‹ Œuvres de Descartes (volume 3)Chapitre 1 sur 62 · Oeuvres de Descartes · texte numérisé non relu

Oeuvres de Descartes

J’ai reçu l’écrit de M. de Fermât avec un billet que vous aviez mis dans le paquet du Maire et depuis j’ai attendu huit jours sansy répondre, pour voir si je ne recevrais point cependant le paquet que vous me mandez par ce billet m’avoir adressé au même temps ; mais je ne l’ai point reçu , et ainsi je crains qu’il n’ait été perdu , au moins si vous ne l’avez envoyé par une autre voie que par la poste. Je vous renvoie l’original de sa démonstration prétendue contre ma Dioptrique , pourceque vous me mandiez que c’étoit sans le

‘ « Cette lettre est da 18 janvier i638 , du meme jour que la suivante. »» Voyez les raisons dans le nouveau cahier. »

* « Carcnvi. »

LETTRES

su de l'auteur que vous me l’aviez envoyé ; mais pour son écrit De maximis et minimis , puisque c’est un conseiller de ses amis qui vous l’a donné pour me l’envoyer , j’ai cru que j’en devois retenir l’original , et me contenter de vous en envoyer une copie , vu principalement qu’il contient des fautes qui sont si apparentes , qu’il m’accuseroit peut-être de les avoir supposées , si je ne retenois sa main pour m’en défendre. En effet , selon que j’ai pu juger par ce que j’ai vu de lui, c’est un esprit vif, plein d’invention et de hardiesse, qui s’est, à mon avis, précipité un peu trop, et qui ayant acquis tout d’un coup la réputation de savoir beaucoup en algèbre , pour en avoir peut-être été loué par des personnes qui ne prenoient pas la peine ou qui n’étoient pas capables d’en juger , est devenu si hardi , qu’il n’apporte pas , ce me semble , toute l’attention qu’il faut à ce qu’il fait. Je serai bien aise de savoir ce qu’il dira , tant de la lettre jointe à celle-ci, par laquelle je réponds à son écrit De maximis et minimis , que de la précédente, où je répondois à sa démonstration contre ma Dioptrique ; car j’ai écrit l’une et l’autre afin qu’il les voie , s’il vous plaît ; même je n’ai point voulu le nommer, afin qu’il ait moins de honte des fautes que j’y remarque, et parceque mon dessein n’est point de fâcher personne , mais seulement de me défendre ; et pourceque je juge

LETTRES

qu’il n’aura pas manqué de se vanter à mon préjudice en plusieurs de ses écrits, je crois qu’il est à propos que plusieurs voient aussi mes défenses : c’est pourquoi je vous prie de ne les lui point envoyer sans en retenir copie. Et, s’il vous parle de vous renvoyer encore ci-après d’autres écrits, je vous supplie de le prier de les mieux digérer que les précédents , autrement je vous prie de ne prendre point la commission de me les adresser : car, entre nous, si, lorsqu’il me voudra faire l’honneur de me proposer des objections , il ne veut pas se donner plus de peine qu’il a pris la première fois, j’aurois honte qu’il me fallût prendre la peine de répondre à si peu de chose , et je ne m’en pourrois honnêtement dispenser lorsqu’on sauroit que vous me les auriez envoyées. Je serois bien aise que ceux qui me voudront faire des objections ne se hâtent point, et qu’ils tâchent d’entendre tout ce que j’ai écrit avant que de juger d’une partie , car le tout se tient , et la fin sert à prouver le commencement. Mais je me promets que vous me continuerez toujours à me mander franchement ce qui se dira de moi , soit en bien , soit en mal, et vous en aurez dorénavant plus d’occasion que jamais , puisque mon livre est enfin arrivé à Paris. Au reste, chacun sachant que vous me faites la faveur de m’aimer comme vous faites, on ne dit rien de moi en votre présence qu’on ne

présuppose que vous m’en avertissiez , et ainsi vous ne pouvez plus vous en abstenir sans me faire tort.

Vous me demandez si je crois que l’eau soit en sonétat naturel étant liquide, ou étantglacée; àquoi je réponds que je ne connois rien de violent dans la nature , sinon au respect de l’entendement humain , qui nomme violent ce qui n’est pas selon sa volonté, ou selon ce qu’il juge devoir être, et que c’est aussi bien le naturel de l’eau d’être glacée lorsqu’elle est fort froide , que d’être liquide lorsqu’elle l’est moins , pourceque ce sont les causes naturelles qui font l’un et l’autre. Je suis, etc.

AU R. P. MERSENNE

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