A MADAME LA PRINCESSE PALATINE
Madame,' i
J’ai reçu les lettres de votre altesse, du 23 décembre, presque aussitôt que les précédentes, et j’avoue que je suis eu peine touchant ce que je
« «.La 25* leltre dnler vol., page 78, est de M. Descartes à la princesse Élisabeth Palatine, elle est sortaient de l’année r6/|8 , puisque M. Descartes , page 79 de cette lettre , dit à la princesse qu’il n’attend de long-temps des lettres de la reine de Suède, pareeque la lettre qn’il lui avoit écrit le 20 novembre 1647 étoit demeurée plus d’un mois à Amsterdam. En second lieu , page 79 de cette lettre, il envoie à la priucesse un livret qui 11’a été écrit que sur la fiu de 1C47 à Gand ,• et imprimé en 1648, an commencement. Enfin il répond à des lettres de la princesse du 2 3 décembre, qu’il n’a pu recevoir qu'à la mi -janvier de 1648; mais ce qui me persuade que cette lettre n’a été écrite que vers le Ier février, est que M. Descartes, page 79 de cette lettre, dit à la princesse qn’il a reçu depuis sa lettre envoyée de Suède des lettres de ce pays-là qui marquent qne la sienne est attendne ; et la lettre dont il parle a été écrite par M. Clianut le 18 janvier 1648, donc celle-ci n’a pu être colite avaut le i*r février 1648. *
(Lettre a5 du tome I.)
iai
dois répondre à ces précédentes, à cause que votre altesse y témoigne vouloir que j’écrive le traité de l’érudition, dont j’ai eu autrefois l’honneur de lui parler; et il n’y a rien que je souhaite avec plus de zèle que d’obéir à vos commandements, mais je dirai ici les raisons qui sont cause que j’avois laissé le dessein de ce traité, et si elles ne satisfont pas votre altesse, je ne manquerai pas de le reprendre. La première est que je n’y saurais mettre toutes les vérités qui y devroient être sans animer trop contre moi les gens de l’école, et que je ne me trouve point en telle condition que je puisse entièrement mépriser leur haine. La seconde est que j’ai déjà touché quelque chose de ce que j’avois envie d’y mettre, dans une préface qui est audevant de la traduction françoise de mes Principes, laquelle je pense que votre altesse a maintenant reçue. La troisième est que j’ai maintenant un autre écrit entre les mains , que j’espère pouvoir être plus agréable à votre altesse , c’est la description des fonctions de l’animal et de l’homme; car ce que j’en avois brouillé il y a douze ou treize ans, qui a été vu par votre altesse, étant venu entre les mains de plusieurs qui l’ont mal transcrit, j’ai cru être obligé de le mettre plus au net , c’està-dire de le refaire, et même je me suis aventuré (mais depuis huit ou dix jours seulement ) d’y vouloir expliquer la façon dont se forme l’animal
dès le commencement de son origine; je dis l’animal en général, car pour l’homme en particulier je ne l’oserois entreprendre, faute d’avoir assez d’expériences pour cet effet : au reste je considère ce qui me reste de cet hiver comme le temps le plus tranquille que j’aurai peut-être de ma vie, ce qui est cause que j’aime mieux l’employer à cette étude qu’à une autre qui ne requiert pas tant d’attention. La raison qui me fait craindre d’avoir ci-après moins de loisir , est que je suis obligé de retourner en France l’été prochain, et d’y passer l’hiver qui vient; mes affaires domestiques et plusieurs raisons m’y contraignent. On m’y a fait aussi l’honneur de m’y offrir pension de la part du roi , sans que je l’aie demandée , ce qui ne sera point capable de m’attacher; mais il peut arriver en un an beaucoup de choses: il ne sauroit toutefois rien arriver qui puisse m’empêcher de préférer le bonheur de vivre au lieu où seroit votre altesse, si l’occasion s’en pVésentoit, à celui d’étre en ma propre patrie, ou en quelque autre lieu que ce puisse être. Je n’altends encore de long-temps réponse à la lettre touchant le souverain bien , pourcequ’elle a demeuré près d’un mois à Amsterdam , par la faute de celui à qui je l’avois envoyée pour l’adresser, mais sitôt que j’en aurai quelques nouvelles, je ne manquerai pas de le faire savoir à votre altesse : elle ne contenoit aucune chose de nouveau
qui méritât de vous être envoyée. J’ai reçu depuis quelques lettres de ce pays-là, par lesquelles on me mande que les miennes sont attendues, et selon quon m écrit de cette princesse, elle doit être extrêmement portée à la vertu, et capable de bien juger des choses; on me mande qu’on lui présentera la version de mes Principes, et qu’on m’assure qu’elle en lira la première partie avec satisfaction , et qu’elle seroit bien capable du reste, si les affaires ne lui en ôtoient le loisir. J’envoie avec cette lettre un livret de peu d’importance, et je ne l’enferme pas en même paquet, à cause qu’il ne vaut pas le port; ce sont les insultes de M. Regius qui m’ont contraint de l’écrire , et il a été plus tôt imprimé que je ne l’ai su : même on y a joint des vers et une préface que je désapprouve, quoique les vers soient de M. H.*, mais qui n’a osé y mettre son nom, comme aussi ne le devoit-il pas. Je suis, etc.
