DE PAR LE ROI
J^ OT RE âmé et féal , nous tenons que sçavei tsses c6mme puis aucun temps en ça , notre très-cher et très-amé fils le dauphin a envoyé par devers nous à Tune fois Guillaume de Conrdllon , et à l'autre fois ledit de^Courcillon et !e prieur des célestins d'Avignon ensemble , et dernièrement Gabriel de Bernes et ledit prieur der célestins, à tous lesquels nous avons fait et fait faire réponse trèsdouce et trè^raisonnable , désirant le réduire et attraire par bé* nignité , douceur et clémence , et encore à la dernière fois avons fait faire réponse par notre chancelier en notre présence , et en la présence du cardinal d'Avignon, envoyé par deçà de par notre saint père le pape , aussi de notre coAseil , auquel lors étaient beau-neveu de Galabre , et autres des seigneurs de la cour , que si notredit fils voulait venir devers nous , comme bon fils doit envers son .père , nous étions content et prêt de le recueillir en nôtre bonne grâce , lui pardonner et oublier toutes les déplaisances du temps passé , et le recevoir comme bon et naturel père doit son bon et obéissant fils ; et , en outre ladite réponse , leur avons dit de bouche que l'un des plus grands désirs que ayons en ce monde est que notredit fils se gouverne bien , et que si par jeunesse il a par ci-devant été mal averti, dorénavant qu'il est eH âge de soi connaître , il mette peine de redresser son fait et se réduire envei% nous , conune il est tenu de faire , et que s'il faisait aucun doutt , ou qu'il eût aucune crainte ou soupçon , quand il nous en avertirait , nous lui assurerions tellement , que raisonnablement il en devrait être content et n'aurait cause de rien craindre ; mais néanmoins jusques-ci il ne l'a voulu faire ; encore a été si très-mal conduit et conseillé, que toujours il a persévéré à dire qu'il ne voulait venir devers nous , ne se trouver en notre présence , qui est chose bien étrange à considérer de fils à père ; et, qui plus est , avons sçu que, dès sitôt qu'il a oui les rapports desdits Gabriel de Bernes et prieur des célestins, et par eux sçu la réponse que lui avons faite , de laquelle raisonnablement il se devait moult ^ouir, incontinent icelui notre fils s'est subitement
'parti et nbseAté du pays de Dauphiné , oii il était , et a laissé et aibaudônné vous et les autres habitans d'icelle , sans garde et ordonnance ni conduite , dont avons été bien émerveillés : mémement que considérées les choses dessusdites, et la grande douceur et bénignité que lui démontrions, il ne peut avoir quelque cause de ce £aire ; et pour ce que par Texborlement ou suggestions de ceux qui ainsi le conduisent ou d'autres qui volontiers entreprendraient sur ledit pays^ se pourraient faire des choses qui tourneraient à la grande foule et charge d'icelui , qui , après tant de grandes charges et oppressions qu'ils ont supportées le temps passé , n'ont pas métier d'avoir foule ; nous qui toujours avons à mémoire lejs grands , bons et loyaux services que ceux duditpays du Dauphiné ont de toute ancienneté faits à la couronne de France » et mêmement la bonne et loyale obéissance qu'ils nous ont gardée sans vaciller , du temps des guerres et divisions qui ont encouru en ce royaume; que aussi serions trës-déplaisantde les laisser ainsi abandonnés, et voir sur eux venir quelque oppression ou chose grévable , considérant que le fait dudit pays nous touche, et les successeurs de nous et des nâtres en la couronne de France , avons envoyé en notre ville de Lyon nos chers et féaux cousins le sire de Lohéac , maréchal de France , et le sire de Bueil , comte ^ Sancerre , notre ano^iral , pour obvier aux inconvéniens qui pourraient advenir, aux entreprises qu'on voudrait ou pourrait faire ou prendre audit pays, et avec ce avons intention de brief nous tirer es marches de par de là , pour donner à tout si bon ordre et provision que ce soit à votre bien , soulagement et -consolation , et de tons les autres habitans dudit pays , et en manière que aucun inconvénient n'y adviendra, lesquelles choses > écrivons présentement aux habitans des bonnes villes dudit pays pour les avertir de notre intention ; aussi en avonsnous bien voulu écrire à vous et autres prélats et seigneurs dudit pays de par de là, confians de vos bonnes loyautés et prnd'hommies , et que de votre part avez toujours désiré la sàreté , bien et utilité dudit pays, afin que es a£Faire8 qui surviendront en icelui, ayés recours à nous, tt vous adressiez à nosdits cousins, lesquels, comme dit est , avons envoyés par de là pour y donner par eux et vous ensemble la provision telle qu'il appartiendra ; si le faites ainsi , et tellement vous y gouverniez qmt par votre bonne prudence en dévies être pour recommandé Mvers nous. Donné au Chaselard , le onzième jour de septembre. Signée Cbarles*
^ ni'H HISTOIRE
Lettre du duc de Bourgogne au roi, écrite le 19 septembre , ei
reçue à Ljon le 18 octobre.
( Dans cette lettre on voit qne leducn'éteît pas encore instruit • % de la sortie du dauphin, tant la communication était lente et
difficile , entre les princes même , avant l'usage des postes. )
IVloN trës-redouté seigneur, tant et si trës-bnmblement comme je puis , je me recommande à votre bonne grâce ; et vous plaise sçavoir, mon trës-redouté seigneur, que j'ai reçu vos lettres, données à Nades , le vingt-quatrième jour de juillet dernièrement passé j lesquelles vous a plû m'envoyer par le chevaucbeur de votre écurie , porteur de cette , faisant mention comment environ le mois de mai dernier passé , mon trëswedouté seigneur , le dauphin vous écrivit et envoya ses lettres par messire Guil-' laume de Courcillon, chevalier, ensemble certaines instructions, contenant aucunes requêtes et offres qu'il vous faisait, desquelles fiites trè&-jojeux, et les acceptâtes bien voulentiers, espérant qu'il se voulsist réduire envers vous , comme il était tenu , selon que lesdites offres le démontraient , et lesquelles étaient bonnes et raisonnables, si elles eussent été faites franchement et sans réservation , et sans aucunes conditions dAarées en vosdités lettres ; desquelles réservations et conditions n'aves pas été content , ne aussi de ce que mondit seigneur a écrit à aucuns seigneurs et princes de votre sang , et autres de vos conseillers , que lui aviez fait faire bien étrange réponse , et icelle leur envoyé en toute autre forme qu'elle ne lui avait été faite , ainsi que toutes ces choses sont plus à plein contenues en vosdités lettres ; sur le contenu desquelles , mon très-redouté seigneur , plaise vous sçtivoir que j'ai été et suis trcs-déplaisant de ce que cette matière , laquelle en ce difiere et demoure longuement , n'a été et n'est appaisée au bon plaisir de vous et au bien de la chose publique de votre royaume ; et est vrai que mondit seigneur , depuis la date et réception de vosdités lettres , m'a envoyé des arbalètes par Odet Daidie , son serviteur, auquel j'ai parié et devisé de cette matière bien au long pour en sentir , et entends , par ce qne m'a dit icelui Qdet Daidie , que mondit seigneur est désirant de tout son cœur retourner et demourer en votre bonne grâce, dont j'ai été et suis très*joyeux , et veu son bon vouloir , et aussi que par vosdités lettres et par la réponse que aviez faite à mondit seigneur le dauphin , vous , meu d'affection paternelle , vouliez mettre en oubli le temps passé, je vous supplie très-humblement, que en ensuivant icelle votre affection et bonté paternelle, et sans avoir regard à ce que , comme l'on vous a rapporte , mondit seigneur
peut avoir écrit à aucuns princes de votre sang, ainsi que le contiennent vo«dites lettres, vous contentiez de lui, en recelant robeissance qu'il veut , et que comme fils , il est tenu de faire à vous son seigneur et père ; car ce sera à Dieu être plaisant, et k tout votre royaume chose trë»>profi table. Mon trës-redsiutë seigneur, j*ai retenu et fait demourer longuement par deçà ledit chevaucheur, pourl'occapation que f ai eue en ma présente armée jusqu'à présent , ainsi que par lui le pourrez sçavoir, s*il vous plaît ; vous suppliant très^humblement non avoir à déplaisir sa longue demoure , et qu'il vous plaise moi mander et commander vos bons plaisirs et commandemens , pour y obéir et y faire et accomplir de mon petit pouvoir , de 4rës*-bon cœur et voulentiers , comme raison est et tenu y suis ; priant le Saint-Esprit, mon trësredouté seigneur, qu'il vous ait en sa. digne garde, et doint trèsbonne vie et longue , avec accomplissement de tous vos hauts et nobles désirs. Ecrit en mon ost à Wilp , le dix-neuviëme jour de septembre i^^6. Votre trës-humble et trës«obéissant , Phiuppe , duc de Bourgogne et de Brabant , etc.
A mon trës-redouté seigneur , monseigneur le roi.
Lettre du duc Philippe de Bourgogne , à Charles VII, sur la
retraite du dauphin.
JVl ON trës-redouté seigneur, tant et trës-humblement comme je puis , je me recommande à votre bonne grâce , et vous plaise sçavoir, mon trës-redouté seigneur, que depuis la date de mes lettres , que je vous écrivis par Perinet , chevaucheur de votre écurie, porteur de cette , j'ai eu nouvelles que mon trës-redouté seigneur, monsieur le dauphin de Viennois était allé en pèlerinage à monsieur S. Claude , et de là s'était allé ébattre devers mon cousin le prince d'Orange , en son hôtel de Vers, lesquelles nouvelles je dis tantôt audit Perinet, pour les vous rapporter, et pour cette cause ai délayé de expédier icelui votre chevaucheur , en attendant j'avais nouvelles plus avant de cette matiëre ; et depuis ai eu nouvelles que mondit sieur le dauphin , lui étant audit lieu de Vers, a mandé venir devers lui le sieur de Blammont , mou maréchal de Bourgogne^ auquel il a requis le vouloir accompagner jusques devers moi , ce que mondit maréchal n^e lui a osé refuser , et comme m'a écrit et fait sçavoir icelui mon maréchal , il s'en y vient ; de laquelle chose , mon trës-redouté seigneur , je ne me donnais point garde , et en ai été bien émerveillé , et vous en avertis , comme raison est ; et , s'il est ainsi , vous sçaurez , mon trës-redouté seigneur , que pour honneur de vous , de lui et de votre noble maison , raison veut et
4«i HISTOIRE
«Bseîgne que je lui fasse toul honneur , révérence et plâjsir , ipre pour TOUS Konnement , ainsi qu'il appartient et connne faire ie dois , et ey rai Touleatiers ce qu'il lui plaira moi dire et déclarer , et après le tous signifierai ; car Dieu sçait que de tout mon ccrar , je serais désirant qu'il fAt toujours en votre bonne grâce , et se acquittât envers vous-, comme bon fils doit faire envers son seigneur et père , en quoi de tout mon loja! pouvoir je me voudrais employer se l'opportunité s'y adonnait , moyennant votre bon vouloir et plaisir. Mon très-redbuté seigneur , plaise vous toujours moi mander et commander vos bons plabirs et com» maademens , lesquels je suis et serai tout prêt d'accomplir de tout mon loyal pouvoir, comme raison est, à l'aide du benoist fils de Dieu , auquel je prie qu'il vous doint bonne vie et longue , ao eompHssement de vos très-hauts et nobles désirs. Écrit k IJtrecht,. le vingt-cinquième jour de septembre. Votre très-humble et très-obéissant , Philippe, duc de Boui|;ogneetde Brabant.
Reçue à Lyon , le 18 oct<^re i456.
Lettre du duc de Binirgogne mu roù
lOn très-redouté seigneur , tant et si très-humblement que Je puis , je me recommande à votre bonne grâce , et vous plaise sçavoir , mon très-redouté seigneur, qu'en ensuivant ce que n^a guères vous ai écrit par Perinet , chevaucheur de votre écurie , l'envoyé présentement par devers vous mon amé et féal cousia messire Jean de Groy, sieur de Chimay, mon grand bailli d» Haynault, et messire Simon de Lalain, sieur de Montigny ^ mes chambellans ; maître Jean de Clugny , maître des requêtes de mou hôtel et Toison-d'Or , mon roi d'armes , tous mes conseil» 1ers, auxquels trois j'ai chargé et ordonné de vous dire et exposer et supplier aucunes choses de ma part. Si vous supplie , mon très-redouté seigneur, tant et si très-humblement comme je puis , que Jes dessusdits mes conseillers il vous plaise de votre grâce benignement ouïr , et à ce que cette fois ils vous exposeront et supplieront , ajouter pleine foi et crédence : vous suppliant ea outre , mon très-redouté seigneur , qu'il voi^s plaise de votre grâce faire expédier iceux mes couseiUers et ambassadeurs y le plqs brief qu'il vous viendra à plaisir , et par eux et tous autre» moi mander et commander vos bous plaisirs et commandemens , lesquels je suis et serai toujours prêt d'accompHr , etc. De Bruxelles, le vingtf>troisième jour d'octobre i456. Votre très-humble et très-obéissant , Philippe , duc de Bourgogne et de Brabant.
(Il y « encore une lettre de même teneur que. celle-ci , du 4
tiniet i456 , qui fut reçue et répondue le 7 mars. C'étaient le» mlnies ambassadeurs et le même héraut. ) «
Lettre de Monseigneur le dauphin au roi.
oif trës-redouté seigneur , je me recommande à votre bonne gpnace» tant et. si trës-humblement que je puis, et vous plaise sçavoir , mon très-redouté seigneur , qu'en ensuivant les lettresqu6 vous écrivis de Sainte-Claude , suis venu par devers mon belH>nole de Bourgogne , qui , comme vous ai déjà écrit , pour l'honneur de vous , m'a fait et fait chacun jour trës-bonne chère , dont de rechef je vous remercie tant que je puis ; auquel mon bel «oncle j'ai dit et déclaré mon. fait bien au long, lequel, pour cette cause , envoyé présentement ses ambassadeurs par devers vous. Comme n'a guères par la réponse qu'ai faite à vos lettres qu'il vous a plu m'écrire par votre message , faisant mention de la réception d'icelles que vous avais écrites dudit Saint- Claude , vous ai écrit et fait sçavoir par votredit message : .après le parlement ai eu nouvelles de mon pays de Dauphiné , que le maréchal Lohéac et l'amiral étaient venus à Lyon pour requérir de par vous être assurés que de not redit pays ne des gens d'icelui, TOUS , votre royaume , ne vos sujets n'ayez aucun dommage ; de laquelle chose , mon trës-redouté seigneur , ai été bien émerveillé y et suis , comment l'on peut peiiser , que d'icelui mon pays vous vint aucun ennemi ou dommage , ne que je voulusse faire chose qui ne fût bien faite ; car je n'eus onc vouloir ne pensée de l'avoir : vous suppliant trës-humblement , mon trës-redouté seigneur 4 de ainsi le tenir et croire, et partout être et demeurer content de moi et de mondit pays. Je l'ai dit à mon bel-oncle , qui semblablen^ent en a été bien émerveillé , et a donné charge a sesdits ambassadeurs de vous en parler , et que si votre plaisir était en avoir sûreté , de la vous faire , ainsi que de ce , et autres choses par eux, quand vous plaira, serez plus à plein informé. Mon trës-redouté seigneur , je vous supplie qu'il vous plaise m'avoir et tenir en votre bonne grâce ^ et me mander et commander vos bons plaisirs, pour iceux faire et accomplir à mon pouvoir, au plaisir de notre Seigneur , qui par sa grâce vous donne trës^ borgne vie et longue. A Bruxelles j le a6 octobre. Votre trësbumble et très-obéissant fils | Lots.
Lettre du roi Charles VII à Antoine de Chabannes , comte de Dammartin , apt'ès que monseigneur le dauphin se fut retiré de son pays de Dauplùné , vers le duc de Bourgogne.
1^ OTRE amé et féal , nous avons présentement été avertis que le bâtard d'Armagnac et GarguesaDe doivent en brief venir en ce pays de Dauphiné , auquel avons disposé de donner provi«on , pour le mettre et entretenir en bonne sûreté , ainsi qu'autrefois avait été conclu et délibéré , vous étant par deçà ; et par espécial avons ordonné pour pourvoir bien et honorablement à l'état et entretenement de notre trës-chëre et trës-amée fille la dauphlne» laquelle toujours aurons en espéciale recommandation , comme notre propre fille. Et pour ce que, comme vous sçavez, ledit bâtard d'Armagnac et Garguesalle sont des principaux qui ont séduit et conseillé notre fils le dauphin à s^en être allé hors dudît pajs , et à tenir les termes qu'il tient , et qui plus empêchent sa réduction et le redressement de cette matière ; parlez de par nous- à beau-cousin de Savoje , et faites envers lu^ tellement qu'il envoyé incontinent et en toute diligence au pont de Seissel et autres passages de ses pays, jusques vers les marches de Bourgogne , pour sçavoir des nouvelles de leur venue, et y mettre si bonnes gardes que , s'ils y passent , l'on les prenne et amène par devers nous. Laquelle diose , si faire se peut» pouvez penser que ce serait gr jtid bien et abrègement des matières touchant la réduction de notredit fils. Nous en écrivons semblablement au maréchal de Savoye, afin qu'il y fasse dlKgence de sa part, et n'en avons point écrit audit beau-cousin , pour ce que croyons que de brief il sera par deçà. Si faites en cette matière toute la meilleure diligence que pourrez , et en nos affaires vous employez , comme bien y avons la confiance. Donné à Vienne , îe a de novembre. Ainsi signé ^ Charles; et plus bas , Le Comte.
'Et au dos desdites lettres était écrit : A notre amé et féal conseiller et chambellaû le comte de Dammartîn , grand panetier de France.
Ce que les ambassadeurs de monsieur le duc de Bourgogne , messire Jehan de Croj-, seigneur de Chimay, grand bailli de Hainault , Simon de Lalain , seigneur de Montignjr, che-^ yaliers , ses chambellans , messire Jehan de Clugnjr , maître des requêtes de son hôtel et Toison^d'Or, roi d'armes, ses conseillers, dirent au roi, à Saint^Saphorien^d'jiuzon , le
samedi 27 de noifembre i4S> , et baillèrent ensuite par écrit , le 5 décembre , Jehan de Clugnj- portant la parole.
A HEMiÈBCiiENT , est vfai qu'au mois de'septf mbre dernier passé , mondit sieur le duc étant au pays d'Utrecht , eut nouvelles que mondit sieur était en pèlerinage à Saint-Claude , et de là s'était allé ébattre devers monsieur le prince d'Orange , en son hôtel à Vers , au comté de Bourgogne; lesquelles nouvelles- sçuës, mondit sieur le duc manda Perinet, cbevaucheur de l'écurie du roi, venu devers lui , auquel il déclara et dit lesdites nouvelles , lequel lui avait apporté lettres de par le roi, et était déjà expédié , et lui requit afin q'iie mondit seigneur le duc le pût avertir au vrai de cette matière , qu'il veut encore attendre ^ pour voir s'il aurait aucunes autres nouvelles ; et eut mondit sieur le duc nouvelles que mondit sieur avait mandé à Vers le maréchal de Bourgogne , auquel il avait requis à sa grande instance , et si pitéablement que faire se peut , qu'il le vint accompagner jùsques vers mondit sieur le duc , ce que ledit maréchal ne lui osa refuser ; lesquelles nouvelles lui fit sçavoir ftiondit sieur le maréchal de Bourgogne, en lui écrivant que mondit sieur s'en allaittlrer à lui , dont mondit sieur le duc s'en donna merveille, car il n'en doutait rien et ne s'en donnait garde, èomme ces choses il écrivit au roi par ledit Perinet. D'autre part , mondit sieur le duc étant encore en son pays de Hollande, en sa ville de Dourdant, reçut deux lettres que le roi lui écrivait , l'une par Georges Bocuhet , donnée au Chàtelar , le douze; et l'autre par un messagier, le vingt-huitième jour dudit mois, par lesquelles le roi lui signifiait les offres et les réponses faites à mondit sieur , sur les requêtes faites de par lui , par messire Guillaume de Gourcillon et le prieur des célestins d'Avignon , premièrement ; et puis après , par Gabriel de Bernes et ledit prieur,- afin que mondit sieur le duc fût averti comment, eft toute douceur , le roi s'était toujours conduit , afin de le réduire et attraire à lui , et aussi afin que mondit sieur le duc ne lui donnât retrait , support , faveur ou aide ; comment mondit sieur tient ces choses être en la noble mémoire du roi et de messieurs dé son grand conseil : lesquelles lettres reçîue^-par mondit sieur le diic , jaçait qu'il eût volonté d'aller devers mondit sieur qui déjà était en la ville de Bruxelles, pour sçavoir la cause de sa venue ; néanmoins obstant les grandes affaires qu'il avait lors eh ses pays de Hollande , il n'avait pu venir à lui , mais différer sa venue jusqu'au quinzième jour d'octobre dernièrement passé , qu'il arriva en sa ville de Bruxelles , en Brabant , oii il trouva inondit sieur, auquel a fait tout l'honneur, la révérence et la meilleure chière de réceplion qu'il a pu, et se mieux il eût pu
et sçA Csiire, Q FeAt fait et ferait trëft-volootiers, comme raison le Teut, et teou j est pour Thomiear du roi et de sa très-noble maison , au moyen de laquelle mondit sieur le duc réputé et tient avoir les biens et seigneuries qu'il a ; comme aussi pour l'honneur de mondit sieur , et après sa Tenue andit Bruxelles, il expédia ledit Georges et l'autre messagier , qui , de par le roi , lui avaient apporté lettres , ainsi que l'on peut voir par les réponses d'icelles lettres.
Et si mondit sieur a été reçu, ainsi que dit est , en la maison de mondit sieur le duc , le roi , à toute révérence parlant , n'en doit en rien être mal-content , i*. car mondit sieur est aîné , fib de France y auquel mondit sieur le duc , à ce moyen y tant pour rhonneur du roi que de sadite très-noble maison , dont il est issu y lui doit et est tenu lui faire révérence et honneur ; 2*. car il est venu devers lui de si lointain pays, conune du Dauphiné, petitement accompagné, ainsi que prince désolé en grand'frajreur, es pays de Bourgogne , et de là , par dangereux trois passages es pays de mondit sieur le duc , à sçavoir à Loxembonrg , à Namur , "en Brabant, arrivé à Bruxelles à grandes journées, comme prince perdu , piteux f ébahi et dépourvu , et en tel regret et douleur de cœur, que chacun peut concevoir ; et cuide mondit sieur le duc , que s'il ne l'eût reçu , vu l'état , la disposition et le travail de sa personne oii il était pour lors , et les grandes lamentations qu'il faisait , que le roi n'eût eu cause d'être content de mondit sieur le duc : et qui plus est , si mondit sieur le duc lui eût refusé l'entrée de sesditspays et seigneuries, ou que l'on lui eût fait refus et contredit de le recevoir en sa maison , ce fût été charge d'honneur à mondit sieur le duc , si grande qu'à jamais cette faute n'eût été réparée , dont par aventure fût advenu quelque inconvénient qui eût été après imputé à mondit sieur, et Dieu sçait ce que toute France en eût pu dire , et les princes et le peuple français ; mais tous autres princes et nations chrétiennes qui eussent sçu cette rudesse avoir été faite à l'ainé , fils de la maison de France , dont mondit sieur le duc est parti, et en a les biens qu'il a , ce lui eût été charge d'honneur perpétuelle et tache à sa maison qui jamais n'eût été réparée , comme chacun peut clairement voir que le roi de sa grâce aime l'honneur de monsieur le duc autant que lui-même. Avec ce ,. doit-on bien considérer qu'avant que mondit sieur arrivât en ces pays de Brabant, mondit sieur était ja à Bruxelles, dont ne sçavait rien mondit sieur le duc , sinon en la manière dite.
D'autre côté , mondit sieur le duc avait cette intention de ooîr les causes de la venue de mondit sieur en sesdits pays, comme écrit l'avait au roi, afin que si rien y avait oit il se pût employer
DE Lotis XI. 47t
pbur le réduire et attraire au roi , qu'il le fît, et qu'il a Toulenté au plaisir de notre seigneur de faire, se c'est son bon plaisir ; car il est tenu de pourchasser l'honneur , le bien , l'union et la prospérité du roi et de sa maison , ce k quoi yoadrait employer et corps et chevance. Si supplie au roi mondit sieur le duc , qu'attendu ce que dit est , et que pour honneur du roi et de sa trèsnoble maison , à toute correction parlant , il le devait ainsi faire , et y garder son honneur , lui plaise être de ladite réception content , et qu'il soit certain que ce qu'il a fait et fera en cette matière , est tout à bonne fin , et qu'il n'entendait faire chose qui , an plaisir Dieu, doive au roi déplaire.
