LOYS
« Le roi , voulant rétablir entièrement la confiance dans » l'esprit de son frère , lui fit proposer une entrevue. » (P. 187.) »
Lettre du roi au chancelter, à ce sujet,
Cjuancelicr , Dieu merci et Notre-Dame, aujourdliui à six heures après midi , notre beau frère le duc de Guyenne s'c>t venu rendre devers nous au port de Ferault , ainsi qu'il avait été appointé , et pour ce qu'il y avait aucunes barrières fortes entre nous deux , il nous a requis faire tout rompre incontinent , cl s'est venu lui dixième , et nous a fait la plus grande et ample obéissance qu'il était possibfe de faire, et nous devons encore demain nous trouver ensemble. En notre assemblée est advenue une chose que les mariniers et autres à ce connaissans diseut être merveilleux ; car la marée , qui devait être cejourd'hui la plus grande de Tannée , s'est trouvée la moindre de beaucoup qu'on ne vit de mémoire d'homme , et si s'eit retraite quatre heures plus tôt qu'on ne cu}(3||t, dont Dieu et Notre-Dame eu soient loués ; et vous en avons bien voulu avertir , afin qu'en avertissiez aussi ceux de notre grand conseil , et autre que verrei être à faire par-delà. Donné au Puis-RenCeau , le septième jour de septeilibre i^G^-
Ainsi signé, Lovs. Et plus bas, Coîtstant.
ic GrueletCousinot s'étaient rendus à Rome. (P. 182.)»
Relation de V ambassade envoyée à Rome , au sujet de V affaire du cardinal Babie , écrite par Guillaume Cousinot.
OiRE , par votre ordonnance et commandement, monsieur le président duDaupbiné, au mois de mai demierpassé il y a eu un an, partit de votre ville de Tours pour aller de Vers notre saint père, lui signifier que pour plusieurs grandes fautes, crimes , délits et trahisons faits contre votre personne et la chose publique de votre royaume , et à cause de quoi se hastivement n'y eût été pourvu , fussent ensuivis de grands inconvéniens à vous, vôtredit royaume , au saiut siège apostolique , à Téglise universelle et à toute la chrétieuté , vous aviez fait mettre en garde et sûreté le cardinal d'Angers , et Tévêque de Verdun , et que votre intention était de bref envoyer devers notredit saint père au-cunc notable ambassade, pour l'avertir de tout plus amplement; en fournissant auxquelles choses , votre plaisir fut m'ordonner et commander au mois d'août ensuivant, aller devers icelui notre saint père, avec telles instructions, lettres et mémoires qu^il vous plut me bailler touchant ladite matière , et vous plut en outre ordonner que je prendrais un secrétaire tel que je voudrais pour venir avec moi ; et pour ce que plusieurs secrétaires , k qui je parlai, s'excusèrent d'y venir pour beaucoup de causes qu'ils alléguaient , aucuns de messieurs de votre conseil me dirent que maître Guillaume Lefranc avait grand désir d'y aller , et qu'il entendait le langage de pak*-delà , et avait été autrefois à Rome, et pouvait bien servir en ces matières, et qu'il leur semblait qu'il serait bon que je le menasse avec moi au lieu d'un secrétaire ; il vous «plut, sire , en être content, et le fis ainsi.
Réciter toutes les allées et venues qui furent en ladite matière jusques à Rome , serait chose bien fort longue, et les remets à ce qui en est écrit au procès-verbal , pour venir à l'effet de ladite matière. Ledit maître Guillaume Lefranc se rendit devers moi à Yeîllane , et delà nous allâmes à Turin , oii messire Falco de Sinibaldis nous attendait , là ou nous fûmes , pour l'honneur de TOUS , grandement et honorablement reçus. Si fûmes-nous pareillement reçus par toute la terre du marquis de Montferrat et du duc de Milan , pareillement à Bologne , lesquels u'avaient pas accoutumé de recevoir si grandement vos ambassadeurs ne autres , et aussi à Florence , et s'excusa le marquis de Ferrare après de ce que nous n'avions ainsi été reçus en sa terre, comme il eût bien voulu , pour ce qu'il ne savait rien de notre venue ; et à notre retour, les gens dudit marquis reçurent bien honné-
tement monsieur le président qui passa le premier , et quand ]e passai après ^ ils me reçurent aussi très-grandement , et ai cause de m'en louer, et me manda ledit marquis, qu'il eût bien vouln que mon chemin se fût adonné à passer à Ferrare pour parler à moi , et que se n'eussent ëtë les bruits qui couraient en Italie , et qui encore ne sont pas bien appaisés, il fût venu jusqu'à Modëne.
Sire , nous étant en chemin, me fut dit, tant k Milan , Florence , qu'en plusieurs autres lieux , et tant par ceux que nous réputions vos amis et bienveillans , comme particuliers, courtl* sans et autres qui venaient de Rome , que nous perdions nos peines d'aller par-delà pour la matière qui nous était chargée , que nous n'y ferions rien , que le pape et les cardinaux étaient joints ensemble pour nous bailler une négative , et qu'ils ne souffriraient point que le cardinal d'Angers fût ainsi traité , ne que l'on fit une telle plaie en l'église , et que nous nous en tournerions à honte , sans rien faire.
Avec ce me fut dit , et en fus averti de plusieurs lieux , que mattre Ferry de Clugny et un secrétaire de monsieur de Bourgogne , nommé Rochefort , étaient à Rome en l'hôtel du pape , et ne se montraient point , qu'il y avait une grande intelligence et entreprise qui se faisaient par^elà , et que le pape , l'empe* reur, monsieur de Bourgogne, monsieur de Savoie et Ies*Vé* nitiens étaient alliés ensemble , et devaient faire beaucoup de choses , qui trop longues seraient à réciter.
Me fut dit aussi que ledit Ferry attendait là ma venue , pour sçavoir ce que je dirais et proposerais de par vous , pour ce que ^'on disait que les matières touchaient mondit sieur de Bourgogne.
Auxquelles choses je répondis que puisque j'avais charge de vous, sire, d'aller devers notredit saint père, j'étais délibéré d'aller jusques-là , et ferais en la charge qui m'était baillée tout le mieux qu'il me serait possible , et le surplus je le remettrais à Dieu , et à ce qui en pourrait advenir , que mon intention était de tirer tout outre , et de n'entrer point de nuit à Rome, comme avait fait ledit mattre Ferry ; que j'avais bon nraitre , qui était le plus grand prince de la chrétienté ; que j'avais bonne matière, juste, sainte et raisonnable ; posé qu'elle ne fût pas à tous plaisante , que je voulais bien qu'on me vit et ouït , et que je ne dirais , ne ferais chose au plaisir de Dieu qui ne fût bonne , honnête et raisonnable , ne de quoi personne eût cause de se douloir.