A M. CHANUT
( Lettre 37 du tome I. )
Monsieur,"
Il faut que je vous dise que je suis marri du
trop favorable accueil que vous avez procuré aux
■ « Heydenu* du Heinsius. »
écrits que je vous avois envoyés pour la reine de Suède; car j’ai peur que sa majesté, n’y trouvant rien en les lisant qui corresponde à l’espérance que vous lui en avez fait avoir, en ait d’autant moins bonne opinion quelle l’aura eue meilleure auparavant. J’ai encore un autre déplaisir, qui est que, puisque mon paquet a été retenu trois semaines à Amsterdam ( ce que j’ai su être arrivé pourcequ’on pensoit le devoir envoyer par mer, et qu’on en attendoit l’occasion ), je regrette de n’avoir pas employé ce temps-là pour tâcher d’écrire quelque chose qui fût moins indigne d’un si bon accueil: car, encore que j’aie tâché de faire mon mieux , toutefois les secondes pensées ont coutume d’être plus nettes que les premières, et je m’élois hâté en faisant cette dépêche, pour témoigner au moins par ma promptitude combien j’étois désireux d’obéir à un commandement que je chérissois comme le plus grand honneur que je puisse recevoir. Voilà, monsieur, tous les sujets de tristesse que je puisse imaginer, afin de modérer l’extrême joie que j’ai d’apprendre que cette grande reine veuille lire et considérer à loisir les écrits que j’ai envoyés, car j’ose me promettre que si elle goûte les pensées qu’ils contiennent, elles ne seront pas infructueuses, et pourcequ’elle est l’une des plus importantes personnes de la terre, q»e cela même peut n’ètre pas inutile au public. Ilmp
semble avoir trouvé par expérience que la considération de ces pensées fortifie l’esprit en l’exercice de la vertu, et quelle sert plus à nous rendre heureux qu’aucune autre chose qui soit au monde. Mais il n’est pas possible que je les aie assez bien exprimées pour faire quelles paroissent aux autres comme à moi , et j’ai un désir extrême d’apprendre quel jugement en fera sa majesté, mais particulièrement aussi' quel sera le vôtre. La parole a beaucoup plus de force pour persuader que l’écriture, * et je ne doute point que vous ne lui en fassiez aisément avoir les mêmes sentiments que vous aurez, au moins s’ils sont à mon avantage, car l’af-
fection dont vous me donnez tous les jours des preuves m’assure que vous ne lui en voudriez pas faire avoir d’autres. Je serai bien aise de voir la harangue de M. Freinshemius, à cause de la matière dont il traite, et je ne manquerai pas de la demander à M. Brasset lorsqu’il l’aura reçue. Au reste, je me propose d’aller à Paris au commencement du mois prochain. Je pourrois dire que pour mon intérêt je ne souhaite pas d’avoir sitôt l’honneqr de vous y voir , à cause des faveurs que vous me procurez au lieu où vous êtes, mais je n’ai jamais aucun égard à moi lorsqu’il peut y aller du contentement de mes amis , et j’avoue que je ne souhaiterois pas un emploi pénible qui m’otât le loisir de cultiver mon esprit, encore que cela fut récom-