‹ Œuvres de Descartes (volume 5)Chapitre 39 sur 50 · II. est évident que le diaphragme, ou cloison · texte numérisé non relu

II. est évident que le diaphragme, ou cloison

*' Lacune : peot-ètrê la formation.

SUR LA {VÉNÉRATION DEST ANIMAUX. l \ lô '

transversale, ne s’est formé qu’après l’oesophage, ' etc., lorsque, après le percement de la bouche, la poitrine a acquis un mouvement propre et indépendant du reste du corps. Alors , en effet , toutes les parties grossières ont été par ce mouvement précipitées des clavicules vers l’abdomen, et de là s’est formé le diaphragme: ceci est prouvé, r parcequ’il *n’a d’autres nerfs que ceux qui lui viennent des "Vertèbres du cou, caractère qui lui est propre parmi toutes les parties situées au-dessous des clavicules; 2 ° parcequ’il a deux membranes, l’une issue de la plèvre, l’autre du péritoine; 5° parcequ’il est charnu dans son contour ; or cette chair ne peut venir que de la matière adhérente aux côtes; 4° parcequ’il ne reçoit aucun nerf de la sixième paire , d’où descendent au moins des fibres vers les poumons, le cœur et le foie; 5° enfin parcequ’il a des ouvertures si convenablement disposée» pour laisser passer l’œsophage et la veine cave, précision qui n’auroit pas lieu s’il eût été formé antérieurement, mais ses membranes seroient beaucoup plué minces entre ses ouvertures que partout ailleurs. Une nouvelle preuve , ce sont les prolongements qui accompagnent l’aorte de chaque côté auprès de l’épine du dos, prolongements formés par un double écoulement qui se portoit en cet endroit, provenant des matières que l’aorte empèchoit de tomber ; ces prolongements

4 l4 IÈRES*PENSé ÊS

ont gardé- la formé oblongue , parceque le mouvement étoit moins vif le long de lepine que dans •les côtes ; elles sont cependant grêles à cause du battement de l’artère.

Je trouve dans les livres des opinions monstrueuses, dont l’origine remonte, je crois, à Ralanus; savoir, que le fœtus se débarrasse de son urine par un suintement de l’uraque; qu’aucune déjection n’a lieu par le fondement ; que tous les mouvements de l’enfant sont suspendus ; que sa bouche, quoique ouverte, n’admet rien dans l’intérieur de son corps; que chacune de ses parties n’exerce ses fonctions qu’isolément , sans concert et sans coopération (comme si leur action individuelle pouvoit se séparer de leur action commune). Ce ne sont point des politiques qui soutiennent ce système: que le cœur ne bat point , mais qu’il aspire des esprits par le nombril , etc. , propositions contraires à l’expérience la plus certaine et à l’observation anatomique; et, comme Hippocrate les a très bien contredites dans sès livres sur les chairs , ils aiment mieux nier l’authenticité de cet ouvrage, que de reconnoître que telle a été l’opinion d’Hippocrate. ,

Cependant je suis porté à croire que les matières une fois entrées par la bouche de l’enfant et digérées par son estomac , lorsqu’elles atteignent le muscle sphincter du fondement, s’y arrêtent comme trop épaisses , que le muscle ne se contracte

qu’à l’heure 4 e l'enfantement, et que rien ue s’échappe plus par le fondement ( quant à l’urine, on • ne sauroit en dire la même chose); cependant, jusqu’au moment de la naissance , l’enfant s’est nourri des excréments rejetés une première fois dans l’amnios, comme l’oiseau se nourrit du blanc . '*

de l’œuf; or ces excréments provenoient de la pituite du cerveau , que les enfants absorbent tout entière, car ils ne crachent pas.

Les veines, les artères et les nerfs s’étendent de tous côtés dans le corps, comme les rameaux dans les arbres; il n’est donc pas étonnant que jamais plusieurs rameaux ne se rassemblent dans la même partie du corps ; que quelques unes même n’en reçoivent aucun , parcequ’ils s’empêchent en quelque sorte mutuellement : c’est pourquoi plusieurs rameaux ne se réunissent point ensemble, et ils se propagent partout où ils trouvent un espace libre; c’est encore pourquoi aucune partie n’en est privée, comme on voit les branches des arbres, quoique en apparence étendues au hasard , remplir cependant assez également toutes les parties du circuit où elles se développent. Les branches principales sont entièrement semblables dans tous les corps, parcequ’elles correspondent aux membres et aux os principaux , qui sont semblables dans tous les individus, en vertu de certaines raisons.

