A M. GIT A NU T
», » (Lettre 4? du toine I.J »
Monsieur, y f 7
Si votre dernière lettre, du 6 mars, m’eût été
rendue au temps que les messagers la dévoient apporter, je crois que j’aurois eu l’honneur de vous voir à Stockholm avant que vous eussiez reçu celle-ci; mais ayant été retenue douze ou treize jours entre La Haye et Alkmaar, il est arrivé que M. l’amiral Fl. ’ a pris la peine de venir ici avant qu’elle m’eût appris qui il étoit ; en sorte que* bien qu’il ait usé de plus de civilités que je n’en méritois, pour me convier à faire le voyage én sa compagnie , il ne m’a pas semblé que cela me dût faire prendre une résolution contraire à ce que je vous avois écrit quelques jours auparavant, à savoir que j’attendrois l’honneur de recevoir encore une fois de vos lettres avant que je partisse 4d’ici. Car j’apprenois seulement de ses paroles que vous lui aviez écrit en ma faveur, ce que je ne considérois que • * r • * -/ * . ■*; i,
* « Vlemmiug. » i i
comme un effet de votre amitié; et les offres qu’il me faisoit me sembloient n 'être que des excès de sa courtoisie, à cause que ne sachant point qu’il est l’un des amiraux de Suède, je ne^ voyois pas en , quoi sa comp'agniê me pou voit aider pour la sûreté et la commodité du voyage. Et je n’avois point assez de présomption pour m’imaginer qu’une reine . qui a tant de grandes choses à faire, et qui emploie si dignement tous les moments de sa vie, eût voulu avoir la bonté de vous charger de me recommander à lui de sa part. Je me tiens si obligé de* cette faveur, que je vous puis assurer qu’il n’y aura rien qui me retienne, sitôt que j’aurai eu de vos lettres,, et que j’ai- un extrême désir de vous aller dire que je suis, etc. *
A MADAME ÉLIZABETH
‘ /PRINCESSE PALATINE, CtC. f. -
j ’ ^ (Lettre Ifi du tome I.)-,
Madame,
Puisque votre altesse désire savoir quelle est ma résolution touchant le voyage de Snède ; je lui 'dirai ■ « Je la crois du 4jùftr iG49, ou environ. » » * *
que je persiste dans le dessein d’y aller, en cas que la’reine continue à témoigner qu’elfe veut que j’y aille, et M.Chanut, notre R.' en ce pays-là, étant passé ici il y a huit jours, pour aller en France , m'a parlé si avantageusement de cetté merveilleuse reine , ,que le chemin ne me semble plus si long ni si fâcheux qu’il faisoit auparavant ; 'mais j4e ne partirai point que je n’aie reçu encore une fois des nouvelles de ce pays-là , et je tâcherai d’attendre le retour de M. Chauut pour faire le voyage avec lui , pourceque j’espère qu’on le renverra en Suède. Au reste, je m’estimerois extrêmement heureux si , lorsque j’y serai, jetois capable de rendre quelque service à votre altesse. Je ne manquerai pas d’en rechercher avec soin les occasions y et rie craindrai point d’écrire ouvertement tout ce que j aurai fait ou pensé sur ce sujet, à cause que ne pouvant avoir aucune intention qui soit préjudiciable à ceux pour qui je serai obligé d’avoir du respect , et tenant pour maxime que les voies j listes et honnêtes sont les plus utiles et les plus sûres , encore que les lettres que j’écrirai fussent vues , j’espère qu’elles nepourront’être mal interprétées , ni tomber entre les mains de personnes qui soient si injustes que de trouver mauvais que je m’acquitte de mon devoir, et fasse profession ouverte
d’être, etc.
1 « Résident.4>
** • EETTRÉS, r
* A M, 3FREINSHEMIÜS *.