Je fus aussi averti , au contraire des avertisseraens dessusdits, que , de quelque chose que l'on me dit ou donnât à entendre , je ne laissasse point à tirer avant ; que l'on espérait que je trouverais toute autre chose que ce qu'on m'avait donné à en-
tendre ; que le pape me ferait bonne chërc et bon accueil , et que je le trouverais bien autrement disposé que l'on ne disait ; pour les causes que dessus , me disposai k faire mofo voyage , ainsi qu'il appartenait, et vînmes jusques à Rome. Nous trouvâmes monsieur le président, qui était venu aa-devant de nous jusques à Soultre ; de là nous en allâmes jusques à la Tourba* tane, et conférâmes ensemble de toutes choses, et au lieu de la Tourbatane vinrent au-devant de nous aucuns courtisans, et de nos gens qui nous avertirent de ce qu'ils sçavaient.
Le lendemain nous prîmes notre chemin pour aller à Rome , et sans cesser venaient gens au-devant de nous, les uns jusqu'au Bourget, les autres à huit milles , à six milles, k quatre milles et à deux milles de Rome, et vinrent au-devant de nous la famille de onze cardinaux , la famille du pape , les ambassadeurs des princes , tous les courtisans français et autres , tant prélats que gens de tous autres états , et y avait si grand nombre de prélats qu'on ne sçavait comme les arrangier, se n'eût été le maître des cérémonies , et y avait plus de deux mille chevaux en la compagnie qui nous convoyèrent jusqu'en notre logis , là oU nous trouvâmes dedans la maison les trompettes , ménestriers el tabourins du pays , du château St.-Ange, des sénateurs, et d'un gros tas d'autres seigneurs , tellement que ce semblait être un tonnerre , quand nous entrâmes à l'hôtel , et remerciâmes là lesgens du pape , des cardinaux et des autres qui nous avaient fait honneur pour l'amour de vous , sire , tout au mieux qu'il leur fut possible.
Il est vrai , sire , qu'au temps que nons arrivâmes à Rome « notre saint pcre était fort malade , et à cette cause ne pûmes pas» sitôt avoir accès à lui ; mais tous les jours il envoyait devers nous^ pour sçavoir comme nous nous portions , et pour soi excuser de ce que sitôt nous ne pouvions aller devers lui à cause de sa ma-ladie, et qu'elle lui était bien autant déplaisante et autant griëve, à cause de ce qu'il ne nous pouvait voir et recevoir , ainsi qu'il appartenait , comme pour le mal qu'il souf&ait.
Nous répondîmes qu'il nous déplaisait très-fort de sa maladie ; que nous savions bien ce que c'était des gens malades ; que les maladies venaient à cheval et s'en retournaient à pied ; qu'il fallait attendre qu'elles eussent pris leur cours ; que nous n'étions pas là venus pour lui donner vexation , ne travail ; mais pour le con jouir et lui complaire en tout ce qui nous serait pos* sible ; que vous , sire , ne désiriez pas le mal , ni l'inconvénient de sa personne, mais sa bonne santé et prospérité ; qu'au regard de nous , il ne nous envoyât pas , sinon à cause de son mal , et priions Dieu qu'il lui voulsist donner bonne santé , qiie c'était
538 HIStOIRE
Fane des plus grandes joies qui nous pussent advenir , et que de par Dieu il fît tout à son aise.
Certain jour après iLrenvoya de rechief devers nous, toujours avec les excusations de sa maladie, et nous manda, afin quMI ne nous ennuyât , que se nous voulions aller visiter messieurs les cardinaux , ou aller es grandes églises pour gagner les pardons et nous ébattre, que nous y allissions, et qu'il serait bien content.
Nous répondîmes que nous n'étions pas venus principalement pour visiter les églises et gaîgner les pardons ; mais que, quand nous lui aurions fait la révérence , et besongné es matières pour lesquelles nous étions venus, nous irions, sous la bénédiction de sa sainteté , visiter les églises et gaigner les pardons au mieux qu'il nous serait possible.
Et au regard de messieurs les cardinaux, notre adresse était principalement à sa sainteté et non à autre ; que notre intention n'était point d'aller visiter nuls de messieurs les cardinaux , ne autres quelconques , jusqu'à ce que nous lui eussions fait la reVé* rence , et notre devoir envers lui tel qu'il appartenait : de laquelle réponse notredit saint père fut bien content, et mémement de ce qu'il connut que nous ne voulions autre moyen en nos matières que le sien ; et à cette cause, sitôt qu'il se put aider, combien encore que de tout point il ne fût pas hors de la fièvre, se délibéra soi lever de son lit, et de nous faire venir devers lui.
Et deux ou trois jours après, notredit saint père nous envoya dire , que combien qu'il ne fût pas encore bien sain, si désiraitil de nous voir; qu'il savait bien que de notre part nous le désirions , et si pour ce le lendemain nous voulions venir devers lui après dîner , il nous verrait volontiers , pourvu que nous ne lui portissions nulles lettres, ne que nous ne lui parlissions de rien de nos matières, mai? seulement pour sçavoir de votre bon état, prospérité et de vos bonnes nouvelles. /
A quoi nous répondîmes que nous le remerciions bien humblement , et que nous étions prêts et appareillés ainsi le faire.
£t ledit lendemain après dîner , il nous envoya sa famille pour nous accompagner , et aussi furent messieurs les cardinaux de Nice , Rouen , Coutances , Montferrat et Pavie , les ambassadeurs aussi du roi de Sicile , de monsieur de Galabre, du duc de Milan , des Florentins et plusieurs autres, et étions en bien grand nombre de gens. Et après que nous fumes entrés dedans le palais , aucuns d'eux coururent es salles ; autres en la chambre de parement et autour de nous , et nous entrâmes en . la chambre des papegaux , là 011 ne demeurâmes guère que l'on ne nous vînt appeler^ c'est à sçavoir , monsieur le président, maître Guillaume Lefiranc et moi , et aussi messire Falco , pour ce qu'il avait été par dc^à
et entendait les matières, et lequel , sire, yérîtabledient s'est trës-bien gouverné envers notre saint père touchant vos affaires , pareillement envers messieurs les cardinaux , les avait très-bien édifiés avant que nous proposissions , et bien autrement qu'il n'avait été au précédent.