Les artères sont moins nombreuses que les veines,

4l6 premières pensées

pàrceque les premières, par leurs battements, se font obstacle les unes aux autres plus que les veines; aussi sont-elles plus disséminées.

Des mouvements alternatifs du pouls se forment des rameaux semblables dans les parties supérieure et inférieure ; c'est là l’origine des parties de la génération, car les vaisseaux spermatiques répondent à la tète et aux carotides; ils ne prennent pas naissance comme celles-ci dans la bifurcation de l’aorte, mais plus haut, parcequ’ils se sont formés avant que l’aorte se partageât par sa partie inférieure, vers les jambes. Les parties hypogastriques répondent à la région dû cou, les parties naturelles au système vasculaire 1 , les épigastriques à la région des mamelles, les testicules aux yeux , comme on le voit clairement dans le fœtus des serpents; le mamelon et la vulve à la région de l’odorat ce qui fait que la vulve est excitée parles odeurs; et à la glande cérébrale* correspond l’utérus, d’où la conception de l’enfant et l’appétit vénérien.

Les valvules se forment aux endroits où un liquide coule dans un sens, en faisant effort dans le sens contraire, mais sans retourner sur luimême. La cavité des valvules s’y forme nécessai-

* Le texte : musculce ; conjecture 'vasculce.

* Le texte : sed et forte processus mamillares , dein et vulva , unde odo-

ribus eliam litre movetur, glandi ccrtbmm et utérus... Je conjecture dein et •uulvq nasali ou odorativœ, unde.... et glandi cerebri utérus...

rement aux' endroits d’où le liquide ne rétrograde point; telles sont toutes les valvules du cœur.

Le tissu des veines et des artères a intérieure- * ment les fibres disposées en lignes droites, pai;ceque c’est le cours que suit le liquide qu’elles conduisent. Extérieurement les fibres sont transversales, parceque le lieu qu’elles occupent s’opposoit absolument à un mouvement direct; autre- ' ment il eût été lui-même changé en veine ou en artère, car leur largeur n’a d’autre terme que celui où la matière qui les environne leur a opposé, plus de résistance transversalement qu’elles n’ont eu de force en ligne directe. Enfin les fibres inter- * médiaires sont disposées obliquement , comme participant des deux tissus extrêmes; il faut en dire autant des intestins. *

Les femmes ont les uretères plus courts et plus larges que les hommes; c’est ce qui confirme ce que j’ai dit plus haut, qu’elles urinent dans la matrice plus tôt que les mâles. — En effet, ils sont plus larges, parceque leur urine est plus abondante; dans les mâles, ils sont plus longs, parcequej l’émission antérieure de l’air leur laisse dans la capacité de l’abdmnen assez d’espace pour se replier, et par conséquWit pour prendre plus de longueur qu’il ne faut.

La formation première des végétaux et des animaux a ceci de Commun, qu’ils se composent de

4l8 PREMIÈRES PENSÉES

parties de matières rapprochées entre elles circukùrement par la force de la chaleur; elle diffère en ce que les parties de matières qui composent içs végétaux ne se rapprochent qu’en cercle, et que celles d’où proviennent les animaux s’amassent sphériquement et dans tous les sens. Par exemple, les parties de matière A roulent vers B, et par elles passent d’autres parties, se dirigeant de CF vers DECf'GHF, CF forment les racines, GD les rameaux et les feuilles, AB le tronc de la plante. Mais si les parties de matière s’amassent sphériquement, elles formeront une tunique ronde qui enveloppe tout le fœtus, et par conséquent ce fçetus ne peut s’attacher à la terre comme les végétaux ; mais 'voici la marche de sa formation : la matière contenue dans cette tunique sphérique, dans son mouvement circidaire , passant de C vers K., et ensuite se roulant toujours circulairement en K , L, C, F, forme le tube CR, qui représente l’œsophage; de plus, les parties les plus subtiles de cette matière ne pouvant passer toujours aussi * facilement par ce canal CR , se retirent en M , où elles représentent la cervelle; les parties les plus grossières , agitées avec plus de vjglence , se retirent en N, où elles forment le fow et la rate. Ensuite les esprits qui abondent du cerveau forment la trachée-artère, et ensuite la veine artérieuse , qui lui est alors continue; d’un autre côté, les esprits

qui s’exilaient du foie forment la veine cave, et du concours de celle-ci et de la veine artérieuse s’èngendre le cœur en O au milieu du corps de l’animal.