• ( Lettre 49 du tome I. )
Monsieur , *■
Entre- les excellentes qualités- de M. Chanut ,
celle qui me semble mériter le plus d’amitié est
qu’il a soin de faire que tous ceux qu’il aipie
, soient aussi amis les uiis des autres. Et outre qu'il , *■ * * . ... , 1 > m a assure en passant ici quil vous a déjà inspiré
quelque jbonne volonté pour moi , il m’a si bien décrit votre vertu et votre franchise, que je ne laissèrois pas d etre entièrertent à vous, encore que je n’espérasse aucune part en votre affection. Ainsi , monsieur, je me promets que vous ne trouverez pas étrange que je m’adresse librement à vous en son absence , et que je vous supplie de me délivrer ..d’un sçrupule qui vient de l’extrême désir que j’ai d’obéir ponctuellement à là reine votre thaïtresse, touchant la grâce qu’elle m’a faite d’agréer , que j’aie l’honneur de lui aller faire la révérence à Stockholm. M. Chanut vous sera témoin qu’avant
» « Pas dâtee ; mais pn y voit fju’ellr est postérieure à l’arrivée de
M. Chanut 'en Hollande : anaai je la fixe au 10 juin 1649. “ ’
qu’il fut arrivé ici,j’avois préparé mon petit équipage, et tâché de vaincre toutes les difficultés qui se présentent â un homme de ma sorte et de mon âge , lorsqu’il doit quitter sa demeure ordinaire pour s’engager à un si long chemin. Mais nonobstant qu'il m’ait trouvé afinsi disposé à partir ,' et que j’aie trouvé aussi qu’il étoit disposé à user de toutes sortes de raisons pour me persuader ce voyage, en cas que je fi’y eusse pas été résolu ; toutefois pourcequ’il ne m’a point dit qu’il eût aucun ordre de sa majesté pour me qommander de me hâter, et que l’été est encore long , je lui ai proposé une difficulté dont il a trouvé bon que je vous priasse de m’éclaircir : c’est que n’ayant pu me préparer à ce voyage sans que plusieurs aient su- que j’nvoisiutention de le faire, et qu’ayant quantité d’ennemis, non point, grâce à Dieu, à cause de ma personne , mais en qualité d’auteur d’une nouvelle philosophie , je ne doute point que quelques uns n’aient écrit en Suède , pour tâcher de m’y décrier. Il est vrai que je ne crains pas que les calomnies aient aucun pouvoir sur l’esprit de sa majesté , pourceque je sais quelle est très sage' et très clairvoyante ; mais à cause que les souverains ont grand intérêt d’éviter jusqu’aux moindres occasions que leurs sujets peuvent prendre pour désapprouver leurs actions, je serois extrêmement marri que ma présence servît de sujet à la médisante de ceux qui
» lettrhs. • . . 337
pourroient avoir envie de dire qu’elle est trop assidue à l’étude , ou bien qu’elle reçoit auprès de soi des personnes d’une autre religion , ou choses semblables ; et bien que je désire extrêmement l’honneur de m’aller offrir à sa majesté, je souhaite plutôt de mourir dans le voyage, que d’arriver là pour servir de prétexte à des discours qui lui pussent être tant soit peu préjudiciables. Cest pourquoi , monsieur, je vous supplie, non point de parler de ceci à sa majesté, mais de pren-*dre la peine de me mander, sur ce que vous jugerez de ses inclinations , et de la conjoncture des temps , ce qu il est à propos que je fasse , et je manquerais pas d’y obéir exactement, soit que vous ordonniez que j’attende le retour de M. de Chanut (car, quoi qu’il puisse dire, je ne crois pas qu’il ait laissé là madame sa femme, afin qu’elle retourne en France toute seule}, soit que vous aimiez mieux que je me mette en chemin aussitôt après que j’aurai eu de vôs nouvelles. Je vôus demande encore une autre grâce , c’est qu’ayant été importune par un ami de lui donner le petit Traité des
passions que j’ai eu l’honneur d’offrir ci-devant à sa majesté, et sachant qu’il a dessein de le faire imprimer, avec une préface de sa façon, je n’ai encore osé lui envoyer, pour ce que je ne sais si sa majesté trouvera bon que ce qui lui a été présenté en particulier soit rendu public, même sans