En outre est vrai que depuis que mondit sieur le duc est arrivé à Bruxelles, il a «u plusieurs devises avec mondit sieur et selon que mondit sieur le duc a senti de lui , il a une merveilleuse et amëre déplaisance en son cœur , de ce qu'il s'est treuvé et treuve en la mal-grace du roi , et qu'il nVst pas de lui , ainsi qu'il devrait, et n'est chose au monde que tant il désire, comme raison veut , que d'être en sa bonne grâce , et le servir si avant que bonnement lui est et sera possible , comme bon et obéissant fils doit faire son seigneur et père.
Et en espécial est mondit sieur moult déplaisant et en grand'douleur , de ce que ses humbles requêtes et supplications qu'il a fait faire au roi par sesdits ambassadeurs , mêmement par ledit Gabriel de Bernes et prieur des célestins d'Avignon , n'ont pas eu aucun effet , nonobstant que ses offres ayent été acceptées par le roi ; et jaçait ce que le roi les ait par ci-devant , comme il a écrit à mondit sieur le duc, conduites en toute douceur, néanmoins encore fera-t-il grand bien et aumône de le ainsi faire, et le anpporter et traiter doucement , en ayant regard à sesdites requêtes , et en élargissant à ce faire sa piétable amour qui vaut toute amour.
Mondit sieur a semblablement dit et remontré à mondit sieur le duc , que lui étant dernièrement à Saint-Claude , par les lettres qu'il écrivit au roi , lui signifia son allée par devers mondit sieur le duc , pour deux causes r l'une pour sçavoir son intention touchant le saint voyage de Turquie , en quoi mondit sieur a grand désir soi employer comme il dit , du bon plaisir toutefois du roi, attendu que par notre saint père il en a été requis, «t que par la licence et consentement du roi, il a pîeça accepté la charge de gonfalonier de l'église ; et l'autre cause était pour requérir mondit sieur le duc qu'il veuille être moyen et intercesseur par devers le roi , afin qu'il pût être et demeurer en sa bonne grâce. De l'intention de mondit sieur le roi en a été pleinement informé touchant ledit saint voyage ; parce qu»
mondit sieur le duc l'en a fait avertir , et toujours il est en ce propos y sans y avorr rien changé , ainsi qu'il a dit à mondit sieur ; et pour cette cause y a mondit sieur le duc pieça envoyé devers l'empereur et le roi Lancelot, et autres princes d'Allemagne, ses ambassadeurs notables, pour y prendre finale conclusion , lesquels ne sont encore venus, mais en attend chacun jour avoir nouvelle.
Et en tant que touche mondit sieur , lequel comme prince catholique, et issu de la trës-chrétienne maison de France, a grand et haut vouloir de soi employer du bon plaisir du roi, semble à mondit sieur le duc, à- la très-noble correction do roi , qu'il doit ce interpréter en tout bien , en connaissant son haut et grand vouloir, et si le plaisir du roi est qu'il entreprenne ledit saint voyage , et de le faire accompagner de gens en nombre , tel qu'il appartient à prince de la maison dont il est issu , mondit sieur le duc sera bien content et trës-joyeux de suivre et accompagner mondit sieur audit saint voyage , et d'y aller sous lui , si de ce le roi est content.
Supplie au roi, en toute humilité, de par mondit sieur le duc , qu'en préférant pitié et miséricorde paternelle à rigueur , il plaise au roi ôter de son courage tout mal-contentement qu'il a eu par ci-devant à l'encontrede mondit sieur, être content de lui , et l'avoir et tenir en sa bonne grâce.
Au surplus mondit sieur le duc a entendu que depuis Je département de mondit sieur du pays du Dauphiné , le roi est arrivé audit pays de Dauphiné , doutant que d'icelui ne lui soit fait ou porté aucun dommage , ce qui n'est mie vraisem— blable , et quelque chose qu'on lui donne à entendre , mondit seigneur ne le veut penser pour rien qui soit ; mais dit mondit sieur qu'à son département il a mis bonne provision audit pays , en laissant ses officiers pour le gouvernement d'icelui; par quoi mondit sieur le duc supplie au roi que de ce soit content , et de sa grâce se veuille déporter pour l'honneur de mondit sieur Je duc , et si le roi y a aucun regret ou qu'il y fasse aucune difficulté, mondit sieur l'assurera tant et si avant qu'il sera content, à quoi faire , se le plaisir du roi y est , mondit sieur le duc se employera volontiers. Et pour ce que cette matière requiert communication , et qu'elle ne sera point entendue , se communiquée n'est , les ambassadeurs supplient au roi que son plaisir soit députer aucuns de messieurs de son conseil, avec lesquels ils communiquent , afin que le tout lui soit rapporté , pour y faire ré— ponse.
Cest la cause que messires Jehan de Croy et Simon de Lalain , chevaliers, M*. Jehan de Clugny et Toison-d'Or , conseillers de
monsieur de Bourgogne , ont proposée devant le roî , par ledit M*. Jean de Clagny , le samedi yingt-septiëme jour de novembre 1456, à St.-Saphorîen^'Auzen ; et aujourd'hui cinquième jour de décembre ensuivant , audit an , l'ont baillée par écrit.
(La réponse du roi ne fut pas autre que celle qu'il avait déjà fait donner aux premiers envoyés du dauphin. )
d Aussitôt que les ambassadeurs de Bourgogne furent » de retour , le dauphin fit repartir Chimay et de Lalain, » ou Lannoy , avec une lettre pour le roi , et un mémoire » contenant le détail de^es demandes. (P. 4^0 *
Lettre du dauphin au roi*
luoN' trës-redouté seigneur, je me recommande à votre grâce tant et si très-humblement comme je puis , et vous plaise sçavoir , mon très -redouté seigneur, que j'ai reçu les très -gracieuses lettres que par les ambassadeurs de mon bel-oncle de Bourgogne il vous a plû n'a guères de m'écrîre , dont ai été et suis tant joyeux , que plus ne pourrais en louer et gracier Dieu et Notre- Dame , et vous en mercie si trës-humblement , comme je puis ; par lesquelles vos lettres, mon trës-redouté seigneur, et les avertissemens que par icelles il vous plaît de me faire , me suis enhardi d'oser envoyer devers vous, pour pourchasser mon fait; pour laquelle cause j'y envoyé présentement messire Jehan de Croy , sieur de Chimay , mon cousin , et Simon de Lannoy , sieur de Montigny, chevalier , pour tous supplier et requérir en toute humilité , comme il appartient , qu'il vous plaise m'avoir et tenir toujours en votre bonne grâce , qui est la chose en ce monde que toujoufs ai plus désiré et désire , et avoir, égard k mou fait , ainsi que j'ai chargé plus à plein les dessiisdits vous dire et exposer, quand votre bon plaisir sera. Si vous supplie , mon trës-redouté seigneur , qu'il vous plaise de votredite grâce „ les'Ouir et croire , et ajouter pleine foi et créance à tout ce qu'ils vous diront de ma part , comme à moi-même, en me mandant et commandant continuellement vos bons plaisirs et commandemens , pour iceux faire et accomplir , à mon pouvoir , au plaisir de Notre Seigneur , qui par sa sainte grâce , mon trës-redouté seigneur , vous donne trës-bonne vie et longue. £crit à Geneppe , le 22 décembre. Votre trës-humble et trës-obéissant fils , Loys.
Les propositions du dauphin sont intitulées : Effet des choses de quoi mondit seigneur se contenterait.
!•». Bien que monseigneur n'ait en rien offensé , ains l'ait été.
' et qu'on lui ait 6ié son pays de Dauphiné , il offre de requérir pardon , et qu'à tout le moins on lui restitue sondit pays qui lui appartient , pour en jouir comme il a accoutume , et la pension qu'il soûlait avoir de vingt-quatre mille livres. Par ainsi qu'il plaise au roi assurer mondit seigneur , qu'on n'entreprendra nen à rencontre de sa personne ne de ses serviteurs.
2*. Et parce qu'il j a plusieurs des officiers et serviteurs da roi 9 qui ne se peuvent excuser que notre dit seigneur n'ait bien cause d'être malcontent d'eux , offre mondit seigneur , que , nonobstant quelques malveillances qu'il ait et peut raisonnablement avoir contre eux , qu'il sera content , s'ils se veulent em-
' ployer pour ses besongnes^et affaires , de bien pardonner et de Âter toute rancune et malveillance qu'il pourrait avoir contre eux , et fera et s'employera pour eux , pour le présent et pour l'avenir , tellement qu'ils auront cause d'être contens , et qu'ils connaîtront par effet , que sera leur bon serviteur , et ainsi les en assurera en toutes les manières qu'ils sauront désirer.
3*. Quant au présent , monsieur offre pour obtenir la bonne grâce du roi , pour laquelle il n'est rien à lui possible qu'il ne Toulsist faire , de lui requérir par ses lettres signées de sa main , en toute révérence et bumilité , comme il appartient y qu'il lui plaise lui pardonner toute déplaisance et malveillance qu'il pourrait avoir eues à l'encontre de lui , et s'il n'en est content , offre d'y envoyer madame sa compagne en propre personne , pour lui requérir pareillement en toute obéissance et révérence , qu'il lui plaise lui pardonner ; et si le plaisir du roi serait que mondit sieur requit le pardon par sa bouche , mondit sieur offre que, s'il plaît au roi commettre et envoyer cely qu'il lui plaira pour le recevoir de par lui, qu'il le fera en propre personne à icelui , et lui requerra le pardon comme représentant la per* sonne du roi , à genoux et par toutes les plus honnêtes façons et manières qu'il sera avisé , et que honoraUement il le pourra faire.
( Le roi n'ayant point fait de réponse an dauphin , le duc de Bourgogne envoya, au mois de février i456, les mêmes ambassadeurs, avec des instructions absolument semblables aux premières. Le roi leur donna audience le 23 avril , à Sainte Priest en Dauphiné , en présence du conseil et de toute la cour » et leur fit donner la réponse suivante. )
Le roi est persuadé que monsieur de Bourgogne voudrait le dauphin ians son devoir à l'égard de son père , et que les ambassadeurs pouvaient se souvenir qu'ils avaient assuré sa majesté k St.-Saphonen , que le duc ne voulait pas se rendre partie.
Que le roi souhaite que, le dauphin donne des effets de ses
bonnes paroles , et qu'alors il est prest de le recevoir eu sa bonne grâce.
Que , sous prétexte que le neveu de Malprtie avait rendu la ville de Quirieu , il avait voulu faire mourir l'oncle et le tenait encore en prison y pour ce qu'il est es pays du duc de Bourgogne , bien qu'il soit sujet du roi qui souhaite qu'on le délivre ; qu'après que les états ont envoyé à monsieur le dauphin une ambassade , des gens du dauphin se sont mis aux portes de Grenoble , pen-> dant la tenue des états , et ont voulu résister au roi.
Quant au second point, monsieur le dauphiki avait causé beaucoup de nouveautés dans le pays , y avait attiré beaucoup d'étrangers , leur avait donné places et seigneuries dont il avait dépouillé les seigneurs , et n'avait laissé aucun ordre con-> venable pour le bon gouvernement du pays. Sur quoi le roi n'avait pu moins faire que de le mettre sous sa main ; que , déplus, le dauphin avait aliéné partie du domaine, ce qu'il n'avait pu sans le consentement du roi.
( Pendant que le dauphin faisait assurer le roi de sa soumissibn , il faisait des actes bien opposés , et qui devaient de plus en plus irriter son père.)
Lettres par lesquelles Loys dauphin donne le gouvernement du Dauphiné à Jehan , bâtard d* Armagnac , ayant désappointé le sieur de Chdtillon , pour son infidélité,
Xjoys aîné, fils du roi d^ France, dauphin de Viennois , comte de Yalentinois et Dyois, k tous ceux qui ces présentes lettres verront , salut. Comme à notre partement de notre pays de Dauphiné , pour venir es marches de par deçà , devers notre trèscher et trës^amé oncle le duc de Bourgogne , nous eussions laissé en icelui nptre pays le seigneur de Châtillon , pour lors gouverneur de par nous dudit pays, espérant qu'il nous y eût servi bien et loyaulment , et nous garder ledit pays , comme , à cause de sondit office et autrement , il devait et était tenu de le faire , auquel trois ou quatre jours après notre partement , nous écrivîmes nos affaires , et les causes raisonnables qui nous avaient mus de partir et venir par deçà , et qu'il nous servtt et acquittât à loyaulté , et nous gardât bien notredit pays , comme bon serviteur ; lequel nous fit réponse par ses lettres que si ferait , et mourrait et vivrait en cette querelle , et soit ainsi que nonobstant toutes les choses et plusieurs grands biens et honneurs que lui avons faits par avant, il ait depuis mis ou fait mettre de sesadhérens gendarmes et autres gens étrangers en icelui notredit pays , qui l'ont pillé et fourragé , et détruit nos hommes et sujets , et en- 2. 3i
core font k notre trcs-grand'déplaisance ; aussi ait tenu et gon- 1 ernë , tient et gouverne lesdits pays en autre nom que sous le nôtre , sans sur ce avoir de nous aucun congé , et été cause que plusieurs de nos vassaux d'icelui pays ont fait serment k autre qu'à nous , et mémement à lui , au nom d'autres que de nous ; et d'icelui pays ait chassé tous ceux qu'il a pu sçavoir et sentir qui étaient nos bons serviteurs, et ceux qui ne s'en voulaient aller , leur faire faire commandement qu'ils eussent à vuider le pays dedans certain jour , sur peine de bannissement , et aucuns de confiscation de corps et de biens , et qui pis est , ait été cSiuse que le revenu de notredit pays , duquel il a eu et a la plupart à son pro6t, ait empêché tellement , que depuis notredit partement n'en eûmes un denier, ne aussi se la taille que nos hommes et sujets dudit pays nous avaient Tannée passée octroyée , laquelle lui et lesdils adhérens et complices ont fait tourner autre part, et l'ont départie par entre eux et autrement, ainsi que bon leur a semblé ; lesquelles choses il a fait de son mouvement , à Tencontre de nous , et en compétent de notre autorité et seigneurie , et aussi plusieurs antres mauvais cas ^ comme de ce sommes duement acertenés , et qu'il est tout notoire , sauf à les déclarer plus k plein en temps et en lieu ; lesquels cas sont dignes de grande punition, et dont il ne se peut excuser ; car qui les lui voulût faire faire par contrainte , il s'en pouvait venir devers nous , ce qu'il n'a pas fait , nonobstant que incontinent que fûtes arrivés en cestui présent pays , doutant par le train qu'on rapporta qu'il commençait à tenir , que ainsi en adviendrait , le lui mandâmes par nos lettres écrites et signées de notre main , lesquelles lui envo^râmes par notre amé et féal conseiller et majtre de notre hôtel , Aymart de Poisieu , dit Capdorat , qui encore avait charge expresse de lui dire de bouche , et le lui dit, dont il fut refusant, comme il appert assez ; et pour ce , a confisqué ledit office de gouverneur ; pour laquelle cause nous est de besoin, tant pour le bien de nous que de nos hommes «t sujets d'icelui pays , de pourvoir audit office d'autres personnes à nous féables et agréables : sçavoir faisons que nous entièrement et à plein confians , comme bien raison est , des grand sens , noblesse , vaillance , prud'homie et bonne loyaulté , que par expérience sçavoir être en la personne de notre baile et féal conseiller et chambellan Jehan , bâtard d'Armagnac , seigneur de Toumon et de Gourd on ; considérant les bons, louables, agréables et continuels services qu'il nous a faits par ci^evant , fait chacun jour , et espérons que plus fasse au temps advenir , tant au fait de la guerre , que autrement en plusieurs et maintes manières, et que en notre grand'nécessilé il
nous a servi bien et loyaulment sans varier ne rien y épargner , et à celte cause laisse et abandonne tous ses parens et amis , et ses biens et héritages au pays de Gascogne , en adventnre de les perdre, et aussi fait de très-grandes et insupportables dépenses à lui , mémement en ce présent pays , et es marche;» de deçà oii avons )a été, espace de dix-septmois ou environ , parce que obstant iibtredite nécessité, nous n'avions de quoi lui aider ni subvenir à icelui. Pour ces causes et autres à ce nous mouvant , et pour aucunement le récompenser desdits services et dépenses , avons aujourd'hui donné et octroyé , donnons et octroyons de grâce espéciale par ces présentes , ledit ofEce de gouverneur de nosdits pays de Dauphiné et comté que soûlait tenir et occuper • ledit sieur de Châtillon , vacant à présent pour les causes dessusdites et autres à déclarer, comme dit est, faites par icelui seigneur de Chàtillon , lequel pour icelles nous en avons déchargé et déchargeons par cesdites présentes , pour icelui office avoir, tenir et doresna vaut exercer par notre dit conseiller et chambellan , aux gaiges , droits , profits , prérogatives, prééminences et autres émolumens accoutumés , et audit oifice appartenans. Si donnons en maudemens à nos amés et féaiilx les gens tenans notre parlement et de nos comptes , et k tous nos autres justiciers et officiers présens et à venir, ou à leurs lieutenans, et à chacun d'eux , si comme à lui appartiendra ,'que icelui notre conseiller, duquel nous avons prins le serment en tel cas accoutumé , ils mettent et instituent, de par nous , en possession et saisine dudit office de gouverneur, ou son substitut pour lui, sur ce suffisamment fondé , en cas que en personne il n'y pourrait être, obstant nos autres besongnes et affaires, en prenant sur ce de sondit substitut le serment accoutumé , et d'icelui office , ensemble des gaiges , droits , profits , prérogatives , prééminences et autres émolumens dessusdits et qui y appartiennent , le fassent , souffrent etlaissent jouir et user pleinement et paisiblement , et lui obéissent et fassent obéir, et aussi audit substitut , en l'absence de notredit conseiller et chambellan , de tous ceux qu'il appartiendra es choses touchant et concernant ledit office ; 6te et déboute d'icelui le sieur de Chàtillon , et lequel pour les causes dessusdites et autres à déclarer, coinme dit est , nous en otons par cesdites présentes, par lesquelles nous mandons aussi au trésorier de notredit Dauphiné qui à présent est, ou antre que par le temps advenir le sera, lesdits gaiges accoutumés , et ceux que prenait et avait ledit sieur de Chàtillon à cause dudit office , quand étions en notredit pays, il paye, baille et délivre, ou fasse payer , bailler et délivrer doresnavant par chacun an à notredit conseiller et chambellan , aux termes et en la forme et manière en tel cas
accoutumes; et, en rapportant ces présentes ou vidimus d'icelles fait sous scel authentique pour une fois seulement , avec quit— * tance sur ce suffisante , nous voulons tout ce qui payé et baillé lui en aura été , être alloifé et compté , et rabattu de la recette dudit trésorier présent et advenir , comme dit est , par nos amés et féaulx lesdits gens de nos comptes , et partout ailleurs où il appartiendra , auxquels nous mandons ainsi le faire sans diffi* cuite , nonobstant quelconques ordonnances , restrictions , mandemens et affaires à ce contraires. £n témoin de ce , nous avons fait mettre notre scel à cesdites présentes. Donné à Bruges en Flandres , le vingt-quatrième jour du mois de janvier, l'an de grâce 1457.
Par monsieur le dauphin , les sires de Montauban , de Yillers et de Beauvais , et plusieurs autres présens. Signé y Bourre.
« Champdenîer écrivit son sentiment au dauphin sur la » maison d'Autriche. (P. 5i.) »
Lettre du commandeur de Champdenier au dauphin.
JyloN très-souverain et très-redotité seigneur, je me recommande très-humblement à votre bonne grâce, à laquelle plaise sçavoir que puis que le sieur de Fenestrange et moi sommes venus par deçà , je vous ai écrit deux fois des nouvelles , car il n'est rien que je désire tant que de pouvoir faire quelque chose (|ui vous fût agréable. Depuis cely qui était élu roi de Bahaigne (Bohême) , s'est fait couronner à Prague, le premier jour de mai, par deux évéqués de Hongrie, lesquels lui a envoyé cely qui est élu roi de Hongrie , lequel aussi entendait soi faire couronner à Bude à la Pentecôte ; mais les nouvelles lui sont survenues que le Turc a prins tout le pays du feu despote de Rascie , et s'est accordé avec les héritiers dudit despole , et venu à grand' puissance sur les fins de Hongrie, oii il a de nouvel pris un cbâ* teau nommé Zereme, et tient le siège devant Nandorable, qui est la clef de Hongrie. Pourquoi ledit élu roi de Hongrie et le cardinal de Saint-Ange , légat du ptpe, se sont partis la semaine avant la Pentecôte à toute leur puissance , tant de croisiés que d'autres , pour résister, car il n'y a homme petit ne grand en ce pays ne entour qui se mouve pour aider les Hongries , par dépit de ce qu'ils ont élu roi homme de si basse condition , dont est à douter que ledit duc gaignera pays en Hongrie cet été, ou que ledit élu de Hongrie fera trêve avec lui : ainsi sera la chrétienté en grand péril ; car l'empereur et les ducs Albert et Sigismond d'Autriche , qui sont tous trois en cette ville de \ienne , et de-
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vraient résister audit Turc , sont en grand débat cbacan jour , jusqu'au couteau traire à soi tuer, pour la succession du feu roi Lancelot. L'empereur dit qu'il doit avoir tout le gouvernement de la duchié d'Autriche , comme Taîné ; cbacun des autres deux dit qu'il n'y doit avoir que le tiers , comme cbacun d'eux : nous nous sommes parforcés de les accorder, mais encore n'avons pu, obstant la grande ambition de l'empereur. Au fort nous avons tant fait , comme le roi nous avait commis , que nous avons accordés et joints ensemble les ducs Albert et Sigismond; et ledit Sigismond a recouvré tout le pays que tenait ledit Albert près de Bâie , oii vous fûtes autrefois, et crois que , se le roi y veut tenir la main , il aura ledit pays pour peu de cbose , dont l'empereur est très-mai content ; car il croit que nous avons ceci fait. Nous avons été violentés et injuriés par ses gens en notre botel , cette semaine , et en péril de mort , comme vous dira messire Adolf de La M arck, cbevalier et docteur, conseiller de monseigneur le duc de Bourgogne , porteur des présentes , homme de trèsgranité vertu et qui m'a fait plusieurs plaisirs pour honneur de VOU3. Ce sont les dons qae l'empereur fait aux ambassades des princes ; comme aussi il a souffert faire à un des messagers de xnondit seigneur de Bourgogne n'a guères. £n vérité , quand j'avise ses conditions , tant plus j'y trouve à redire : car c'est un homme endormi , lâche, morne, pesant, pensif, mérencolieux, avaricieux , chiche , craintif, qui se laisse plumer la barbe à chacun , sans revanger , variable , hypocrite , dissimulant , et à qui tout mauvais adjectif appartient , et vraiement indigne de l'honneur qu'il a. Et si Dieu par sa grâce donnait que le roi , vous et mondit seigneur de Bourgogne fussiez en bonne intelligence ^ je ne doute point que la très-chrétienne maison de France en brief eût en main et l'empire et les royaumes de Hongrie et de Bahaigne , et l'honneur de secourir la foi , laquelle si par le roi et vous n'est secourue , assez aura affaire ; et sais que plusieurs grands seigneurs et presque tout le commun peuple d'Allemagne s'attendent que ainsi advienne et le désirent. Et la nouvelle qu'avons eue que le duc de Bretagne, connétable de France, ^ est allé devers vous, me fait espérer que ainsi adviendra. Mon très-souverain et très-redouté seigneur, le surplus des nouvelles vous dira ledit messire Adolf qui a tout vu et ouï ce qui se fait par deçà. Dedans huit jours prochains, ledit sieur de Fenestrange et moi, prendrons chemin à retourner devers le roi , oii s'il vous plaît aucune chose moi commander , auriez nouvelles de moi à Strasbourg. Au surplus , la femme de l'empereur nous a fait ouvrir la matière que , si le roi veut .entendre à mariage .entre le roi de Portugal et madame Magdeleine, votre belle-sœur,
46o HISTOIRE
et monseigneur le duc de Calabre et de Lorraine et la sœur dudit roi , la femme de Terapereur d'autre part se fait forte que le roi d'Aragon consentira que mondit seigneur de Calabre lui succède au royaume de Sicile , sans condition , et s'en pourraient ensuivre assez d'autres biens et alliances. Ce je vous écris, afin que vous en soyez avisé , et s'il semble possible , vous et mondit seigneur de Bourgogne en eussiez l'honneur, et si, comme trop simple, vous écris choses à moi non appartenantes, plaise à Totre grâce de moi pardonner , qui suis et serai un loyal servi* teur tant que vivrai. Ecrit à Vienne en Autriche , le huitième jour de juin ii\53. Votre très-humble serviteur , Jf.iiax de
Champdenier, commandeur de Strasbourg.