Sire , nous trouvâmes notredit saint père au dernier retrait là oîi il couché ; il s'était levé de son lit et assis en une chaire au plus près , et n'y avait avec lui personne que son neveu le car^ dînai de Saint-Marc. Nous lai fîmes la révérence , ainsi qu'il appartenait, lui baisant le pied, la main et la joue, comme il est accoutumé ; et après nous lui dîmes que vous nous envoyiez par devers sa sainteté pour sçavoir de son bon état , santé et prospérité, que c'était une des plus grandes joyes que vous puissiez avoir que d'en ouïr parler en bien , et seriez très*déplaisant , quand vous sçauriez son encombrement et sa maladie ; que vous aviez toujours mémoire de son bon oncle le pape Eùigène, lequel vous aimait très-fort, et vous lui; et disiez toujours que vous n'aviez jamais eu maître que lui , et aimiez tous ceux qui étaient partis de sa maison ; qu'il n'y avait si pauvre issu de ladite maison , voir même on petit chien que l'on dit qui en £ùt , que pour l'honneur dudit pape Eugène , et en souvenance et mémoire de lui vous ne voulsissiez bien traiter, et ne souffrir qu'il e&t aucune indigence ; que ces choses et aussi les grandes et nobles vertus qui étaient en sa personne, et la bonne relation qui vous en avait été faite, vous émouvaient h l'aimer, chérir et honorer, et aviez singulière amour et affection à lui ; désiriez que l'honneur et l'autorité du saint^^iége apostolique et de sa sainteté prospérassent et allassent de bien en mieux , et que vous étiez délibéré de vous y employer en tout ce qui vous serait possible , autant que jamais fit nul autre de vos trè^nobles progéniteurs.
Lesquelles choses notre saint père eut très-agréables, et nous demanda fort de votre bon état, santé et prospérité , et de monsieur de Guyenne, et se vous étiez bien d'accord ensemble; que quand il avait ouï la réconciliation de vous et de lui , c'était la plus grand'joye qu'il eût onc; que lui étant m minoribus, il avait lu plusieurs histoires, et avait mis peine d'en avoir de France , d'Allemagne , d'Italie et d'Espagne , aussi avait va toutes les grandes histoires approuvées , et qu'il ne trouvait point que toutes les nations , ne que tous les princes du monde eussent fait autant de services tous ensemble à l'église et à la foi , que les rois et la nation de France seulement avaient fait, et que posé que Constantin eût fait le grand don et la grande libéralité et largition à l'église et audit saint-siége , tant de patrimoine et terres, comme des libertés de l'église, si n'en purent onc les 2. 35
54o HISTOIRE
saints pères ne Téglise jouir , à cause des empéchemens que les empereurs successeurs dudit Constantin , les rois des Lombards et autres leur mettaient , jusqu'à ce que les rois de France j mirent la main ; que ce que l'église avait et possédait , c'était largitione, donatione, protectione et defensione Pipinii, Caroli, hiidovici , Caroli y cœierorumque rtgwn Franciœ ^ et que c'étaient eux qui avaient secouru toujours l'église et la foi , qui avaient déjeté les saints pères et l'église de la main de leurs ennemis 9 et restauré les papes audit saint-siége , qui leur avaient baillé la possession paisible de la terre de l'église y et les avaient tenus en ce, et aussi l'église en ses droits , franchises et libertés; que l'église était plus tenue aux rois et à la nation de France qu'à tout le surplus des rois , et que jusqu'à ce que la maison de France eût la grande domination et autorité, que jamais la foi ne serait exaucée ne défendue des ennemis d'icelle, ne l'église gardée en ses droits et libertés; que pour les grands biens et les grands honneurs qu'il avait vu et lu qui étaient en ladite maison de France , et les grands services qu'ils avaient faits à la foi et à l'église, il avait délibéré de vous nomaser toujours très-cbrétien ,. f t qu'il lui semblait qu'il le devait ainsi faire ^ nonobstant que •es prédécesseurs n'eussent pas accoutumé ainsi le faire.
Nous dit aossi qu'il vous merciait de la bonne souvenance que vous aviez du pape Eugène, son oncle , et de ceux de sa mais^ta , et aussi de la bonne amour et affection que vous lui porties ; qu'il avait bien ouï dire à d'autres que de votre bénignité et humanité vous appelles ledit feu pape Eugène , votre maitre , jaçait qu'il n'appartenait ; que toute sa maison en était fort tenue k vous , étaient toujours vos serviteurs , et vous merciait du bon vouloir qu'aviez à eux ; vous priait qu'il vous plût les avoir toujours en votre bonne grâce et souvenance ; qu'en tant qu'il le touchait, il désirait votre bien, honneur et prospérité, et que vo^ affaires allassent de bien en mieux; que tout ce qu'il pourrait licitement et raisonnablement faire pour vous , qu'il le fe— rait volontiers et de bon cœur , et qu'il se réputait être tenu à le faire.
Après lesquelles choses et plusieurs autres qui furent dites y nous entrâmes au fait de sa maladie , et devisâmes avec lui aussi familièrement que se nous eussions été de sa chambre; et voyant qu'il était encore faible , et doutant de lui ennuyer , prîmes congé de lui ; et ainsi que ceux de sa famille nous étaient venus quérir à l'aller, il ordonna qu'ils nous reconvoyassent, et eûmes quasi aussi grand'compagnie au retour que nous avions en à venir.
£t certains jours après, quand il vit qu'il se put aider ^ pose
qu'il ne fut encore bien affermé , il manda les cardinaux pour venir au consistoire , le nous fit sçavoir , et pareillement nous envoya sa famille pour nous venir accompagner , et se nous avions été grandement accompagnés là première fois , nous le fûmes autant à la seconde et plus.
Au jour qui nous fut assigné , nous vînmes audit consistoire , présentâmes nos lettres à notredit saint père , et proposâmes devant lui et devant messieurs les cardinaux, tout au mieux qu'il nous fut possible , selon la charge qui nous avait été baillée par nos instructions, et que plus à plein il peut apparoir par le double de notre proposition ; premièrement portant l'honneur et la révérence à notredit saint-père et au saint*siége apostolique , ainsi qu'il apppartient , lui remontrant l'amour et affection que vous aviez à l'église , à sa sainteté et audit saintrsiége , les services que vous et vos prédécesseurs leur aviez faits, le bon vouloir en quoi toujours vous persévériez en ladite matière , et toutes les bonnes paroles qu'il nous semblait être à dire touchant les choses dessusdites .
