‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 54 sur 293 · ARTICLE XLVII · texte numérisé non relu

ARTICLE XLVII

En quoi consistent les combats, qu’on a coutume d’imaginer entre la partie inférieure et la supérieure de Famé.

Et ce n’est qu’en la répugnance qui est entre les mouvements que le corps par ses esprits et l’âme par sa volonté tendent à exciter en même temps dans la glande , que consistent tous les combats qu’on a coutume d’imaginer entre la partie * inférieure de l’âme , qu’on nomme sensitive , et la supérieure , qui est raisonnable , ou bien entre les appétits naturels et la volonté; car il n’y a en nous qu’unè seule âme , et cette' âme n’a en soi aucune diversité de parties ; la même qui est sensitive est raisonnable , et tous ses appétits sont des volontés. L’erreur qu’on a commise en lui faisant jouer divers personnages qui sont ordinairement contraires les uns aux autres y ne’* vient .que de ce qu’on n’a pas bien distingué ses fonctions d’avec celles du corps, auquel seul on dcât attribuer tout ce qui peut être remarqué en nous qui répugne à notre raison ; en sorte qu’il n’y a point en ceci d’autre

LES PASSIONS DE l’aME.

combat , sinon que la petite glande qui est au milieu du cerveau , pouvant être poussée d’un côté par lame , et de l’autre par les esprits animaux , qui ne sont que des corps , ainsi que pa* dit cidessus , il arrive souvent que ces deux impulsions sont contraires , et que la plus forte empêche l'effet de l’autre. ()r on peut distinguer deux sortes de mouvements excités par les esprits dans la glande : les uns représentent à l’âme les objets qui meuvent les sens , ou les impressions qui se rencontrent dans le cerveau , et ne font aucun effort sur sa volonté; les autres y font quelque effort, à Savoir ceux qui causent les passions ou les mouvements du corps qui les accompagnent; et pour les premiers, encore qu’ils empêchent souvent les actions de lame, ou bien qu’ils soient empêchés par elles , toutefois, à cause qu’ils ne sont pas directement contraires, on 11’y remarque point de combats. On en remarque seulement entre les derniers et les volontés qui leur répugnent ; par exemple, entre l’effort dont les esprits poussent la glande pour causer en l’âme le désir de quelque chose, et celui dont l’âme la repousse par la volonté qu’elle a de fuir la même chose; et ce qui fait principalement paroître ce combat, c’est que la volonté n’ayant pas le pouvoir d’exciter directement les passions , ainsi qu’il a déjà été dit, elle est contrainte d’user d’industrie, et de s’appliquer à considérer successive-

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