« Le duc d'Alençon était accusé d'avoir traité avec les D Anglais.... Oo soupçonna le dauphin et le bâtard d'Ar- » magnac d'être ses complices. (P. 5a.) »
Extrait de V arrêt rendu contre le duc d'Alençon, /e lo oc^ tobre 1 458 y par lequel le daupidn et le ùdtard d'Armagnac sont déclcurés innocens.
JL/iSAiT , outre , le duc d'Alençon , qu'il a été mn de faire, inciter et émouvoir par lesdits messaiges lesdits Anglais k venir descendre en ce royaume , à la suggestion d'un nommé Mathieu , prêtre , duquel il ue savait le surnom , disant être de Lionnais, et serviteur du bâtard d'Armagnac, lequel, comme disait le duc d'Alençon , lui avait apporté lettres de créance sur le porteur d'icelles de par notredit fîls le dauphin , et aussi de par le bâ* tard d'Armagnac , desquelles lettres de notredit fils le duc d'Alençon , ainsi qu'il disait , faisait doute , pour ce qu'elles n'étaient pas selon la forme que notredit fils lui avait accoutumé écrire, et aussi fait doute en la signature des lettres : sur laquelle chose et à sa requête eussent été examinées sur aucunes paroles, par aucuns commissaires et plusieurs témoins nommés par ledit d'Alençon , serviteurs de son hôtel, lesquels affirmèrent avoir vA ledit prêtre , et aussi ledit maître Emond Galet , et se disait avoir communiqué avec ledit d'Alençon ; aussi eussent été sur ce interrogés les messagiers dudit d'Alençon, lesquels devaient savoir de ladite matière , si elle eût été vraie : par tous lesquels témoins n'avait été trouvée aucune chose de ce que dit est en cette partie par ledit d'Alençon ; ainçois aient déposé plusieurs choses qui donnent plusieurs présomptions au contraire , et en outre disait ledit d'Alençon-, qu'il n'eût onc lettres de notredit fils et n'a ouï parler de ladite matière à autre qu'audit Mathieu ,
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et ne sçavait encore s'il disait de lui-même ce qu'il disait, et que ledit d'Alençon n'avait onc vu pouvoir ne instruction denotredit fils touchant telles matières ; et sur ce et autres choses eussent été faites audit d'Alençon plusieurs remontrances, par lesquelles eût apparu que c'était chose entrouvée par lui pour soi cuider, couvrir et donner couleur à sa charge, auxquelles remontrances ou la plupart d'icelles, ledit d'Alençon dit qu'il ne savait que répondre ou autres semblables paroles d'autre effet ; et outre plus icelui d'Alençon , en parlant dudit prêtre , et en répondant auxdites remontrances et aussi aux interrogations que sur ce lui avaient été faites, eût été vacillant et variant en plusieurs points et articles, comme tout ce appert^ plus amplement par ledit procès. Par quoi ne par quelques choses qui aient été dites par ledit d'Alençon , déposées par lesdits témoins sur ce examinés k sa requête , ne autrement par chose contenue audit procès , n'a été trouvée chose par quoi nous et notredite cour ne devons tenir, ne tenons notredit fils ne aussi ledit bâtard d'Armagnac aucunement chargés envers nous et justice.
« Charles VU ayant fait dire à son fils que lorsqu'il au- » raît quelque chose à demander , il devait s'adresser di- » rectement à lui , le dauphin lui en écrivit aussitôt une » lettre de remercimens. (P. 5a.) »
Lettre du dauphin cm roi»
JVIoN très-redouté seigneur, je me recommande à votre bonne grâce , et si très-humblement comme je puis , et vous plaise sçavoir , mon très-redouté seigneur, que Geoffoi Leurault puis n'a guères me demanda s'il voyait mon bel-oncle le comte du Maine , si je lui voulais rien mander et pour le grand désir que j'ai toujours eu et ai d'être en votre bonne grâce , lui dis qu'il me le saluât, et que je lui priais qu'il eût mon fait pour recommandé envers vous , et qu'il s'y voulsist employer , laquelle chose est venue à votre connaissance , sur quoi vous a plu faire dire audit Leurault , par maître Guillaume Cousinot et maître Georges Havart en la présence de mondit bel-oncle; comme vous ne pourriez croire qu'il eût dit lesdites paroles de par moi , attendu qu'il n'avait nulles lettres ni autres enseignes , et que si je voulais aucune chose envers vous , que j'y envoyasse homme qui s'adressât à vous avec lettres et instructions de ce que je voudrais , qui m'a été et est la plus grand'joye qui me pût advenir de connaître que votre plaisir est que je m'adresse à vous , et pour ce , mon très-redouté seigneur , j'envoye par
devers vous Houarte , mon premier varlet de chambre , auquel j'ai chargé vous dire aucunes choses , vous suppliant qu'il vous plaise l'ouïr , croire et ajouter foi à tout ce qu'il vous dira de ma part , comme à moi-même , et par lui ou autre me mander toujours vos bons plaisirs et commandemens pour les faire et accomplir à mon pouvoir et au plaisir de Dieu y qui , mon trèsredouté seigneur, vous ait en sa sainte garde, et vous doint trèsbonne vie et longue. Ecrit à Geneppe , le i3 décembre i458. Votre très-humble et très-obéissant fils , ' Loys.
(Le même jour le dauphin éorivit au roi pour lui confirmer la grossesse de la dauphine , dont il lui avait déjà fait })art.)
Lettre du dauphin au roi sur la grossesse de la dauphine,
JVLopî très-redouté seigneur, je me recommande à votre bonne grâce , tant et si très-humblement comme je puis, et vous plaise sçavoir, mon très-redouté seigneur, que j'ai reçu les lettres qu'il vous a plû m'écrire , responsives à celles que vous avais écrites par Charles de Bign j, touchant la grossesse de ma femme, dont je vous remercie trcs-humblement ; et pour ce que je vous avais écrit que quand la chose serait plus apparente, et qu'on en pourrait juger plus sûrement , je le vous ferais savoir, je vous signifie, mon très-redouté seigneur , comme raison est , que , la merci de Dieu , parce qu'on en peut connaître , la chose est sdre ; car elle a ja senti par plusieurs fois bouger son enfant , de quoi je sais que serez bien joyeux , mon très-redouté seigneur ; vous plaise m'avoir et tenir toujours en votre bonne grâce , et me mander et commander vos bons plaisirs pour les faire et accomplir à mon pouvoir , priant le benoist fils de Dieu , mon trèsredouté seigneur, qu'il vous ait en sa sainte garde, et vous doint très-bonne vie et longue. Ecrit à Geneppe, le treizième jour de décembre i458. Votre très-humble et très-obéissant fils, Loys.
Au dos est écrit : A mon très-redouté seigneur.
k La dauphine accoucha d*un prince. (P. 53. ) »
Lettre du .dauphin au roi.
iVlox très-^redouté seigneur, je me recommande à votre bonne grâce, tant et si trcs-humblement comme plus faire puis, et vous plaise sçavoir , mon très-redouté seigneur , qu'il a plu à notre benoist créateur et à la glorieuse Vierge , sa mère , délivrer cejourd'huy au matin ma femme d'un beau fils , dont je
loue mondit benoîst créateur, et le remercie trës-humblement de ce que par sa clémence il lui a plù si bénignement me visiter et donner vraye connaissance de ses infinies grâces et bontés , lesquelles cboses , mon très^redouté seignenr , je vous signifie en toute humilité , afin de toujours vous donner à connaître mes nouvelles , et mémement quand elles sont bonnes et joyeuses , comme raison est , et tenu y suis , mon trës-redouté seigneur ; plaise vous me mander et commander tous vos bons plaisirs , pour y obéir à mon pouvoir de trës-bumble vouloir à Taide du benoist Saint-Elsprit, qui , mon trës-redouté seigneur , vous ait en sa sainte et digne garde , doint bonne vie et longue , avec l'entier accomplissement de vos trës-hauts et trës-nobles désirs. Ecrit à Notre-Dame de Hal , le 27 juillet. Votre trës-humblc et très-obéissant fils , Lots. Et plus bas ^ Bourre.
Lettre du dauphin au duc de Beny, son frère ^ de la même date.
X RÈs-CHiER et trës«amé frëre, pour ce que nous désirons bien vous faire part de nos bonnes nouvelles, nous vous signifions que ce jourd'huy au matin notre trës-chiëre et trës-amée compagne est accouchée et délivrée d*un fils , dont , comme raison est , nous sommes tant joyeux , que plus ne pourrions , et en rendons grâces à notre benoist créateur et à sa glorieuse mère , auxquels, trës-chier et trës-amé frëre , nous prions qu'ils vous ayent en leur sainte garde. Loys.
Lettre du dauphin 4 Vés^éque de Paris , de la même date.
Jtvé véREND përe en Dieu , trës-cher et bien amé , quand aucunes bonnes et joyeuses nouvelles nous surviennent , dont raisonnablement doyons être réjouis et coqisolés , nous désirons bien que en soyez averti , afin que semblablement «n puissiez prendre et avoir rejouissance ; et pour ce > révérend përe trëscher et bien amé, nous vous signifions qu'il a plu à notre benoist créateur et à sa glorieuse mëre , délivrer cejourd'huy notre trëscbëre et trës-amée compagne d'un trë$4>eau fils , dont , comme raison est , avons été tant joyeux que plus ne pourrions et en rendons grâce à notre benoist créateur et à sa glorieuse mëre;, et remercions- mondit benoist créateur de ce que si bénignement lui a plû nous visiter, et de plus en plus donner vraye connaissance de ses infinies grâces et bontés ; et vous prions , révérend përe en Dieu , trës-f her et bien amé , que de votre part vous veyillez semblablement disposer à en rendre et faire par votre diocèse rendre grâce à Dieu et à sa benoiste mère , et à tous les
glorieux saints et saintes du paradis, ainsi et par la manière qui est de bonne coutume en tel cas , révérend père en Dier., trèscher et bien amé , notre sauveur soit gardée de vous. Ijo\s,
Au dos est écrit : A révérend père en Dieu et bien amé l'évéque de Paris.
Lettre du dauphin , de même date,
X RÉs-CHiERS et bien amés, quant aucunes bonnes et joyeuses nouvelles nous surviennent , dont raisonnablement doyons êtres réjouis et consolés , nous désirons bien que en soyez avertis , afin que semblablement en puissiez prendre et avoir réjouissement. Et pour ce, très-chiers et bien amés, nous vous bigTiifioos qu'il a plà à notre benoist créateur et à sa glorieuse mère délivrer cejourd'huy notre très-chière et très-amée compagne d'un beau-fils , dont , comme raison est , avons été tant \oyeux , que plus ne pourrions , et en rendons grâces à notre benoist créateur et à sa glorieuse mère, et remercions notre dit benoist créateur de ce que si bénignement il lui a pi à nous visiter , et de plus en plus donner vraye connaissance de ses infinies grâces et bontés ; et vous prions , très-chiers et bien amés , bien chièrement , que de votre part vous veuillez semblablement disposer à en rendre et faire rendre grâces à Dieu , à sa benoiste mère , et à • tous les glorieux saints et saintes du paradis , ainsi et par la manière qu'il est accoutumé en tel cas. Très-cbiers et bien amés, le benoist Saint-Esprit vous ait en sa sainte garde. Loys.
Au dos est écrit : A nos très-cbiers et bien amés les prévôt des marchands , échevins , bourgeois manans et habita ns de la ville de Paris.
( Le dauphin écrivit de pareilles lettres au parlement et à la chambre des comptes. )
« Tous ceux qui reçurent ces lettres les renvoyèrent au )» roi pour savoir ses intentions. (P. 53.) »
(Lettre à ce sujet.)
OTRE souverain seigneur, nous nous. recommandons à votre bonne grâce , tant et si très-humblement comme nous pouvf»n^, et vous plaise sçavoir , notre souverain seigneur , que , à ce matin , avons reçu plusieurs lettres de monseigneur le danpLin , par lesquelles il nous fait sçavoir que madame la dauphine c-^t accouchée d*un beau fils , ainsi que par lesdites lettres, le^quellea par ce porteur nous vous envoyons , vous pourra, , s'il vous plaît ,
plus amplement apparoir. Nous n'avons pas plus ayant osé , ne voulu procéder en la matière, et avons différé de obtempérer aux requêtes qui par icelles lettres nous sont faites , jusques à ce que , premièrement , eussions envoyé devers vous , et sur-tout sçA votre bon plaisir. Si vous en supplions, notre souverain seigneur , par ce porteur que pour cette cause seulement envoyons , pour au surplus le faire et accomplir ainsi que raison est. Notre souverain seigneur , nous prions au benoist fils de Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde , et doint bonne vie et longue. Ecrit à Paris , le quatrième jour d'août.
Et plus bas : Yos très-humble$ et très-obéissans serviteurs , les gens de votre parlement et de vos comptes , les vicaires de monsieur l'évéqué de Paris , et les prévôt des marchands et écbevins de la ville de Paris. Signé , Brudat.
Est écrit au dos : Au roi , notre souverain seigneur.
Lettre du roi au dauphin,
X RÈs-GHiER et très-amé fils, nous avons reçu les lettres que écrites nous avez , faisant mention que le vingt-septième jour de juillet dernièrement passé , notre très-chière et très-amée fille îa dauphine fut délivrée d'un beau fils , de laquelle chose nous avons été et sommes bien joyeux , et nous semble bien que de tant que Dieu , notre créateur , vous donne plus de grâces , de tant plus le devez louer et mercier, et garder de le courroucer, et en toutes choses accomplir ses commandemens. Donné à Compiègne , le septième jour d'août. Charles.
« L^ëvèque de Coutances et Esternay allèrent , en qua-. » lité d^ambassadeurs, notifier au duc de Bourgogne, etc.. )» Ils pressèrent en même temps le dauphin de retourner » auprès du roi, son père. (P. 54*) »
( Il suffit de rapporter ce que ces ambassadeurs' dirent au dauphin , et la réponse que l'évéqué d'Arras leur fit au nom de ce prince , en présence du duc de Bourgogne et de toute sa cour. Ce morceau peut donner une idée de l'éloquence de ces temps-là ) .
Registre 84 d a Tràor des jCbarU'es^ année 1459. ^
État en abrégé de la créance qui de bouche a été exposée , de par le roi, à tres^haut et très-puissant prince ^ monseigneur le dauphin j prononcée par monseigneur de Coutances et mon-
seigneur d'Esternajr , ambassadeurs du roi, en la présence de monseigneur de Bourgogne et de son conseil, en la manière qui s^ ensuit.
JVXoiTSEiGVEUR , afin que le roi , votre père , se mette tonjours plus avant en son devoir , et pour montrer sa grande douceur cl bénignité , et le grand désir qu'il a à notre bien y nous vous disons , de par lui, que le greingneur désir que le roi ait en ce monde après son salut , c'est que vous veuillez radresser , venir et retourner vers lui , comme bon et obéissant fils doit devers son seigneur et père , et ainsi que y êtes tenu selon tous droits , en quoi faisant , le roi a toujours été , et encore est disposé et prêt de vous recevoir et traiter en toute faveur et douceur , comme bon , bumain et piteux përe doit à son bon et obéissant fils , en mettant en oubli et hors de mémoire à jamais toutes déplaisances passées ; et afin que son doux, bon et raisonnable vouloir vous soit en espécial |Jus connu , le roi ne requiert autres choses fors que vous employiez à lui bien obéir et servir lui et le royaume , par bons vertueux faits , en mémoire que y puissiez acquérir honneur et louange , et que le roi en soit content. Pour quoi donc , mon trës-redouté seigneur, le roi , votre përe , pour lui donner joye , plaisir et consolation , pour votre bien et honneur qu'il désire de tout son cœur , pour la joye de messeigneurs de son sang , et pour l'utilité de son royaume , désire et veut que veniez devers lui, afin que viviez avec lui en toute douceur, bonne union, et gracieuse communication, et que preniez gloire et plaisir à lui faire et rendre son honneur paternel , et obéissance filiale, ainsi que Dieu , sainte église , et tous droits naturel , divin et humain Font ordonné.
Et pour ce , mon trësT-redouté seigneur , que par vos ambassadeurs pieça envoyés devers le roi , que aussi par les ambassadeurs de monseigneur le duc de Bourgogne, on lui a toujours dit et fait sçavoir que sur toutes choses désiriez être en sa bonne grâce , mais que aviez de grandes peurs , craintes et doutes ; toutefois vous , monseigneur , et tous autres , tant du royaume que étrangers , avez connu le temps p^ssé la grande douceur et bénignité du roi , et dont il a toujours usé envers tous , mêmement envers ses ennemis ; pour quoi semble qu'il n'y ait cause raisonnable ou apparente que vous , monseigneur , qui sur tout autre devez prendre sûreté et confiance envers le roi, votre përe, et ne devez avoir de lui quelque suspection , crainte , peur ou défiance ; car le roi , par plusieurs fois , a dit et déclaré par sa bouche à vos gens et ambassadeurs, en présence de messeigneurs du sang royal et autres notables de son conseil , que n'auriez
cause de douter à venir vers lui , comme bon et obéissant fils ; car le roi vous recevra comme bon , humain et pileux père y et oubliera toutes choses passées.
Monseigneur, pour ce que le roi, désirant sçavoir d'oii procèdent les causes des susdites peurs , craintes et doutes , pour y donner le remède qu'il appartient , et que les choses ont assez longuement duré , à la grande déplaisance du roi , de messeigneurs du sang royal , et autres rois et princes bienveillans et alliés à la couronne de France , et aussi ont grand' déplaisir tous les états du royaume ; le roi nous envoyé présentement devers vous, tant pour les causes dessusdites , comme afin qu'il vous plaise nous déclarer les .causes des susdites peurs, craintes et doutes, si. aucunes en avez : et, s'il vous plaît ainsi le faire , nous répondrons, ainsi que charge nous en est , en manière que ne devrez douter , ne craindre , ne aussi prétendre cause à rencontre desdites peurs , craintes et doutes , de non venir devers le roi , ains les devriez expeller et mettre hors ; et les nous déclarant , comme dit est , nous les ferons sçavoir au roi , lequel , comme nous sçavons certainement , y donnera si bonne provision , comme autrefois vous a fait sçavoir , ainsi que dit est , que n'aurez cause raisonnable de jamais douter , ne craindre , et que vous, monseigneur, et tout le monde en devrez être content.
( Le surplus de la créance des ambassadeurs concernait les différentes affaires qu'ils étaient chargés de discuter ; après quoi, ils reprirent ainsi ce qui regardait le dauphin. )
Monseigneur, pensez que le roi est votre père, et vous êtes son cher fils ; il vous appelle et vous veut voir pour lui donner joye, plaisir et consolation, et vous en devez grandement.éjouir et vous joindre à son vouloir ; car ainsi vous êtes d'une même substance et d'une même nature, ainsi devez- vous avoir un cœur, une âme et une même volonté, servanfcs, comme dit l'apôtre, unitatem spiritûs in vinculo pacis, en lui humblement obéissant. Quels honneurs et quelle grande joye et gloire vous viennent de lui ! et , comme dit le sage , gloria hominis ex honore patris sui est. Quelle monarchie ! quelle conquête ! et quelle seigneurie il vous garde et appareille I car , comme dit la loi , omnia quœ nostra sunt ex 2WtoJilus paramus. Monseigneur, la voix de votre père qui vous appelle , et qui, pour sa joye, plaisance et consolation , vous veut voir, est de présent ouïe de tout le royaume : f^ox ennn patris intonuit , vox patris audita : hic est Jilius meus dilectus. Répondez-lui donc ce que le benoîst fils de Dieu répondit à son* père : Abbapaterj non mea voluntas, sed tua fiât. Veuillez donc, jnon trè^redouté seigneur , vous montrer bon et obéissant fils \
venez au roî, et vous râdressez envers lui, à la louange de Dieu , vouloir et bon plaisir du roi , à l'honneur et bien de vous, salut de votre âme, et repos de votre corps, à la joye et plaisance de inesseigneurs de votre sang , et antres rois et princes bienveillans et alliés de la couronne , au profit et utilité de la chose publique , et à la confusion et crainte des ennemis du royaume.
Réponse de monseigneur le dauphin aux ambassadeurs du roi,
pariée etjaitepar Vés^éque dfArras.
