‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 33 sur 293 · PREMIÈRE PARTIE. i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. i

en lame même , et desquelles on 11e connoît communément aucune cause prochaine à laquelle on les puisse rapporter : tels sont les sentiments de joie , de colère , et autres semblables , qui sont quelquefois excités en nous par les objets qui meuvent nos nerfs, et quelquefois aussi par d’autres causes. Or, encore que toutes nos perceptions, tant celles qu’on rapporte aux objets qui sont hors de nous que celles qu’on rapporte aux diverses affections de notre corps , soient véritablement des passions au regard ^le notre âme , lorsqu’on prend ce mot en sa plus générale signification , toutefois on a coutume de le restreindre à signifier seulement celles qui se rapportent à lame même; et ce ne -sont que ces dernières que j’ai entrepris ici d’expliquer sous le nom des passions de l’âme.

article xxvi,

Que les imaginations , qui ne dépendent qne du mouvement fortuit des esprits, peuvent être d’aussi véritables passions que les perceptions qui dépendent des nerfs.

Il reste ici à remarquer que toutes les mêmes choses que l’âme aperçoit par l’entremise des nerfs lui peuvent aussi être représentées par le cours fortuit des esprits , sans qu’il y ait autre différence, sinon que les impressions qui viennent dans le cerveau par les nerfs ont coutume d’être plus vives et plus expresses que celles que le»

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6o LES PASSIONS DE l’aME.

esprits y excitent, ce qui m’a fait dire en l’art. 21 que celles-ci sont comme, l’ombre ou la peinture des autres. Il faut aussi remarquer qu’il arrive quelquefois que cette peinture est si semblable à la chose qu’elle représente , qu’on peut y être trompé touchant les perceptions qui se rapportent aux objets qui sont hors de nous , ou bien celles qui se rapportent à quelques parties de notre corps, mais qu’on ne peut pas l’être en même façon touchant les passions , d’autant qu’elles sont si proches et si intérieures à notre âme flu’il est impossible qu’elle les sente sans qu’elles soient véritablement telles quelle les sent. Ainsi souvent lorsque l’on dort, et même quelquefois étant éveillé, on imagine si fortement certaines choses , qu’o# pense les voir devant soi ou les sentir en son corps, bien qu’elles n’y soient aucunement; mais, encore qu’on soit endormi et qu’on rêve , on ne sauroit se sentir triste, ou ému de quelque autre passion, qu’il ne soit très vrai que l’âme a en soi cette passion.

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