De là on peut facilement déduire la conformation des trois régions intestinales dans les animaux et celle des membres extérieurs.

Dans l’état de santé, nous éprouvons après nos repas une sensation de froid , parcequ’alors le suc des aliments, pénétrant immédiatement dans les veines, refroidit toute la masse du sang; et celleci occupant alors moins d’espace, se rassemble vers le cœur, et abandonne les extrémités , qui par conséquent se refroidissent; la même chose a lieu dans la fièvre, parceque l’humeur qui en est le principe se mêle au sang, et pénétrant le cœur, en •

diminue d’abord le feu ; ensuite cependant elle l’augmente et échauffe tous les membres , comme l’eau jetée sur des charbons les éteint d’abord , . mais les rend ensuite plus ardents. Cependant nous n’éprouvons pas toujours cette sensation de froid aussitôt après nos repas, parceque les sucs des aliments ne pénètrent pas toujours les veines avec tant de rapidité, ou bien parceque ces sucs ne refroidissent pas le sang; bien plus, quelques uns excitent la sueur, surtout au front, comme le vinaigre, parcequ’en entrant dans le cœur il s’y enflamme plus vivement et vole aussitôt- à la tète; et il ne peut arriver qu’au même instant les ali-

/ (20 PREMIÈRES pensées

ments produisent la sueur sur le front et^e froid

aux. extrémités.

Il y a dans le sang quatre sortes de parties principales: les parties subtiles et légères, comme l’esprit-de-vin;* les parties subtile* et filandreuses, comme l’huile ; les parties épaisses et légères , comme les eaux et la salive; les parties épaisses et filandreuses, comme la terre et les cendres. Les parties subtiles et légères produisent la fièvre éphémère , lorsqu’elles sont retenues et qu’elles se corrompent aux extrémités des vaisseaux , faute d’une transpiration insensible. Les parties épaisses et légères , en se corrompant dans l’estomac et les intestins, produisent la fièvre quotidienne. Les parties subtiles et filandreuses, en se corrompant dans la poche du fiel , causent la fievre tierce. Les parties épaisses et filandreuses, en se corrompant dans la rate, causent la fièvre quarte. Il y a corruption , adhésion et réaction des parties sur les parties peu éloignées; cette corruption dissipe la chaleur du cœur, et l’humeur parvient ainsi aux veines; elle y pénètre, et peu à peu se dissipe; la poche du fiel se décharge dans le ventricule et les intestins, et ensuite dans les veines dè deux jours l’ U n • mais la rate seulement après un intervalle franc de deux jours.

Il est eertain que la formation première du fœtus provient uniquement de la semence , avant que le

SUR LA GÉNÉRATION DES ANIMAUX. L f2l

sang coule par le nombril; autrement toutes les parties solides manqueroient de symétrie , parceque le sang se porte plus à gatfche qu’à droite.

Les artères se portent partout où les dirigent les lois du mouvement, sans se régler sur la distribution des veines ; les veines suivent la direction que leur permettent les artères , d’où vient que cellesci passent au-dessous des veines dans la peau, parcequ’au commencement elles trouvoient moins de résistance dans les parties intérieures qu’en cherchant à pénétrer de certaines parties extérieures.

La veine adipeuse se trouve à la droite de l’émulgente,’et à gauche du tronc de la veine cave, à cause de l’inclinaison du foie vers la gauche.

Pour concevoir le rayonnement qui reproduit dans le fœtus les idées qui fixent l’attention de- la mère, il faut supposer que la situation du fœtus dans la matrice est telle, que sa tète est tournée vers la tète, son dos vers le dos, son flanc droit vers le flanc droit de la mère, et que le saiig’de la mère se distribue également de la tête à toute la circonférence de l’utérus, qu’ensuite il se réunit au nombril comme dans un centre, pour se répandre encore de la même manière de. fous les côtés.

Trois foyers s’allument dans l’homme : le pYemier au cœur, alimenté par l’air et le sang; le se-'

4aa premières pensées, etc.

cond au cerveau, entretenu .par les mêmes moyens, mais plus tempéré ; le troisième dans l’estomac , par les aliments et* la substance même du ventricule. Dans le cœur c’est comme un feu de matières

sèches et denses; au cerveau, c’est comme une flamme d’èsprit-de-vin; au ventricule, c’est comme un feu de bois vert. Dans le ventricule; les aliments peuvent aussi, sans qu’il y contribue, se dénaturer spontanément , et s’échauffer comme le foin humide, etc.

Page 1