DU MEME MEDECIN DE LOUVAIN
A M. DESCARTES'
(Lettre 79 du tome I. .Version.)
Monsieur , •
Puisque vous désirez savoir de quelle îôrte vos réponses m’ont satisfait , je votis dirai librement qu’elles ne m’ont pas pleinement., contenté , ht qu’il y a encore certaines choses qui demandent
1 « Ces instances sont du 5 février i63fl. Voyez les raisons daus le * •
» nouveau cahier. >•
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que vouff vous expliquiez un peu davantage , , si vous voulez me donner une entière satisfaction.
A ma première objection, vous dites que quand le cœur est séparé du corps , s’il y a quelque partie qui batte, il fkut qu’un reste.de sang y soit tombé des autres parties supérieures ; mais je remarque que les parties mêmes qui , pour être les plus hautes de toiltes , ne peuvent recevoir de sang d’ailleurs, battent aussi.
Vous ajoutez que cette objection fait moins contre vous que contre l’opinion vulgaire de ceux qui croient que le mouvement du ccqpr procède de quelque faculté de l’âme : mais cela ne vous excuse point ; car peut-être que ni eux ni vous ne connoissez point encore la vraie cause de ce mouvement ; ,et même , quoi que vous disiez , if me semble pouvoir aisément sauver l’opinion vulgaire: car bien que l’âme ne soit plus dans un cœur humain quand il est séparé du corps , et qu’ainsi il n’y ait plus en lui de faculté, toutefois il reste dans le cœur un certain esprit qui , ayant été l’instrum ^t*de l’âme , agit encore par sa vertu après «quelle est sortie ; et c’est ce qui me fait croire que l’attfactfcn , la coction. et l’assimilation des aliments se font aussi bien dans le corps d’un homme nouvellement déqapité que s’il étoit vivant , tant qu’il y reste de la chaleur et de cet esprit vivifique.
A ma seconde objection , vous dites que le mouvement des artères vient de ce que le sang qui occupe cette partie de la grande artère qui est proche du cœur pousse tout l’autre sang. Je trouve néanmoins que cela est contraire aux expériences de la chirurgie. Car , par exemple , quand une artère est offensée et ouverte par quelque fissure , on sait que ce n’est pas un petit ouvrage , ni une petite peine pour les chirurgiens , que d’arrêter le sang : c’est ce qui fait que pour en venir à bout ils mettent dans la plaie des poudres astringentes , des linges , et je ne sais combien d’autres ingrédients;en sorte que, par le moyen de ces corps étrangers qu’ils y fourrent à force, ils font que le sa/ig qui est au-dessous de la plaie ne touche plus à celui de dessus : et cependant le mouvement de l’artère ne s’arrête point au-dessous de la plaie , mais elle continue d’y battre, ce qui ne devroit point arriver si ce que vous dites étoit vrai ; ni ces corps étrangers ne nagent pas librement avec le sang dans les artères., comme vous voulez qu’ils y nagent , pour ne point empêcher ce battement , mais ils y sont fixes et pressés, autrement ils n’auroient pu arrêter le sang qui sortoit par la plaie. Vous ajoutez à cela que si l’on fourre dans une artère un tuyau assez gros pour remplir . toute sa capacité , et qui soit si étroit par le dedans que le sang n’y puisse passer librement , il ne. laissera pas d’arrêter le mouvement
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(le l’artère , encore qu’il n’y ait aucune ligature ; et c’est pour cette même raison que vous voulez que les veines ne battent point , etc. Mais quelle différence peut-il y avoir , que le passage libre du sang soit empêché , ou en mettant un tuyau dans une artère , ou bien en l’entourant par dehors de quelque corps qui la serre? je pense que cela doit avoir le même effet ; et néanmoins , que l’on étréci sse et que l’on serre tant que l’on voudra les artères par dehors , pourvu que leurs tuniques ne se touchent point , et qu’elles ne soient pas pressées l’une contre l’autre , leur battement ne sera point arrêté : ce qui étant hors de doute , je vous laisse à en tirer Ja conséquence. Ce que vous rapportez de la dissection d’un lapin vivant est vrai ; et Galien rapporte la même chose au livre de adminis. anat., s’étonnant de ce que la base du cœur est la dernière partie qui batte.