Lui remontrâmes aussi , et à mesdits sieurs les cardinaux , le cas sommaire des crimes, fautes , délits , maléfices et trahisons ^ dont lesdits cardinal d'Angers , et évéque de Verdun , avaient été trouvés chargés et coupables ; les grands inconvéniens qui en fussent advenus à vous et à votre royaume, audit saintrsiége apostolique , et à toute la chrétienté , se leur mauvaise et damnable volonté et entreprise eussent sorti leur effet ; que , pour y obvier , vous aviez été conseillé de les mettre en sûreté , et garde honnête et raisonnable , jusques à ce que sa sainteté et ledit col» lége des cardinaux eussent été avertis des cas particuliers, pour y donner telle provision que la matière le requérait ; et qu'il y avait peu de princes au monde, attendu les grands biens, honneurs et gratuités que vous aviez f^its auxdits cardinal d'Angers, et évéque de Yerdun , et les trahisons et mauvaisetés qu'ils vous avaient faites , qui eussent eu la patience qu'avez eue , sans y procéder plus aigrement que vous n'avez fait; mais, comme vrai fils et obéissant de l'église , et pour montrer exemple aux autres princes , comme ils se doivent gouverner envers l'église et le saint-siége apostolique , vous n'aviez voulu autrement procéder, pour mettre la chose en plus grand'aigreur, fors seulement pour obvier aux inconvéniens qui autrement en fussent advenus , et vous tenir sûr des prisonniers sous bonne et sûre et honnête garde , jusqu'à ce que , par ledit sàint-siége , y fût duement pourvu. Aussi entendiez-vous que ainsi vous vouliez garder l'honneur et l'autorité du saint-siége apostolique ; aussi était votre in- (eation que notredit saint père vous gardât vos droits , préroga-
tives et prëéminences , et ceux de la couronûe , en tant qu'il touche le cas privilégie , selon les lois , usages et coutumes du royaume, gardées et observées de tel et si long-temps qu'il n'est mémoire du contraire.
Avec ce lui dîmes que votre confiance était qu'il donnerait si bonne provision aux choses que lui avions remontrées , en gardant les termes de justice , que vous auriez cause de vous en louer, et que ce serait exemple à tous autres , dont l'on ne peut faire ne conunettre telles choses , et que quand son plaisir serait, nous baillerions par déclaration plus au long les cas particuliers des crimes , délits et maléfices qui avaient été commis par lesdits cardinal et évéque de Verdun.
Ai^quelles choses notredit saint père répondit qu'il était bien déplaisant des choses qu'il avait ouïes, et mêmement de ce qu'elles avaient été commises par tels personnages constitués en si grand'dignité comme lesdits cardinal et év^ne, et contre tel •i noble personnage que vous, sire, êtes , et dont si grands inconveniens fussent ensuis , comme ceux que nous avons récités , s'il n'y eût été pourvu ; et que pour ce que la matière était si grande et de si grande importance , il nous dit qu'il était bien besoin qu'elle fût bien entendue et bien débattue , afin d'y donner meilleure provision , et à cette cause il avait commis et député , par l'avis et conseil de ses frères , les cardinaux de Nice , des Ursins , de Spolette , d'Areuso , de Théano , et le vice-chancelier, pour communiquer avec nous, et devers lesquels nous nous tirerions , quand ils nous le feraient sçavoir , et leur porterions nos articles et supplications.
(J'interromps ici la relation de Cousinot, pour ne donner que par extrait ce qui concerne l'affaire du cardinal Balue , à cause des fréquentes répétitions qui sont dans l'original. )
« Le mardi, 5 décembre 1469^ le pape assembla le consistoire, et les ambassadeurs présentèrent leurs lettres de créance. Le pape leur té^poigna qu'il était fâché que le roi fût obligé d'j^ir contre un cardinal et un évéque , et que l'honneur de l'cglise y était intéressé ; que cependant on devait la justice à tout le monde , et particulièrement au roi très-chrétien ; qu'il était bien résolu de la lui rendre; que pour cet effet il avait nommé, pour commissaires, les cardinaux de Nice, le vicechancelier , Ursius , Arezzo , Spolette et Théano , à qui dans la suite on pourrait s'adresser.
M Le samedi la congrégation se tint chez le cardinal de Nice > où tous les commissaires se trouvèrent , hors le vice-chancelier qui était malade. Les ambassadeurs , suivant leurs instructions ,
leur donnèrent nn écrit, contenant les crimes dont le cardinal et révéque étaient accusés. Les cardinaux ayant jeté les yeux sur les pièces qui étaient produites , et ayant délibéré quelque temps y dirent aux ambassadeurs que ces écritures étaient longues ^ qu'il fallait les examiner ; mais les fêtes qui survinrent ne permirent de se rassembler que le samedi dix^neuviëme. On demanda aux ambassadeurs s'ils n'avaient rien à donner davantage , s'ils n'avaient point quelques pièces justificatives , d'autant que cette affaire était très-importante , tant pour les crimes dont on chargeait le cardinal et l'éyéque que pour les personnes intéressées , le roi et la couronne de France d'un c6té , et le pape et le saint collège de l'autre , et qu'il fallait être informé des usages de France. A quoi fut répondu qu'on avait tout délivré ce qu'on pouvait donner sur l'heure -, quoiqu'il y eût d'autre cas encore plus énormes , dont le roi n'avait pas voulu faire part à ses commissaires ) et qui seraient .sus par les vicaires du saint père ; que d'ailleurs , étant dénonciateurs contre les coupables de la part du roi , il n'était pas nécessaire de justification pour avoir les provisions qu'ils demandaient ; que le roi en la demandant donnait un bel exemple à tous les autres princes chrétiens , puisqu'il pouvait de sa propre autorité , vu la nature des crimes , procéder plus avant contre les coupables , comme l'avaient fait plusieurs autres princes en Angleterre , en Elspagne , en Aragon , en Savoie , en Allemagne ; que le roi n^avait fait arrêter le cardinal et l'évêque que de l'avis des seigneurs de son sang et de son conseil , pour obvier aux inconvéniens qui seraient arrivés , s'ils s'étaient évadés ; que lorsque le pape aurait nommé des vicaires ou commissaires pour venir faire leur procès en France , on produirait les pièces et témoins ; que, quant à l'usage du royaume en fait) de crime de lèse-majesté , le roi et ses officiers ont prise sur le criminel , de quelque état qu'il soit, et que si c'est un ecclésiastique , et qu'un juge compétent le requière , on le rend avec la charge du cas privilégié , que le criminel est mis sous bonne garde , et le procès fait par les gens d'église qui y appellent les officiers ou députés du roi : les gens d'é^se le jugent selon droit et raison , et les officiers du roi achèvent le procès suivant les charges qu'ils ont snr lui.
