TROISIÈME PARTIE
Des chapitres Lct II de la Philosophie Cartésienne.
Vous dites, au commencement de votre premier chapitre, que tout le monde n’est pas capa blé d’entendre ma philosophie; et aux pages et i 5 vous vous exprimez ainsi : Pour faire éclater sa candeur et sa bonne foi , mais en réalité pour pouvoir attribuer toutes ses erreurs à de malheureux disciples, dont il accusera l'intelligence bornée, il vient, dès l’entrée de son cours de philosophie , nous déclarer , de l’air et du ton grave d’un homme d’importance , que tous les esprits ne sont pas en état de s élever à la hauteur de ses sublimes mystères. Où et quand, je vous le demande, m’avez-vous entendu prononcer ces paroles d’un air grave? Je le répète, je ne prêche point, je ne suis point professeur. ^Vous les avez sans doute tirées de mes écrits. Vous citez la quatrième partie de mes réponses aux objections. {Médit., p. 289, édit. d’Efzév.) J’y ai dit en effet que les sujets traités dans la première méditation et dans les autres ( c’est-à-
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dire les cinq suivantes) néloienl pas à la portée de tous les esprits. Mais cette citation n’est pas en votre faveur, elle est plutôt contre vous; car de ce que je parlois ainsi en particulier de ces premières méditations, qui renferment une très petite partie de la philosophie, et en même temps la partie la plus difficile, vous eussiez dû en conclure qu’il n’en seroit pas de même de l’ouvrage entier. J’avouerai volontiers cependant que tout le monde ne sera pas capable de la comprendre; et si je ne l’ai dit nulle part, ce n’est pas que ce ne soit la vérité, c’est que la chose m’a paru superflue. Quelle est donc la science, l’art, le genre de connaissance quelconque, que tous les hommes puissent saisir avec une égale facilité? Mais vous, que concluez -vous de là ? que je veux attribuer à de malheureux disciples toutes les erreurs de ma philosophie. Ne sait-oû pas que je n’ai jamais rien fait connoître de ma philosophie que par des écrits publics? et ira-t-on aussi attribuer à mes disciples les erreurs contenues dans ces écrits?
Vous en venez, page 17, aux épreuves auxquelles sont soumis les esprits dans cette nouvelle école d'orgueil. Et vous ajoutez: Il y en a cinq , que nous allons examiner successivement dans ce chapitre et dans les quatre suivants. „Puis, à la page 18, vous prétendez que la première consiste à oublier, s’il peut
( le futur disciple), tout ce que ses autre* maîtres
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lui ont appris. Et vous avez eu soin de faire imprimer ces mots en caractères différents , afin qu’ils parussent tirés de mes propres ouvrages, c’est-àdire des pages 16 et 17 du Discours de la méthode, ou de la page 5a de mes réponses à la septième partie des objections , ou bien encore des pages 7, 21, 20 et 24 du même livre, passages que vous aviez tous cités peu auparavant : mais dans tous ces passages, non plus que dans aucun %. autre de mes écrits, je n’ai parlé d’oublier ce que l’on avoit appris auparavant; j’ai seulement conseillé de se dépouiller de ses préjugés. Le lecteur pourra juger d’après cela quelle confiance il doit , ' avoir en vos citations. Autre chose est effectivement de renoncer à des opinions adoptées sans réflexion , c’est-à-dire de cesser de leur donner son assentiment, ce qui dépend toujours de notre volonté, ou de les oublier, ce qui n’est presque jamais en notre pouvoir. Mais comme les premières thèses que vous avez publiées dans votre université traitoient des préjugés, et que vous avez reconnu mainte et mainte fois que chacun de nous devoit s’efforcer de les rejeter entièrement, il n’eût été guère convenable de venir me reprocher d’avoir écrit dans le même sens qile vous : aussi avezvous mieux aimé m’attribuer quelque autre chose qui fournît une plus ample matière à vos accusations.
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Tout le reste du chapitre ne mérite pas la moindre remarque; il prouve seulement que si vous ne montrez dans cet ouvrage ni honnêteté, ni bonne foi, vous n’y montrez pas plus d’habileté et de logique naturelle, puisque vous prêtez à un homme qui, suivant vous-même, ne manque pas d’esprit, des sottises et des absurdités vraiment incroyables. Je vous vois, à la page 22, rapporter les paroles •4 de l’épître de l’apôtre saint Jiules, sur ceux qui condamnent avec exécration ce qu’ils ignorent. Il n’est personne qui , sachant la manière dont vous attaquez ma philosophie, ne retourne aussitôt ces paroles contre vous. Vous n’avez jamais lu ma philosophie, puisque je ne l’ai pas encore publiée: vous 11e pouvez donc la connoître.
Dans le deuxième chapitre, page 27 , vous nous - indiquez la seconde règle à laquelle doivent s’astreindre les disciples de mon école, que vous appelez les initiés aux mystères de la folie. Selon vous ils jurent de ne faire désormais aucun usage des livres; mais dans quels écrits avez-vous trouvé ce serment, de qui le tenez- vous, d’où lavez-vous tiré ? c’esi ce que vous 11e dites nulle part , c’est ce (pie vous ne pouvez dire, et assurément vous ne négligeriez pas d’apporter vos preuves, si vous en aviez quelques unes; car ici même et à la page suivante vous citez deux passages de mes écrits, qui du reste ne tiennent en rien au sujet, et pou;
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vous en servir vous ne craignez pas d’en altérer le sens. Le premier est tiré de nia lettre au P. Dinet . page i65, où je disois que Von ne pouvoit se plaindre qu’un homme qui n’étoit pas encore vieux fil attendre trop long-temps ce que les autres philosophes n’avoient pu faire en tant de siècles. Et vous, vous m’interpellez en ces* termes: Croit- il donc qu’un homme qui n’est pas encore vieux , ainsi qu’il le dit en parlant de lui-même dans sa lettre à Dinet, page ig5, puisse avoir une connoissance exacte et certaine de toutes choses? J’ai écrit, il est vrai , ces mots, un homme qui n’est pas encore vieux ; mais le reste de la phrase ne m’appartient pas. Vous auriez pu facilement, par cet ingénieux moyen, tirer aussi de mes écrits le serment dont nous venons de parler; par exemple, j’ai tracé quelque part dans la même lettre ces mots , les ouvrages des auteurs; vous aussitôt vous eussiez fait cette phrase : Ils jurent de ne jamais lire les ouvrages des auteurs , comme il le dit lui-même dans sa lettre à Dinet, page 200 .
C’est avec la mêifie bonne foi, et tout aussi à propos, que vous citez à la page suivante un autre passage, dans lequel je rappelois que j’avois autrefois travaillé à une méthode propre à résoudre toutes les difficultés que présentent les sciences. Et voici ce que vous dites: Il n’en est pas plus capable de résoudre toutes les difficultés que présentent
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les sciences ( comme René Descartes , le plus ridicute des fanfarons , se vante de pouvoir le faire , dans son éptlre dèdicatoire. Médit . , page 5 , édit. d’Elzév. ). I;st-ce donc la même chose de dire qùe l’on travaille à une méthode ‘pour parvenir à.téï-ou tel but, ou de se -vanter d’y parvenir facilement?