A ma troisième objection , vous répondez qu’encore qu’on ne sente pas une grande chaleur dans le cœur des poissons , ils en ont toutefois plus en Cette partie-là qu’en aucune autre ; je vous l’accorde : mais cette chaleur n’est pas si grande qu’elle puisse raréfier leur sang., et encore en si peu de temps. Nos mains sont beaucoup plus chaudes que le cœur des poissons; cependant, quand elles sont pfeines de sang de poisson , elles ne le font point raréfier de la sorte.
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* Enfin , vous avez recours à un certain levain que vous dites être dans le cœur , et servir à raréfier le sang : mais je crains fort que ce levain ne soit une chose vaine et imaginaire ; et quand il ne. le seroit pas , comment pourroit-il raréfier le sang si promptement ? cela est entièrement contre l’ordinaire et le naturel du levain. Je souhaiterois donc, Vil vous plaît , que ces choses fussent encore expliquées: toutefois, si vous croyez qu’il n’en soit pas besoin , et que vos réponses vous semblent assez claires et assez exactes , demeurez-en là ; je tâcherai de les digérer tout seul. Le reste de ce que vous m’avez écrit pour la preuve de la circulation du sang se soutient assez , et c’est une opinion qui ne me déplaît pas.
(Lettre 80 du tome I. Version.)
Monsieur ,
Je vous suis très obligé de la diligence que vous
apportez à répondre à mes lettres, et du soin que
* « Cette réponse csl^du n février i638. Voy$z les raisons dans le »» nouveau cahier. »>
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vous prenez de m’envoyer celles des autres. Les nouvelles instances que vous me faites sont très considérables , et si jamais il m’en a été fait que j’aie jugées dignes de quelque réponse , ce sont celles-ci.
Quant à. la première, vous m’avertissez fort à propos que les plus hautes parties du cœur sont celles qui battent le plus quand il est tiré du corps,* d’où vous inférez que ce battement ne procêdp pas de la chute du sang ; mais il faut ici prendre garde à deux choses qui peuvent à mon avis lever toute la difficulté. La première est que ces parties du cœur qu’on nomme supérieures, c’est-à-dire qui sont à sa base, sont doubles : car i° il y a celles où sont insérées la veine cave et l’artère veineuse; et pour celles-là, il est vrai de dire qu’elles ne se meuvent pas par la raréfaction de quelque nouveau sang qui y découle, après que les oreilles et tous les autres vaisseaux qui leur étoient joints, et qui avoient coutume de leur en fournir, sont retranchés ; si ce n’est que par hasard il en coule un peu dansjeurs cavités, de la coronaire, et des autres petits vaisseaux épars dans la substance du cœur, qui pour lors sont ouverts autour de sa base. De plus, il y a les parties auxquelles sont insérées la veine artérieuse et la grande artère ; pour celleslà, elles doivent battre les dernières de toutes, même après que la pointe du cœur est retranchée.
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parceque, comme c’est par ces partiqg-là que le sang a accoutumé de sortir, il y trouve des routes si faciles , et tout est disposé de telle sorte dans un cœur, quoique coupé , quç. tdVit ce qui reste de sang est porté vers elles.
La seconde chose qu’il faut ici observer, est que le mouvement des oreilles du cœur, et des parties qui leur sont vpisines, est fort différent de cçlui de tout le reste de sa masse : car si l’on voit qu’elles remuent quand le cœur est en pièces et déjà languissant , ce n’est pas que le sang qu’elles contiennent se raréfie, mais c’est qu’il en sort à grosses gouttes. Car quand le cœur est encore vigoureux et entier, il* paroît un autre mouvement aux oreilles , qui vient de ce qu’elles s’emplissent de sang: or les parties supérieures du cœur, à les prendre jusques à cet endroit des ventricules où les extrémités des valvules tricuspides sont insérées, imitent tantôt le mouvement des oreilles , et tantôt celui de tout le reste du cœur.