\^o u R ce que le sage montre {Proverbiorum XX ï) que le cœur d a roi est en la main de Dieu , et qu'il l'inclinera quelque part qu*il voudra; pour ce que S. Luc montre que Dieu est iUe qui convertit corda patrum in Jilios ; yonr ce aussi que, deprecare antefaciem Domini ( Ecclesiastici Xf^JI) ; devant toute œuvre , Irès-révérend père en Dieu , trës-honorés seigneurs , ainsi que fait Ja reine Esther (XIII), je prie notre seigneur Dieu qu'il mette langage orné et bien sonnant en ma bouche , afin qu'il soit agréable à la sacrée et royale majesté du roi notre souverain prince , non est sensus ubi est amaritudo ; et, ainsi que dit Tulle, difficile chose est wï taire en extrêmes douleurs ; toutefois , mon trës<-redouté seigneur monseigneur le dauphin désire chérir , honorer et servir le roi son seigneur et père. Et certes, trës-révérend père en Dieu , la grandeur des matières par vous ouvertes me surprend d/e peur ; car, comme dit S. Jérôme, grandes matières ne se peuvent comprendre par un petit engin ; car, comme dit la loi : au prince gît le salut des sujets. Je suis en crainte pour ce que Cicero , en VOraleur, raconte que après "Rosci us , pour sa grande excellence , nul n'osait descendre sur le champ , et que pour Youloijr rendre réponse à vous auquel je ne suis rien à comparoir par engin , science , doctrine ou éloquence , par dignité , ne par autorité , me crois doute et incertain été de adresser mon langage , pour ce que Quintiltanus es Institutions , récite que le prince des orateurs , Démosthènes , parlant à Phi lippes , roi de Macédoine , s'épouvanta : et je parle devant le fils aine du roi , non pas de Macédoine, mais de France, qui de tant est plus noble que nul autre roi , que le soleil surmonte les étoiles , et la mer les autres rivières. Or avez-vous montré que le fils avec son père est réputé une même personne. Je parle devant , et pour le fils aîné du roi de France, si noble et si puissant, que Julius César dit en ses Commentaires : Totius quidem GalUœ consensui nec orbis ter-" ^rarumpossit obsistere ^ « à toute France unie le demourantdu » monde ne pourrait résister. » Or avez-vous montré que le fils est ja comme seigneur au vivant du père ? Finablement je parle
devant te fils du roi plus victorieux de tous les rois, et vainqueur de tous les vainqueurs qui onc furent : car Alexandre, Porus, Annibal, Sciyjion , Julius César, ne Pompée ne se doivent en rien comparer au roi Charles YII selon les causes et difficultés de leurs victoires; car ils vainquirent, ou rois divisés, ou peuple désarmé , ou prince mol et non courageux , ou villes non fermées et sans artillerie, ou gens qui n'avaient expérience d'armes. Kotre roi , notre prince les surmonte par apprêts de guerres , par nombre de batailles, par constance en adverse fortune, expérience d'armes , subtilité d'engins , multitude de sièges, hâtivelé de conquêtes. Or ave»-voùs montré ce que dit VÈcclésiaste : Gloria hominis ex honore patris sui est ? Voulez-vous que je récite ce qui me donne peine et espoir ? Youlez^^vous la noblesse du roi qui est mère de majesté , nourrice de clémence ? Voulezvous l'ancienneté de noblesse royale , laquelle prend source nonseulement du temps troyen , ains du temps héroïque , et des hommes , lesquels combien que par erreurs , toutefois par excellentes vertus , étaient réputés dieux ? Voule^vous , comme Diodore enseigne, par l'estime des armes, voir combien est haute la noblesse du roi, laquelle pour la fleur de lys prend sa figure et empreinte du ciel ? Saint Ambroise dit : Lilia cœli exprimunt formcun , et inihs auri quœdam species effïtlget et exteriits nulles patent înjurïœ : item eorum odor serpentes procul explodit. Quatre vertus contient la fleur de lys , noblesse , richesse , ancienneté et belle renommée. Premièrement en la forme du ciel, qui signifie la religion due à Dieu , qui est le chef de tontes les vertus; car aucuns autres royaumes ont eu mêlures de Juifs, Sarrazins, et superstitions; aucuns ont eu hérésie générale: un seul Dieu , Jésus-Christ est honoré en France ; onc France né souffrit aucune hérésie générale : et pour ce, dit saint Jérôme , multa in orbe terrarum monstromm onera sunt , tantiim à mons" tris caret. Secondement es fleurs de lys est enclose une graine et semence comme d'or , qui est la richesse , telle que onc division ou puissance d'étrangers ne la peut épuiser , et montre la pitié et charité du roi envers son sang qui nous baille espoir. Tiercement la fleurs de lys est armée par dehors , tellement qu'elle croit es fleuves et tempêtes , et quant plus est ancienne , et tant plus embellit et fleurit; et a la monarchiede France plus duré que ne fit onc celle des Assyriens , ou celle de Babylone , ou Macédonie , ou celle des Romains. Item quartement , ainsi que l'odeur de la fleur de lys chasse les serpens , la renommée et gloire de France chasse le venin, Mahomet hors d'Espagne, les idoles hors de Saxe , les payens hors de Rome au temps de Louis-le-Piteux , et par deux fois conquis le saint Sépulchre. Cette noblesse , très-
révérend pëfe en Dieu , celte noblesse aa ciel est si grande , qu'elle amollira toute la déplaisance que le roi a conçue : cette noblesse est bien indissoluble de ce, à quoi vous avez par mainte» belles raisons exhorté monseigneur, ce que dit l'apôtre : iSe/va/e unttatem Spiritûs in vinculo pacis ; car chose ne peut être plus douce à monseigneur , que l'amour d'un tel përe , si noble , puissant et victorieux ; ainsi que Joseph , considérant son sang, ne se pouvait tenir de larmoyer ; aussi , quand vous avez ouvert ce que monseigneur souhaite plus après Dieu , c'est à sçavoir que son seigneur et përe le veuille redresser à sa bénévolence : deux choses trop contraires sont par ce élevées au cœur de monseigneur, c'est à sçavoir, souveraine liesse et extrême douleur. Las ! que dirai-je ? que parlerai-je ? La rousée du ciel n'est pas si douce et si amiable à l'humeur de la terre, que le nom d'amour paternelle est à monseigneur. Larmes et pleurs ne pourraient exprimer ses angoisses. Diogène dit que le premier des sept sages de Grèce , Thaïes Milesius , remerciait Dieu de ce qu'il était né dignement : quelle joye , quelle gloire ! quelle pJus grande cause de remercier Dieu peut avoir monseigneur , que ^d'être fils d'un père auquel Dieu plus ouvertement montre sa force et sa grâce que à nul autre prince. C'est le prince plein de toute industrie, très-prudent en conseil , couragei^ en fortune, très-terrible en la guerre , humain en la victoire , sans douleur en la fière angoisse. Le courroux de ce victorieux père est chu sur son sang et sur son aîné fils. D'autant plus aigres sont les maladies , quand elles se adhèrent à bonne ou noble complexion. iCar quelle chose est à l'homme plus amiable que la maison dont il est , et oii il a prins sa nourriture ? quelle maison est plus digne que celle du roi , de laquelle dit le prophète : Gloria et divitiœ in domo ejus ? Et toutefois ainsi que ceux qui sont en une maison, quand ils voyent le feu dessus , se partent et s'enfuyent, notre très-redouté seigneur par détractions , inventions , rapports fait» de lui à son père , a été contraint de demander quelque délaissement pour aucun temps de l'hôtel dé son seigneur et père, et aller au Dauphiné entre les montaignes , cuidant que le laps du temps et son absence dussent éteindre et appaiser les flammes allumées contre lui ; mais, comme dit Quintilianus : Etiam la^ teniem invenit invidia; et, comme il est écrit : Non dinusrrunt ad inventiones suas y et viam durissimam per quant ambulare consueveruut ; on a procuré à monseigneur angoisses sur angoisses et douleurs sur douleurs , lesquelles choses ont miné la fortune de monseigneur , mais non pas le courage ou amour au roi son père ; et , se voulez avoir preuve des vrais amours de monseigneur onvers le roi , Saint^Jean Chrisostôme en la quarte homélie
fid Titum, dit que rien ne prouve mieux la bonté Ae l'or que fait le fen ; aussi patience est le droit signe d'amour. Pour connaître donc Faraour en quoi il est exhorte y considérez ses afïliclions, véez ses douleursct sapience, vous jugerez l'amour. Hélas ! très-révérend père en Dieu , vous avez montré trois lumières réplendissantes au roi, c'est à sçavoir puissance , justice et sapience. Qu^est lui? Si regardez la puissance , le roi est le plus puissant prince du monde ; son aîné fils est le plus pauvre gentilhomme du monde. Si regardez la justice , le roi n'ôta onc rien à ses vassaux sans forfaits , sans procès , sans sentences. .Ofiel forfait a commis monseigneur? oii a-t-il été cité ou condamné ? Tiercement , si regardez la sapience et modérance du roi , elle est si très-excellente , que pour la déplaisance qu'il a conçue contre ses ser^'iteurs , onc ne les laissa sans richesses et état convenable ; et monseigneur est réduit à ce que plorait le prophète : Factus est ut terebmthus cujusfolia ceciderunt , utparadisus qui non habet aquam. Il est réduit es interprétations de tragédies, d'être sans pays, sans cité , sans domicile, errant , sans lieu , et sans un seul pied de terre. A qui le comparerai-je ? à qui ferai-je semblable l'aîné fils héritier de France ? Quand si grande est douleur , quel cœur peut être si dur, qui ne se convertisse en pleurs, voyant le plus heureux prince du* monde être en telle disette , douleur et angoisses, et qui surmonte toutes tempêtes et tribulations ? Et toutefois vous voyez ses douleurs et sa patience ; que , ainsi comme nous lisons de Job , dénué de toutes richesses , ayant tempêtes sur tempêtes , onc ne pécha de ses lèvres , ni ne parla sottement contre Dieu ; ainsi mille duretés , mille aigreurs et afflictions ne peuvent détourner le courage de monseigneur , qu'il n'ait entièrement aimé et encore aime et révère le roi , s'est offert à le servir es conquêtes de Normandie et Guyenne. Pourrait-il être sans grandes atnertumes , laisser le sentement commun , être comme un membre mortifié , et ainsi que non sentant , quand il souffre tant de douleurs ? Se voir arracher à la bénévolence de son seigneur et père , ses serviteurs être chassés du Dauphiné, ses places «être ouvertes à ceux qui l'ont grevé, closes à tous ses gens , son pays lui être ôté , être précipité de très-haut degré de dignité en si basse ruine ; et toutes ces choses lui voyez porter très-patiemment ; l'avez vu porter telle révérence à son père , que de lui crier merci par messire Guillaume de Courcillon , par le prieur des célestins et par Gabriel de Bernes , soi offrir , si le roi a couleur de déplaisance à l'encontre de lui , d'en faire ce que les princes du sang en diraient, et non avait fait plainte es princes , es états du royaume , es rois voisins, ou au vicaire de Dieu ; certes se dit bien Salomon : Aquct muliœ
jgi HISTOIRE
fion poiuenmP^xtinguere carùaiem. Cette souveraine patience déclare entière amour de monseigneur au roi ; il n'a point besoin donc d'être radrecié à ce dont ne forvoya par tribulation qu'il eut. Venons donc à ce que requérez , que monseigneur vienne devers le roi , et pourquoi il ne vient à Tobéissance, laquelle il doit au roi « comme à son seigneur et père , très-révérend père en Dieu , très-honorés seigneurs ; afin que je poursuive le patron (|ue j'ai prins de Job» si le roi veut que monseigneur voise vers lui, auferat à mevirgam suant, et pavor ejus non me terreai; si le père l'appelle ,.plasa lui premièrement oter les exploits de son indignation y oter les peufs et craintes qui si longuement travaillent monseigneur. L'enfant , tandis que le père tient les verges en se> mains, quant plus l'appelle le père, tant plus doute. Monseigneur est encore tant dénué , ses serviteurs pauvres , exilés et fuitifs, sou patrimoine hors de ses mains. Je ne veux point réciter maintes bis. toires, lesquelles montrent exemple de non encore, après si grand'aigreur , subitement retourner à son père ; je me déporte de réciter ce que la sage Rébecca conseilla à Jacob , qu'il s'enfuit jusques à l'hôtel de son oncle , jusques à ce que l'indignation fut toute appaisée et éteinte. Je vois trois causes , lesquelles peuvent contenter la bonté et pitié du roi , et retarder monseigneur d'aller encore devers sa majesté ; la première , s'y est honte vertueuse; la seconde , juste compassion ; la tierce est prudence. Quant à la première, si monseigneur eût tout son temps fait guerre contraire an roi , que lui pourrait - on plus faire que lui oter tout? Pourrait-il avoir le cœur si dur , ou les yeux si sans honte, que oii il a été , ou en sièges ou en batailles , défenseur du royaume, oii l'on chantait sa gloire et sa louange, il puisse retourner dénué , et rapportant presque semblables peines que souffriraient les ennemis du roi , ou ceux qui auraient été déloyaux à leurs princes? Tous les rois , tous les princes sçavent l'affliction de l'aîné fils de France; quant plus est connue la bonté du roi, et memementenvers ses ennemis , tant plus croît suspicion que monseigneur ait commis quelque horrible fait. L'amour paternelle , la gloire du roi * la renommée , la dignité entière du sang royal , pourront-elles souffrir que telles peines qui sont établies contre les ennemis , fussent contre le défenseur et héritier du royaume ? et quelle consolation auraient les princes du sang royal de voir leur lumière , leur espoir , et celui qui doit être leur chief , venir avec telles et si honteuses peines , que être hors de toutes fortunes ? Est-il rien plus pour un noble courage , que demeurer en noble renommée? Salluste dit: Nihil timere dedisti , prœter turpetn famam. Ainsi comme les glaives et bâtons contraignent un vil courage , ainsi est honte éperon au (rein d'un noble cœur. Mon-
seigneur désire voir son përe ; mais qu'il soit possible d'aller sans honte et sans peur.
Secondement , monseigneur a plusieurs serviteurs , lesquels , en le servant et à sa cause , sont déchassés et mis en toute disette : monseigneur doit- il, selon les termes d'honneur, retourner sans avoir mis ses serviteurs en aucune récouvrance ? Marius aima mieux demeurer en exil , que sans aidant retourner en la cité de Rome, et r^>ondit ainsi : Ab his quos nomine meô sordidatos video nuUa me unquam fortuna diuellet , neque hos exules propter me sine me quisquam videbit. Si un citoyen eut si grand courage , quelle "chose doit désirer l'honneur du sang et la dignité du fils du roi ?
Tiercement , pour prudence ; car, comme dit Isaye : Qui crc" diderit non festinet. Si aucuns , par cautelles et inventions , ont bien pu retarder la hénévolence du roi envers monseigneur ; si on peut changer la douceur du trës-noble coura^^ du roi à grand'aigreur ; si on peut hlesser l'amour naturelle lors entière du roi envers son sang , sa chair et sa figure ; ne pourraient-ils pas phis légèrement enflamher la hénévolence encore tendre et fraiche ? Apres une épouvantable aigreur , la déplaisauce ne se peut câ«r; car la griefveté des exploits le démontre, et , comme il est écrit.:. Si in viridi hocfaciat, in arido quidfict? Quelle chose est plus légère , que après une maladie qui commence à guérir, rechoir ? Quelle chose serait plus laide ou plus périlleuse à monseigneur , que par rapports être remis en la déplaisance du roi ? Nouveaux fiancéis ne voisent pas sitôt l'un avec l'autre , afin que l'amour croisse et soit plus ferme. Pour ce donc , trèfr-révérend père en Dieu et très-honorés seigneurs , voyez que monseigneur récuse d'aller encore » devers le roi , non pas pour orgueil ne haine , mais pour vergogne, pour juste compassion et aussi pour prudence. Or , ne veux-je point remontrer ne réciter les cas èsquels la puissance du père ne doit avoir lieu , selon le droit , sur le fils ; car l'obéissance de monseigneur reluit et resplendit autant qu'elle le soulait : ne en histoires ne chroniques, vous ne trouverez jà fils qui onc obéit à son père , autant que monseigneur a obéi au roi; ne auraient jà lieu contre monseigneur, les peines que dit ctre écrites contre les enfans rebelles , et desquelles avez dit que les livres en soi^t tout pleins ; car quelle obéissance peut être plus grande , que soi souffrir oter toutes administrations sans faire contredit ? Vous , très-révérend père en Dieu , avez montré à monseigneur ce que dit Dieu le fils au père : Abba pater, non mea vohintas; sedtuajiat. Vous savez aussi ce que dit l'Évangile : Glorificelurpaterinjîlio, David bailla à Salo-
mon , n'ayant que douze ans y tout le gouvernement ; mouseigeur a jà treute-trois ans , et est débouté de toutes administratioDS : plus griefve chose est y comme dit Tulle , d'être dépouillé de ce que l'on avait , que de non être augmenté de di* gnité. Le roi avait baillé à monseigueur le gouvernement de-çà la rivière de Seine , et on lui a ôté. Le roi avait baillé à monseigneur la conduite des gendarmes , monseigneur les avait con* duits à la gloire du roi , et avait obtenu d'eux très-hautes victoires ; et toutefois on lui a ouvert que le roi ne voulait plus qu'il en eût la conduite. Les mouchettes qui font le miel , quand elles sont irritées , jetteut pointures et aiguillons ; toutefois il a obéi sans contredit , sans regret et sans murmure. Secondement y oti fut onc plus grand péril ou plus dangereuse entreprise , que d'aller lever la bastille de Dieppe, prochain lieu d'Angleterre ; le roi commanda k monseigneur , et lui bailla très-petite armée ; monseigneur obéit à lui sans excuse de péril ou puissance. Monseigneur , comme écrit César au sénat , veni , vidi, 2;ici/ monseigneur vint, vit et vainquit les Belvétiens ,. lesquels nous appelons Suisses , qui sont forts et vaillans , et ^ comme dit Julius César , sont si dangereux en bataille, qu'ils ne font différence de tuer un prince ou un autre : ils ont tué en bataille plusieurs princes , mêmement le duc d'Autriche. Il plut au roi, plus pour excellence et noblesse, que pour la nécessité de son royaume , que monseigneur y allât ; le roi lui bailla compagnée dangereuse ensemble , comme de Français et d'Anglais : monseigneur obéit sans excusations ; monseigneur , qui est souveraine louange d'un chef d'armes , entretint son ost ensemble de voulonté contraire , sans débat et dissension , fit lever le siège de Zurich , et délivra la noblesse d'Allemagne de servitude vilaine et populaire. Vous , très-révérend père en Dieu, < savez bien que le père est tenu pourvoir et administrer son fils , selon la dignité et puissance de lui ; pour cette cause furent établies les pensions du fils du rôi : or a-t-il plû au roi oter à monseigneur sa pension dont il se soûlait alimenter? monseigneur humblement^ obéi. Dès son enfance il eut le nom et titre de dauphin , c'est son héritage , il n'avait plus rien autre chose en ce monde ; le roi son père le voulut avoir en ses mains , monseigneur l'a baillé : quelle obéissance pourrait être plus grande ? une chacune de ces choses montre singulière obéissance. Que peut-on dire si elles sont jointes ensemble ? H est ores temps , très-révérend père en Dieu , très-honorés seigneurs , de répondre k cette partie, en laquelle requérez que monseigneur déclare les craintes , et ceux desquels il a craintes : certes vous , |>ar la lumière de vos prudences , sçavez bien que peurs et craintes
vienQent souvent par personnes et choses ; ce qne dit le prophète : A sagittâ volante m die , à negodo perambulante in tenebris. Toutefois , si vous voulez être recors de ce que le roi n(^tre sire ^féclara dernièrement à Gabriel de Bernes et au prieur des cëleatins d'Avignon , qu'il aimait en toutes manières monseigneur , et tantôt après l'armée du roi fut arrêtée au pays du Dauphiné , l'artillerie amenée , tous les passages clos ; hélas ! qui n'aurait crainte du courroux d'un tel père? car, comme dît est par Salomon : Jndignatio régis nimcius mortis. Sans doute , très-révérend père en Dieu , ainsi que après une grande tem-^ péte , combien que la mer soit appaisée , tremblent longuement lesnautes; aussi après si terrible épouvantement , encore sont les traces de peurs empreintes au cœur de monseigneur : et jaçait ce que avez ouvert, que si monseigneur va devers le roi , il ôtera toutes déplaisances de son cœur ; vous , très-révérend père en Dieu , sçavez bien que fraîche reconciliation n'ote pas , selon droit , suspicion ne crainte. Certes une crainte si longue* ment engendrée en un cœur , ne se peut effacier légèrement, et n'est pas suffisante à toUir la peur, ce que avez dit que monseigneur ne doit point douter du roi son père , ne aussi^ ne doit avoir crainte ; car si voulez alléguer nom de paternelle affection , pour effacer la crainte , très-révérend père en Dieu, sçavez bien que ce n'est mie chose nouvelle que la différence entre les enfans et leur père. Les tragédies sont pleines d'exemples périlleux à réciter ; les histoires de France' et romaine montrent plusieurs misérables coaoroux des pères à leurs fils : le jurisconsulte dit: Parentes contra ^anguinem suum malitiœ judicium inferunt, instigationibus aliorum corrupti. Si doute donc monseigneur du roi son père , et de ceux qui Ungids snis doîosh egerunt. Monseigneur sçait que la déplaisance du roi encontre lui vient de nécessité, de boBté ou de franchise de courage. De nécessité ; car les oreilles du roi étant continuellement assiégées de ceux qui ont grevé monseigneur , il était de nécessité au roi de ojr tant de contes : les baigneurs de monseigneur , sous ombre de bonne foi , ont fait plusieurs rapports ; le roi ne devait pas imaginer qu'ils eussent osé mentir à leur seigneur , osé calomnier l'aîné fils de leur seigneur : nécessité donc a fait que le roi a ouï ; sa bonté et la grandeur des choses controuvées ont fait la déplaisance. Or nulle haine n'est plus âpre que du père k l'encontre du fils. Pour ce , dit Plutarque , les sages pères ne devraient point auprès eux nourrir leurs fils y pour ce qu'ils ont amitié successive et courroux sans mesure ; et n'est autre remède contre le courroux du père, que par laps de temps et que raisonpeu à peu adoucit rigueur , et faire ce qne dît le sage : In
momento indignationis absconde faciem tuam. Si tous alléguez ]a grande hauteur et dignité de monseigneur , pour non avoir crainte de nul , je pourrais montrer plusieurs exemples de rois et d'empereurs ësquels nulle dignité n'a sauvé le péril. Quelle chose est si grande , si ferme ^ ou si sainte , que outrage ne puisse bien aucunefoîs vioLer? Envie et courroux sont aveugles , qui jamais ne savent regarder dignité ou vertu. Si vous prétendez la hauteur du courage de monseigneur ; qui fut onc plus hardi en courage que David , lequel en sa jeunesse défaisait les ours et les lions , qui sans armure osa assaillir Goliath tout armé ? et toutefois il craignit tant les rapporteurs et mauvaises langues ^ qu'il criait k haute voix : Domine , libéra animam meam à labiis iniquis , et à lingud dolosâ ? Diogëne » interrogé quelles betes mordent plus venimeusement , répondit que des sauvages un détracteur, et des privées un flatteur. Monseigneur a senti quelles choses les détracteurs pourraient faire : comment ne les craindrait-il ? Si vous allégueÈ que si monseigneur n'a rien méfait , il ne doit rien redouter ; voulez-vous que je récite l'histoire de Joseph ? Qui fut onc plus innocent que lui , plus pur , ne plus vertueux ? Et toutefois il fut par envie mis hors d'avec son père et vendu en Egypte. Un seul exemple veux-je choisir des Romains entre plusieurs. Qui fut onc plus pur ou entier , ou qui fut plus pour la chose publique des Romains que Scipion l'Africain. Scipion , en l'âge de dix^sept ans, bailla courage aux Romains contre ceux de Carthage ; Scipion en EIspagne vainquit quatre exercites et quatre chefs de guerre ; ^ print en bataille le roi Syphax , conquit Afrique , la tfoisiëme part du inonde ; et toutefois , comme dit Tullius , deux méchans hommes sçùrent tant faire par envie et secrètes machinations , que Scipion fut contraint fuir en exil. Hélas ! trës-révérend père en Dieu , et trës-honorés seigneurs , monseigneur en plus tendre enfance que Scipion , fut armé pour le recouvrement du royaume. Il alla devant Montereau et devant Pontoise montrer sa prouesse et la hauteur de son cœur , et a sauvé nonseulement la noblesse des Allem^gnes , mais de tout le monde ; car si les Suisses n'eussent été réfrénés , ainsi que le feu s'en va d'une maison en autre , toute populanté se fût versée et tournée contre la noblesse. Et toutefois la dignité et vertu de monseigneur n'a point dévoyé ceux qui l'ont commencé à grever, qu'ils n'ayent voulu parachever et fait monseigneur guerpir , non pas Rome , luais son hôtel paternel , et l'ont mis hors de la bénévolence de son pcre et seigneur , qui lui doit être plus grief que l'exil à Scipion. Ce n'est pas donc merveilles , très-révérend père en Dieu , si monseigneur craint ceux qui , sans le se A du roi , ont
osé poursuivre monseigneur , et le coustoyer à Fentour de Bourgogne, et jusques outre Langres ou es limites du royaume. La chose de ces suites est notoire ; le roi a déclaré que ce était sans son ordonnance , et quelle chose n'oseraient ceux qui , sans ce commandement , ont osé ceci faire. Point n'est besoin de déclarer les personnes desquelles monseigneur a crainte ; car mieux les peuvent connaître ceux qui sont présens par delà que monseigneur , lequel a ja si longuement été absent ; mais si autrement le roi le veut savoir , monseigneur espère quelque jour de lui déclarer en la présence des princes de son sang , tellement que le roi en sera bien content. Monseigneur a espérance que si la pierre diamant se froisse en aucun espace de temps , le trës-honoré et pitoyable cœur de son seigneur et père se adoucira et aucunement se ouvrira à monseigneur , son sang , ^a chair et sa ligure y et que même froissera par laps de temps toute la dureté de courroux , que la vérité vainquera les adinventions et faux rapports faits contre monseigneur. Si l'on désire savoir, très-révérend père en Dieu , et très-honorés seigneurs , combien vous êtes agréables au roi , la grandeur des choses à vous commises le déclare. Si l'on désire prudence pour conduite , votre prudence est montrée en cette noble exhortation que avez faite , si comme il est écrit : Sapiens in verbis producit seipsum ; vos bonnes affections se sont montrées es communications amiables eues avec vous ; et pour ce monseigneur vous prie que des dures afflictions , lesquelles il ouvre pour accroître la clémence et pitié de son très-vertuenx seigneur et père , vous veuillez déclarer bénignement au roi , auquel monseigneur remercie si très-humblement , que son cœur ne peut concevoir ne comprendre de ce que lui a plû le faire visiter si honorablement , et lui ouvrir comme l'entière bénévolence , de laquelle rien ne pourrait être octroyé à monseigneur plus grand ne plus souhaité. Monseigneur appelle Dieu pour témoin que onc adversité ne fit fléchir son cœur de l'amour entière de son seigneur et père , et estime monseigneur que les duretés qu'il porte ne viennent pas tant du courage du roi , comme d'aucunes particulières instigations , lesquelles lui ont ceci procnré. Très-révérend père en Dieu , et très-hônorés seigneurs , pour ce que , comme avez dit , le roi , de sa très-noble bonté avait ordonné état honorable à madame la dauphine , et toutefois elle a été à si très^misérable disette , que quand elle partit pour venir à monseigneur, elle n'eAt su trouver un écu , ne un seul denier vaillant du sien , mais une seule robe rompue. Hélas ! quelle angoisse peut avoir monseigneur de la voir en si extrême fortune. Nulle dame ne devrait espérer si grand repos et tranquillité , et elle se voyait en gémissemens ,
larmes et pleurs , et en telle pauvreté que monseigneur et elle n'ont nulles choses fors que leurs corps. N'est-ce pas misérable chose d'élre mis hors de tout le sien , et plus misérable de y être mis sans cause ? La déplaisance d'un père est plus amëre y d'autant que ce père est plus noble et plus vertueux. N'est-ce pas déplorable chose de voir un iils de ro! plus riche de tout le monde, ctre le plus pauvre gentilhomme du monde ! Quoi de plus déplorable que de le voir avec la disette demeurer en suspicion du peuple , comme s'il eût forfait? £t néanmoins si le prophète Isaye dit : Carnem tuam ne despexeris , pour Dieu plaise au roi avoir compassion de son fils, quand il a eu si grandes et si longues fluctuations , et le laisser en repos et honorable recette oli il se trouve en l'hôtel d'un sien oncle , du premier pair des ducs séculiers et comtes de France. Plaise au roi, père de bonlë , dont il est renommé par tout le monde, ne le presser plus avant , ains le laisser encore respirer en sûreté. Plaise au roi pour avoir recommandé la famé et bonne renommée de monseigneur, et soutenir l'autorité de son aine fils, considéré son âge et l'état de madame sa femme y selon l'espoir qu'il a d'avoir lignée au plaisir de Dieu.