n Après ces remontrances , les ambassadeurs se retirèrent ; et les cardinaux , après avoir délibéré une heure , les rappelèrent , leur remontrèrent ce que c'était que l'état de cardinal ; que le pape était le premier de l'église , et un cardinal le second ; et que depuis cinq ou six cents ans on n'avait point vu qu'on eÀt attenté à la personne d'un cardinal , k cause des peines pop-
tées par la décrétale : Si guis , suadente diabolo , etc. On se récria fort sur la prise et sur la détention d'un cardinal et d*un évéque , disant qu'il n'était pas permis d'arrêter un cardinal sur la déposition d'un homme j et sur une petite lettre de créance ; que d'ailleurs on le devait rendre dans vingt-quatre heures à la juridiction spirituelle , ou qu'on encourait l'excommunication.
» Que quant à la confession que lesdils coupables avaient pu faire, elle n'avait pas été faite devant juge compétent , et qu'il était à croire qu'elle avait été extorquée. Les cardinaux demandèrent si l'on n'avait plus rien à dire , et si l'on voulait procéder par voie d'accusation , de dénonciation ou d'inquisition , le pape étant résolu de faire justice , pourvu que la forme fût gardée ; mais que , sur une simple dénonciation , on donnât des commissaires pour aller faire le procès en France , cela n'était pas raisonnable , qu'ils ne voyaient pas non plus quelle satisfaction on ferait aux coupables s'ils se trouvaient innocens , ce qui tournerait fort au déshonneur du sacré collège. Us voulaient savoir de plus si le roi les remettrait entre les mains des commissaires , et s'il prétendait qu'on leur fit leur procès dans son royaume , soutenant qu'en devait les envoyer à Rome , ou du moins à Avignon.
» Les ambassadeurs I ayant délibéré quelque temps, répondirent :
» Que le roi , en arrêtant le cardinal et l'évéque , n'avait fait que son devoir envers Dieu et son peuple ; qu'il ne tenait sa puissance temporelle que de Dieu ; que le glaive lui avait été confié pour punir les méchans et défendre les bons ; que si l'on n'avait pas arrêté le cardinal et l'évéque , il en aurait coûté la vie à plus de cent mille personnes, et que le roi se serait rendu indigne du trône ; et que s'il avait fait quelque chose contre les canons 9 il y avait des temps oii la nécessité obligeait d'aller contre la loi ; que cependant le roi n'avait rien fait contre les lois. Ezéchiel dit à Nabuchodonosor : T'a es rex regum , et tibi dédit Deus cœli et terrœ regnum et potestatem, imperiutn et fortitudinem y et omnia in quibus habitant filii kontinum , ut aves cœli et bestiœ agri tibiobediant. ( Voyez le décret Cwn ad verum , et celui Qui idem mediator. ) Si Constantin a délivre réglise , s'il lui a fait de grands biens ^ les papes n'en ont joui que depuis que les rois de France les en ont mis en possession.
w Les rois de France se sont toujours conservé le privilège de faire arrêter les prélats lossqu'ils ont commis quelque crime d'Etat , jusqu'à ce qu'il y ait été pourvu par juge compétent. C'est la coutume et la prérogative de nos rois^
» Le roi consent de remeltre le cardind et Tëvéque au pape pour leur faire leur procès , se réservant toujours ses droits et prérogatives.
» On peut voir , pour d'autres raisons , qu*il les pouvait faire punir corporellement ( voyez Aduherio in leg, cap* F"^ parag. de adulterio y et cap, de epîscopali dîgnitale),
» Un roi de Hongrie fit prendre et fouetter un prêtre par les carrefours ; il le mit ensuite entre ks mains de la justice , et lorsqu'il en demanda l'absolution, le pape dit qu'il n'en avait pas besoin.
w Alphonse , roi d'Aragon , fit noyer un cardinal , sur un soupçon d'adultère , et on lui en donna aussitôt l'absolution.
» Le légat de Savoie fit faire le procès au cardinal de Chypre sine vicariatu pontîficis. Le gouverneur du château Saint- Ange fit mourir, du temps du pape Eugène , le cardinal et patriarche de Canneto.
» Les rois d'Angleterre Henri IV, Y et VI ont fait mourir plusieurs évéques.
n Le roi très-chrétien a donc pu arrêter un cardinal et un évéque , et a fait en les arrêtant beaucoup de bien et au royaume et à l'église ; car , si les séculiers connaissaient que le pape et les cardinaux voulussent empêcher qu'on ne puntt les crimes , parce que ceux qui les auraient commis seraient cardinaux ou évêques, ils se soulèveraient tous contre l'église, et causeraient des scandales que rien ne pourrait réparer. Enfin ceux qui ont arrêté le cardinal d'Angers et l'évêque de Verdun ne sont point compris dans la décrétale : Si quis , suadente diabolo , puisqu'ils ont été arrêtés suadente Deo,
» Les cardinaux , un peu surpris de ce discours, répondirent qu'ils n'avaient prétendu donner aucune atteinte aux droits et prérogatives du roi dont ils étaient serviteurs, et que le pape et eux étaient bien résolus de lui, faire justice ; mais qu'ils regardaient comme une chose nouvelle qu'on eût ainsi osé arrêter un cardinal.
» Sur quoi les ambassadeurs répondirent que le roi n'avait point prétendu non plus déroger à l'autorité de l'église ; que d'ailleurs, dans les premiers temps , les juges séculiers avaient tout pouvoir sur les ecclésiastiques quelconques ; que si l'on avait donné à ceux-ci de grands privilèges , ce n'avait été que pour obvier aux maux , et non pour renverser les lois , ni pour oter aux princes la liberté de prévenir les scandales qui pourraient arriver dans leurs seigneuries et à l'Etat de l'église. Or il est notoire k tout le monde que le cardinal et l'évêque avaient excité plusieurs princes contre le roi , machiné plusieurs trahisons contre sa personne sacrée , et qu'ils avaient allumé un feu qui ne se fût jamais éteint.
» D'ailleurs à qui pourrait-on remettre ces coupables , puisque la connaissance en est réservée au pape ? Cest pourquoi le roi , voulant avoir égard à l'honneur du saint-siége , les a gardés.
