‹ Œuvres de DescartesChapitre 55 sur 106 · LE T'EUE S · texte numérisé non relu

LE T'EUE S

rbitl., page 162, lig. 26.

Pour obliger quelques uns des plus curieux et des plus industrieux de notre siecle à en entreprendre l exécution. Je .voudrois savoir si quelque ouvrier industrieux a essayé d’esfécu ter ce projet ingénieux , et quel en a été le succès.' Quant à 'ce qu’on dit ici, que quelques uns l’ont tenté inutilement ; je n’en crois rien , ou ces .ouvriers n’étoient que de simples artisans. Voici quelques difficultés que j’ai aussi trouvées dans vos Météores, mais elles sont en petit nombfe et peu considérables.

Discours premier des Météores, page 1C7 lig. 2-.

Et contre la terre que vers les nuées. Ce que vous dites des rayons du soleil , tant droits que réfléchis; mais je ne vois pas comment les rayons droits peuvent augmenter , si ce n’est qu’étant réfléchis ils sont renvoyés une seconde fois vers la terre: pour lors ce ne sont pas seulement des rayons droits, maft des 'fayonS droits joints avec des réfléchis. J’ai encore une bien plus grande peine par rapport à la réflexion que vous donnez à ces rayons. La philosophie ordinaire nous en rend une raison très simple : le rayon solaire se remplit commç un fil, dou résulte nécessairement l’augmentation * de la chaleur, ce qui ne peut avoir lieu dans vos Principes; selon vous, ceyi’est plus un fil qui se

plie en double, rriais une.balle qui. réfléchit. Mais

comment prouverez-vous l’augmentation de la chaleur portée au double quand la balle descend de A en B? Elle décrit une ligne par son mouvement, et cette ligne n’est plus quand la balle se dispose à remonter de B en D ; nous n’avons donc qu’une ligne de mouvement qui 11e peut doubler la chaleur : au contraire la chaleur diminuera dans l’air voisin de la terre , puisque le globule ou la balle communique quelque chose de son mouvement aux particules terrestres qui l’environnent ; c’est pourquoi le mouvement sera plus lent en BD qu’en AB; il faut donc que vous expliquiez pourquoi l’air s’échauffe plus contre la terre que vers les nues, et s’il ne peut faire que, quoique le mouvement soit plus lent contre la terre que vers les plus hautes régions de l’air, on y sent cependant une plus grande chaleur, à cause de l’inégalité de ce mouvement.

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, Discours 7 des Météores, page 3G8, iig. 1. ,

Mais aussi les plus basses demeurant fort rares. Si les hues inférieures so,nt si rares ou si peu compactes, comment peuvent-elles. recevoir les plus hautes qui tombent sur elles , et les arrêter ? ‘Il paroît au contraire quelles sont si minces, qu’elles devroient être entraîhjées à terre avec les dernières, si celles-là ^voient déjà pris ce che-

min- la. » ?

■« ' ' « Ibid., paye 2G8, lig. y.

A cause de la résonnance de l’air, etc. C’est l’opinion de Paracelse, que le bruit affreux du tonnerre vient des voûtes du ciel; c’est ainsi qu’on, entend un grand bruit lorsque quelqu’un décharge une arme a feu d^ns une salle voûtée; mais pour vous qui ne reconnoissez pi voûte ni plafond audessus de l’air , vous devez trouver plus vraisemblable que plus le coup est éloigné de la terre , plus il doit être foible , le brçiit étant d’autant moins sensible qu’on est éloigné des corps qui. • l’ont produit. %

Discours 9 des Météores, page 3oi, Jig. 3o.

Car il ne se réfléchit de sa superficie que peu de rayons. Voulez-vous donc que le petit nombre de rayons produise le bleu? Vous ne serez pas d’accord avec ce que vous avezdit d’abord : vous avez dit plus ha ut que les couleurs sont produites par la différente proportion qui se trouve entre leur mouvement en ligne droite, et le tournoiement sur leur propre centre, et particulièrement quelebleuparoît quand les globules tournoient moins vite sur leur centre, eu égard à leur mouvement en ligne droite. Présentement vous avez recours au petit nombre des rayons; jevoudrois donc savoir si vous pensez qu’il n’yaautre cause des couleurs que celle que vous avez si ingénieusement expliquée çi- dessus , ou si vous

croyez quelles peuvent être encore produites d’autre façon sans aucun égard au tournoiement et au mouvement direct des globules ^surtout puisque vous avancez que l’eau de la mer- paroit bleue à ‘cause du peu de rayons qui sont réfléchis ; et certes il n’çst pas aiSé de dire pourquoi, la mer de paroit pas blanche ou rouge, lorsque les globules viennent à frapper sa superficie, puisque ces globules y trouvent quelquefois plus de résistance que dans l’air chargé dç vapeurs, qui vous paroit blanc pour 4ors.