Après ces observations , si vous prenez la peine de considérer avec attention les derniers mouvements d’un cœur mourant, je ne doute point que vous ne reconnoissiez à l’œil que ses plus hautes parties (j’entends celles d’où le sang doit tomber dans lgs autres) n’ont point alors d’autre mouvfcment que celui quelles ont ordinairement quand elles se vident. Et si vous coupez ses ventricules
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en long, vpus verrez les oreilles battre jusques à trois et quatre fois , et à chaque fois dégoutter du sàngdans les ventricules, avant que le cœur batte une seule fois ; vous Verrez aussi avec cela plusieurs autres choses qui confirment toutes mon opinion. Mais vous demanderez peut-être comment un si grand mouvement que celui qui vous paroîtra lors aux oreilles, du cœur peut être causé par la seule chute du sang qui en dégoutte. En voici deux causes : la première est parceque , comme le sang n’entre pas dans le cœur d’un animal quand il est vivant, d’un flux égal et continuel, mais qu’il ne tombe des oreilles dans ses ventricules qu’à grosses gouttes et à moments interrompus , toutes les fibres des parties f»ar où le sang a accoutumé de passer sont tellement disposées par la nature, que , pour peu qu’il y en coule pour. tomber dans le cœur, ces partifes se doivent ouvrir aussi fort et aussi vite qu’elles ont accoutumé de s’ouvrir quand ell«e donnent passage à une plus grande quantité de sang. L’autre est qne cette petite rosée de sang qui sort comme une sueur de toutes les parties du cœur que l’on a blessées en les coupant doit se rassembler, et former une goutte assez notable, avant qu’elle puisse couler jusqu’au milieu de ses ventricules; en même façon que la sueuf , qui , sortant insensiblement de notre peau, s’arrête quelque temps sur elle, jusques à ce qu’elle se soit
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assemblée en gouttes, lesquelles par après tombent tout d’un coup à terre.
Au reste, qnand sur ce que j’ai dit en répondant à votre objection , quelle avoit plus de force contre l’opinion vulgaire que contre la mienne , vous répondez que c,ela ne m’excuse pas , vous dites vrai , aussi n’est-ce pas ma coutume de perdre le temps à réfuter les autres; mais je croyois en cette rencontre ne pas peu faire pour vous obliger à vous ranger de mon parti , si je vous montrais que vous n’en pouvez suivre d’autre avec plus de raison. Sans doute que vous avez voulu imiter ces braves qui, ayant entrepris de défendre une place mal munie, ne se rendent pas d’abord aux assiégeants, quoiqu’ils voient bien qu’ils ne pourront leur résister, et qui, pour donner des preuves de leur courage , veulent auparavant user toute leur poudre et tenter les dernières extrémités , d’où il arrive que leur défaite leur est souvent plus glorieuse qu'à leurs vainqueurs. .Car lorsque, pour expliquer comment le cœur peut encore être mû dans le cadavre d’un homme ^>ar l’âme qui en est absente , vous avez recours à la chaleur et à un esprit vivifique , comme à des instruments qui, ayant servi à l’âme pour cet effçt, sont encore capables de» le produire par sa vertu , de grâce, qu’est-ce autre chose que de vouloir tenter les extrémités ? car enfin , si ces instruments sont quel- 7 - ’4
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quefois suffisants pour produire tout seuls cet effet, pourquoi ne le sont-ils pas toujours? Et pourquoi vous imaginez-vous plutôt qu’ils agissent par la vertu de l’âme quand elle est absente, que non pas qu’ils n’ont pas besoin de sa vertu lors même quelle est présente ?