Lettre du dauphin au roi.
jyLoN trës-redouté seigneur, je me recommande à votre bonne grâce,, tant et si trës-humblement que je puis, et vous plaise sçavoir, mon trës-redouté seigneur, que par l'évéque de Coutances et vos autres ambassadeurs , )'ai reçu les lettres lesquelles de votre grâce il vous a plû m'écrire , et ouï la créance qu'ils m'ont dite de par vous, dont et de la bonne souvenance qu'il vous plaît avoir de moi vous mercie tant et si trës-humblement que je puis , et pour toujours, mon trës-redouté seigneur, faire à mon pouvoir chose qui vous soit agréable. Je leur ai dit aucunes choses pour les vous rapporter , vous suppliant trës-humblement , mon trës-redouté seigneur, qu'il vous plaise les croire, et moi avoir toujours en votre bonne grâce , qui est la chose en ce monde que plus je désire , et me mander et commander vos bons plaisirs , pour iceux faire et accomplir à mon pouvoir, en priant le benoist fils de Dieu , mon trës-redouté seigneur , qu'il vous doint trësbonne vie et longue. Écrit à Bruxelles, le vingt-neuviëme jour de janvier ï4H- Votre trës-humble et trës-obéissant fils, Lots. Et au dos est écrit : A mon trës-redouté seigneur.
Lettre du duc de Bourgogne au roi.
jyi OFT trës-redouté seigneur, je me recommande à votre bonne grâce , tant et si trës«humb1ement K^e plus puis ; et vous plaise sçavoir, mon trë»-redouté seigneur, que j'ai reçu vos lettres contenant créance sur révérend père en Dieu , ]'évéque de Coutances , et autres vos ambassadeurs qu'il vous a plû envoyer devers moi , et par eux m'écrire lesdites lettres , et si ai oy ce qu'ils m'ont voulu dire et remontrer de par vous , mon trës-redouté seigneur : sur quoi , mon trës-redouté seigneur , je leur ai fait faire réponse en ma présence , ainsi que par eux , se c*est votre bon plaisir , sçavoir pourrez ; laquelle ma réponse je vous supplie, mon trës-redouté seigneur , qu'il vous plaise prendre en bien , car en vérité je ne désire rien tant k mon pouvoir , que faire chose qui vous soit plaisante et agréable , et ai ferme espérance que, vous bien informé, serez content de moi. Et quant aux doléances de votre procureur , sur plusieurs cas particuliers , déclarées en ma présence par iceux vos ambassadeurs, je y ai aussi fait répondre pertinemment , et selon que pour le présent je puis être informé, et brief, au plaisir de Dieu, j'envoyerai devers \ous pour les causes et ainsi que j'ai dit à iceux vos ambassadeurs, mon trë»-redouté seigneur, et vous plaise me mander et commander tous vos bons plaisirs , pour les accomplir , comme raison est, à mon pouvoir et à l'aide de Dieu le tout-puîssant , qui , mon trës-redouté seigneur , vous ait en sa trës-sainte et benoiste garde , doint trës-bonne vie et longue , avec l'effet de vos trës-hauts et nobles désirs , étant en ma ville de Bruxelles , ce vingt-neuviëme jour de janvier i4ii*
Mon trës-redouté seigneur , je vous supplie qu'il vous plaise me pardonner ce que je n'ai signé ces lettres de ma main ; car sans faute je ne le puis faire bonnement. Votre trës-humble et trës-obéissant , Philippe, duc de Bourgogne et de Brabant.
« Cependant le daupbin, qui ne songeait qu*â âe recon- » ciller avec son père , lui envoya Houarte , son premier » valet de chambre , pour faire encore une tentative. (P. 56.) »
Réponse que & roi de sa bouche a faite à Houarte et Leurault , enifoyés devers lui, de par monseigneur le dauphin.
J'ai reçu les lettres que mon fils le dauphin m'a écrites par vous , aussi ai vu par écrit l'instruction qu'il vous a baillée , et ouï la créance qu'il vous a chargé me dire , laquelle en effet n'est autre
5oo HISTOIRE
chose que sa continuation de non*voaloir venir devers moi , et ne soi trouver en ma présence. Vous sçavez , Houarte, que )'ai parlé à vous seul, et par bien au long, et après de rechief fai parlé seulement en la présente de l'évéque de Coutances , messire Etienne Le Fevre, messire Jehan de La Beauté , et du bailly de fierry , pour scavoir avec vous se mon fils le dauphin vous avait chargé de me dire antre chose , et s'il ne se déterminait point de venir devers moi pour moi servir et s'employer es affaires de ce royaume , comme il est tenu , ce qui serait la chose de ce monde dont je serais le plus joyeux ; mais vons ne m'aves dit quelque chose par quoi je voye qu'il ait volonté de venir , ni soi trouver en ma présence , qui bien me déplaît pour son bien et pour le bien de la chose publique , et semble être chose bien m erveillense dont il demoure si longuement ainsi ; car il n'est homme en ce royaume , si grand ne si petite que qui lui demanderait quelle chose qu'il désirerait p9ur son grand bien , qu'il ne souhaitât être fib du roi , comme il est , et sot trouver auprès de son père, pour avoir les honneurs et biens qui à fils de telle maison appartiennent , s'il veut, n a le plus bel état et le plus grand de ce royaume après moi , encore est son état plus aisié et de moindre charge que le mien ; car j'ai le faix et la charge à supporter , à quoi je désirerais bien qu'il se trouvât à moi servir et aider pour y avoir et acquérir l'honneur qu'il doit désirer. Il doit considérer les grands honneurs et renommée qu'il eût acquis au recouvrement de ce royaume , s'il se fût trouvé auprès de moi , laquelle chose m'eût ùàt grand'joye et plaisir , et encore n'est-il chose mondaine qu'il dût plus désirer que d'être et venir entour moi, pour y avoir l'honneur et louange qu'il aurait , s'il se voulait employer au bien de la chose publique.
Il est jà en âge pour pouvoir être saige , et pour avoir enteu'dément et connaissance de bien et de mal ; par quoi il peut penser qu'à tenir les termes qu'il tient , et ainsi soit étranger de<^ faits de ce royaume et de mes bons sujets et vassaux , qui ont aidé à remettre cette seigneurie sus , et de chasser les ennemis , sans soi vouloir trouver avec eux , ils n'en peuvent pas être fort contens ne joyeux , et ne peuvent pas avoir l'amour et espérance en lui telles qu'ils auraient , s'il était avec moi et avec eux comme il doit être.
Il a plusieurs fois envoyé devers moi, mais toujours a fait requérir que je fusse content qu'il ne vinsist point , et ne se trouvât en ma présence , laquelle chose je n'eusse jamais coa^ sentie; car, qnand je la consentirais , j'approuverais les termes en quoi il se tient, et l'erreur qu'on a fait semer et dire par ce royaume , que je ne voulais point qu'il y vinsist , et semblait que
DE LOUIS XL 5oi
y en fusse bien content : et toutes fois il m'en a toujours déplu et encore déplaît ; et aime beaucoup mieux que les termes qu'il tient y soient sans mon consentement , que de les lui consentir ne accorder.
Je vois bien qu'à traiter cette matière par messages , elle ne pourrait veAir à bonne conclusion y et vous-même m'avez dit que les relations que lui ont £iites les messages qu'il a envoyés devers moi , ont été en bien grand'partie causes des craintes et doutes qu'il dit avoir. Sans parler l'un à l'autre, je ne pourrais bonnement entendre son intention , ne à quoi tient son cas ; aussi il ne pourrait entendre mon intention et le vouloir que j'ai de le bien traiter. Je suis père et il est fils , et chacun sçait que de lui doit venir l'obéissance; et ce néanmoins, pour le désir que j'ai que cette matière se radresse à son bien , je fais ce qu'il devrait faire; car il me devrait requérir de venir devers moi , et je l'admonesle qu'il y vienne , afin qu'il déclare franchement son cas , comme le fils doit à son seigneur et përe> aussi que je lui die et déclare mon intention que j'ai envers lui : et pour ce vous lui direz que je désire qu'il vienne devers moi ; car j'ai intention de lui dire chose pour svn bien et pour le bien de la chose publique du royaume que je né vouarais lui écrire, ne dire à autre; et me semble que quand il aura parlé à moi , il connaîtra bien qu'il ne doit point avoir les doutes et craintes qu'il dit avoir; et afin qu'il n'ait cause d'y faire aucun doute , je promets ici en la parole du roi , en la présence de ceux de mon conseil qui ici sont , que s'il veut venir devers moi, lui et ceux de son hôtel qu'il voudra amener avec lui , y pourront venir et être sûrement , et quand il m'aura déclaré son courage et connu mon intention , s'il veut retourner là oii il est , ou ailleurs où bon lui semblera , il le pourra faire sûrement lui et ceux de saxompagnie , ou demeurer si c'est sa volonté ; mais j'ai bien espérance que , quand il connaîtra mon vouloir, il sera plus joyeux et content de demeurer que d'aller ailleurs ; et suis bien joyeux que vous , Houarte , qui êtes privé de lui , soyez venu par deçà , afin que le puissiez mieux acerlainer et lui rapporter mieux les choses dessusdites.
Laquelle réponse a été dite et prononcée auxdits Houarte et Leurault , par le roi de sa bouche , en son palais de Bourges ^ en la présence de ceux de son conseil, le lo janvier l'an 1460.
Ainsi , signé , Régis.
(Je finirai ce qui regarde la retraite du dauphin en Bourgogne par l'extrait d'un manuscrit du temps , qui est à la bibliothèque du roi, vol. 6762 , fol. 3.)
5o2 HISTOIKE
Comment Louis de Gallois , aîné fils du roi de France , s'en vint à refuge au duc Philippe de Bourgogne , puis parle d'au cunes autres besongnes.
^ u DIT an i456, Louis de Valloîs , aîné fils da roi de France , dauphin de Vienne , se tenait hors et demeurait en son danphiné, et s'y était tenu dix on douze ans, pour ce que le roi son père était mal content de lui ; et disaient aucuns que c'était pour ce qu'il traitait trop durement ses sujets du Dauphiné , et espécialement les évéques, prélats et gens d'église , en prenant leurs biens contre leur gré, pour conduire et entretenir son état; dont aucuns l'excusaient aucunement , pour ce que le roi , son père, ne lui donnait plus rien; aucuns disaient que cette haine du père au fils Tenait pour cause de la belle Agnès , qui mourut par poison, dont aucuns le soupçonnèrent, pour ce qu'icelui dauphin avait par plusieurs fois blâmé et murmuré contre son père pour ladite belle Agnès , Ifequelle pour voir avait été la plus belle jeune femme , et plus en point que l'on peut regarder , et plus en la grâce du roi beaucoup que la reine , et à laquelle on faisait plus d'honneur et service , mémement les plus grands de la cour du roi , qu'ils ne faisaient à la reine qui était moult bonne dame et honorable ; dont le dauphin avait moult grand dépit , et que par dépit il lui fit sa mort avancer; et depuis que la belle Agnès fut morte, la demoiselle de Villequier, sa nièce, tint son lieu devers le roi , lequel , en ses derniers jours , demandait et voulait avoir les plus belles damoiselles que l'on pouvait trouver en tout son royaume.
Quelle que la cause fAt de la haine du père au fils , le roi ordonna au comte de Dammartin , messire Antoine de Cha* bannes, d'aller en Dauphiné en une bonne compagnie de gens d'armes pour prendre son fils le dauphin , et le lui amener on par amour ou de force , comment qu'il fiU ; et courait lors commune renommée que s'il y fôt venu , le roi lui eût fait une très-dure compagnie , et qu'il eut fait roi Charles , son autre fils puisné; mais il ne fut pris ne trouvé , car quand il fut de ce averti , il fit semblant un soir de vouloir aller chasser le lendemain , et commanda que le dîner fût tout prêt au bois oti la chasse se ferait ; laquelle chos» venue à la connaissance du comte de Dammartin, il se mit en aguet et ordonnance pour prendre le dauphin à cette chasse; mais le dauphin , qui se doutait de tout ce qu'on machinait contre lui , le lendemain au matin que l'on cuidait qu'il allât à la chasse, print six ou sept de ses plus familiers , et montés sur bons chevaux , davantage se prinrent à cheminer vers le pays de Bourgogne y et leur fut bien besoin de
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cheminer ainsi roidement; car, s'ils eussent tardé quelque peu > le comte de Dammartin les eût ratteints , et ne cessëreat de toujours cheminer jusques ils vinrent à Saint-Claude, une bonne ville de Bourgogne.
Quand il fut illec venu , il trouva tôt après le prince d^Orange ^ à Noseroy , qui le reçut moult honorablement ; et lorsqu'il ouït dire qu'il se doutait d'être poursuivi , et qu'il voulait aller tout le plus tôt qu'il pourrait devers le duc de Bourgogne, le prince manda hâtivement le maréchal de Bourgogne, qui vint incontinent bien accompagné de gens de guerre , et se partirent sans tarder pour tirer en Brabant.
A la vérité, cette chose-ci fut une merveilleuse besongne; car le prince d'Orange et le maréchal de Bourgogne étaient deux hommes que le dauphin avait plus haïs que nuls autres , pour ce que par plusieurs fois ils lui avaient ses hommes détroussé et ceux de son père, quand ils entreprenaient sur le pays de Bourgogne, que le duc voulait garder non dérobé ne violé; mais nécessité , qni n'a loi, amena cette fois le dauphin à refuge à ses plus grands haineux , pour s'en aider au besoin ; car le maréchal de Bourgogne le conduisit et le mena si bien par le pays du duc de Bourgogne , qu'ils vinrent sauvement k Louvain , et de Louvain s'en allèrent à Bruxelles , et lors tout incontinent le dauphin envoya devers le duc en Hollande , par l'un de ses gens, signifier sa venue , lequel bon duc , le désirant recevoir et fétoyer , comme fils aîné de son souverain seigneur , se hâta le plus qu'il put de retourner en Brabant.
Sitôt donc qu'il fut retourné à Bruxelles , il y trouva le dauphin et le reçut honorablement, tant pour l'honneur de sa per* sonne , comme pour l'honneur du roi , son souverain seigneur , que prince n'eût sçu ne pu mieux faire , et lui assigna tout in* cbntinent trois mille francs pour chacun mois , pour soutenir son état, et lui pria qu'il élût en ses pays telle place qu'il voulait pour soi retraire , et il lui ferait délivrer ; et le dauphin demanda Geneppe, un château en Brabant , bien assis , en belle place , là oii ilsetint etdemoura longuement, à quatre lieues près de Bruxelles.
Environ la fin du mois d'octobre , tôt après la venue du dauphin en Brabant , le duc de Bourgogne envoya une notable ambassade , dont fut chief le seigneur de Chimay , grand bailly de Haynault , devers le roi de France , et pour le contenter de ce que son fils était ainsi venu à lui, et pour lui dire comment, pour l'honneur de lui, il l'avait reçu , et qu'il lui ferait tout le mieux et le plus d'honneur qu'il pourrait, lesquels ambassadeurs demeurèrent très-longuement , sans qu'ils eussent audience ne expédition ; mais, tandis qu'ils y séjournaient, le roi envoya gen^
5o4 - HISTOIRE
d'armes à Compiegne et à Soîssons , qui sont villes prochaines du duc de Bourgogne , et de ses pays , lequel duc doutant que le roi ne lui voutsist faire guerre, et aussi en doutèrent plnsieuis cens , le duc donc fit son mandement en ses pays de Picardie, ^e Flandres et de Haynault, pour tout homme mettre en armes pour foi défendre si le roi le voulait assaillir.
Fol. xi3; recto.
Le 1 3 de février , la comtesse de Charolais accoucha d'une fille que le dauphin nomnia Marie, en l'honneur de la reine, sa mère, qui s'appelait Marie.
Un peu de temps après, le duc de Bourgogne renvoya devers le roi une ambassade, sçavoir, messire Simon de Lalain , et le sieur de Chimay , pour certifier au roi comment le dauphin était de sa propre volonté venu devers lui , et pour trouver moyen que le roi fût content de lui.
Fol. IÎ7.
Tôt après Pâques, audit an 1457 , se partit de Bruxelles le duc Philippe de Bourgogne en la compagnie dn dauphin , passèrent par Oudenarde et Courtray , et allèrent à Bruges, et partout furent reçus magnifiquement.
Le 28 d'août , Pierre de Brézé , sénéchal de Poitou , prit et pilla Sandewich. Il avait avec lui quatre mille combattans , du nombre desquels étaient Robert Floques , dit Floquet , bailli d'Evreux, Thiébault de Termes, bailli de Chartres , Jean Carbonnel , seigneur de Chevreuse , qui y furent chevaliers avec vingt-six autres. En cette même année , au mois de septembre, vinrent à Bruxelles devers le duc Philippe, ambassadeurs du roi, l'évéque de Coutances, et autres en petite compagnie , remontrer au duc aucunes choses touchant ce que le dauphin se tenait avec lui , dont le roi n'était pas content.
a II y eut alors une négociation importante entre le » roi et le comte de Charolais. (P. 56.) »
(Comme aucun historien n'a parlé de cette affaire , et qu'elle se trouve rapportée dans un manuscrit , par un témoin oculaire, il est à propos de la faire connaître. )
Jlf ff hy ver dernier , le feu roi étant lors en la ville de Bourges, arriva monsieur de Saint^Pol , et parla au roi , mais je ne fus pas présent ; toutefois assez tôt après, le feu roi l'envoya au conseil , lequel fut tenu au logis de Odet Daidie , qui était assez près de celui de monseigneur de Treynel , lors chancelier de
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France , et y furent , connue il lue semble , monsieur de Foix, monsieur de Treynel , monsieur de Bueil , monsieur de Dammartîn , ledit Daidie , maître Etienne Chevalier , maître Pierre Doriole et moi, et si aucuns autres eu y avait , je n'en suis pas bien recors , et m'en rapporte à la vérité ; mais je suis bien certain que les dessusdits y étaient ; et là vint mondit sieur de Saint- Pol , et récita la cause qu'il avait de par monsieur deCharolais, comme il disait, ainsi qu'il l'avait dite au feu roi , c'est à sçavoir que mondit sieur de Charolais était mal content d'aucuns qui étaient à l'entour de monsieur de Bourgogne , et à mon avis nomma monteur de Croy , qu'ils lui conseillaient mal contre le bien dudit feu roi , et de la chose publique de son royaume , et qu'il avait intention de les mettre hors de l'hôtel de mondit sieur de Bourgogne , son père , et pour ce que en ce faisant mondit sieur de Bourgogne pourrait être mal content de lui , il voulait bien savoir avec ledit feu roi , se en cas , et que besoin, lui fût de soi éloigner de la présence de mondit sieur de Bourgogne , son père, de soi retraire es marches èsquelles ledit feu roi était, s'il le voudrait recueillir , et en quelle manière ou état ledit feu roi voudrait qu'il fût en sa cpmpagnie , combien que , comme disait mondit sieur de Saint-Pol, mondit sieur de Charolais n'avait pas intention de soi y retraire , que ce ne fiiit en bien grande et extrême nécessité , et disait toujours que mondit sieur de Charolais n'avait quelque mauvaise intention à l'encontre de monsieur de Bourgogne , son pèi;e , mais le faisait pour son bien , et le bien de sa maison , pour ce que , comme dit est , ceux qui étaient entour lui le gouvernaient mal. Il requérait aussi de par mondit sieur <]e Charolais, qu'il fût en la bonne grâce du roi, et finalement disait qu'il avait entendu qne ledit feu roi devait faire une armée pour aider et secourir la reine d'Angleterre et le prince son fils , et requérait que si ainsi était, ledit feu roi lui en baillât la charge.
Sur laquelle créance fut délibéré et conclu en la présence du roi , et , comme il me peut souvenir, la délibération fut telle : premièrement , que le roi recevrait mondit sieur de Charolais en sa bonne grâce ; secondement, que quand mondit sieur de Charolais ferait aucan service au roi et à la chose publique de son royaume, et il voudrait venir par devers lui, ledit feu roi le verrait volontiers ; toutes fois je ne sub pas bien certain si touchant ce second point , ledit feu roi fit ôter ces mots : Ferait aucun service au roi et à la chose publique de son royaume ; car le feu roi fit en ladite réponse faire des corrections en sa présence , mais je m'en rapporte au net qui doit être devers mondit sieur de Treynel , lors chancelier; tiercement que ]e*dit feu roi n'avait
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point encore délibéré de aider ou secourir de gens d'armes à ladite reine d'Angleterre, et que s'ainsi était, il le lui ferait sçavoir, et qu'il lui en baillerait volontiers la charge, se prendre la voulait , et le œerciait du bon et grand vouloir qu'il avait. U me semble que c'est la réponse qui fut faite à mondit sieur de Saint-Pol èsdit^ trois points , au moins est-ce la substance à mon avis ; car des p|*opres termes je ne puis pas être recors ; mais il sont écrits, et ^nt devers mondit sieur de Treynel , comme dit est. Vrai est que quand mondit sieur de Saint-Pol vint devers le feu roi / il n'apporta aucunes lettres , ne autre chose par écrit , et (k>ur ce fut délibéré que le feu roi n'écrirait point à mondit >ieur de Charolais , et que mondit sieur de Saint-Pol n'aurait aucune réponse par écrit signée de secrétaire , combien qu'il le requit ; mais que s'il voulait mettre en écrit par devers lui pour sa mémoire ladite réponse , faire le pourrait , afin qu'il ne rapportât plus ou moins que ledit feu roi lui avait dit , et ainsi le fit ; et c'est tout ce que fut fait k ce premier vojage, au moins que je sache , et à lui faire ladite réponse devant le roi furent présens monsieur du Maine , monsieur le grand sénéchal , messire Guillaume Cousinot, combien qu'ils n'eussent pas été présens à la créance de mondit sieur de Saint-Pol , ne à ladite délibération faite en conseil , et des autres qui étaient en la chambre dudit feu roi je ne suis pas recors, mais dès lors la chose fut assez commune entre tous ceux de l'hôtel.
Depuis un peu après Pâques le feu roi étant à Mehun , illec environ , mondit sieur de Saint-Pol envoya un homme devers le roi , que je ne sais , car je ne le vis pas , et%i ouï dire qu'il apporta au feu roi lettres de mondit sieur de Charolais et de mondit sieur de Saint-Pol ; mais, s'il est ainsi, ne ce qu'elles conte* naient en vérité , je n'en sçais rien , ne je ne les ouïs onc , pour ce que lors j'étais malade de fièvres en mon logis es loges , autrement je crois bien que j'en eusse sçu comme les autres ; mais comme j'ouïs dire depuis audit messire Guillaume Cousinot , mondit sieur de Charolais requérait que le feu roi lui interprétât quelques paroles de ladite première réponse faite à mondit sieur de Saint-Pol , lesquelles lui semblaient troubles ou obscures: deladélibération faite sur ce , je n'en sçais rien ; mais ledit Cousinot et Messire Jehan Bureau qui eurent la charge de faire la réponse et les lettres sur ce , en devraient bien parler ; combien que , comme je crois , mondit sieur de Treynel doit avoir le double de tout, et lors fut envoyé monsieur de Genlis par devers mondit sieur de Saint-Pol.
