OBJECTION VIF
srn I-A TROISIÈMK MÉDITATION.
' « Il me reste seulement à examiner de quelle «façon j’ai acquis cette idée, car je ne l’ai point » reçue par les sens , et jamais elle ne s’est offerte »à moi contre mon attente, comme font d’ordi- « naire les idées des choses sensibles, lorsque ces «choses se présentent aux organes extérieurs de » mes sens, ou qu’elles semblent s’y présenter. Elle » n’est pas aussi une pure production ou fiction »de mon esprit, car il n’est pas en mon pouvoir »d’y diminuer ni d’y ajouter aucune chose; et par- »tant il ne reste plus autre chose à dire, sinon • que , comme l’idée de moi-méme, elle est née et » produite avec moi dès lors que j’ai été créé. •
S’il n’y a point d’idée dé Dieu ( or on ne prouve point qu’il y en ait), comme il semble qu’il n’y en a point, toute cette l’echerche ' est inutile. De plus, l’idée de moi-méme me vient , si on regarde le corps, principalement de la vue; sil’â'me, nous n’en avons aucune idée : mais la raison nous fait conclure qu’il y a quelque chose de renfermé dans le corps humain qui lui donne le mouvement ani-
* Voyez Méditation ni, 289.
OBJECTlüMS ET KÉPONSES. 4^5
mal, qui fait qu’il sent et se meut; et cela, quoi ‘ que ce soit, sans aucune idée, nous l’appelons âme.
. ^ RÉPOINSE.
* S’il y a une idée de Dieu (comme il est mani- . feste qu’il y en a une), toute cette objection es^ renversée; et lorsqu’on ajoute que nous n’avons point d’idée de l’âme, mais qu’elle se conçoit par la raison , c’est de même que si on disoit qu’on n’en a point d’image dépeinte en la fantaisie, mais qu’on en a néanmoins cette notion que jusqu’ici * j’ai appelée du nom d’idée.
* OBJECTION Vlir.
sri\ LA TROISIEME MEDITATION.
’ « Mais l’autre idée du soleil est prise des raisons »de l’astronomie, c’est-à-dire de certaines notions » qui .sont naturellement en moi. »
Il semble qu’il ne puisse y avoir en même temps (ju’une idée du soleil , soit qu’il soit vu par les yeux , soit qu’il soit conçu par le raisonnement être plusieurs fois plus grand qu’il ne paroît à la vue; car cette dernière n’est pas l’idée du soleil, mais une conséquence de notre raisonnement, qui nous apprend que l’idée du soleil seroit plusieurs fois plus grande s’il étoit regardé de beaucoup plus près. Il est vrai qu’en divers temps il peut y avoir di-
' Vojez McHil.ilion iii , paj;® *7‘-
486 OBJECTIONS E:T BEiPONSES.
verses idées du soleil, comme si en un temps il est regardé seulement avec les yeux, et en un autre avec une lunette d’approche ; mais les raisons de rastronomie ne rendent point l’idée du soleil plus grande ou plus petite , seulement elles nous enseignent que l’idée sensible du solçil est trompeuse.
RÉPON.SE.
Je réponds derechef que ce qui est dit ici n’éb’e point l’idée du soieil , et qui néanmoins est décrit , c’est cela même que j’appelle du nom d’idée. Et pendant que ce philosophe ne veut pas convenir avec moi de la signification des mots,' il ne me peut rien objecter qui ne soit frivole. *