A la seconde objection, que vous tirez de la manière dont les chirurgiens arrêtent le sang d’une artère ouverte, je réponds que, quand le pouls ne cesse pas au-dessous de la plaie , c’est qu’il n’y a que le trou de la peau et des chairs par où le sang pourroit sortir , qui soit bouché , et que le canal de l’artère par où le sang a accoutumé de couler ne l’est pas.
À ce que vous ajoutez au même endroit , je réponds qu’il y a bien de la différence entre une artère où le libre passage du sang est empêché par un tuyau qu’on a mis dedans , et entre celle qu’on a rendue plus étroite par une ligature faite en dehors.
Car encore que l’opinion de Galien , qui dit que le mouvement des artères dépend d’une certaine vertu qui se coule et se glisse le long de leur tunique, ne me semble nullement probable , je pense pourtant que la continuité qui est dans les tuniques fàit*que l’on peut raisonnablement croire que, quand les parties d’une artère qui sont au-dessus de la ligature sont ébranlées par les se-
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cousses du sang , celles qui sont au-dessous se doivent aussi par conséquent ressentir de leur mou veinent , du moins quand le lien n’est pas si serré qu’il puisse arrêter entièrement le mouvement des tuniques de cette artère, comme il ne peut presque jamais arriver dans le cas proposé. Mais si l’on rétrécit une artère en quelque endroit beaucoup plus que dans les autres , et qu’en même temps ses tuniques soient privées de tout mouvement en cet endroit-là , par quelque cause que cela se fasse, je crois fermement que le battement des parties plus basses cessera aussi.
Dans votre troisième instance , vous alléguez le froid des poissons comme une raison pour nier que le sang se raréfie dans le cœur ; mais si vous étiez maintenant ici avec moi , vous ne pourriez pas désavouer que ce mouvement procède de la chaleur, même dans les animaux les plus froids : car je vous ferois voir présentement le petit cœur d’une anguille que j’ai coupé ce matin , il y a sept ou huit heures , en qui il ne reste plus aucun signe de vie, et qui déjà est tout sec en sa surface , comme revivre et battre encore assez vite dès que j’en approche par dehors une médiocre chaleur.
Mais afin que vous sachiez que la chaleur seule ne suffit pas, et qu’il faut aussi que quelque goutte de sang y découle pour causer ce battement , je vous donne avis que voilà que je mets ce cœur
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dans le sang de cette même anguille , lequel j’ai gardé tout exprès , puis en l’échauffant médiocrement , je fais qu’il ne bat pas moins vite ni moins fortement que lorsque cette anguille étoit vivante. C’est dans ce même cœur que j’ai vu encore clairement ce [matin ce que j’ai écrit ci-devant du mouvement qui arrive aux parties supérieures du cœur quand le sang en dégoutte'; car après en avoir ôté la partie où étoit insérée la veine cave , qui est proprement la plus haute de toutes, j’ai pris garde que la partie suivante, qui étoit devenue la plus haute par le retranchement de l’autre , ne battoit plus avec le reste du cœur, mais seulement que, recevant parfois une petite rosée de sang qui dégouttait de la plaie , elle avoit un mouvement toutà-fait différent de celui du pouls ordinaire.
Mais parceque , s’il vous arrive jamais de faire une semblable expérience, vous pourrez voir que le cœur de ces sortes d’animaux froids bat souvent, quoiqu’on ne puisse aucunement soupçonner qu’il y tombe du sang d’ailleurs, je veux prévenir une objection que vous en pourriez légitimement tirer, en vous expliquant comment je conçois que se fait cette sorte de battement. Premièrement, j’obserye que ce sang diffère beaucoup de celui des animaux qui ont plus de chaleur , duquel les plus subtiles parties s’envolent en l’air dès qu’il est tiré du corps, après quoi ce qui reste, ou se résout en eau , ou
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s’épaissit en grumeaux; car j’ai gardé tout aujourd’hui le sang de cette anguille sans qu’il se soit corrompu , ou du moins sans qu’il y soit arrivé aucun changement que l’on puisse apercevoir : il ne laisse pourtant pas d’en sortir toujours quantité de vapeurs, et sitôt qu’on l’échauffe tant soit peu, ces vapeurs s’élèvent comme une fumée fort épaisse.
