RECOUSES SUR LES <} C ESTIONS
A la première et à la seconde, vous répondez
toujours constamment et conformément à vos Pripcipes, ce que j’attends et j’approuve de chacun , si un meilleur sentiment ne l’emporte. A la troisième voici le gain que j’ai fait avec votre petit bateau,;
1 . Que par rapport au mouvement il y a une résistance mutuelle entre les deux Corps qu’on dit èjre mus. j&. Que le rejx>s est une action, je veux dire un effort pour résister. 3. Que deux corps qui se meuvent sont immédiatement séparés. 4- Que cette séparation immédiate est ce mouvement, ou ce transport précis; mais lorsque deux corps se sépar rent l’un de l’autre, si vous n’ajoutez à l’idée de ce transport ou de ce mouvement une force dans l’un et dans l’autre qui les sépare et qui les divise, ce mouvement sera seulement un rapport extrinsèque ou quelque chose même de moins; car être séparé signifie ou que la surface des corps qui se toucfaoient mutuellement auparavant est à présent éloignée L’une de l’autre (or, la distance dés corps est seulement un rapport extrinsèque), ou signifie, ne pas toucher ce qui étoit touché auparavant; ce qui est seulement une privation ou une négation. Je ne comprends pas bien votre pensée là-dessus.-
Pour moi, si je voulois m’en croire, je dirois que' Le mouvement est cëtte force ou cette action
par laquelle les corps que vous dites se mouvoir se détachent, mutuellement l’un de l’autre, et que leur séparation immédiate est l’effet dudit mouvement, quoique cette séparation soit seulement ou un rapport ou une privation ; mais vous avez raisonné autrement dans l’explication de la définition du mouvement à l’article 25 de la seconde partie, p. 88, où, pour. vous dire le vrai, je n’entends pas bien votre pensée. Vous avez répondu d’une manière claire et précise aux autres questions que je vous ai proposées : mais pour avoir une plus parfaite intelligence de celles que j’ai faites en assez grand nombre à la sixième, j’attends avec empressement votre livre des passions.
Au reste, sur mes dernières paroles, Si quelque chose , etc. } il m étoit venu dans l’esprit une vaine subtilité qui m est échappée, et que je ne me soucie pas de rappeler. Je demande seulement derechef si la matière abandonnée à elle-même , c’est-àdire ne recevant aucune impulsion d’ailleurs, seroit en mouvement ou en repos. Si elle se meut naturellement d’elle même, la matière étant homogène, et par conséquent le mouvement étant partout égal, il s ensuit que la matière seroit divisée en des parties si infiniment petites qu’on ne sauroit rien oter absolument d’aucune petite parcelle, car tout ce que l’on conçoit pouvoir être ôté est déjà fait à cause de la force intime du mouvement
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qui pénétré toute la matieré, ou, si vous voulez, qui lui est naturel, et les parties neVattacheroieiit pas davantage les unes aux autres,, et les unes ne prendroient pas un cours différent des autres, puisqu’elles sont entièrement semblables, selon toutes les manières qu’on peut imaginer; (far on ne sauroit s’imaginer dans une figure aucune âpreté ou aucun angle qui n’ait été brisé, jusqu’au dernier point où le mouvement peut aller, et il ne faut admettre aucune inégalité de mouvement dans aucune petite parcelle, puisque la matière est supposée parfaitement homogène. Si la matière se mouvoit donc naturellement, il n’y » auroit ni soleil, ni ciel, ni terre, ni tourbillons, ni rien d’hétérogène ou de sensible, et qui pût tomber sous l’imagination dans la nature: ainsi vous verriez périr cet art merveilleux par lequel vous voulez que se puissent former les deux, la terre, et toutes les autres choses sensibles.
Que si vous dites que la matière est de soimême en repos, à moins qu’elle ne reçoive le mouvement d’ailleurs, et que ce repos est quelque chose de positif /il s’ensuivroit que la matière souffriroit une violence éternelle , et qu’un de ses modes naturels seroit détruit pour toujours et cèderoit à son contraire,, ce qui paroît un peu difficile à admettre. Je ne sais mettre s’il seroit plus sur de dire que le repos est la privation où la né-
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gation du mouvement; car on anéantiroit par là toute cette force de résister que vous reconnoissez dans la matière en repos, bien que cela produise encore quelque embarras clans mon esprit ; car en disant que le repos est une action de la matière, il faut nécessairement reconnoitre que le mouvement n’est que cette même force; en effet, la matière n’a point d’autre action qtie le mouvement actuel , ou bien un effort pour le mouvement. J’ai donc là-dessus de furieux scrupules, que vous me ferez plaisir de m’ôter le plus tôt que vous pourrez. Bien plus, j’examine si rigoureusement ces principes, qu’il me vient une nouvelle difficulté sur la natiire du mouvement; car si le mouvement est un mode du corps, comme la figure, l’arrangement, les parties, etc., comment se pourra-t-il faire qu’il passe plutôt d’un corps dans un autre, que les autres modes corporels ? Et en général je ne saurois concevoir comment il se peut faire que quelque chose qui ne peut pas être hors du sujet , tels que sont tous les modes, passe pourtant dans un autre sujet. Je demanderai ensuite si lorsqu’un corps heurte un moindre corps qui est en repos,' et qujil l’emporte avec soi, le repos du corps qui étoit en repos ne passe pas indifféremment dans celui qui étoit en mouvement, comme le mouvement est passé dans celui qui étoit en repos; car il sem bîe que le repos test quelque chose d’oisif, et
LF.TÆRKS.
