‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 274 sur 293 · DE LA NUTRITION · texte numérisé non relu

DE LA NUTRITION

, Lorsqu’on sait que le sang est ainsi continuelle-

Que quelques me„t dilaté dans le cœur, et de là poussé avec effort ,ans sortent par les artères en toutes les autres parties du corps,

île» artères 1 ( r

lorsqu’elles d ou il retourne apres par les veines vers le cœur, seuiieiit. .j est ajS(i ^ jUger qUe c’est plutôt lorsqu’il est dans

, les artères , que non pas lorsqu’il est dans les veines,

qu’il sert à nourrir tous las membres : car, encore que je ne veuille pas nier que pendant qu’il coule des extrémités des veines vers le cœur il n’y ait quelques unes de ses parties qui passent par les pores de leurs peaux et s’y attachent , comme il arrive particulièrement dans le foie , lequel est sans doute nourri du sang des veines, à cause qu’il ne reçoit presque point d’artères ; toutefois, partout ailleurs où il y a des artères qui accompagnent les veines , il est évident que le sang que contiennent ces artères étant plus subtil et poussé avec plus de force que celui de^*veines, il en sort plus facilement pour s’attacher aux autres parties , sans que l’épaisseur de leurs peaux en empêche , à cause qu’à leurs extrémités leurs peaux ne sont guère-plus épaisses

que celles des veines , et aussi à cause qu’au moment que le sang qui vient du cœur les fait enfler, il fait par même moyen que les pores de ces peaux s’élargissent ; et alors les petites parties de ce sang que la raréfaction qu’il a reçue dans le cœur a séparées les unes des autres , poussant ces peaux de tous côtés avec effort, entrent facilement en ceux de leurs pores qui sont proportionnés à leur grosseur, et vont aussi choquer les racines des petits filets qui composent les parties solides; puis, au moment que les artères se désenflent , ces pores se rétrécissent , et par ce moyen plusieurs des parties du sang demeurent engagées contre les racines des petits filets des parties foibles qu’elles nourrissent (et plusieurs autres s’écoulent par les pores qui les environnent ) , au moyen de quoi elles entrent aussi en la composition du corps.

Mais pour entendre ceci distinctement , il faut 10. considérer que les parties de tous les corps qui ont vie et qui s’entretiennent par la nourriture, c’est- "c“ot

* 1 composes que

à-dire des animaux et des plantes, sont en conti- de petit», nuel changement ; en sorte qu’il n’y a autre diffé- seaux, qui rence entre celles qu’on nomme fluides , comme le cou ,ou' sang, les humeurs, les esprits, et celles qu’on nomme solides , comme les os , la chair , les nerfs et les peaux , sinon que chaque particule de cellesci se meut beaucoup plus lentement que celles des autres.

46o DE LA FORMATION DO FCETÜS.

Et pour concevoir comment ces particules se meuvent, il faut penser que toutes les parties solides ne sont composées que de petits filets diversement étendus et repliés , et quelquefois aussi entrelacés, qui sortent chacun de quelque endroit de l’une des branches d’une artère ; et que les parties fluides, c’est-à-dire les humeurs et les esprits, coulent le long de ces petits filets par les espaces qui se trouvent autour d’eux , et y font une infinité de petits ruisseaux , qui ont tous leur source dans les artères , et ordinairement sortent des pores de ces artères qui sont les plus proches de la racine des petits filets qu’ils accompagnent; et qu’après divers tours et retours qu’ils font avec ces filets dans le corps , ils viennent enfin à la superficie de la peau , par les pores de laquelle ces humeurs et ces esprits s’évaporent en l’air.

Or, outre ces pores par où coulent les humeurs et les esprits , il y en a encore quantité d’autres beaucoup plus étroits, par où il passe continuellement de la matière des deux premiers éléments que j ai décrits en mes Principes; et comme l’agitation de la matière des deux premiers éléments entretient celles des humeurs et des esprits , ainsi les humeurs et les esprits, en coulant le long des petits filets qui composent les parties solides, font que ces petits filets s’avancent continuellement tjuelque peu, bien que ce soit fort lentement; en

sorte que chacune de leurs parties a son cours depuis l’endroit où ils ont leurs racines jusques à la superficie des membres où ils se terminent , à laquelle étant parvenue, la rencontre de l’air ou des corps qui touchent cette superficie l’en sépare ; et à mesure qu’il se détache ainsi quelque partie de l’extrémité de chaque filet , quelque autre s’attache à sa racine, en la façon que j’ai déjà dite. Mais celle qui s’en détache s’évapore en l’air, si c’est de la peau extérieure qu’elle sort; et si c’est de la superficie de quelque muscle , ou de quelque autre partie intérieure, elle se mêle avec les parties fluides , et coule avec elles où elles vont, c’est-à-dire quelquefois hors du corps, et quelquefois par les veines vers le cœur, où il arrive souvent qu’elles rentrent.

Ainsi l’on peut voir que toutes les parties des petits filets qui composent les membres solides ont un mouvement qui ne diffère point de celui des humeurs et des esprits, sinon qu’il est beaucoup plus lent , comme aussi celui des humeurs et des esprits est plus lent que celui des matières plus subtiles.

Et ces différentes vitesses sont cause que ces diverses parties solides ou fluides, en se frottantles unes contre les autres , se diminuent ou s’augmentent , et s’agencent diversement , selon le divers tempérament de chaque corps; en sorte, par exem-

ai.

Comment on croit

étant jeune.

462 DE LA FORMATION Dli FOETUS.

pie , que lorsqu’on est jeune, à cause que les petits filets qui composent les parties solides ne sont pas encore fort étroitement joints les uns aux autres, et que les ruisseaux par où coulent les parties fluides sont assez larges, le mouvement de ces petits filets est moins lent que lorsqu’on est vieux, et il s’attache plus de matière à leurs racines qu’il ne s’en détache de leurs extrémités , ce qui fait qu’ils s’alongent davantage, qu’ils se fortifient et se grossissent , au moyen de quoi le corps croît.

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