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prié, comment se pqut-il faire que 1 âme n’ayant ni parties crochues ni branchues, puisse s’unir si étroitement au corps?.;Je vous demande encore, n y a-t-il pas des effets dans la nature, dont on ne sauroit rendre aucune raison mécanique? Ce sentiment naturel que nous avons de notre propre existence, d’où naît-il? Et cet empire que notre âme a sur les esprits animaux, d’où vient-il aussi ? Comment s’y prend-elle pour les faire couler dans toutes les parties du corpsP Comment les esprits de ces sorciers, qu’on nomme familiers, savent-ils si bien disposer la matière et la combiner, pour se rendre visibles et palpables aces détestables vieilles? c’est une vérité que j’ai apprise, non seulement de plusieurs de ces vieilles sorcières, mais encore de plusieurs jeunes, qui me l’ont avoué sans aucune contrainte.
Or, n’éprouvons-nous pas nousmnèmes en quélque façon la même chose dans nos âmes, lorsque nous pouvons à notre gré pousser ou arrêter nos esprits animaux ; les envoyer ou les rappeler, comme il nous plaît? Je demande donc sjl seroit indigne d’un philosophe de reconnoître dans la nature une substance incorporelle , qui peut cependant imprimer dans quelque corps toutes les propriétés du. corps, ou du moins la plupart, tels que sont le mouvement , la figure , la situation des * parties, etc., comme les corps peuvent le faire les
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uns à l’égard des autres; mais de plus, comme il est presque certain que cette substance remue et . arrête les corps, ne pourroit-elle pas y ajouter aussi ce qui est une suite du mouvement, comme diviser, unir, dissiper, lier, figurer des petites parties, disposer les figures, faire circuler celles qui sont ainsi disposées , ou les mouvoir en quelque sens que ce soit, arrêter leur mouvement circulaire, et autres choses semblables qui produisent nécessairement la lumière, les couleurs, et k*s autres objets sensibles selon vos principes.
Outre cela, comme rien de corporel ni d’incorporel ne peut agir sur une autre chose que par l’application de son essence, ce même philosophe ne pourroit-il pas en conclure nécessairement que, soit que ce soit un bon ou mauvais auge, notre esprit ou Dieu qui agisse sur la matière de la manière que nous l’avons dit, il faut que l’essence de cette chose, quelle qu’elle soit, se promène pour ainsi dire sur ces parties de matière sur lesquelles elle agit, ou sur quelques autres qui agissent sur elles, en leur transmettant leur mouvement; bien plus, quelle se trouve quelquefois présente à , toute cette matière, qu’elle dirige et modifie , comme cela est constant des anges bons et mauvais qui se sont montrés à nos yeux; car autre ment, comment auroient-ils pu resserrer la matière, et la contenir sous une telle ou telle figure?
Digiti.
Enfin la substance incorporelle ayant une vertu si merveilleuse que par sa 6imple application sans liens, sans crochets, sans coins et autres instruments, elle embrasse et resserre la matière, la développe, la divise, la rejette et en même temps yla retienne; ne paroît-il pas vraisemblable quelle puisse rentrer en elle-même, puisqu’il n’y a point d impénétrabilité qui s'y oppose, et se répandre derechef , et autres semblables? Je vous prie, monteur, si vos occupations vous le permettent, de me faire la grâce de m’expliquer ces choses, sachant que vous avez pénétré tous les mystères de la nature, tant les extérieurs que les intérieurs, et que vous pouvez m’en donner facilement la solution.
7* Sur les globules du second élément , ou la matière étheree, je demande, Si Dieu eût créé la matière de toute éternité, ces globules n’auroientils pas été diminués et brisés depuis plusieurs années, et réduits en parties subtiles à l’indéfini , à' force de se rencontrer et de se heurter, pour prendre la force du premier élément ; en sorte quç . l’univers entier auroit été réduit en une flamme universelle depuis plusieurs siècles?
8. Pour ce qui regarde vos petites parties d’eau , longues, polies et flexibles, ont-elles des pores? Cela ne me paroît pas probable, puisqu’elles sont des corps simples, et les premières parties qui ne
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* sont composées d’aucunes autres , mais des'fragments de la première matière qui s’est brisée, cp par conséqueht entièrement homogène; ce qui me fait douter qu’elles se puissent plier sans pénétration de leurs dimensions: car supposons quelles se courbent en forme d’anneau, la superficie concave sera moindre, que la convexe,, etc. Vous entendez parfaitement cela, je ne m’y arrête .pas davantage. V t |»
Et quand même vous vous efforceriez de prouver, quelles ont des pores, ce que je ne crois pas que vous fassiez jamais, vous n’ôteriez pas pour cela la difficulté, car ce seraient alors nouvelles difficultés sur les bords et les côtés de ces pores , car il y aura toujours alors quelque chose qui n’aura point pde pores, et qui ne laissera pas de se plier.
Cette difficulté tombe non seulement sur ces parties oblongues, mais encore sur les rameuses et branchues , et presque ^ur toutes les autres qui doivent se plier sans casser.
Neuvième et dernière difficulté. Je demande si la matière, soit que nous la supposions’ éternelle, ou créée d’hier, laissé^ à elle-même, et ne recevant aucune impulsion étrangère, serait en rhouvement ou en repos ; ensuite si le repos est un mode privatif ou positif du corps, et, dans l’une ou l’autre supposition, comment on ponrroit le prouver; enfin, si une chôse, quelle quelle soit, peut avoir
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quelque propriété naturelle par elle-même dont elle puisse être privée, ou qu’elle puisse recevoir? D’ailleurs jusques ici mon esprit s’est comme joué sur presque tous les principes de votre excellente philosophie, ou plutôt il s’est donné là-dessus une véritable occupation. Je descendrai au particulier si vous avez la bonté de m’v inviter, ou ^1 '*■ . . * * . * ' '
du moins de me le permettre. J’espère que vous 9 me ferez la grâce de m’excuser, si, s’agissant dés premiers principes, j’ai examiné les choses un peu scrupuleusement, et si , en sondant le.ègué, et ne marchant qu’avec réserve, j’ai avancé lentement, et pour ainsi dire à pas de tortue; car je vois que tel est le caractère de l’esprit humain, qui voit •** mieux dans les conséquences que dans les. premiers principes de la nature, et que notre condition n’estqîas bien différente de celle d’Arrhin>ede, qui dcmandoit qu’on lui donnât un point fixe, et qu’il ébranleroit la terre. Il nous est plus difficile dé trouver un endroit où placer le pied, que d’avancer quand nous l’avons trouvé.
Pour ce qui regarde ces magnifiques, bâtiments que vous avez élevés sur vos principes généraux, quoiqu’ils nous parussent d’abord si hauts et si éloignés de la portée de notre vue, que tout 'y sembloit enveloppé de ténèbres, et de nuées, le jour a cependant 'diminué ces difficultés, et ces obscurités se sont peu à peu évanouies, en sorte
qu’il en reste très peu en comparaison de ce qui semontroit d’abord. '
J’ai cru devoir vous faire cet aveu, afin que vous ne crussiez pas que je voulusse vous multiplier éternellement les difficultés , que vous me fissiez plus volontiers réponse, et que vous reçussiez ces nouvelles difficultés avec la même bonté que vous avez reçu les premières. Si vous me faites cet honneur, monsieur, vous trouverez en moi le plus zélé admirateur de votre philosophie, et le plus fidèle et le plus dévoué de vos serviteurs, etc.
A Cambridge, du collège de Christ, ce 5 mars i G/, 9 .
RÉPONSE DE M. DESCARTÉS
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