A son retour , qui fut environ la Pentecôte ou plus tôt , il rapporta lettres de mondit sieur de Saint-Pol y mais je ne les vis
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Qjic et ne sçais ce qu'elles contenaient , et si ne sçais s'il apporta audit dernier voyage lettre de mondit sieur de Charolais, et crois plus que non que autreoaent. Toutefois mondit sieur de Treynel doit tout avoir , et la cause de mon ignorance sur ce , était madite maladie , qui encore durait au retour de monsieur de Saint- Pol , et ne fut point présent quand il parla au roi , ni^quand il lui présenta les lettres qu'il apporta ; mais depuis la Saint- Jehan je fus présent à un conseil tenu à Mehun , et qu'il fut parlé de ces réponses qu'il fallait faire à mopdit sieur de Saint- Pol , et des dessusdits qui étaient en la ville furent présens , et ' aussi y fut monsieur de Coutances , et ledit messire Jehan Bureau , et lui et moi eûmes la charge de mettre ladite délibération par écrit , et ainsi le firaesen son logis , et après dîné fut portée «u feu roi , lequel la vit , et ne lui sembla pas bien , disant qu'il ajrait été averti par aucun , que tout ce que faisait faire mondit sieur de Charolais par mondit sieur de Saint-PoL, touchant ladite matière , était une fiction et un personnage joué entre mondit sieur de Bourgogne et mondit sieur de Charolais , son fils , . et à cette occasion la fit corriger par ledit Bureau et par moi , et après fut mise au net par maître Adam Roland , secrétaire^, et fut baillée audit monsieur Genlis , pour la porter à mondit sieur de Saint-Pol , avec lettres closes de créance sur mondit sieur de Saint-Pol j et suis bien recors que pour ce qu'à la preiçière fois, en conférant par ledit feu roi de ladite matière avec mondit sieur de Saint-Pol , pour ce quMl se douta que monsieur de Charolais voulsist user de quelque voie de fait sur monsieur de Croy et srutres étant en l'holel de mondit sieur de Bourgogne, il lui avait dît par exprès yi/er , pour deux rojraumes tels que le sien , il ne consentirait un vilain fait; icelui feu roi fit mettre en ladite dernière réponse un article touchant ce point , ainsi qu'on le pourra voir dans le double d'icelle, dont mondit sieur de Treynel en a un ; car je sçais , et suis sûr qu'il dit audit maître Adam, qu'il le lui fit , et que ledit Roland lui accorda , et depuis le lui bailla , comme il me dit ; et se en aucune chose j'ai évité touchant lesdites réponses , je m'en rapporte à l'écrit , mais j'en dis au plus près de ce qui me peut souvenir.
« En effet, la lettre qui fut écrite au dauphin ^ etc. » (P, 57.) »
LiCitre des ministres et autres gens du conseil au dauphin, pour
lui donner avis de la maladie du roi,
J^OTRp très-Tedouté seigneur, nous nous recommandons à votre bonne grâce si très-humblement que plus pouvons. Plaise 9. 33
5o8 HISTOIRE
vous sçavoîr , notre trës-redotiié seigneur , que certaine maladie est puis aucun temps en çà survenue au roi, votre père , notre souverain seigneur , laquelle premièrement a commencé parla douleur d'une dent , dont k cette cause il a' eu la joue et une partie du visage fort chargées , et a rendu grand' quantité de matière , et a été ladite dent après arrachée , et la playe curée en manière que pour ce , que aussi par le rapport que les médecins nous faisaient chacun jour , nous avions ferme espérance que brief il d&t venir à gnérîson. Toutefois pour ce que la chose eit de plu^ longue durée que ne pensions , et que , comme il nous semble, il s'affaiblit plus qu'il ne «onlait, nous, comme ceox qui après lui voas dàirons servir et obéir , avons délibéré le vous écrire et faire sçavoir, pour vous en avertir, comme raison est , afin de par tout avoir tel avis que votre bon plaisir sera , et vous plaise, notre très -redouté seigneur, nous mander et commander vos bons plaisirs , pour y obéir de tous nos pouvoirs au plaisir •de notre Seigneur, qui, par sa sainte grâce, vous doint très-bonne vie et longue. Ecrit à Mehun-sur-Yèvre, le dix-septîeBie jour de juillet. Ainsi signé. Vos très-humbles et <d)éissans serviteurs , Charles d'Axjou , Gaston de Foix , Guillaubie Juveval , chancelier , Jehan G)ustant , A. Delà val , Amenton d'Albret , A. de CiiABANNES , J. d'Estooteville , Macheuit Bracbet, Tannecitt DU Chatel , Jeban Bureau , Gcillaumb Covsinot, P. Doriolb , Chalcgnant.
a II suffit de lire le mémoire qae le comte de Fois » donna, etc. (P. 57.} »
(Cette pièce fera connaître les mmivemens , les intrigues et les intérêts de la coiir de Charles VU , dans les derniers momena de sa vie.)
Lettre du comte de Foix,
01 RE, ponr vous avertir au vrai sur les points dont Monbardon «t Janot du Lion ont parlé de par vous , vous trouvères, à peine de ma vie , la vérité être telle comme ci-après déclarée.
Premièrement , en tant qu'il touche la ligue et les sermeas qu'on vous a rapporté que monsieur du Maine , moi et attires avous faits , je vous jure Dieu et le serment que je vous dois , que je n'ai ligue ne serment avec seigneurs ne personne qui vive de ce royaume , excepté avec le comte d'Armagnac, qui fnt par commandement et ordonnance de vous.
Il est vrai que la journée qu'il fut délibéré qu'on vous écrirait par Yemidudois 1 le hérault , la disposition en quoi le roi , votre
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père , était pour lors, auquel on espérait encore vie et gnérison , monsieur du Maine ouvrit en la présence de tous ceux du conseil , qu'il était nécessité , si le roi , votre père , pouvait guérir, que chacun s'acquittât loyaulment envers lui touchant votre fait , et que nous ne demourissions plus en cet inconvénient, en quoi nous étions pour les diiTérens qui étaient entre lui et vous; et jurâmes tous et promimes à Dieu que , si le roi , votre përe , pouvait venir en santé , que pour perdre états , ne offices , ne sa grâce, nous ne faudrion^ point que nous ne nous aoquitlissions loyaulment envers lui, afin de faire cesser tous les différens , et qu'il vous rejH'ensâst en sa bonne grâce , et vous traitât ainsi qu'il appartient.
£t le lendemain de rechief nous nous trouvâmes tous ensemble , auquel temps encore espérions la guérison du roi, votre père , et fut remontré comme les différens et malveillances qui avaient été entre les seigneurs et ceux du conseil étaient trèsmal séans , et en pouvaient venir de grands inconvéniens ; et pour ce qu'il était bien requis , pour le bien du roi , votre père, et de la chose publique , que chacun 6tât toute rancune et malveillance qu'ils avaient les uns et les autres , et qu'il y eût entre nous tous bonaè amour et union ; et dit lors monsieur du Maine que de sa part il en était et promettait â Dieu de ainsi le Caire , si dis^e moi de la mienne , monsieur de Dunois de la sienne, et tous les autres pareillement. Et quelque chose, ftire , qu'on vous ra|^rte , vous ne trouverez point qu'il y ait autre chose que ce que dessus est dit, et y a par delà des gens qui étaient présens à toutes ces choses par lesquelles, s'ils veulent dire vérité , vous pourriez sçavoir s'il est ainsi ; car , sur ma vie et sur mon honneur , vous n'y trouverez autre chose.
Et de dire que depuis j'aye fait ligue ne serment à personne , ne sçu autre qui l'ait fait , sur ma foi non ai ; et , se vous trouvez le contraire , punissez-moi à votre bon plaisir.
Et an regard du fait d'Angleterre , il est vrai qu'il y a eu plusieurs voyages qui ont été faits par delà , et y fut premièrement un nommé Doulcereau , lequel le grand sénéchal de Normandie y envoya pour sçavoir des nouvelles ; et était ledit Doulcereau à la bataille de *Northampton , quand le roi d'Angleterre fut prins ; et en se cuidant sauver pour venir par deçà , il fut prins par aucuns Anglais , et mené prisonnier à Anthonne, ott-je.ne sçais quel lieu par delà ; et quan^ le duc de Sommerset passa en Angleterre , il le délivra , et vint par deçà , et depuis fut renvoyé par devers la royne d'Angleterre, pour lui dire que le roi était disposé de l'aider et secourir et ceux de son parti en la querelle qu'elle avait contre le roi Edouard , et qu'il l'avait
5io . HISTOIRE
fait sçavoîr aux roîs d'Espagne et d'Ecosse, ses alliés , afin qu'ils fissent le semblable de leur part.
n est vrai aussi qu'il vint par deçà un autre homme de Bre* tagne et un chapelain de la royne d'Angleterre, 'lesquels ladite royne envoyait devers le roi , votredit père , pour lui dire l'état en quoi elle était pour lors , et la pitié qui était en son fait et du prince son fils, et qu'il lui plût avoir pitié d'elle et de sondit fils, et les envoyer quérir et recueillir en ce royaume , et leur donner sauf-conduit pour y être trois ou quatre ans jusqu'à ce qu'ils se pussent remettre ; et fat la matière bien fort débattue au conseil du roi , votredit père , en la présence de tous les seigneurs et gens de son conseil , et après plusieurs altercations fut condu, présent le roi , votredit père , qu'on devait envoyer par delà le sieur de- Genlis , messire Jehan Carb'onnel et un secrétaire , et leur furent baillées lettres et instructions pour remontrer 4i ladite royne , que si elle se pouvait tenir par delà , qu'elle s'y tensist , et les inconvéniens qui pouvaient advenir de sa venue de par deçà; toutes fois si elle véait que lui fût force pour soi sauver de venir par deçà , le roi , votredit père , en ce cas était content qu'elle y vensist et sondit fils , et lui envoya sauf-conduit pour ce 'faire; et ne sera point -trouvé qu'ils eussent charge d'autre chose faire.
Jtem, Lesdits Genlis et Carbonnel ne trouvèrent point ladite dame au pays de Galles oii les autres l'avaient laissée , mais t'en était allée déjà en Ecosse , et par ce s'en retournèrent sans rien faire.
Il est vrai aussi qu'en icelui temps le roi, votredit père , envoya son ambassade en Ecosse , pour cette matière , et pour prier la royne , sa mère , et les gens des trois états dndit pays , qu'ils Toùlsissent donner à la dite royne d'Angleterre et au prince son fils , tout secours , aide , confort que faire se pourrait , et écrivit semblablement à ladite royne d'Angleterre ce qu'il avait fait sçavoir en Ecosse en faveur d'elle.
Depuis ces choses , et après la- dernière bataille que la royne d'Angleterre eut contre ses adversaires, làoii le roi d'Angleterre^ son mari , a été recouvré , ladite dame a envoyé devers le roi y votredit père, deux jacobins et ledit DoulcereaiT. L'un desdits jacobins allait à Rome à l'encontre d'un légat qui avait été en, Angleterre , et d'aucuns prélats dudit pays qui avaient été contraires au roi Henry , et requérait lettres de recommandation à notre saint père et aux cardinaux , lesquelles le roi , que I>ieu absolve , loi bailla.
L'autre jacobin requérait que le roi , votredit père , prêtât quatre-yingt mille écus à ladite royne d'Angleterre , et qu'il fist
on
«nner par mer contre le roi Edouard , et qi>'il reVoquât tous les saufâ-conduits , et n'en donnât plus nuls à ceux qui tenaient le parti dudit Edouard , et qu'il envoyât certaitii Auglais qui avaient été prins n'a guères sur mer, devers» ledit roi îlenry et ladite royne , pour ce que c'étaient ceux qui a\ aient mena toutes les trahisons du comte de Warwick et dodit roi Edouard, qu'ils appelaient le comte de La Marche ,. et promettaient de payer autant comme leur finance monterait.
A quoi fut répondu qu'en ce qui touchait l'argent qu'il de-mandait à emprunter' > le roi , votredit père, avait eu de grandes charges k supporter cette présente année, en plusieurs manières qui furent déclarées, et que à cette cause il ne les pouvait bonnement secourir d'argent.
Et au regard des saufs-conduits , il ne pouvait honné^tement révoquer ceux qui étaient jà donnés pour cette année ; mais qu'il défendrait à monsieur l'amiral qu'il n'en donnât nuls nouveaux à nuls d'iceux qui tenaient le parti contraire dudit roi Henry.
Touchant les prisonniers anglais que ledit roi Henry et la royne demandaient , fut répondu qu'on les ferait bien garder par deçà; mais les renvoyer sans le consentement de ceux à qui Ils étaient bonnement , ne se pouvait faire.
Quant à l'armée de la mer , le roi était content de la faire , et en ce les secourir au mieux qu'il serait possible , de laquelle armée était chef le grand sénéchal de Normandie.
Et à ce , sire , qu'on vous a dit qu'il y avait alliance ebtre le roi , votre père , et ledit roi Henry , et que je vous fisse sçavoir quelles alliances c'étaient, je vous jure Dieu, sire, que jour de ma vie je ne sçus que , depuis la reddition de Normandie et de Guyenne, il y ait eu autres trêves, paix, ne alliances entre le roi^ votredit père, et le roi Henry et la royne d'Angleterre, sa femme, que ce que dessus est dit , et ne sera point trouvé que de mon 8ÇU il y ait eu autre chose faite -y. mais encore me souvient bien que quand le seigneur de Molins et le j[acobin ,. qui vint dernièrement, parlèrent de ces matières, le roi, votredit père, répondait toujours qu'il n'était pas temps d'en parler , et quand le roi Henry serait remis en son royaume et aurait subjugué ses adversaires, chacun demourerait en sa liberté de faire guerre ou de faire paix ; et lors serait temps d'en parler , et non pas maintenant , ne onc autre réponse n'en ouïs de lui , ni ne sç.us qu'il ait faite -, et disait que ce qu'il faisait eji faveur dudit roi Henry et de la royne, sa nièce , c'était pour soi acquitter envers Dieu et honneur , comme un roi doit faire à l'autre-, et aussi à la proximité du lignage , à quoi ledit roi Henry et ladite royne
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d'Angleterre lui attenaîent , et que raisonnablement il devait ainsi faire en cette querelle.
Il est Trai aussi , sire , que depuis la maladie du roi '^ Totre père , il est yenu aucunes gens de par ledit roi Heiurj et ladite rojne d'Angleterre, qui avaient charge de parler à lui touchant les matières de par delà ; mais à ^occasion de ladite maladie, ils n'y ont point parlé , et n'y ti rien été fait , et c'est, sire , tout ce que j'ai scu de ladite matière.
Sauf qu'étant le roi à Rcmorentin , an partir de Montrichart, le duc dTorck fit faire ouverture au roi , votredit père , par le moyen de ceux d'Ecosse et autres, qu'il lui pMt lui donner faveur et aide en sa querelle à Rencontre du Toi Henry , et faisait de grandes offres au cas que le roi , votredit père, l'eât voula accepter; et fut la chose fort débattue au conseil , auquel étaient tous les seigneurs chiefs de guerre et autres gens du conseil dudit sieur, et même y était le duc de Bretagne , et fut l'opinion de tous^ que ladite querelle n'était pas bonne ^ que le roi n'y devait entendre , et même que le duc d'Yorck était si^et dudit roi Henry, et lui avait fait hommage et serment de féaulté comme à son souverain, et que nulles querelles de sujets voulant entreprendre contre leur souverain et le débouter de sa seigneurie^ ne sont justes, soutenabîes , ne raisonnables , et que quand il n'y aurait autre raison , le roi devait rejeter ladite offre en toutes manières ; et ainsi fut conclu ; et crois , sire , qu'on ne trouvera point plus largement desdites matières d'Angleterre , et vous assure que , si j'en sçavais pliis- largement , je ne vous cèlerais point, ni ne ferais de choses que vous me demandez , dont vous veuillez être infbrmé, que je ne vous die la vérité de tout ce que j'en sçaurais.
• Et pour ce que j'ai entendu que aucuns vous ont rapporté qu'on a voulu faire faire des choses au roi , votredit père , en votre préjudice , pour avantager monsieur votre frère ; sur mon âme , sire, je nesçus onc rien de ladite matière , ne n'en ê(i oui parler , ^înott que l'année passée , étant le roi , votredit père , à Mehun, ^t que les ambassadeurs du roi d'Elspagney étaient qui traitaient Je mariage de mondit sieur, votre frère , avec la sœur dudit roi d'Espagne, il fut ouvert que les Espt^gnol» requéraient que le roi, votredit père, donnât et transportât la duché de Guyenne à mondit sieur votre frère , à quoi le roi , votredit père , répondit qu'il ne lut semblait pas bien raisonnable, et que vous étiez absent, que étiez frère aîné, et«que étiez celui à qui la chose touchait le plus Après lui , et que vous pourriez dire que , sans vous appeler , on ne le devait pas faire, et auriez grand'cause de vous mal contenter , et de dire après que vous n'en tiendriez rien ; et pour
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ce qu'il n'en ferait rien , et qa'il espérait que vous tous ayiseriez et redresseriez envers lui , et cesseraient tous les difFërens du temps passé, et aviserait bon ce qui serait à faire; et quand vous ne le voudriez ainsi faire , sur ce faudrait qu'il re^rdàt à ce qu'il aurait à faire , et , sur ma foi , sire , je n'ai autre chose scu de ladite patiëre que ce que dit est, et ne vous cèlerai de cela , ne d'autre chose , que je ne vous en die là vérité quand vous la une voudrez demander. .
JBt quant à ce , sire , qu'on vous a rapporté , que par l'alUance de monsieur du Maine et de moi , je devais être connétable de Fra-nce pour faire guerre à vous et k monseigneur de Bourgogne ; sur mon âjne , sire, je n'eus onc alHance avec ledit monsieur du Mafne. Vrai est que nous avons été bien fort amis ensemble, et d'autres aussi , contre ceux qui étaient entour le roi , votredit père , et qui ne nous valaient pas ; mais de dire que de vous , ni de monseigneur de Bourgogne eèt été fait aucune mention es choses dessusdites , jamais ne fîit , ne que je dusse avoir la con» nétablie. Bien est vrai que je parlai au roi , votre, përe , dudit office de connétable pour ce qu'il vacquait , et j avait jà kmgtemps , et m'en a toujours donné bonne réponse , et, s'il eût vécu , et qu'il eât entretenu les paroles qu'il me disait , je l:roit que je y eusse bonne part ; mais , comme dit est dessus , que jamais eût été fait mention de vous , ne de monseigneur dé Bourgogne , en parlant de cette matière , ne que ce fût pour courir sus à vous, ne k lui, il ne sera point trouvé ; et , afin que je ne le puisse nier , gardez ces présens articles , lesquels à cette cause j'ai signés de main et scellés de |non scel , le contenu ësquets je veux maintenir être vrai en totre présence , se votre plaisir est l'éprouver par ma personne contre ceux qui voudront dire le contraire , excepté vous , sfre , et monsieur Charles , votre frère. Fait à Tours, le sixième jo'ur d'acMit, l'an 1461,
Signé GàStoti,
ce Le chancelier Ju vénal des Ursins et ta plapi^rt des ' )> magistrats arrivèrent à Avesned. (P« 5g, ) »
Extrait d'urt^ chronique manuscrite contenant la harangue de Jean Jui^énal des Ursins, prononcée à Avesnes.,
xj R ,' est vrai qu'après que les habitans de la bonne * cité de Reims sçurent que feu le vaillant roi Charles VU , dont Dieu ait l'âme, fût allé de vie à trépassement , dont eux etmoiiùmes moult déplaisans , et non suis cause , délibérâmes d'envoyer
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devers son fils Louis à Avesnes , et y allai , et |>ar eojL avec moi farent envoyés des plus notables de l'église et bourgeois de cette cité ; et quand fumes arrivés , allâmes à rbotel oii élaft logé le roi Louis » notre souverain seigneur , et entrâmes en la salle emprës la chambre , et envoya devers nous Tarchevéque de Bourges avec autres nous dire que fussions bien briefs , et entrâmes oii il était , accompagné de messieurs les chanceliers de Bourgogne et de Savoye ,. de messeigneurs de Croy et de Montanban , et pTnsieuris tant gens d'église qu'autres , et nous mimes tous à genoux , et nous fit lever , et dit lui-même que nous dissions ee que nous voudrions , et que fussions briefs , et me requirent ceux étant en ma compagnie que voulsisse parler , et combien qu^en moi n'y eiit science , prudence , ne«>éloquence, confiant de la grâce de Dieu, je parlai en la manière qui s'ensuit: Notre souverain seigneur , les gens d'église, nobles, bourgeois y habitans de votre bonne cite de Reims , envoyât devers vous , leur souverain seigneur , ceux qui sont ci-prësens et moi en leur compagnie , vous voir et faire honneur , révérence et obéissance , [oyeux de vous trouver en bonne santé et prospérité , prêts de TOUS servir et obéir de cœur , de corps et de biens jusqu'à la mort ; et semblerait que ce me serait un déshonneur et reproche si je ne disais autre chose, vu que j'ai été serviteur et officier de vos ayeul et përe , dont Dieu ait les âmes, et de vous ; et qu'en votre jeune âge de mcH aviee connaissance. Vous exposerai et dirai une chose qui m'est survenue à deux lieues d'ici, en venant vers vous , d'une pianière de vent ou de voix qui me frappa aux oreilles , en disant : Hic est vir quetn dixeram tibi, qui sont les paroles que Dieu dit à Samuel pour sacrer et oindre Saùl roi des enfans d'Israël ( L Reg. c^ ^ } : Ecce vir quem dixeram tibi, et ipse dominabitur populo meo ; et m.e semblait qu'on me disait : Va hardiment à Louis , fils du roi de France , qui est à Avesnes ; car j'ai ordonné que c'est lui qui est vrai roi de France , et qui doit dominer à mon peuple de France , et que tu dois sacrer et oindre du saint -chrême étant à la sainte ampoule que j'ai envoyée' à Rémi , archevêque de Reims , pour consacrer le roi Clovis ; lui dis qu'il aille à Reims prendre de toi le noble sacre qu'il doit recevoir. Nous avons eu une histoire que j*ai autrefois écrite , qu'en ce royaume y eut anciennement et autrefois 4^ grandes guerres et merveilleuses , et y avait quatre dames , et chacune dame avait un fils. La première avait nom Sapience, qui avait un fils nommé Dico; la seconde avait nom Prudence , qui avait un fils nommé Duco ; la tierce avait nom Puissance , qui avait un fils nommé Fado ; la quatrième avait nom Patience , qui avait un fils nommé J^ero; et fut avisé par
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tous les trois états de ce royaume que tout serait perdu , se on ne trouvait moyen qu'il y en eût un seul qui serait maître de tous , et auquel on obéirait , et fut ainsi conclu qu'il se ferait; et n'y eut celle desdites dames qui ne voulsfst soutenir que son fils ce devait être , alléguant de grandes raisons qui seraient trop longues à réciter ; et sur cette matière , qui était grande et haute, y eut grandes délibérations far les notables gens de tout ce royaume ; et fut conclu que nul dés enfans des quatre dames n'était digne d'être roi , et qu'il en falMt un qui eût toutes lesdites quatre dames et les quatre enfaift avec lui ; et afin que nul desdits enfans ne s'aventurât seul à être roi , et qu'il en fût mémoire perpétuelle , on leur ota de l'impératif à chacun la queue , c'est à sçavoir : à dîco , oii en l'impératif dût &Yoir dicçy il n'y avait que i/i'c ; à duco, pour duce j duc; à fado , oiz . il dût 9iso\T face , fac ; kfero , oii il dût avoir fere , il n'y a que fer ; et lors répondirent ceux qui étaient pour lesdites quatre dames : Oii trouver celui qui Jura ces quatre dames et leurs enfans? Et on trouva que c'était Pharamond, prince qui était vaillant, sage , prudent et patient, dont ils furent tous contens , et lesquelles quatre dames sont en vous, notre souverain seigneur. Quelles prudence , sapience , patience avez-vous eues cependant que vous avez été hors de la compagnie de votre père , dont Dieu ait l'âme ? il ne les faut jà déclarer. Quelles puissance et vaillance avez-vous eues en la prinse de la Bastille dé Dieppe, à Pontoise , en Allemagne et en autres lieux? et dès lors que fûtes reçu bénignement et doucement de notre trè&>redouté seigneur monsieur de Bourgogne en très*grande puissance , et pour ce je puis bien «dire ce que la voix me dit : Hic est vir quem dixercan tibi , ipse dominabitur populo meo. C'est celui que tu dois sacrer et enoîndre, et est vrai roi , et doit dominer à mon peuple de France .; mais il y a une chose que je suis requis de vous exposer et déclarer, c'est à savoir la pauvreté de votre peuple chargé de tailles , aydes et plusieurs autres subsidjes, et, à proprement parler , pilleries et roberies, lesquelles, s'il vous plaît , à votre nouvelle venue faire cesser. Adhœsit in terra noster venter , facti surmts oi^es occisionis ; exurge , Dâmine, adjuva nos. Eveillez-vous , sire , et nous aidez , car roestier en avons, et, pour finale conclusion : Veni^ Domine^ et noli tardare , et deîefacinora nostra. Venez- vous-en , notre souverain seigneur , en votre cité de Reims , recevoir votre digne sacre (et je m'en irai devant, et vos bonnes gens et serviteurs qui sommes ici, faire les préparations nécessaires à vous recevoir, et ne tardez point , et vous plaise relâcher les tribulations où nous sommeS; et j'ai espérance que votre venue profitera à votre
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royaume et au pauvre peuple , et que des biens aar«2-T0u$ en ce inonde , et à la fin )a joje et le paradis. Çuod vobis concédât ille qui sine fine viuit et régnât in sœcula sœcuhrum. Amen,
« La dépense de sa table , qui la première année n^était » que de douze mille livres , fut portée, etc. (P. ^!i.) )i
Compte de la dépense de la table et de V écurie du roi , dans lequel on trçus^e la dépense des premières mmées du règne de Louis XJ,
1j A première animée aprës le sacre dn rot , commençant le premier jour d'octobre i46i , fut appointé pour la dépense du rot, douze mille livres.