Voilà, monsieur, tout ce que j’avois à vous proposer sur vos écrits de physique, et qui m’a paru ou difficile à comprendre ou dont la vérité souffriroit quelques difficultés; sur quoi vous aurez sujet d’ètre surpris du caractère et du tour de mon esprit, qui, entrant assez à fond dans tout le reste de vos écrits, où se trouvent cependant bien des choses plus difficiles que celles qui l’arrêtent en plusieurs endroits, n’a pas la même pénétration pour ce dont je vous demande l’explication, ou que je vous prie de fortifier par dé nouvelles preuves. Quelques efforts que j’aie faits pour corriger cette disposition de mon esprit, que j’ai remarquée dès mon enfance, je veux dire de surmonter souvent très heureusement les choses les plus difficiles , et d’être arrêté par les plus petites, je n’ai pourtant jamais pu en venir à bout. J’espère

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que votre bonté excusera ce qu’il ne m’est pas possible de corriger , et qu’elle « imputera ni à une ignorance affectée ni a une sotte démangeaison de disputer tant dç difficultés que j’ai entassées les unes sur les autres; car je ne l’ai pas fait par un désir effréné de disputer, mais par un zèle religieux pour tout ce qui vient de vous.

C est moins dans le désir d’obtenir la victoire, r *

Qne par le zèle ardent d’acrjnérir votre gloire.

• ♦ r * ■/ Comme le dit élégamment le poète, et comme

je le répète dans la dernière sincérité.

Au reste, monsieur, je vous prie de prendre en bonne part tout ce que je vous ai écrit, et d’y faire réponse à votre loisir : si vous me faites cette grâce, vous aurez la consolation d avoir rendu très savant celui qui a été jusques ici le plus fidèle partisan de votre philosophie. Je suis, etc.

A Cambridge, du collège dephrist, le ai octobre 1649.

(Lettré 7a du tome I. )

Ce qui suit a été trouvé parmi .les papiers de M. Descaetes, comme un projet ou commencement de la réponse qu’il préparoit aux deux précédentes lettres de M. Morus.

J’étois sur mon départ pour le voyage de Suède! lorsque je reçus votre lettre datée du a.ï juillet, etc.

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i. Si le sentiment dans les anges est proprement

un sentiment, et s’ils sont corporels ou. non? Je réponds que lame humaine séparée du corps n’a point proprement de sentiment; qu’à l’égard des anges, nous n’avons aucune raison naturelle qui nous fasse conuoitre s'ils sont créés comme les ânies séparées des corps, ou comme les mêmes âm^s qui sont uuies aux corps, et que je ne détermine jamais rieil sur les( choses, dont je n’ai aucune raison certaine pour donner lieu à des conjectures. J’approuve ce que vous dites, que nous ne devons point nous former d’autre idée de Dieu que celle que tous les gens de bien souhaiteroient s’il n’y avoit point de Dieu.

Votre instance sur l’accélération du mouvement pour prouver que la même substance peut occuper tantôt un plus grand, tantôt un moindre lieu , est ingénieuse; cependant la disparité est grande, parceque le mouvement n’est pas une substance, mais un mode , et un mode tel en effet que nous concevons intimement comment il peut être diminué ou augmenté dans le même lieu; car tous les êtres ont certaines notions propres par lesquelles seules il en faut porter jugement, et non par comparaison des êtres les uns aux autres : c’est ainsi que les qualités de la figure ne conviennent pas '.au mouvement , et que les qualités de l’une et de l’autre ne conviennent point à l’étendue. Quand on aura