de si paresseux qu'il plaint le .chemin qu’il auroit à faire; cependant comme il n’est pas moins réel que le mouvement, la raison veut qu’il passe à l’autre corps; enfin je suis dans un vrai étonnement lorsque je considère qu’une chose aussi légère et aussi vile que le mouvement, qui peut être séparée du sujet et passer dans un autre corps, qui d’ailleurs est d’une nature si foible et si passagère qu’il périroit entièrement s’il n etoit soutenu par son sujet, soit pourtant capable de lui donner un si grand branle, et le pousser avec autant de force de côté et d’autre.
J’avoue que je me sens plus porté à croire qu’il n’y a point de communication de mouvement: mais que par la seule impulsion d’un corps, un autre corps sort, pour ainsi dire, de son état d’indolence pour entrer en mouvement, comme l’âme a une telle pensée par telle et telle occasion, et que le corps ne reçoit pas tant le mouvement qu’il s’y détermine, étant averti par un autre; et, comme j’ai dit ci-dessus , le mouvement est par rapport au corps ce que la pensée est par rapport à l’âme : ni l’un ni l’autre n’est reçu dans son sujet, mais ils naissent du sujet dans lequel ils se trouvent; et véritablement tout ce qu’on appelle corps n’a qu’une vie, pour ainsi dire, pleine tle stupidité et d’ivresse , et je ne le regarde que comme la dernière et la p(us infime ombre de l’es-
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sence divine, qui esl la véritable vie et la vie très parfaite: enfin il est comme une idole qui n’a ni sentiment , ni réflexion. Au reste ce passage des . mouvements d’un sujet à un autre , soit .du plus grand au moindre, ou réciproquement, comme j’ai dit ci-dessus , représente tout-a-fait bien la nature de mes esprits étendus qui peuvent se m ramasser, et puis s’étendre, pénétrer facilement la matière sans la remplir, l’agiter en tous sens, et la mouvoir, et le tout sans aucunes machines , et sans liens ni crochets ; mais je me suis arrêté ici plus long-temps que je ne pensois. Je me hâte d’arriver à mon but, je veux dire à ces nouvelles questions que .j’ai à vous proposer sur chaque article des principes de votre Philosophie, dont je ne comprends pas encore assez bien la force.
Sur l’article 8 de la première partie des Principes, page 5, ligne afi.
Nous connaissons munifeslemcnl , etc. Nous ne voyons pas manifestement que l’étendue , la figure et le mouvement local appartiennent à notre nature, mais nous ne voyons pas aussi le contraire. PlùL à Dieu que vous pussiez me donner ici une bonne démonstration qu’un corps ne saurait penser.
Stir l’art. S}, VAL-, page aligne %•}.•>'
N’est-ce pas une plus* grande perfection vque
l’homme puisse seulement vouloir ce qui lui seroit le plus avantageux, que de pouvoir aussi le contraire, puisqu’il vaut mieux toujours être heureux, que 'd etre quelquefois ou même toujours comblé de losanges. * »
t Sur l’art. 54 ibid. , pag. 3g, lig. 12.
Jerépete'ici derechef qu’il fatit nous démontrer que rien d’étendu ne pense, ou, ce qui paraîtra plus facile, qu’aucuh corps ne peut penser : c’est
là un sujet digne de votre esprit.
Sur l'art. 60, ibid. f pag. 44 et suiv.
Quoique l’âme puisse se considérer elle-même comme une chose qui pense, en excluant toute extension corporelle de cette pensée , on ne peut conclure de là, sinon que l’âme peut être corporelle, ou incorporelle, mais non pas que de fait elle soit incorporelle; il faut donc vous prier derechef de démontrer, par quelques opérations de l’âme qui ne puissent convenir à la matière corporelle, que notre âme est incorporelle. ' * ,
Sur l’article 25 de la seconde partie des Principes, , page 88, ligne 3o.
Ét non pas la force ou l’action qui transporte , afin de montrer que le mouvement est toujours dans le mobile, etc. Est-ce que la force elle-même et l’action du mouvement ne sont pas dans la 'chose mue? * * •