» Dans un crime ordinaire , il faut remettre le criminel au juge ecclésiastique; mais lorsqu'il s'agit de tout l'£tat, et même de la chrétienté , pour la conservation desquels tout droit divin , humain et politique ont été faits , on ne doit point avoir égard aux règles particulières : Jn casibus enormibus justifia sœctdaris potest apprehendere et detinere clericos , aUquotiès eospunire.
M Touchant la confession des criminels que les cardinaux disaient pouvoir avoir été extorquée , on répondit que la confession avait été bien faite : on leur répéta comment Simon Bellée avait été pris , l'accident qui lui était arrivé comme par miracle ; comment il nia d'abord que là petite cédule qu'on lui trouva fïit de la main du cardinal', de quelle manière elle fut trouvée , la confession que fit Simon Bellée du mémoire et du lieu ou il allait , qui l'y envoyait , par quelle manière lendits mémoires et lettres lui avaient été donnés , ce qu'il devait faire quand il serait vers monseigneur de Bourgogne , toutes ' choses due ledit Bellée reconnut de sa propre volonté , sans y être contraint , et n'y ayant aucun homme de justice, mais gens de guerre qui par hasard se trouvèrent dans le village cil passait ledit Bellée , et qui , remarquant sa contenance mal assurée , le firent descendre dans l'hôtellerie , oii il confessa ce qu'on vient de dire.
» Ces deux hommes amenèrent ledit Simon Bellée à Amboise vers le roi , et , après avoir oui les choses ci-dessus sans force ni contrainte , on examina ledit Bellée sur certains termes obscurs du mémoire qu'il expliqua : sur quoi le roi , de l'avis des princes et seigneurs de son conseil , fit arrêter le cardinal d'Angers et l'évéque de Verdun , qui étaient alors à Tours , et les fit conduire le lendemain à Amboise.
» On mit le cardinal dans une chambre sur le portail du château , avec neuf ou dix gentilshommes , et l'évéque dans la chambre du gouverneur de Roussillon qui en fut chargé.
M Le lendemain l'évéque de Verdun fut conduit dans une autre chambre , oii Simon Bellée , son domestique , lui fut récolé et confronté et persista dans sa déposition , ce que l'évéque n'osa nier , reconnaissant qu'il n'avait aucun reproche à faire.
» Le jour suivant, la confession de l'évéque de Verdun lui fut lue et présentée , et lui-même l'ayant lue , il la signa sans force ni contrainte.
» Le roi ne voulut pas d'abord qu'on examinât le cardinal , ni qu'on lui confrontât l'évéque de Verdun el Bellée ; il se con-
tenta d'y envoyer le sieur du Bouchage , qui n'est point homme de lettres , pour lui dire qu'il devait confesser ingénuement les choses telles qu'elles étaient. Le cardinal dicta un écrit qu'il envoya au roi , oii il confessait que la lettre et le mémoire étaient de sa main et plusieurs autres choses; mais en tout le reste il ne s'accordait pas avec l'évéque ni avec Bellée ; il demanda à parler au roi , promettant de lui confesser la vérité ; et il était tellement convaincu de sa faute , qu'il voulut plusieurs fois se jeter du haut en has de la fenêtre et se précipiter.
» Le roi fit ensuite condnire en sa présence le cardinal d'Angers , et lui parla pendant deux heures ; et , quoiqu'il convînt de la lettre , du mémoire et souvent de l'interprétation , il désavoua Bellée en plusieurs choses. Le roi le laissa à Montils-les-Blois , lieu de plaisance, en la compagnie de messieurs le chancelier , de Torcy , et du président des comptes , jusqu'à son retour. Alors il le fit ramener à Amhoise , où , après l'avoir détenu quelques jours , il le fit conduire au château de Monthazon , en la garde de M. de Torcy, et il fut toujours hien traité. Cependant on prit Guillaume l'Auvergnac, que ce cardinal avait envoyé en Bretagne ; on arrêta encore maître Pierre Durand , aussi complice de ladite trahison , ce qui effraya fort le cardinal et l'évéque. On envoya messieurs du conseil interroger le cardinal , qui avoua plus de choses qu'il n'avait fait jusqu'alors , et particulièrement les menées qu'il avait faites en Bretagne.
» Sur ce que les cardinaint demandaient d'autres charges et informations , on leur dit qu'ils avaient les lettres que le cardinal écrivait au duc de Bourgogne , le mémoire trouvé sur Bellée , sa confession , celle de l'évéque de Verdun , du cardinal , et de Guillaume l'Auvergnac , ce qui était suffisant pour recevoir le roi comme dé.nonciateur ; qu'on pourrait dire qu'un si grand prince agissait instinctu dwino , et qu'on devait ajouter foi à sa simple dénonciation , non-seulement en cette affaire, mais encore en toute autre de plus grande conséquence ; que les cardinaux devaient ajouter foi aux copies , comme aux originaux , qu'on produirait lorsque le pape aurait nommé des commissaires , et que le roi souhaitait qu'ils fussent plutôt instruits que ses propres commissaires.
» D'ailleurs , les gens d'église ne reconnaissant point la juridiction temporelle , toutes les autres informations auraient été réputées comme non faites.
>» Touchant la manière de procéder , ils déclarèrent qu'ils se rendaient dénonciateurs de la part du roi , qui demandait que les commissaires vinssent en France faire le procès auxdits cardinal et évéque , promettant auxdits commissaires toute sorte de
secours et obéissance due légitimement in spirituab'bus au siège apostolique , espérant aussi que les commissaires garderaient les droits , prérogatives et prééminences du roi et de la couronne de France , qui n'avaient jamais été violés ; et qu'en ces sortes de cas, la punition , correction et le procès se doivent faire par la juridiction ecclésiastique , en ce qui touche le droit commun , et à l'égard du cas privilégié , la connaissance en demeure en la justice du roi , pour l'intérêt dudit seigneur. Sur quoi il y eut beaucoup de répliques de la part des cardinaux.
n Quant à ce qu'ils disaient que sur une simple dénonciation , on ne pouvait donner des commissaires , que les accusés étaient peut-être innocens , qu'ils ne voyaient pas quelle réparation on leur ferait , si lenr innocence était prouvée , ce qui tournerait au grand déshonneur du pape , du sacré collège et de l'église , si la satisfaction n'était proportionnée à l'offense ;
M On répondit que y pour l'intérêt du roi et du royaume y il serait à souhaiter qu'ils fussent innocens , et que , loin de songer aux réparations qu'on leur devrait faire, on devait d'abord craindre le blâme et le reproche qu'on ferait au pape et aux cardinaux , et les iucon venions qui en suivraient si la requête du roi était refusée; qu'on ne demandait que justice , qu'on ne pouvait la refuser à la moindre personne , et encore moins à un roi qui, ayant bien voulu avoir recours au saint-siége, donnait un bel exemple de modération à tous les princes , et qu'en cas de refus , il en pourrait bien arriver à tous les gens d'église des inconvéniens qu'il ne serait pas aisé de réparer.