îlne fois bien compris que le néant lia aucune propriété, *3t que , par conséquent ce qu’on appelle communément” espace vide n’est pas un rien , mais un vrai corps' dépouillé de tous ses accidents, je veux dire de ceux qui peuvent se trouver et ne se pas trouve* sans* la corruption du sujet, et qu’on aura Remarqué comment chaque partie ou de cet espace 'ou de ce corps est différente de toutes les Autres, 'et impénétrable , ,pn verra facilement que la même divisibilité, la mênîe faculté tj’être touché et la meme impénétrabi^té^ne peuvent convenir 3 aucune, autre chose. J’ai djt que Dieu est étendu en puissance, parceque. cette puissancêse fait voir ou^e pput faire voir dans la chose étendue; et il est cei tain que 1 el&ence de Dieu doit être présente partôut, afin que sa puissance s’y puisse mettre au jour; mais je dis quelle n’y est pas à la manière des éhpses étendues, çest-à-dire de la manière que j’ai décrit ci dessus là chose étenduë. Il me paroît qiîe parmi les marchandises que vous dites avoir gagnées sur mon petit bateau , il y en. a deux qui sont de contrebande: la première, que le repos soit une action ou une Espèce de résistance; car bien que la chose qui est en repos ait* cette résistance, de cela même qu’elle est en repos, ce 11’est pas à dire pour cela que cette résistance soit en repos. Da seconde est que mouvoir deux .corps, c’est les séparer immédiatement; car souvent entre

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les choses qui sont ainsi séparées, l’une est dite être mué, et l’autre être en repos, comme j’ai expliqué dans les art. 25 et 3o de la seconde partie îles Principes.

Ce transport que j’appelle mouvement n’est point une chose de moindre entité que la figure, c’est-à-dire elle est un mode dans le corps, et la force mouvante peut venir de Dieu qui conserve autant de transport dans la matière qu’il y en a mis au premier mouvement dé la création, ou, bien de la substance créée, comme de votre ânie, ou de quelque autre chose que ce soit, à qui il a, donné la force de mouvoir le corps; et cette force dans la substance créée est son mode, mais elle n’est pas un mode en Dieu; ce qui étant un peu au-dessus de la. portée du commun des esprits, je n’ai pas voulu traiter cette question dans mes écrits, pour ne pas sembler favoriser le sentiment de ceux qui considèrent Dieu comme l’àme du

monde unie a la matière. Je considéré la matière

laissée à elle-même, et ne recevant'aucune impulsion d’ailleurs, comme parfaitement en “repos; et

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elle est poussée par Dieu qui conserve en elle auJ tant de mouvement ou de transport qu’il y en a mis dés le commencement; et ce transport ne cause pas plus de violence à la matière que Ig repos; car le. nom de violence ne sp-rapporte qu’à notre volonté, qui souffre, dit-on, violence, lorsque

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quelque chose sé fait qui y répugne : or dans la nature il n’y a rien de violent, mais il est aussi naturel aux corps de se pousser mutuellement, ou de se briser quand cela arrive, que de se tenir en repos. Mais ce qui a été la cause, à ce que je crois, de la difficulté que vous avez proposée, est que vous concevez une certaine force dans le corps qui est en repos, par laquelle il résiste au mouvement, comme si cette force étoit quelque chose de positif, c’est-à-dire une certaine action distincte du repos même, quoique ce ne soit qu’une entité modale. *

Vous remarquez fort bien que le mouvement, en tant qu’il est mode du corps, ne peut passer d’un corps dans un autre, et je ne l’ai .pas dit aussi. Bien plus, je crois que le mouvement, en tant qu’il est un tfel mode , reçoit des changements continuels; car autre chose est le mode dans le premier point du corps A , qui est séparé du premier point du corps B, et autre celui cjui est séparé du deuxième et du troisième, etc.

Or lorsque j’ai dit qu’il restoit toujours autant de mouvement dans la matière, j’ai entendu cela de la force qui pousse ses parties, laquelle force s’applique tantôt à une partie de la matière ‘ tantôt *' s’applique aux autres , selon lps lois proposées dans l’art. /p , pag. 110, et dans les suivantes de la seconde partie. Il ne faut donc pas s’embarras- 1

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ser du transport du repos d’un sujet à un autre , puisque le mouvement même, en tant qu’il est un mode opposé au repos, 11e passe point ainsi. A l’égard de cequevousajoutezque le corps vous semble jouir d’une vie, maisstupide et pleine d’ivresse, etc., je regarde cela comme de fort belles paroles ; mais permettez - moi une fois pour toutes , avec cette liberté dont vous m’avez permis d’user à votre égard, que rien ne nous éloigne plus du chemin de la vérité que d’établir certaines choses, comme véritables , qu’aucune raison positive , mais notre volonté seule, nous persuade, c’est-à-dire lorsque nous avons inventé ou imaginé quelque chose , et qu’après cela nos fictions nous plaisent , comme vous faites à l’égard de' ces anges .corporels , de cette ombre de l’essence divine, et autres choses semblables que personne ne doit admettre, parceque c’est le vrai moyen de se fermer tout chemin à la vérité.

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