De plus, il me souvient d’avoir autrefois observé, en voyant brûler du bois vert ou cuire des pommes , que la chaleur fait élever certaines vapeurs des parties intérieures , lesquelles en passant par les petites fentes ou crevasses qui se font à l'écorce font une espèce de vent; ce que tout le monde peut avoir observé aussi bien que moi : mais il arrive aussi parfois que l’endroit de l’écorce où se fait une telle crevasse est tellement disposé qu’il s’enfle quelque peu avant que la crevasse s’ouvre , et qu’il se désenfle sitôt qu’elle est ouverte, parceque toute la vapeur qui étoit renfermée dans cette tumeur en sort promptement avec bruit, et qu’il n’en succède pas sitôt de nouvelle; mais peu de temps après une autre vapeur succédant, la même partie de l’écorce s’enfle derechef, la petite crevasse se rouvre , et la vapeur s’échappe comme auparavant r et ce mouvement ainsi souvent répété imite parfaitement bien le battement d’un cœur, non pas à la vérité d’un cœur vivant,
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mais d’un cœur tel que celui dont je me sers pour cette expérience et que j’ai arraché ce matin d’une anguille. Cela ainsi observé , il n’y a rien , ce me semble , qui doive empêcher de croire que les fibres dont la chair du cœur est composée sont disposées en sorte que la vapeur du sang qui y est enfermé est capable de les élever et de faire que , de ce qu’elles s’élèvent ainsi, il s’ouvre de grands passages dans le cœur , par où toute cette vapeur s’envole incontinent, au moyen de quoi le cœur se désenfle. Ce que je puis confirmer par une autre observation que j’ai faite encore aujourd’hui , qui est telle. J’ai pris le petit cœur d’une anguille et en ai coupé la plus haute partie (c’est-à-dire celle où la veine cave étoit insérée, et qui faisoit en cette anguille la ipême fonction que fait l’oreille droite dans le cœur des animaux terrestres). Après l’avoir coupée toute dégouttante encore de sang qu’elle étoit, je l’ai mise à part dans une écuelle de bois, où vous l’eussiez prise pour une goutte de sang un peuépaissi, qui nageoit dans une autre goutte de sang moins épais; après cela j’ai arrêté ma vue dessus pour voir si je n’apercevrois point en elle quelque battement : car c’étoit pour cette épreuve que je Tavois ainsi réservée ; mais il est vrai qu’au commencement je n’y en ai aperçu aucun , parceque ( comme j’ai reconnu un peu après ) toute la vapeur qui sortoitdc ce sang, trouvant d’abord des
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passages libres et tout ouverts, s’envoloitd’un cours continu et que rien n’interrompoit; mais à un quart d’heure de là , quand la goutte de sang dans laquelle nageoit cette petite portion de cœur est venue à se sécher par le dessus , il s’est formé comme une petite peau sur sa surface, qui retenant ces vapeurs m’a fait apercevoir un battement manifeste , lequel s’augmentant à mesure qu’on en approchoit la chaleur, n’a point cessé que toute l’humeur du sang n’ait été épuisée.
Au reste , je m’étonne fort que ce que je vous ai dit de cette espèce de levain que j’estime être dans le cœur vous semble une chose vaine et imaginaire, et que vous croyiez que j’en fasse mon refuge , comme si j’étois fort pressé et «que je ne pusse me défendre autrement: car il est certain que mon opinion s’explique facilement, et même quelle se démontre sans cela; mais en l’admettant, il est nécessaire aussi d’avouer que, d’une diastole à l’autre, il demeure une petite partie du sang qui a été raréfié dans le cœur, laquelle venant à se mêler avec le sang qui y survient de nouveau, aide à le raréfier , en quoi elle imite parfaitement le naturel du levain.
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