En ce temps ne se feisait que un plat pour le roi ; son train était bien petit en tous états , tellement que ladite somme suffisait.
Depuis ordoiraa le roi qtre aucuns souperaient avec lui et non dîneraient , et pour ce multiplia la dépense .
Apres on y dtna et soupa , et se eut madame de Bourbon un plat à sa table , et deux autres plats pour ceux qui j étaient , et par ce moyen monta la dépense de beanconp.
Jtem et tellement , tant parce que ordfinairement il y a quatre plats , nn pour la cbambre , et un pour les mahres dliôtel et les survenans qui sont servis quand le roi le commande : pour ladite dépense Taimée dernièrement passée fût appointé trente-neuf mille livres qui ne suffirent ; mais int dépensé à la cause dessusdite , outre Tassignement qui fut baillé compris la dépense de messire Thomas Taquin , quatorze cents livres.
Item et pour cette présente année a été l'assignement de ladite dépense recuidée de necrf miHe quatre cents livres , et appointée seulement de vingt-huit mille livres , pour ce que furetit comprins deux mille huit cent soixante-six livres , pour gages de Jacques Le Canu et Jehan Goudier } s6n chef.
hem quatre mille cinq cents livres pour les chevaux de l'écurie dont est chef ledit Jehan Goudier.'
Ainsi ladite somme de vidgt-huit nrille livres demonre pour la dépense de bouche ^u roi , chargée seulement des gaiges^du maître de la chambre , aux deniers du contrôleur et clerc d'offices, montés dix-huit cent soixante-dix livres.
Et pour ce ne demoure pour ladite dépense que vingt-six mille quarante livres.
Laquelle somme le roi peut modérer à son bon plaisir, et selon la modération les officiers mettront peine de le servir à son plaisir .
DE LOUIS XI. - 5i7
« LobIs établit^ Cette année, les postes, etc. (P. 35 1.) »
( Quoîqa'on n'ait commencé à faire usage des postes en France qu'en i4Bo , Louis XI en avait onlonné Tétabliseement dès la troisième année de son règne , en i464* On voit, dans ce premier édit , quels furent les motifs et les réglemens d'un établis^ sèment sintile. )
X*NSTiT-UTioir et établissement que le roi, notre sire, veut et ordonne être faits de certains coureurs et porteurs de ses dé- ' pécbes , en tous les lieux de son royaume , pa js et terres de son obéissance, pour la commodflté de se» affaires- et diligence de son service et de sesdifes affaires.
1. Ledit seignear et roi ayant mis enr d^bération av€fc les seigneurs de son conseil , qu'il est moult nécessaire et important à ses affaires et à son état , de sçavoi'r diligemment nouvelles de . tous côtés , et y faire , qiiattd bon lui semUera , sçavotr des siennes , d'iskstitner et d'établir en toutes les villes , bourgs et bourgades, et lient que besoin sera j«rgé plus commodes, un nombre de chevaux conrant de traite en traite, parole moyen desquels ses commandemens puissent être promptement exécutés, et qu'il puisse avoirnouvelles de se» voisins quand il voudra, veut et ordonne ce qui suit :
2. Que sa voionté et plaisir est que dès à présent et doresenavant il soit mis et établi espécialement s«r les grands chemins de sondit royaume , de quatre en quatre lieues , personnes féables et qui feront serment de bien et loyaulment servir le roi , pour tenir et entretenir quatre ou cinq chevarux de légère taille , bien enhamachés , et propres à' courir le galop durant le chemin de leur traite , lequel nombre se pourra augmenter s'il est besoin.
3. Pour le bien et svyrentretennement de la présente institution et établissement ^ et générale obseryatiim de tout ce qui en dépendra ;
4. Le roi , notredit seigneur, vent et ordonne qu'il y ait, en ladite institution et établissement , et générale observation^ et poor en faire l'établissement , un oifice intitulé : conseiller grand* maître des coureurs de France, qui se tiendra près sa personne, après qu'il aura été faire ledit établissement-; pour ce faire lui sera baillé bonne commission.
5. Et les autres personnes qui seront ainsi par lui établies de traite en traite , seront appelées makres tenant* les chtt^nx courans ponr le service du roi.
G. Lesdits maîtres seront tenus , et leur est enjoint de monter
5i8 HISTOIRE
sans aucuD délai ni retardement , et conduire en personne , s'il leur est commandé , tous et cbacuns les courriers et personnes envoyés de la part dudit seigneur , ayant son passe-port et attache du grandHnaitre des coureurs de France 9 en payant le prix raisonnable qui sera dit ci-«près.
7. Porteront aussi lesdits maîtres coureurs toutes dépêches et lettres de sa majesté , qui leur seront envoyées de sa part y et des gouverneurs et lieutenans de ses provinces et autres officiers « pourvii qu'il y ait certificat ou passe-port dddit grand-maître des coureurs de France , pour les choses qui partiront de la couv, et hors d'icelle, desdits gouverneurs, lieutenans et officiers , que c'est pour le service du roi, lequel certificat sera attaché auûdit paquet, et envoyé avec un mandement du commis dudit grandmaître des coureurs de France , qui sera par lui établi en chacune ville frontière de ce royaume, et autres bonnes villes de passage que besoin sera , -ledit mandement adressant auxdits maîtres cou* reurs , pour porter sans retardement lesdits paquets , on monter ceux qui seront envoyés pour les affaires du roi.
8. Et afin que l'on puisse sçavoir s'il y anra eA retardement « et d'où il sera procédé , ledit seigneur veut et ofdonne que ledit grand-maître des coureurs et sesdits commis cotent le )our et l'heure qu'ils auront délivré les paquets au premier maître coureur , et le premier au second , et aussi semblablement par tous les autres maîtres coureurs, à peine d'être privés de leurs charges, et des gages , privilèges et exemptions qui leur seront donnés par la présente institution.
. 9. Auxquels maîtres coureurs est prohibé et défendu de baiUer aucuns chevaux à qui que ce soit, et de quelque qualité qu'il puisse être , sans le mandement du roi et dudit grand-maître des coureurs de France , à peine de la vie , -d'autant que ledit seigneur ne veut et n'entend que la conmiodité dudit établissement soit pour antre que pour son service , considéré les inconvéniens qui peuvent survenir à ses affaires, si lesdits chevaux servent à toute personne indifféremment , sans son scu ou dudit grandmaître des coureurs de France.
10. Et afin que notre trës-saint père le p«pe et princes étrangers , avec lesquels sa majesté a amitié et alliance , par le moyen desquelles le passage de France est libre à leurs courriers et messagers , n'ayent sujet de se plaindre du présent règlement , sa majesté entend leur conserver la liberté du passage, suivant , et ainsi qu'il est porté par ses ordonnances, leur permettant , si bon leur semble , d'iiser de la commodité dudit établissement , en payant raisonnablement et obéissant aux ordonnances y contenues.
• DE LOUK XI. 5f9
11. Mais, pour ëfiter les fraudes que pourraient commettre lesdits courriers et messagers , allant et venant en ce royaume , lesquels, pour ne se vouloir manifester aux bureaux dudit grandmaître des coureurs de France et à ses commis , qui y résideront en chacune ville frontière et autres de ce royaume , passeraient par chemins obliques et détournés , pour ôter la connaissance de leur voyage et entrée en cedit royaume , prenant pour ce faire autres chemins et guides ;
12. Sa majesté veut et leur enjoint de passer par les grands .chemins et villes frontières , pour se manifester aux bureaux dudit grand"-maitre des coureurs , et prendre passe-port et mandement tel que sera dit, à peine de confiscation de corps et de biens.
f3« Seront lesdits courriers et messagers visités par lesdits commis dodit grand-maitre , auxquels ils seront tenus d'exhiber leurs lettres et argent, jpour connaître s'il n'y a rien qui porte préjudice au service 'du roi , et qui contrevienne à ses mU et ordonnances, dont ledit commis sera bien instruit pour y rendre son devoir ; et pour ce lui sera donné par ledit grand-malt re des courriers de France plein et entier pouvoir de ce faire , en Vertu de celui qui lui sera attribué par la présente institution , et par lettres de commission qui lui en seront expédiées.
i4« Après avoir vu et visité par lesdits commis les paquets desdits courriers, et connu qu'il n'y a rien contraire au service du roi , les cachetera d'un cachet qu'il aura des armes dudit grand-maître des coureurs , et puis les rendra audit courrier, avec passe-port que sa majesté veut être en la forme qui ensuit.
i5. Maîtres tenant les chevaux courans du roi depuis tel Heu jusques en tel lieu, montez et laissez passer ce présent courrier nommé tel , qui s'en va en tel lieu avec sa guide et malle , en laquelle sont le nombre de tant de paquets de lettres cachetées du cachet de notre grand-maitre des coureurs de France , lesquelles lettres ont été par moi vues , et n'y ai rien trouvé qui préjudicie au roi, notre sire , au moyen de quoi ne lui donnez aucun empêchement, ne portant autres choses prohibées et défendues , que telle somme pour faire son voyage ; et sera signé dudit commis et non d'autres personnes.
i6. Lequel passe-port demeurera es mains du dernier maître coureur oii ledit courrier se sera arrêté , pour icelui être rapporté au bareau général dudit grand*-maître des coureurs de France, et des passe-popts sera fait registre qui sera appelé le registre des passe-ports*
17. Lesdits commis seront tenus , et leur est enjoint aussitôt • que lesdits courriers étrangers seront arHv^ , et qu'il aura $ç{i leurs noms, le sujet d^ leur voyage, et la part oix ils vont, de
Gr># HISTOIRE •
faire courir un billet pour en donner avis A leur grand-mattre des coureurs qut en avertira sa majesté , si ledit coureur n'allait en cour , et prît un autre chemin que celui où serait ledit seigneur, pour se manifester audit granïS - maître des conreurs, pour le conduire au roi , soit qu'il fût envoyé vers lui ou non.
Et s'il se trouve aucuns desdits courriers étrangers et autres entrant dans ce royaume et sortant d'icelui par chemins obliques et faux passages détournés , ou chargés de lettres ou autres choses préjudiciables au roi , notre seigneur, lesdits commis les mettront es mains des gouverneurs ou leurs lieutenans en leur absence ; et les lettres ou paquets, dont ils auront été trouvés saisis, seront euvojé^ par ledit conunis à leur grand -maître des coureurs , qui les portera au roi pour sçavoir sur ce sa Y<^onté et plaisir.
i8. Et d'autant que la charge dudit conseiller grand*maitre deà (livreurs de France est monlt d'importance , et requiert avoir fidélité , soigneuse discrétion et savoir , et qu'au moyen dudit office et de sadite charge les articles de l'institution et établissement dessusdit doivent être bien obser\'és ^gardés et entretenus, et étant icelui établissement moult utile au service et k l'intention du roi, il y requiert y avoir bien notables personnes pour le tenir.
19. Ledit seigneur veut et ordonne que nul ne puisse être pourvu dudit office, s'il n'est reconnu fidèle, secret, diligent et moult adonné à recueillir de toutes contrées , régî(ms , terres et seigneuries , les choses qui lui pourraient contribuer , et pour lui apporter les nouvelles et paquets qui lui adviennentpar ambassades , lettres et autrement , qui touchent en particulier et généra] l'état des affaires du roi et du royaume , et faire de toutes choses requises et nécessaires vrais mémoires et écritures , pour le tout par lui et non autres être rapporté à sa majesté.
20. Veut et ordonne que celui qui sera pourvu de ladite charge , soit compris de ses conseillers et autres officiers ordinaires , compté et enrôlé en l'état de son hôtel , tout ainsi que l'un de ses conseillers et maîtres d'hôtel ordinaires , a se trouver partout oU le roi sera , sçavoir et entendre au vrai ce qui pourra toucher les affaires dudit seigneur , et l'en avertir et servir de ce qui sera nécessaire et touchera ledit état.
21. Veut et ordonne que ledit grand-maître des conreurs de France ait l'entière disposition de mettreet établir, partout on besoin sera, lesdits maîtres coureurs; les déposséder, si Imir devoir ne font ; et pourvoir en lei^rs places tel que bon lui semblera, luême advenant vacation par mort , résignation ou autrement de leurs charges, lui a donné pouvoir d'y pourvoir et instituer
DE LOUIS Xr. 52Ï
d'autres en leurs places , et en délivrer lettres , les faisant Arire serment de fidélité , et leur en donner acte sur lesdites lettres.
22. y eut et ordonne que ledit conseiller grand-maître des coureurs de France , pour l'entretennement de son état , apoës avoir fait serment au roi es mains de son chancelier de bien et lojaulment servir, ait pour gages ordinaires la somme de huit cents livres tiarisis, lesquels seront pris sur les plus clairs deniers et revenus audit seigneur , outre et par-dessus les droits et émolumens ordinaires , qu'il prendra comme officier domestique ordinaire de l'hôtel et maison dudit seigneur y qui par autres ses lettres lui seront ordonnés et payés.
23. £t outre il aura pension de mille livres , par autres lettres dudit seigneur poiir sondit o£ice, qui lui sera assignée et ordonnée chacune année.
24- Veut et ordonne que tons maîtres coureurs qui seront , par ledit grand-maitre établis ^ ajent aussi pour leur enCretenne^ ment en leurs états , pour gages ordinaires, chacun cinquante livres tournois, et chacun des commis qu'il aura près sa personne et autres lieux que besoin sera , chacun cent livres pour lenr entretennement , et veut que les uns et les autres, pendant qu'ils serviront , jouissent des mêmes exemptions et privilèges , que les ofBciers domestiques et commensaux de sa maison. <
a5. Et à ce que lesdfts maîtres coureurs ayent moyen d'entretenir et nourrir leurs personnes et leurs chevaux , et qu'ils puissent commodément servir le roi ;
26. Il veut et ordonne que tous ceux qui seront envoyés de sa part ou autrement, avec son passe-port et attache du grandmaître des coureurs de France ou de ses comrmis, payent pour chacun cheval qu'ils auront besoin de mener, y compris celui de la guide qui les conduira , la somme de dix sols pour chacune course de cheval durant quatre lieues , fors et excepté ledit grand-maître des coureurs , qu'ils seront tenus de monter sans rien prendre de lui ni de ses gens, qu'il mènera pour son service allant faire ses chevauchées et son établissement et ponr les affaires de sa majesté , ensemble ne prendront rien de ses commis qui voudront courir pour les affaires pressées du roi , au moins trois ou quatre fois l'an.
27. Et quant aux paquets envoyés par ledit seigneur , ou qui lui seront adressés, lesdits maîtres coureurs seront tenus de les porter en personne sans aucun délai de l'un à l'autre avec la cote . ci-imentionnée , sans en prendre aucun payement , ains se contenteront des droits et gages qui leur sont attribués.
t6. Veut et ordonne que les susdits articles et institution dudit •ffice de «onseiller grmd-maltre des coureurs de France , et
5m histoire
autres choses dessnsdites , soient à toujours observés et gardés sans enfreindre. Fait et donné à Luues , près Doolens , le dixneuvième jour de juin , Tan de saint 1464* Sic signatum. Lots. Par le roi en son conseil , De La Loebe. CollaUone factd cum
originali, signé , Gheyeteau.
« Le due de Berry partit et se rendit en Bretagne.... La
» retraite de ce prince fat le signal qni fit éclater Forage
)• qui se formait depuis lon^lenips ; les mécontens se dé-
. » clarèrent ouvertement sons le nom de ligue du bien pu^
» ^/ÎC4(P. 110.) »
h^têre du roi à monseigneur de Bourbon, touchant la retraite
du duc de Beny.
Mars 1455.
JVI o 7? frère , je partis d'ici lundi au matin , pour aller faire mon voyage à Notre-Dame du Pont, et dès que je fus parti , dèmî— heure après , mon frère de Berry s'en partit sans mon sçû , et Femmeua Odet Daidie, et est allé en ^etaghe , et ne sçais qui l'a meu à ceci. Or ça , s'il aj>ien fait, il le trouvera. Je vous prie que , sur tout le plaisir et service que jamais me voulez faire , qu'incontinent , ces lettres vues , vous montiez à cheval , et vous en veniez devers moi , et ne me veuillez faillir , et vous prie que fassiez mettre sus cent lances de vos pays : et laissez le bâtard pour ce faire , et vous en venez incontinent ; et quand vos gens seront prêts , je les ferai payer , et adieu. Ecrit de ma main , et croyez Jos«>elin de ce qu'il vous dira de ma part. Loys.
( Comme il y a déjà un très-grand nombre de pièces imprimées sur la guerre du bien public , et que cet événement est fort détaillé dans l'histoire , cet article n'a pas besoin de beaucoup d'éclaircissemens ; ainsi je me contenterai de rapporter à ce sujet les lettres suivantes. )
Lettre de monsieur de Berry à monsieur de fondante, pour * l'engager dans la ligue du bien public.
iVlorr cousin, je me recommande à vous. Je ne vous ai encore point écrit , ne fait sçavoir les causes qui m'ont meu de partir d'avec monseigneur , doutant que mal ne vous en advint ; lesquelles ont été et sont par le conseil de la plupart de:» plus grands et plus puissans princes et seigneurs du sang , tous désirant avec moi que provision fîit mise et donnée au désordre qui était et est en tous les états et pays du royaume , au bien et honneur du royaume 9 et au bien et l^onneur de la couronne^ et au profil
de toute la chose putlique. Or maintenant tous lesaits princes sont sus et en armes avec notre armée, tirant vers le mv, de Beausse , ou beau-frère de Charolais se doit rendre pour nous joindre ensemble ; pourquoi et que j'aime et désire le bien de vous et tous ceux quî ont bien servi monseigneur, que Dieu pardomt, el memement de tous ceux quî sont descendans de la couronne, comme vous êtes ; je vous &ris pre'sentement, vous priant qu avec mo. et lesdits autres seigneurs du sang , suivant mon mtention , qui est bonne et juste, à l'honneur dé mondit seigneur et de la couronne, et au biea et utilité de tout le royaume et la chose publique d'icelui , vous veuillie. vous déclarer et adjoindre ; et ,e vous certifie qu'en ce faisant vous soyez reconnu en elaU, honneurs el prouffiu, tellement qu'auriez cause d être content, et au par sus, pour ce que beaîx-oncfes du Maine pourraient t^nvoyer des gens de guerre, pour bouter en votre ville de Vendôme , lesquels pourraient portefn" We I nos gens, ,e vous en avertis k ce que nuls «> en veuilliez recevoir ne mettre dedan^, après vous conduire et gouverner suiXtU bonne intention de moi et autres dessusdiu seigneurs du sane en manière que ,e connaisse votre bon vouloir et intenUon enl vers moi et au bien dudit royaume. Mon cousin , iep^r^Ta qu il vous doint ce que désire»!. Ecrit à Beauce li «.?1." jour de juillet . 465. \insi souscrit, v6t;ecou|;: C.ZT""
Réponse de monsieur de f^endSme.
Mo:, très-redouté seigneur, je me recommande très-humblement à votre bonne grâce : plaise vous Sfavoir que j'ai reçu vos Ks qnil vous aplû moi écrire par Brest, ce Jortlur faisant JSn que ne m avez encore fait sçavoir les causes qui vous ont meî de par ir d'avec le ro. , doutant que mal m'en^dvînt, lerquSles ont ete par l'ans et conseil des plus grands et puissans pSccs de messeigneurs du sang, désirant avec vous provision êtrî mie au desordre qu. était et est en tous les étals du royaume, Tbien et honneur de la couronne , et au profit de toile la chose publique ; pour quoi vous et monsieur le duc de Bretaime avec votre armée tirez vers la Beausse , oh monseigneur de a.VÔlai^ se doit rendre pour vous joindre ensemble; Ttk cette cau^ et que vous aimez mon bien , m'écrivez ces choses, à ceqnerme joigne aT?c vpos et autres messeigneurs du sang , suivant voîîe bonne mtention . et au surplus que je ne boute à Vendlme «en!
ii^eT**- ''^""'*"*'"-'" nuisanceà vos gens. Mon très-r Xîe' «eigneur , je vous mercie très-humblement, dont il vous a dIA mo, ecnredu bien et honneur que de votre ^acemelol^ Z
aa surplus , pour réponse à Tosditef lettres , vrai est que le roi étant à Tours y me manda et écrivit plusieurs fois aller devers lui y et pour ce je tirai â lui à Saumur , auquel lieu et depuis à Tours k son partement dernier , entre autres choses , il me fit promettre lui garder mes places y et n'y mettre aucunes gens qui lui puissent nuire ^ et , pour y pourvoir, me tirai des lors ici , oii de rechef il m'a demandé semblablement ; et au regard de ne mettre gens de guerre à Vendôme , avant la réception de vos lettres , monseigneur du Maine a envoyé es environs de Vendôme la plupart de l'armée ; pourquoi vous supplie trës^-humblement , mon trës-redouté seigneur , qu'il vous plaise moi tenir pour excusé , mémement que jusques ici n'ai été par vous averti du contenu en vosdites lettres ; et se ainsi est que passez par celte comté pour donner tel ordre que le pauvre peuple ne soit détruit ; car leur nécessité est si très-grande , que c'est pitié ; et soyez certain, mon trës-redouté seigneur, que je voudrais servir et obéir le roi et vous , toutes autres choses laissées ; et je désire que sur les difTérens soit prise une bonne conclusion , à quoi Dieu , par sa grâce , veuille pourvoir , et vous doint bonne vie et longue. Ecrit à Pavardin, le 6 juillet i465.
« Le Roi , ne songeant qa*à désunir les princes ligués , » fit^crire par le roi de Sicile au duc de Calabre , son fils , » pour le détacher du parti. (P. i23-ia4*) *
Lettre de René , roi de Sicile, tat roi.
JVloN très-redouté seigneur , je me recommande k votre bonne grâce si très-humblement que je puis ; plaise vous sçavoir que par Gaspard Cosse ai vu ce qu'il vous a plû m'écrire , et comment aviez délibéré envoyer devers mon fils de Calabre le sire de Mecigny, m'exhortant et ordonnant y envoyer aucun de mes serviteurs qui me fût féable ; sur quoi , monseigneur , en obéissant toujours à vos bons plaisirs et commandemens , l'y envoyé ledit Gaspard /duquel, comme sçavez , il a assez connaissance , auquel j'ai donné charge expresse de passer et retourner par vous , et puis tirer de là devers mondit fils, pour lui dire ce qu'il TOUS plaira lui en charger, avec ce que je lui ai dit de ma part, aussi dit pour lui enjoindre de par moi ; et sur ce écris à mondit fils par ledit Gaspard , ainsi que plus à plein verrez pas la copie de mes lettres , que vous envoyé y enclose , ou par lesdites lettres mêmes , si c'est votre plaisir les voir et ouvrir , priant à Dieu , mon très-redouté seigneur , qu'il vous doint bonne vie et longue. Ecrit à Launay, le dixième d'août i465. Votre trèshumble et obéissant le roi de Sicile , duc d'Anjou , Rékté.
« Le comte de Charolais écrivit au roi une lettre.... et » lui demandaituneexplication sur ses desseins. (P. 1 38.) »
Copie de la lettre du comte de Charolais , que le roi a envoyét
à son conseil, par M. de ChâUUon.
JVloNSEiGNVVB , je me recommande trë»-humblement à votre bonne grâce , et vous plaise sçavoir , monseigneur, que puis peu de temps en ça j'ai été averti d'une chose dont )e ne me puis assez ébahir, se ainsi est ; toutefois il m'est force que je la mette hors de doute , vu le lieu dont je suis averti , et à grand regret le vous, déclare , quand il me souvient des bonnes paroles que toute cette année m'avez fait sçavoir , tant par bouche comme par écrit. Monseigneur , il est vfai qu'aucun parlement a été tenu entre vos gens et ceux du roi d'Angleterre , et tellement besongné que vous êtes content , comme j'ai été averti , de leur bailler le pays de Caux , Rouen , et les villes qui y sont comprises , leur aider à avoir Abbeville et la comté de Ponthieu , et outre plus avoir avec eux certaines alliances contre moi et mes pays , en leur faisant de grandes offres totalement à mon préjudice j et pour le tout conclure , se doivent trouver à Dieppe. Monseigneur y du vôtre vous en pouvez disposer à votre bon plaisir ; mais , monseigneur , de ce qui me peut toucher , il me semble que vous pourriez mieux vouloir le mien demeurer en ma main, que d'être cause de le mettre es mains des Anglais, ne d'autre nation étrange. Pourquoi je vous supplie , monseigneur , que , si telles ouvertures ou plus grandes ont été ouvertes par vos gens, ne veuillîez vous y consentir en manière qui soit, mais faire cesser le tout et y faire tant que toujours j'aye cause de demeurer votre tres-humble serviteur , comme de tout mon cœur je le désire ; et surtout me récrirez votre bon plaisir , et je vous en supplie. Monseigneur , s'il est service que voiis puisse faire , je suis celui qui y veux mettre ce que Dieu m'a donné. Ecrit à Namur , le seizième jour d'août. Votre très-humble et très-obéissant sujet , Cbables.
