PREMIÈRE PARTIE
point un long usage. Ainsi lorsqu’on rencontre inopinément quelque ^Jiose de fort sale en une viande qu’on mange avec appétit, la surprise de cette rencontre peut tellement changer la disposition du cerveau qu’on ne pourra plus voir par après de telle viande qu’avec horreur, au lieu qu’on la mangeoit auparavant avec plaisir. Et on peut remarquer la même chose dans les bêtes; car en-' core quelles n’aient point de raison , ni peut-être aussi aucune pensée , tous les mouvements des esprits et de la glande , qui excitent en nous les passions, ne laissent pas d’être en elles et d’y servir à entretenir et fortifier , et non pas comme en nous les passions , mais les mouvements des nerfs et des muscles , qui ont coutume de les accompagner. Ainsi lorsqu’un chien voit une perdrix, il est naturellement porté à courir vers elle , et lorsqu’il oit tirer un fusil, ce bruit l’incite naturellement à s’enfuir; mais néanmoins on dresse ordinairement les chiens couchants en telle sorte, que la vue d’une perdrix fait qu’ils s’arrêtent , et que le bruit qu’ils oient après, lorsqu’on tire sur elle, fait qu’ils y accourent. Or ces choses sont utiles à savoir pour donner le courage à un chacun d’étudier à regarder ses passions; car puisqu’on peut, avec un peu d’industrie, changer les mouvements du cerveau dans les animaux dépourvus de raison , il est évident qu’on le peut encore mieux dans les hommes ;
8/j LES PASSIONS DE LAME.
-et que ceux même qui qnt les plus foibles âmes pourraient acquérir un ^empire très absolu sur toutes leurs passions si on employoit assez, d’industrie à les dresser et à les conduire.