‹ Œuvres de Descartes (volume 4)Chapitre 53 sur 62 · OBJECTION V. V · texte numérisé non relu

OBJECTION V. V

SUR LA TROISIKME MEDITATION. . ^ i \

RE ni £ U. 4

• « Quelques unes d’entre elles ( à savoir d’entre' » les pensées des hommes ) sont comme les images » des choses auxquelles seules convient proprement

» le nom d’idée, comme lorsque je pense à un

* Voyez Méditation iri, page Î167. * r-

OIÎJKCTIONS KT RtPONSKS. f\'-Ç)

» homme , à une chimère , au ciel, à un ange, ou à » Dieu. 9 ^ < ,

Lorsque je pense à un homme, je me représente une idée ou une image composée de couleuret de figure , de laquelle je puis douter si elle a la ressemblance d’un homme ou si elle ne l’a pas. Il en est de même lorsque je pense au ciel. Lorsque je pense à une chimère , je me représente une idée ou une image, de laquelle je puis’douter si elle est le portrait de quelque animal qui n’existe point , mais qui puisse être, ou qui ait été autrefois, ou bien qui n’ait jamais été. Et lorsque quelqu’un pense à un ange , quelquefois l’image d’une flamme se présente à son esprit, et quelquefois celle d’un jeune enfant qui a des ailes , de laquelle je pense pouvoir dire avec certitude qu’elle n’a point la ressemblance d’un ange , et partant qu’elle n’est point l’idée d’un ange; mais , croyant qu’il y a des créatures invisibles et immatérielles qui sont les ministres de Dieu, nous donnons à une chose que nous croyons ou supposons le nom d’ange, quoique néanmoins l’idée sous laquelle j’imagine un ange soit composée des idées des choses visibles.

Il en est de même du nom vénérable de Dieu ,

de qui nous n’avons aucune image ou idée ; c’est pourquoi on nous défend de l’adorer sous une image, de peur^ qu’il ne nous semble que nous concevions celui qui est inconcevable.

j80 OBJECTIONS ET RÉPONSES.

Nous il’avons donc point en nous ce semble aucune idée de^ Dieu ; mais tout ainsi qu’un aveugle-né qui s’est plusieurs fois approché du feu , et qui eu a senti la chaleur, reconnoît qu’il y a quelque chose par quoi il a été échauffé, et, entendant dire que cela s’appelle du feu, conclut qu’il y a du feu, et néanmoins n’en connoît pas la figure ni la couleur, et n’a , à vrai dire , aucune idée ou image du feu qui se présente à son esprit.

De même , l’homme, voyant qu’il doit y avoir f[uelque cause de ses images ou de ses idées, et de cette cause une autre première , et ainsi de suite , est enfin conduit à une fin ou à une supposition de quelque cause éternelle , qui , pourcequ’elle n’a jamais commencé d’être, ne peut avoir de cause qui la précède, ce qui fait qu’il conclut nécessairement qu’il y a un Être éternel qui existe; et néanmoins il n’a point d’idée qu’il puisse dire être celle de cet Être éternel j mais il nomme ou appelle du nom de Dieu cette chose que la foi ou sa raison lui persuade.

Maintenant, d’autant que de cette supposition , à savoir que nous avons en nous l’idée de Dieu, M. Descartes vient à la preuve de cette proposition, que Z);ru (c’est-à-dire un Être tout-puissant, très sage, créateur de l’univers, Qic.) .existe , il a dû mieux expliquer cette idée de Dieu , et de là en conclure non seulement .son existence, mais aussi

