demeure vers ! et 5 et vers 3 et 7, passe de sa partie orientale vers l’occidentale, y faisant un flux sans reflux tout semblable à celui qui, selon le rapport de nos pilotes , rend la navigation beaucoup plus facile dans nos mers de l’orient vers l’occident, que de l’occident ver£ l’orient. Et pour 11e rien oublier en cet endroit, ajoutons que la lune fait en chaque mois le même tour que la terre fait en chaque jour, et ainsi quelle fait avancer peu à peu vers l’orient les points 1,2, 3, 4 , qui marquent les plus hautes et les plus basses marées ; en sorte que ces marées ne changent pas précisément de six heures en six heures, mais qu’elles retardent d’environ la cinquième partie d’une heure à chaque fois , ainsi que font aussi celles de nos mers.

Considérez outre cela que le petit ciel ABCD

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n’est pas exactement rond, mais qu’il s’étend avec un peu plus de liberté vers A et vers C , et s’y meut à proportion plus lentement que vers B et vers D,* où il ne peut pas si aisément rompre le cours de la matière de l’autre ciel qui le contient; en sorte que la lune, qui’âemeure toujours comme attachée à sa superficie extérieure, se doit mouvoir un peu plus vite, et s’écarter moins de sa route, et ensuite être cause que les flux et reflux de la mer soient beaucoup plus grands lorsqu’elle est vers B , où elle est pleine , et vers D , 6ù elle est nouvelle , que lorsqu’elle est vers A et vêts C, ôù elle n’est qu’à demi pleine , qui sont des particularités que les astronomes observent aussi toutes semblables en la vraie lime, bien qu’ils n’en puis- • sent peut-être pas si facilement rendre raison par les hypothèses dont ils se servent.

Pour les autres effets de cette lune, qui diffèrent quand elle est pleine de quand elle est nouvelle , ils dépendent manifestement de sa lumière. Et pour les autres particularités du flux et du reflux , elles dépendent en .partie de la diverse situation des côtes de la mer , et eh partie des vents qui régnent aux temps et aux lieux qu’on les observe. Enfin, pour les autres mouvements. généraux tant de la terre et de la lune que des autres astres et des cieux , ou vous les pouvez assez entendre de ce que j’ai dit* ou bien ils ne servent pas à mon sujet, et

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