Et lorsque les humeurs qui coulent entre ces
C— :.;'n petits filets 11e sont pas en grande quantité , elles ‘t comracnt passent toutes assez vite par les ruisseaux qui les
on maigrit, r r 1
contiennent ; au moyen de quoi le corps s’alonge , et les parties solides croissent sans s’engraisser. Mais lorsque ces humeurs sont fort abondantes , elles ne peuvent couler si aisément entre les petits filets des membres solides, ce qui fait que celles de leurs parties qui ont des figures fort irrégulières en forme de branches , et qui par conséquent passent le plus difficilement de toutes entre ces filets , s’arrêtent parmi eux peu à peu, et y font de la graisse , laquelle ne croît pas dans le corps, ainsi que la chair $ par une nourriture proprement dite, . mais seulement parceque plusieurs de ses parties se joignent ensemble en s’arrêtant les unes aux autres , ainsi que font celles des choses mortes.
Et lorsque les humeurs deviennent derechef
moins abondantes elles coulent plus aisément et plus vite , pourceque la matière subtile et les esprits qui les accompagnent ont plus de force pour les agiter , ce qui fait qu’elles reprennent peu à peu les parties de la graisse et les entraînent avec elles, au moyen de quoi on devient maigre.
Et pourcequ’à mesure qu’on vieillit les petits filets qui composent les parties solides se serrent et s’attachent de plus en plus les uns aux autres , ils parviennent enfin à tel degré de dureté que le corps cesse entièrement de croître, et même aussi qu’il ne peut plus se nourrir ; en sorte qu’il arrive tant de disproportion entre les parties solides et les fluides que la vieillesse seule ôte la vie.
Mais pour savoir particulièrement en quelle sorte chaque portion de l’aliment se va rendre à l’endroit du corps à la nourriture duquel elle est propre , il faut considérer que le sang n’est autre chose qu’un amas de plusieurs petites parcelles des viandes qu’on a prises pour se nourrir ; de façon qu’on ne peut douter qu’il ne soit composé de parties qui sont fort différentes entre elles, tant en figure qu’en solidité et en, grosseur ; et je ne sache que deux raisons qui puissent faire que chacune de ces parties s’aille rendre en certains endroits du corps plutôt qu’en d’autres.
La première est la sitftation du lieu au regard du cours qu’elles suivent; l’autre, la grandeur et la
Comment on vieillit
et on meurt de vieiJîçsse.^
Des deux causes qui déterminent chaque partie de la
liqueur à s’aller rendre à l’endroit du corps qu’elle est propre à nourrir.
, /(64 DE tA FORMATION DU FOETUS.
figure des pores où elles entrent, ou bien des corps auxquels elles s’attachent; car de supposer en chaque partie du corps des facultés qui choisissent et qui attirent les particules de l’aliment qui lui sont propres, c’est feindre des chimères incompréhensibles, et attribuer plus d’intelligence à ces chimères que notre âme même n’en a , vu quelle ne connoît en aucune façon ce qu’il faudroit # . qu’elles connussent.
i5. Or , pour la grandeur et figure des pores , il est a£“a c évident quelle suffit pour faire que les parties du ces causes. 9ang qUi ont certaines grosseur et figure entrent en quelques endroits ducorps plutôtque les autres: car comme on voit des cribles diversement percés, qui peuvent séparer les grains qui sont ronds d’avec les longs, et les plus menus d’avec les plus gros , ainsi sans doute le sang poussé par le cœur dans les artères y trouve divers pores par où quelques unes de ses parties peuvent passer, et non pas les autres.
af>. Mais la situation du lieu au regard du cours
Comment ^ ■ J i ' • •
agit ramre, et qu a le sang dans les arteres est aussi requise, îcs'-spriti'àni- Pour f;1*re qu’entre celles de ses parties qui ont maux même figure et grosseur, mais non pas même so-
sont produits. u ° / r
lidité, les plus solides aillent en certains endroits plutôt que les autres; et c’est principalement de cette situation que dépend la production des es- ♦ * prits animaux.
DE LA FORMATION DU FŒTUS. /j.65
Car ii faut remarquer que tout le sang qui vient du cœur dans la grande artère est poussé en ligne droite vers le cerveau, où ne pouvant aller , tout (à cause que les branches de cette grande artère qui vont jusque là, savoir celles qu’on nomme les carotides, sont fort étroites à comparaison de l’ouverture du cœur par où il vient), il n’y va que celles de ses parties qui , étant les plus solides, sont aussi les plus vives et les plus agitées par la chaleur du cœur; au moyen de quoi elles ont plus de force que les autres pour suivre leur cours jusqu’au cerveau , à l’entrée duquel se criblant dans les petites branches des carotides , et principalement aussi dans la glande que les médecins ont imaginé ne servir qu’à recevoir la pituite, celles qui sont assez petites pyr passer par les pores de cette glande composent les esprits animaux, et celles qui sont quelque peu plus grosses s’attachent aux racines des petits filets qui composent le cerveau ; mais pour les plus grosses de toutes , elles passent des artères dans les veines qui leur sont jointes, et, sans perdre la forme de sang, elles retournent vers le cœur.
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