SUR LA SECONDE MÉDITATION
■ (t Qu’y a-t-il donc qui soit distingué de ma pen- » sée? Qu’y a-t-il que l’on puisse dire être séparé <le » moi-méme? n
' Voyez Médiliilioii ii , page aS4.
Quelqu’un répondra peut-être à cette question : .le suis distingué de ma pensée moi-méme qui pense; et quoiqu’elle ne soit pas à la vérité séparée de moi-même , elle est néanmoins différente de moi : de la même façon que la promenade, comme il a été dit ci-dessus, est distinguée de celui qui se promène. Que si M. Descartes montre que celui qui entend et l’entendement sont une même chose , nous tomberons dans cette façon de parler scolastique, l’entendement entend, la vue voit, la volonté veut; et, par une juste analogie, on pourra dire que la promenade, ou du moins la faculté de se promener, se promène: toutes lesquelles choses sont obscures, impropres, et fort éloignées de la netteté ordinaire de M. Descartes.
RÉPONSE
Je ne nie pas que moi , qui pense , ne sois distingué de ma pensée, comme une chose l’est de son mode; mais où je demande, quy a-t-il donc qui soit distingué de ma pensée ? j’entends cela des diverses façons de penser qui sont là énoncées, et non pas de ma substance ; et où j’ajoute , qu’y a-t-il que l’on puisse dire être sépàré de moi-même ? j e veux dire seulement que toutes ces manières de penser qui sont eu moi ne jieuvent avoir aucune existence hors de moi : et je ne vois pas qu’il y ait en cela
Or.TECTIOIîS KT RlipOJVSES.
aucun lieu de douter, ni pourquoi l’on me blâme ici d’obscurité. »
’ « 11 faut donc que je demeure d’accord que je ne » saurois pas même comprendre par mon imagina- »lion ce que c’est que ce morceau de cire, et qu’il »n’y a que mon entendement seul qui le com- » prenne. »
Il y a grande différence entre imaginer, c’est-àdire avoir quelque idée, et concevoir de l’entendement, c’est-à-dire conclure en raisonnant que 'quelque chose est ou existe; mais M. Descartes ne nous a pas expliqué en quoi ils diffèrent. Les anciens péripatéticiens ont aussi enseigné assez clairement que la substance ne s’aperçoit point par les sens, mais qu’elle se conçoit par la raison.
Que dirons-nous maintenant si peut-être le raisonnement n’est rien autre chose qu’un assemblage et un enchaînement de noms par ce mot est ? D’où il s’ensuivroit que par la raison nous ne concluons rien du tout touchant la nature des choses , mais seulement touchant leurs appellations , c’est-à-dire que par elle nous voyons simplenaent si nous assemblons bien ou mal les noms des choses, selon les conventions que nous avons faites à notre fan-
* Voyes Mcflitation ii, page a58.