A M. MORUS
( Lettre 69 du tome I. Version/) ‘ '
M ONSIEUR,
Je viens de recevoir avec grand plaisir votre lettre en date du 5 mars , mais dans un temps où je nie trouve si fort occupé , que je me vois dans la nécessité , ou de vous écrire à la hâte, ou de différer é* 11,1 l°nS temps d’ici ma réponse. Dans
LtTTltfS. g
cetln alternative je choisis le |)rejnier parti, aimant mieux paraître moins habile et plus oflicieux.
aux pr k m i k rts Instances. t*
Il y a des propriétés que l’on conçoit les unes avant les autres, etc. La sensibilité ne rne paroît et re dans la chose sensible qu’une dénomination extrinsèque, et n’est point une qualité qui convienne tj toute la substance corporelle; car si elle se rapporte à nos sens, elle ne convient point aux parties les plus déliées de la matière ; que si elle avoit quelque rapport à ces nerfs imaginaires que vous supposez que Dieu pourrait façonner, elle pourrait peut-être convenir aux anges et aux âmes ; car je ne conçois pas plus facilement dès nerfs capables de sentiment, et si subtils qu’ils puissent être mus par les plus petites parties de la matière;, que quelque autre faculté par le moyen de laquelle notre âme puisse sentir ou percevoir immédiatement les autres âmes : mais bien que dans l’extension nous comprenions facilement les parties au respect les unes des autres, il me paroît pourtant que je conçois très bien l'étendue, sans penser au rapport que ces parties ont les unes à l'égard des autres; ce que vous devez admettre plus volontiers que moi , pareeque^vous concevez l’étendue , comme convenant à Dieu, sans admettre en lui aucunes parties.
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Personne n’a encore démontre que la faculté, d'être touché , on l’ impénétrabilité, soient des propriétés qui conviennent à la substance étendue. Si vous concevez l'étendue par le rapportées parties les unes auprès tles autres, il ne paroit pas que vous puissiez dite que chacune de ses parties.ne touche pas les voisines, et pette faculté d'être touché est une véritable propriété .qui est intime au sujet, et non celle que les sens nous font appeler le toucher.
On ne peut pas aussi comprendre qu’une partie . d’une chose étendue pénètre une autre partie qui lui soit égale , sans comprendre en même temps que l’étendue qui est au milieu de ces deux parties est ôtée ou auéantie ; or une chose réduite au néant n’en sauroit pénétrer une autre : ainsi on peut démontrer , selon moi , que l’impénétrabilité appartient à l’essence eje l’étgndue, et noir à l’essence d’aucune autre chpse. ! ' ,
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Je soutiens qu’il y a une autre étendue aussi véritable. Enfin nous sommes d'accord sur le fond, et il ne s’agit plus entre noiis que d’une question de nom, savoir, Vil faut donner le nom de véritable étendue à cette dernière. Pour. moi, je ne conçois aucune étendue de substance , ni en Dieu , ni dans les anges, ni dans notre âme; mais seulement une étendue de puissance, ou une extension en puissance; en sorte qu un ange peut proportionner ce pouvoir d’extension, tantôt a une plus
grande on moindre partie de la substance corporelle; car s’il n’y avoit aucun corps , je ne coruprendrois aussi aucun espace à qui Dieu ou l’ange correspondissent par l'étendue. Quant à ce qu’on attribue à la substance l'étendue qui n’appartient qu’à la puissance, c’est un effet du même préjugé
substance en Dieu
qui nous fait supposer même, comme tombant sous l’imagination.
attx secondes instances.
Que des parties de l’espace vide -en absorbent d’autres, etc. Je le répète , si elles sont absorbées;. donc le milieu* de l’espace est ôté et cesse d’étre. Or ce qui cesse d’être ne pénètre point une autre chose, donc il faut admettre l’impénétrabilité en tout espace.
Cet intermonde ou celte absence du monde aurait sa,durée , etc. Je crois qu’il implique contradiction de concevoir une durée entre la destruction du premier monde et la création du nouveau ; car si ' nous rapportons cette durée ou quelque chose de semblable à la succession des pensées divines , ce sera une erreur de l’intellect, non une véritable perception de quelque chose. J’ai déjà répondu à la suite , en observant que l’étendue qu’on attribue aux choses incorporelles convient seulement à la puissance et non à la substance, laquelle puissance étant seulement un mode dans, }â chose, à
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laquelle elle est appliquée ^ën étant cette chose étendue à laquelle elle correspondoit , on ne saurait comprendre qu’elle soit étendue.
SW AUX P K N U L T I K V. S« I îf«S TANCES.
Que Dieu est positivement et réellement infini , c’esi-a-dire existant partout , etc. Je n’admets pas .ce partout , qar il paraît ici que vous ne faites consister l’infinité en Dieu qu’en ce qu’il existe partout, ce que je ne* vous passe point croyant au contraire que Dieu est partout à raison d.e sa puissance, et qua raison de son essence il n’a'absolumènt aucune relation au lieu . or' comme on pç distingue point en Dieu le pouvoir et l’essence, je crois qu’il est mieux de raisonner en pareille matière sur notre âme ou les anges, comme .chosçs pl\is proportionnées à notre manière de penser. L<îs|o ifficulfés suivantes me paraissent naître du préjugé qui nous a fait croire que toutes substances, ce.lles-îà mêmes que nous recennoissons incorporelles, sont véritablement étendues, et de la mauvaise manière de philosopher sur les êtres de raison, en attribuant les propriétés de l'ètrc. ou de la chose au non-ètre ; mais n’oublions jamais que le non-être, ou ce qui n’existe pas, n’a aucun véritable attribut, ët qu’on ne saurait concevoir en lui en aiipunedàçpn la partie , le tout , le sujet , l'adjoint, , et-c’est bien conclure., lorsque vous dites
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, .que l’esprit se joüe aveeses propres ombres, lors-
• qu’il considère les êtres de raison.
Un nombre certain et fini de stades suffira , etc. Mais il répugne à ‘ines idées d’assigner des bornes au monde , et ma perception est la seide règle de ce que je dois affirmer ou nier. C’est pour cela que je dis que le monde est indéterminé ou indé-
“ * fini , pareeque je n’y conuois aucunes bornes , mais je n’oserois dire qu’ilfest infini, pareeque' je
• conçois que Dieu est plus grand que le monde, non à raison de son étendue que je ne conçois point en Dieu, comme j’ai dit plusieurs fois, mais
<"iià raison de sa perfection.
AUX I>ERNlÈ*Rlfcs INSTANCES.
Si vous te faites , etc. Je ne sais point certainement si le reste de ma Philosophie verra le jour , pareequ’il faudroit pour cela faire plusieurs expériences, lesquelles je ne sais si j’aurai jamais la commodité défaire; mais j’espère donner cet été '‘un petit Traité des passions , dans lequel on verra clairement comment tous les mouvements de nos membres qui accompagnent nos passions ou affections sont produits, selon moi, non par notre ♦"â^ne , mais par le seul mécanisme de notre corps. Quant aux signes que font les chiens avec leurs queues , ce sont les seuls mouvements qui accompagnent, lçs affections, et je crois qu’il faut les
distinguer soigneusement de la parole., qui seule ' est un signe certain de la pensée qui est cachée dans le corps : vous pourriez dite la même chose des enfants, etc. 4
Il y a une grande différence entre les enfants et les brutes; cependant je ne croirois pas que les enfants eussent une aine, si je ne voyois qu’ils sont de la même nature que les adultes. Pour les brutes, elles ne parviennent jamais à un âge où l’on puisse remarquer en elles le moindre signe de pensée.
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