la création du monde. *

REPONSE

Par le nom d’idée , il veut seulement qu’on entende ici les images des choses matérielles dépeintes en la fantaisie corporelle; et cela étant supposé, il lui est aisé de montrer qu’on ne peut avoir au- 'cune propre et véritable idée de Dieu ni d’un aiîge : mais ‘j’ai souvent averti, et principalement en ce lieu-là mcnle, que je prends le nom d’idée -pour tout ce qui est conçu immédiatement par l’esprit ; en sorte que, lorsque je veux et'que je crains, parceque je conçois en même temps que je veux et que je crains, cè vouloir et cette crainte sont mis par moi au nombre des idées; et je me suis servi de ce mot , parcequ’il étoit déjà communément reçu par les philosophes pour signifier les formes des conceptions de l’entendement divin , encore que nous ne reconnoissifins en-Dieu aucune fantaisie ou imagination corporelle, et je n’en savois point de plus propre. Et je pense avoir assez expliqué l’idée de Dieu pour ceux qui veulent concevoir le sens que je donne à mes paroles; mais pour ceux qui • s’attachent à les entendre autrement que je ne fais , je ne le pourrois jamais assez. -Enfin, ce qu’il ajoute ici de la création du'monde^ est tout-à-fait hors de propos : car j’ai prouvé que Dieu existe avant que d’examiner s’il y avoit un monde créé par lui, et de cela seul que Dieu,

46ü OBJECTIONS KT*RET>ÜNSKS. ^

cest-a-dire un ctre souverainement, puissant , existe, il suit que, s’il y a un monde , jl doit avoir

été créé par lui. , ^

,* OB.FECTION Vr.

Stfr. J[.A TROISIÈME MEDITATION.

'"*■« Mais il y en a d’autres (à savoir d’autres peu-'

»sées) qui contiennent de plus d’autres formes: .

A par exemple, lorsque je veux, que je'crains, que

«j’affirme, que je nie, je conçois bien à la vérité

» toujours quelque chose comme le'sujet de l’action ‘

» de mon esprit, mais j’ajoute aussi quelque autre

» chose par cette action à l’idée que j’ai de cette

» chose-là; et de ce genre de pensées, les unes sont ,

«appelées volontés ou affections, et les autres ju- 0* •

«gements. »

^ liOrsque quelqu’un veut ou craint, il a bien à la ▼érité l’iinage de la chose qu’il craint et de l’action qu’il veut ; mais qu’est-ce que celui qui veut ou qui craint embrasse de plus par sa pensée, cela n’est pas ici "expliqué. Et, quoique à le bien prendre la crainte soit une pensée , je ne vois pas comment elfe peut être autre que la pensée ou l’idée de la chase que l’on craint. Car qu’est-ce autre chose que la crainte d’un lion qui s’avance vers nous , sinon l’idée de ce lion, et l’effet, qu’une telle idée engendre dans le cœur, par lequel celui qui craint

* Voyez. McHitaïion iii , page

OBJECTIONS ET BÉPONSES. . /|85

est porté à ce mouvement animal que nous appelons fuite. Maintenant ce nmiîvement de fuite n’est pas une pensçe ; et partant il reste que dans la crainte il n’y a point d’autre pensée que celle qui consiste en la ressemblance de la chose que l’on craint: le même se peut dire aussi de la volonté.

De plus l’affirmation et la négation ne se font point sans parole et sans '"noms , d’où 'vient que les bêtes ne peuvent rien affirmer ni nieç, non pas même par la pensée , et partant ne peuvent aussi faire aucun jugement; et néanmoins la pensée peut être semblable dans un homme et dans une bête. Car, quand nous affirmons qu’un homme court, nous n’avons point d’autre pensée que celle qu’a un chien qui voit courir son maître , et partant l’affirmation et la négation n’ajoutent rien aux simples pensées , si ce n’eftt péùf-être la pensée les noms dont l’affirmation est composée sont les noms de la chose même qui est en l’esprit de celui qui affirme; et cela n’est rien autre chose que comprendre par la pensée la ressei^Iance de la chose , mais cette ressemblance deux fois.

RÉPONSE

Il est de soi très évident que c’est autre chose de voir un lion et ensemble de le craindre, que de le voir seulement; et tout de même que c’est autre chose devoir un homme qui*tourt , que d’as-

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surer qu’on le voit. Et je ne remarque rien ici qui ait besoin de réponse ou d’explication.

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