« Louis fit enfermer Château-Neuf , seigneur du Lau. » (P. i4i.) »
( Je trouve une lettre de Comiers au roi , au sujet de du Lau , assez singulière pour être rapportée ici. )
Oi ac 9 monsieur de Château-Neuf veut dire qu'il vous a mieux servi que je n'ai , dont je Vj veux maintenir , se votre bon plaisir
5a6 HISTOIRE
est j le contraire ; car tel qu'il est , il a toujours été et a communiqué y lui étant en Totre pays de Dauphiné, avec ceux que pour le temps teuicE vos ennemis , et, j'aimerai Dieu, il ne m'advint onc.
Et pour ce que moi , étant à Geneppe en votre service , je ly dis q^'il faisait mal d'écrire à plusieurs dudit pays de Dauphiné, vu qu'il connaissait bien, que les dessusdits n'étaient pas en votre bonne grâce.
Ledit de Château-Neuf me dit qu'il voulait faire ses besongnes, attendant que de jour en jour on devait mettre la main à sa place, âi bes biens ; de par le feu roi, votre père, si était-il tout assuré qu'on n'en ferait rien.
Et puis me dit' ledit de Château-Neuf, qu'il n'avait pas crandTi'ince en vous, et qu'il avait ouï dire que vous n'auriex jamais rien en voîre royaume ne en votre pays, et qne, par son créateur, vous n'étiez qu'un prodigue et un fol, et que ce serait grand dommage qu'un si grand bien, comme est le royaume de France , tombât entr^ vos mains ; et ci-dessus sont les plus grands services que je me suis aperça qu'il vous ait faits touchant sa personne.
Votre trës-humble et obéissant et léal serviteur , Comiers.
« Pour ôter tout prétexte aux mtfconfens , il résolut de » convoquer les états. (P. i58. ) »
Harangue de Jean Juv^éfial des Ursins , arches^que de Reims , aux ^ tais tenus à Tours en \i\&&, ou présidaient Réné^ roi de Sicile, et fc cardinal Balue,
A RÈs-HAUT et très-puissant prince, et très-révérend père en Dieu, et vous, messeigneurs , prélats, gens d'église, ducs, comtes, bourgeois et habitans de bonnes villes, je vous prie , supplie et requiers très-humblement, que si je dis chose qui semble être dite sans cause de repréhension , que la veuilles prendre en gré , et si aucune chose je dis mal à propos et non excusable , que la veuillez imputer à ma vieillesse et ignorance, et m'en tenir pour excusé. Il m'est aucunement souvenu de ce que fit ce noble empereur, roi des enfans d'Israël, Josué; car , après qu'il fut ordonné roi , et avait le gouvernement desdits enùiXiS d'Israël , assembla tous les trois états , et leur fît la requête que fait à présent le roi , notre souverain seigneur , et leur ré— ponse fut en eftet : Quœcumque voluen's faciemus et obedienfus tibi ; quicumque tibi non obedient morte moriantur; « nous ferons tout ce que tu voudras et t'obéirons , et ceux qui ne te
voudront obéir soient condainii*s u mort : » et laquelle réponse il me semble que nous devons dire ol t'.iiro au roi, et lui donner confort et aide de corps et de biens , à lo serMr loyaument jus* qu'à ce qui lui plaira ordonner et commander ; car, comme dit Cassiodorus v( lib* Episiolarum IV , epistold 8 ) .• Prœceptis principis obedientiam œquabih' voce prœstate ; nous sommes tenus d'obéir au prince et lui dire à pleine voix : et lui devons dire ce qui est contenu ( Exodi XXJI cap. ) : Quœ locutus est DoTninusfaciemus , et erimus oùedientes; « nous ferons ce qu'il lui plaira nous ordonner et commander : » et aussi ( Gènes. XXXV cap, ) .• Quisquis sapiens est veniat et faciat quidquid Dominus in^erawrit; « chacun de nous, si sommes sages , faisons ce qu'il plaira au roi nous ordonner et commander i » et si avons ( ad Hebrœos XI II ) : Obedite prœpositis vestris et eis subjicite; ipsi enim vigilant pro vobis; « obéissez à ceux qui vous sont préférés et ordonnés , car ils veillent pour vous garder, n Et devops croire, et aussi est-il vrai, que le roi, notre souverain seigneur , a très-grand'voulonté de mettre ordre et bonne police en son royaume , et pour ce faire a ordonné et dépsté plusieurs notables gens; et comme nous avons {cap, Quœ contra, v. 102) .* Générale quidem pactwn societatis hihmanœ est obtemperare regibus suis; c'est une chose , que comme par convenance vous êtes tenus de faire qu'obéir au roi, et lui devons obéissance , non-seulement de cœur et de corps , mais aussi de nos biens, omnia enim sunt principis , en lui humblement priant et requérant qu'il ait pitié de son pauvre peu)>le ; et je crois certainement que si aura-t-il. Je l'ai sacré et épousé à la couronne de France , lequel sacre il reçut bien dévotement et entendit très-bien à toutes les paroles que je lui disais , contenues es oraisons et en tout le mystère du sacre. Et, pour abréger au regard de ces deux points, de lui donner confort et aide , nous lui devons dire le contenu au chapitre de mon thème s Omnia quœcumque prœcepisti faciemus , et quàcumque miseris ibimus, obediemus et tibi; tantum confortare et viriliter age,.Ex c'est quant à ce , et en tant qu'il touche l'autre p<Mnt , que monsieur le chancelier a touché de donner au roi , notre souverain seigneur, conseil; je suis bien faible et débilité d'âge, vieillesse , sens et entendement, pour donner conseil en si haute matière; toute voye  l'aventure je me donnerai aucune hardiesse de parler. Un médecin ne peut donner conseil à un malade, s'il n'a aucune connaissance de la maladie ; et pour ce est nécessaire de déclarer aucunement les maladies qui ont cours en ce royaume , lequel tend comme à finale destruction , et à le comparager à un corp humain , semble qu'on lui ticauç k chcindellv en la main. Il y a
trais manières par lesquelles on peut juger un bomme en pe'ril de mort , ou un royaume ou chose publique à finale destruction; la première est quand les membres se séparent du cbef par mèces et par morceaux ; la deniième quand une créature humaine est en une chaude fièvre , et en un état où ne se peut tenir; la troisième , c'est quand la créature humaine est écrevée de sang et le )ette par dirers conduits , tellement qu'à peine est-elle à finale perdition , et n'y a personne qui mette peine de Tétancber. Ensemble et chacune d'icelles sont en ce royaume , par quoi toute la destruction se peut ensuivre , se remède n'y est mis , lequel ne s'y peut mettre sinon par le roi. Il vous demande conseil , conseillons-lui qu'il le fasse , et pour plus à plein déclarer ce que dit est, regardons si les os se séparent point du chef, on les membres ; les princes sont réputés ses membres , et les os la chose publique; nous avons va que plusieurs particuliers se sont séparés du roi , qui est le chef, et non mie seulement séparés , mais ont fait assembler âes gens de guerre pour résister à la volonté du roi , leur souverain seigneur , qui est chose défendue et prohibée , et commettre crime de lèse^majesté , sont venus devant la maltresse cité de son royaume , c^est à sçavoir Paris , oîi il était, et Tout contraint k faire certain traité non-tei\able ; considérons tretons si ce n'est pas grande séparation des os ou membres de leur chef, *et une manière dont se sont ensuivis la mort et totale destruction du royaume : Omne emm regman adversus se division desolabitur : et combien qu'on die qu'il y eut paix ou accord devant Paris.; car ce serait une paix fourrée et non-tenable , et si a toujours difTérens entre le roi et monseigneur Chartes , son frère , qui demande , comme l'on dit , le duché de Normandie pour son apanage , qui ne serait pas chose à conseiller au roi ; car par ses prédécesseurs est annexée à la couronne, et ne se doit point laisser aller ; mais aussi c'est raison que le roi apanage monseigneur Charles , tellement qu'il doye être coulent. Et est vrai que le roi Charles Y, nommé le Sage , après ce qu*il fût venu à la couronne et sacré , il assembla ses trois états , et bien et notablement lui fut répondu à ce qu'il requérait , et lui firent plusieurs requêtes , et entre les autres la prindpale fut qu'il voulsist apanager ses fi^ères Louis, Jean et Philippe, ce qu'il fit, dont ils furent contens ; pour ce qu'il regarda que , s'il avait autant d'enfans , que son fils qui serait roi ,' aurait bien à faire à apanager ses frères ; il fit une ordonnance par grande et meure délibération de conseil , que chacun de ses frères aurait douze mille livres de rente en duché , et en furent faites Chartres. Or dit le roi , notre souverain seigneur , qu'il est content de lui en bailler plus largement } il semble que par ce m<>yen cette ma-
ladie cle la séparation des membres , qui est la principale , se peut appuyer, et que nous devons conseiller et requérir au vrai, que trës-diligemment il j veuille entendre à tout effet, et c'est quant à la guérison de cette maladie ; au regard de la* maladie de la frénésie et rêverie , et fièvre continuelle en laquelle est le peuple , gens d'église , nobles , marchands , laboureurs et autres, et ne sçavent que dire ou faire , vu. la différence et dissension apparente d'entre le roi et aucuns seigneurs , la grande pauvreté, destruction et misère ; car ils sont tous détruits , appauvris de chevance , tellement qu'à peine ont-ils du pain à manger par les excessives tailles qu'on leur met sus , et par pilleries et man- . geries qu'ils souffrent ; et combien qu'ils payent les gens de guerre , selon l'ordonnance que le roi a faite , toute voye ils n'ont gardé un seul point , rançonnent les villages , ont oiseaux et chiens, et les officiers royaux , comme receveurs, sergens, font des exactions indues à la grande charge du peuple et à leur profit particulier ; pour abréger , sont détruits de tout , et qui perd le sien , perd le sens ; si devons de ce avertir le roi , en lui requérant et conseillant qu'il y mette remède , et fasse faire justice et raison de ceux qui sont cause de la dépopulation du peuple , faire faire belles ordonnances , et icelles garder et observer; et est à croire qu'il le fera. Proprium enim esse judicanuts commodo subditorum învestigare et eorum^ diligenti curd, calamitatibus mederi. ( C.q. deprohibito seu alio ) ; « c'est le propre d'un roi d'enquérir et sçavoir quelles choses sont pro* fi tables pour son peuple , et aux calamités et misères qu'il souffre, mettre remède et donner provision ; » et Aristoteles (i/i Ubro de Secretis secretorum (zd Aîexandrum) : Tu cognovisti qubd sub^ diti sunt domds tuœ,pecunia , et thésaurus ùi quibus confirmatur regnum tuum» Atqui parate ergo regnum et subditos tuos viri-' dario in quo sunt plura gênera arborum fructiferarum , et non haberi sicut gramina quœ nihil générant fructuosum , imb sunt sicut arbores Jructuosœ quce^ si benè cohintur , dont fructus muitos y oportet enim ut benè regantur, « Un roi est comme un jardinier qui a un bel et grand jardin plein de beaux arbres portant bons fruits ; s'ils sont bien labourés et cultivés , ils apportent grands profits , et ne les doit pas laisser en friche , savars ou déserts ; si a aucunes choses qui empêchent , comme épines , orties et autres mauvaises herbes , les doit faire arracher et oter, tellement qu'il demeure tout net ; ainsi il doit tellement mettre remède , que rien n'y ait en son peuple qui lui puisse nuire ou porter dommage; car par ce moyen ils pourront être riches et avoir argent et trésors qui seront sujets de ta maison , et dont ta pourras aider en cas de nécessité , » et si ce serait fait^ le roi
53o HISTOIRE
qui fait le repos de ses sujets , se pourra reposer^ comme dit CicéroA au premier livre des Offices.
Toutefois un roi qui entend diligemment au profit de ses sujets , et quand ils ont grande charge les décharge , et qu'il ôtct les dommages et extorsions qu'ils souffrent , en tenant ses sujets en repos , lui-même se repose ; Rcgum enimproprium est offi-* cium facere judicium atque justitiam et liberarede manucalun^ hiantium oppressas. « A quoi \xxx roi doit plus à plein entendre , et qui est de son propre office et charge ; c'est de délivrer ses peuples opprimés de la main des méchans qui les oppriment (C. Reg., q. VI.) » Et combien qu'on pourrait dire que c'est simplement fait^ vu que le roi, en disant mon opinion ^ n'était pas présent ; on peut répondre que nous sommes tenus à lui donner conseil , et pour ce , mon dpinion ci est qu'il nous ote et délivre des charges , oppressions et tribulations oii nous sommes ^ en disant par manière d'exhortation et d'avertissement où il est tenu de ce faire, et sur ce lui conseiller qu'ainsi lui plaise de ce faire; et semble aussi qu'on lui devrait remontrer en tout honneur, qu'il lui plût être content des aydes et quatrième, et les faire tous unis ; car en aucuns lieux , ils ue payent que huitième. L'an i355, le roi Jean demanda aux trois états ayde de six deniers pour livre , et il lui fut refusé ; mais toutefois que les ennemis lui feraient guerre, on offrait de lui payer trente mille combattans pour quatre mois. II y a menues aydes > qu'on appelle impositions y dont le peuple est fort travaillé , et s'il les faisait choir, et aucuoes avant son sacre , et k Saint-Thierry, après son sacre, montrait assez qu'il avait intention de ce faire. La gabelle du sel aussi charge fort le peuple ; s'il lui plaisait au moins de mettre le sel au prix ou il fut mis en l'encommencemenl qu'elle fut ordonnée, et ôter toutes charges qu'on a mises depuis; et combien que monsieur le chancelier de ces matières n'ait fait aucune mention, toutefois semble->t-il , comme dit est, qu'on les peut appliquer à donner conseil au roi , et au fort ce serait bien fait d'en faire au roi requête et humble supplication, et en ce faisant , il relèverait son peuple de ladite terrible fièvre , rêverie ou fréuc^ie, et leur donnerait guérison. Il y en eut tm qui en un conseil dit: Exigez e,tU>il lez hardiment, tout est votre; qui sont paroles d'un tyran non dignes d'être entendues. Tout» voye nonobstant ce que dit est , je suis toujours d'opinion que de vous accomplir mon thème; qucecumque volueris faciemus et olfràiemiis liùi. Et en tant que louche la tierce maladie sur laquelle nous lui devons cnmseiller qu'il lui plaise d'aviser et donner femède et pravi^ioa , sur le fait de l'évacuation du sang, quand une créature humaine pav le ii^z au autres conduits so»
DE LOUIS XI. 53i
vuide Ae sang, et on ne le restreint, il n'est doute que c'est signe ide mort ; le sang de la chose publique d'un royaume est l'or et l'argent; il quand il defaudra , comme il commence fort, et si n'y met-on point de remiède, il faut conclure que la chose pu^ blique périra et sera mise à mort ; au temps passé soûlait courir monnaye blanche forte, moutons, chantes, francs à cheval , francs à pied , écus de soixante au marc , et n'en y avait anciennement point d'autres monnayes qui eussent de présent cours ; )a monnaye blanche et celle d'or sont bien affaiblies , mais au regard encore de l'or, on n'en fait point en écus, mais ont leurs mailles du Rhin de diverses espèces, mailles au chat, et les monnayes d'or et d'argent de Flandres , Bretagne , Savoye et autres étranges , lesquelles les changeurs et autres qui en auraient , les devraient porter à la monnaye , et si sont le plus souvent les écus rognés , voire et les autres monnayes , et encore le peuple n'en peut avoir et ne leur donne-t-on pas loisir d'en avoir , que la chose qu'ils craignent , c'est qu'un sergent ne vienne faire quelque exécution , qui a souvent plus pour son voyage que ce qu'on demande ne coûte. £t si on me demande oii va l'or qu'on assemble et lève tous les ans , vu qu'on met tailles sus , pou* les gens de guerre et francs-archiers , )e puis répondre qu^une bien grande partie va à Rome pour avoir bénéfices vacans dans les églises cathédrales, abbayes, grâces expectatives de bénéfices que l'on dit être réservés par les conciles généraux au temps passé , et dernièrement par le concile de fiàle , dont les décrets sont k tenir et ont été approuvés par toute l'église de France , et par ce aucunement le sang qui se vuiderait de la chose publique qui a été étanché ; mais en effet les franchises et libertés de l'église de France, jurées par diverses fois, onf été publiées par manière d'ordonnances royaux, que le roi, en son sacre , a promis et juré garder et faire entretenir ; et ne déplaise à ceux qui dient que le roi fera mal de désobéir au pape j car en ce n'a aucune désobéissance , mais est lui garder ses âme et honneur , et mémement que tous lesdits décrets furent et ont été approuvés par feus nos saints pères Eugène et Nicolas, et dient aucune que le pape est tenu d'obéir et est sujet , quant à ce, aux décrets des conciles généraux , et de tout me rapporte à ce qu'on voudra faire. Et regardons une autre vuidange de l'or de France; c'est en draps de soye , en robe^ gipponces , cornettes ; les pages niéme de plusieurs gentilshommes, et varlets s'en vêtent de draps de soye ; et les femmes , Dieu sait comme elles sont parées desdits draps en robes , cottes simples et en plusieurs et diverses manières ; en ces choses-ci , l'âme, et la substance de Is chose pvblique s'çn ya et ne revient point , et ne s'étapche
point pareiDement ce sang en fourrures de diverses pannes , de martres y phaines , letices , et autres pannes précieuses. Au temps passé on a YÛ que les damoiselles et autres femmes voulant faire par le bas en leurs robes des rebours nommés profits , ib étaient de beaux cbats blancs ; de présent il les faut de letices ou de draps de soye de largeur du drap à grandes cornes ou k tours hautes sur leurs têtes , ou couvre-chefs de toile de soje traînant jusqu'à terre, et dit-on que ce n'est pas d'elles ne de leurs maris, elle vient par manière de suite du roi, et le roi l'a par le moyen des charges qu'il prend sur son peuple ; et en effet, par ce , l'évacuation du sang se fait, tant des gens d'église que nobles aussi se fait ; car si leurs sujets n'ont rien , ils ne peuvent rien avoir; unde Isaïas {cap, III) : Populum meum exactores spoliaverunt et mulîeres dominatœ sunt eis.
Il faut nécessairement rappeler les paroles dlsaïe audit chapitre qu'il leur mécherra, et de mon temps je l'ai vu advenir : Decaln^abh Dominus verticemJiUarum Sion , et Dominas crinem earum nudabit. Mais il y a une autre vuidange de sang qui ne se restreint point : c'est à sçavoir les excessives pensions , gages , dont tant à cause de mariages qu'autrement , que le roi a Faits , à son plaisir, tant à ceux de son sang sans causes nécessaires; il ne faut que regarder en la chambre des comptes , que soûlaient avoir au temps passé les officiers du roi pour gages et quels dons les rois faisaient. On dit que feu monsieur le duc de Bourgogne Philippe Vînt voir le roi , son frère , à Paris , et y fut par aucun temps , et en f^en allant alla en une maison qu'il avait emprès Charenton ; le roi , pour les frais et dépens qu'il avait faits , lui fit délivrer mille francs , mais il retourna à Paris pour le mercier ; et aujourd'hui on donne les vingt mille , quarante, cinquante , soiiante^ et autres grandes sommes de deniers, et fait plusieurs mariages, donne grands gages et excessifs, et pensions, non mie seulement à hommes , mais à femmes et autres qui ne sauraient de rien servir au roi , ne à la chose publique ; il ne faut que regarder aux grandes finances et états des gens de finances , trésoriers généraux , et tous officiers des aides qui ont gage et bienfaits du roi bien excessifs. Hélas ! c'est tout du sang^ du peuple, et est contenu au chapitre oii Dieu dit par la bouche du prophète : f^os enim depcisti estis vineam meam , et rapùta paxtperis in domo veslrd quare ? « Hélas ! on ôte la pâture du pauvre peuple et la rapine qu'on fait est en vos maisons ; pourquoi grevez-vous et détruisez-vous ainsi mon peuple ?» Et se ensuit une bien grande punition , comme dit Dieu par le prophète in dicto capite. « Pour les douces odeurs et plaisances mondaines, pénurie et ordures ; pour les ceintures d'or que les hommes et
feinmes portent, auront une baîre. >* Et pourraient être lesdites choses cause de mouvoir le peuple, tant d'église que nobles, marchands et laboureurs , tant ceux qui sont des conditions dessusdites où pourront aller ceux dont on se tient fortifies en batailles et y mourraient , qui sont toutes choses bien à imaginer ; et sont l^s gens et peuples en telle déplaisance et tribulation que , pour doute qu'on ne leur Âte le leur , que s'ils ont quelque chose dont ils nient à leurs enfans ou amis , Us le mussent en terre , et jamais ne sera trouvé, qui sera bien grand' évacuation de sang : et se le roi a affaire pour sa guerre, si prennent or et argent oii son père et lui l'ont mis , donné et fait bailler ; car il est sien et ne l'ont qu'en une manière de dép6t ou de garde, pourrait prendre des colliers, des ceintures d'or, vaisselles d'or et d'argent. Il n'y a à 'peine guère des dessusdits qui ne veuillent manger en vaisselle de cuisine d'argent , et il en y trouvera assez , et peuton bien dire : A minimo usque ad majorem, à levitd usque ad sacerdotem , à saeerdote usque ad prophetam , omnes a\^aritiœ student, et erit pax et non erit par. C'est grand'pitié de la convoitise et avarice , que toutes personnes ont aujourd'hui , de quelque état qu'elles soient. Et pour finale conclusion , quelque chose que j'ai dite ci-dessus, s'il y a chose qui soit mal dite, que on le me jpardonne en excusant mes ignorances et âge , et qu'on le veuille tenir pour non dit ; je me y arrête , que nous devons avertir le roi des choses dessusdites, et conseiller qu'il lui plaise y mettre provision , et en toute chose lui tenir et accomplir le thème que j'ai pris : Onmia quœcumquè voîueris facie^ mus et obediemus tibi; qui non obedient sermonibus tuis morte morientur; tu confortare et viriliter âge. En ce faisant , j'ai espérance que nous aurons des biens en ce monde , et à la fin la joye de paradis , ad quant nos ducat iUe qui sine fine visait et régnât in sœcula sœculorum. Amen\
« Pendant que le roi était devant Liège , il apprit que » les Anglais projetaient une descente en Guyenne , et il » écrivit aussitôt à La Rochefoucauli d'assembler la no- D blesse, ce qui empêcha les Anglais de paraître (P. i ^4* ) '^
Lettre du roi à La Rochefi)ucault.
VJHER et féal cousin , nous tenons que savez assez comme pour le bien de la paix nous sommes approchés des marchea de par-* deçà, avec notre très-cher et très-amé frère le duc de Bourgogne avec lequel avons, grâce à Dieu , si bien besongné , que nous ne nous attendons pas de nos vies de voir guerre en France qui soit
entre .nous et lui , et espérons avoir fait dedans cinq ou six jours, et nous en retourner par-delà. Toutefois nous étant ci , avons été avertis que les Anglais , nos anciens ennemis , font grosse armée sur la mer , et dit-on qu'ils font entreprise sur notre paj» de Guyenne , de laquelle chose vous avertissons y comme notre bon parent et ami , et celui en qui nous avons jfiance , qui , à notre besoin , ne nous voudrait faillir, et vous prions qu'en attendant-que aoyons retournés en notre royaume, vous vous .veuillez disposer de résister à l'entreprise desdits ennemis , tant de votre personne que de vos gens , par toutes les manières qui vous seront possibles, en manière qu'inconvénîeut ne nous en advienne, et sur ce veuillez croire notre amé et féal conseiller Gaston du Lion , notre sénéchal 4e Guyenne, auquel nous avons écrit aller par-delà , et lui avons fait sçavoir bien au long notre intention , et sur ce qu'il aura à vous dire sur ce de par nous. Donné à Namur , le vingt-troisième jour d'octobre 1468.