» Touchant la voie d'inquisition que les cardinaux propo— sërent , il fut dit qu'on aurait lieu de regarder cette inquisition comme un délai , ou plutôt un déni de justice ; que d'ailleurs, sur la dénonciation du roi, on ne pouvait honnêtement accepter cette voie, d'autant plus que les prisonniers n'avaient pas bonne réputation.
M Sur la question si l'on remettrait les prisonniers entre les mains des commissaires du pape, on répondit qu'on ne doutait point que lesdits conunissaires , conservant les droits , privilèges et prééminences de la couronne , le roi ne voulut bien leur remettre les prisonniers , mais que le roi ne pouvait souffrir que les^dits prisonniers fussent emmenés hors des terres de son obéissance. n Premièrement, par le droit naturel, le sujet, dès qu'il est né et avant que d'être chrétien, étant affecté et tenu à son souverain en loyauté , sujétion et obéissance , à quoi on ne peut déroger , quia jura naiuralia invnutabilia suni et incorruptibilia ; le cardinal est sujet du roi , et de plus lui a prêté serment pour plusieurs charges et offices , à quoi il a contrevenu.
« Or de clire qu'en une chose qui touche de si près les droits de la couronne , le roi aille plaider hors de son royaume , et débattre là ses droits et son intérêt , cela ne serait pas raisonnable , et jamais ne fut fait ni se fera , s'il plaît à Dieu ; et il n'y a point de souverain au monde qui le dût faire , à pi us forte raison le roi de France , sur qui on ne devrait pas faire une telle entreprise j quand il y voudrait consentir , ce qu'il ne ferait jamais , sans quoi il manquerait au serment qu'il a fait à son sacre, de garder les droits , prérogatives et prééminences de sa couronne et du . royaume.
» D'ailleurs ce serait aller contre la disposition des lois et des canons. Le cardinal est sujet du roi, attaché à sa personne, demeure dans son royaume, y a été pris; de plus, son crime n'est point de matière ecclésiastique , mais civile et contre le roi et le royaume : comment faire le récolement et la confrontation, s'ils sont nécessaires? Quelles dépenses pour les conduire ! Qui répondra qu'ils ne pourront pas se sauver, qu'on ne les enlèvera pas? Combien de gens peut--etre se trouvent complices, qu'il faudrait arrêter et leur confronter! D'ailleurs quel scandale de leur faire ainsi traverser le royaume , entourés de gardes et d'archers , à la vue de tout un peuple I Enfin les lois et coutumes du royaume y sont contraires , et veulentque le procès se fasse dans le royaume, que le procureur du roi soit ouï , qu'il prenne ses conclusions et demande sentence aux juges dudit seigneur pour son intérêt. Les lois des empereurs doivent être gardées contre les gens d'église et contre les séculiers.
» Les cardinaux , voulant alléguer les décrétales, il fut dit que si notre saint père, du consentement de ses frères, voulait faire une constitution dérogeant à la loi des royaumes , pourvu que ladite loi ne soit point contre l'Évangile ni la foi , ladite constitution de foi serait nulle de plein droit.
» Les cardinaux déclarèrent enfin qu'ils n'avaient fait toutes ces objections qu'afin d'être mieux instruits et de pouvoir mieux instruire le pape , qu'ils n'avaient prétendu donner aucune charge au roi sur la détention du cardinal et de l'évêque , et qu'ils le voulaient servir, pnser et honorer comme le premier de tous les rois chrétiens.
n A quoi les ambassadeurs répondirent qu'ils avaient été obligés de suivre leurs instructions , qui avaient paru si justes à tout le conseil du roi , qu'ils ne pouvaient les faire autrement , et qu'ils espéraient que le pape leur accorderait leur requête.
» L'affaire ayant été suspendue à cause des fêtes, il y eut en^ core plusieurs consistoires sur cette matière. La plupart des cardinaux voulaient que les prisonniers fussent amenés à Rome ou
à Avignon, et le pape en parla aux ambassadeurs, relevant, comme avaient fait les cardinaux, l'honneur et la dignité du pape , du sacré collège et de l'église ; il offrit d'envoyer des gens simplement pour informer ; mais les ambassadeurs demeurèrent fermes dans leurs instructions.
» Le mardi, 29 de janvier i4fo » 1^ consistoire s'assembla ex-> traordinairement , et les ambassadeurs s'y trouvèrent avec M*. Falco de Sinibaldis seul , le pape le souhaitant ainsi.
» Le pape témoigna que lui et tout le sacré collège auraient fort souhaité que le roi n'eàt point tant pressé pour faire Balue cardinal, qu'il l'avait créé contre son gré, sa réputation étant telle qu'il ne méritait pas de l'être , qu'il avait oui les crimes commis par lui contre un roi à qui il avait tant d'obligation , que le saint-siége devait la justice à tout le monde , et encore plus au roi de France , qui avait rendu tant de services à Végiise , et qu'il avait nommé les six cardinaux avec qui les ambassadeurs avaient déjà communiqué plusieurs fois. »
( Cousinot, après avoir exposé ce qui regarde le cardinal Balue, continue ainsi sa relation) :
En attendant que nosdits commissaires lussent prêts , nous tirâmes vers notre saint père , pour lui faire quatre supplications de par le roi , selon la teneur de nos secondes instructions.
La première, qu'il plût à notredit saint père donner la légation d'Avignon à monseigneur l'archevêque de Lyon.
Secondement , nous lui suppliâmes qu'il lui plût créer et pr<v noncier cardinal monsieur l'évéque du Mans , frère de monsieur le connétable et prochain parent du roi , remontrant à notredit saint père comme le roi, par plusieurs fois, lui en avait écrit , et qu'il lui semblait que la personne dudit monsieur du Mans valait bien d'être constituée en telle dignité , comme de cardinal , tant pour l'honneur de ses prédécesseurs , dont il était descendu , c'est à savoir du comte Henry de Luxembourg, qui fut empereur, que pour les vertus et mérites qui étaient en sa personne , et valaient bien qu'il pût être colloque en une telle dignité , et mêmement qu'il avait laissé le monde pour prendre l'état de l'église en pauvreté , si était de bonne vie et renommée , et si avait eu deux de ses prédécesseurs cardinaux , dont on tenait et réputait l'un pour un saint en paradis, c'est à savoir saint Pierre de Luxembourg ; et d'autre part , depuis que notredit saint père avait été assis au saint siège apostolique , il n'avait fait aucun cardinal français ; car nous ne réputons plus le cardinal d'Angers cardinal, et nous en faut un autre , et toutefois il avait fait quatre ou cinq cardinaux depuis qu'il était pape. En lui remontrant en outre que c'était de l'autorité du roi et de la grandeur et ex-
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tension du royaume , et qu'il y avait cent un eTechés , et onze archevêchés , et tant d'abbayes et grands prieurés, tant de notables églises en France , cathédrales et collégiales, qu'à peine les pourrait-on nombrer; et plus tenait l'église en France quatre fois plus que toute l'église d'Italie ,et si en venait chacun an plus de profit à cour de Rome , que quasi du tiers ou de la moitié de chrétienté. Et de dire que les Italiens eussent treize à quatorze cardinaux , et pour tout le royaume de France il n'y en eût que quatre , et que notredit saint përe voulsist faire difficulté à la requête que le roi lui faisait, et par plusieurs fois avait faite pour ledit monsieur du Mans , touchant le fait de ladite cardinalité , et à quoi messieurs de Guyenne , messieurs de Galabre , de Bretagne , et autres plusieurs s'étaient conformés par leurs lettres avec le roi , en faveur de mondit seigneur du Mans; pour les causes que dessus , il semblerait au roi , au royaume et aux seigneurs qui eu avaient écrit, bien fort étrange y en supliant à notredit saint père et à messieurs du collège , et par plusieurs et diverses fois , étant notredit saint përe ahdit collège et hors d'icelui , et pareillement à mesdits sieurs du collège en l'absence de notre saint père , qu'ils voulsissent avoir regard en ces choses, et obtempérer à la requête que le roi et lesdits seigneurs faisaient à notredit saint père en cette partie.
La tierce requête était qu'il pl&t à notredit saint père pourvoir des bénéfices que ledit cardinal d'Angers tenait et possédait au temps qu'il avait été mis en garde et sûreté , à aucuns notables personnages plus à plein contenus et déclarés en nos instructions , lesquels particulièrement nous lui nommâmes, et les bénéfices que le roi requérait pour eux , la qualité de leurs personnes ^ les services qu'eux et leurs parens avaient faits et faisaient chacun jour au roi , et l'affection et vouloir*que ledit seigneur avait en cette partie , et les causes pourquoi ; et tant en cette matière , comme es autres deux dessus touchées , et dîmes , et fîmes et persuadâmes tout au mieux qu'il nous fut possible , et beaucoup plus amplement qu'il n'est dessus contenu.
La quarte requête fut touchant le fait de monsieur d'Avignon, afin qu'il plût à notredit saint père lui bailler la légation de France, dont autrefois le roi lui avait écrit, et lui avait été rapporté par maître Olivier le Roux , que notredit saint père n'était content , pour ce que le roi certifiait de rechef qu'il le désirait ainsi. Et aussi lui fîmes requête pour mondit seigneur le cardinal d'Avignon , que le plaisir de notredit saint père fût de lui donner provision de vivres pour le temps qu'il avait vaqué en la charge qui lui avait été commise de par ledit saint père pour venir en France , dont il n'avait été payé que pour six mois , et toutefois il y avait vaqué
plus de dix-hait mois , et à tout le moins que s'il y avait aucune chose du fait de la décime , qu'il plût à notredit saint përe l'appointer sur ce. En outre lui requîmes que son plaisir fàt d'avoir pour recommandé ledit monsieur d'Avignon an premier bon évéché y archevêché ou abbaye qui vaquerait en France , et qu'en cas que notredit saint père le pourvoirait d'aucun archevêché ou évéché , ainsi que dessus , son plaisir fût de donner l'évéché de Dol , que tient ledit monsieur d'Avignon , à son neveu.
Sur lesquelles quatre requêtes notredit saint përe nous fit réponse en la manière qui s'ensuit.
Qu'en tant qne touche la légation d'Avignon , notredit saint përe était bien recors que le roi l'avait par plusieurs fois sur ce fait requérir , premiërement pour l'archevêque d'Auch y et secondement pour ledit monsieur de Lyon , et que notredit saint përe avait été par plusieurs fois requis et fort pressé au nom du roi et de par le feu duc de Milan , pour ledit monsieur d'Auch , et que depuis , pour aucunes causes qu'ai ce meure le roi , notredit saint përe fut bien informé et averti que le plaisir du roi n'était pas que ledit archevêque d'Auch eût ladite légation. '
Et aprës le roi écrivit par plusieurs fois à notredit saint përe qu'il lui plût donner ladite légation à mondit seigneur de Lyon , et y eut plusieurs allées et plusieurs venues touchant ladite matière 9 et eut l'archevêque de Milan certaines instructions pour en parler , lesquelles notredit saint père nous montra.
Et aprës plusieurs remontrances , notredit saint përe fut content que mondit seigneur eût la légation moyennant deux conditions. L'une que le roi s'obligerait à notredit saint përe , que toutes et quantes fois que lui ou ses successeurs requerraient mondit seigneur de Lyon de leur bailler et restituer Avignon , et les places de par delà et de la comté de Venaissin , ils les rendraient et restitueraient avec tout ce qui leur «erait baillé de la terre d'église ësdites marches ^ sans aucun contredit ou difficulté , refus ou délai sous quelque couleur ne condition que ce fût. La seconde condition était que ledit monsieur de Lyon s'employât an fait de la pacification du roi et de monsieur de Guyenne. Tiei^ cernent , qu'il ne lui apparaissait point du consentement de mondit seigneur d'Avignon, et par conséquent > ne lui semblait pas qu'honnêtement ne licitement , il pût bailler ladite légation , et que , s'il venait à la bailler, il ne le pourrait bonnement faire sans l'avis et le consentement des cardinaux ; et quand il demanderait leur avis et consentement, il lui semblait bien qu'ils ne le feraient jamais, pour ce que la matière touchait ledit cardinal absent , non ouï en ces choses, ne récompensé ; et que quand on ouvrirait cette voie , il leur semblerait que ce serait un t^p grand pré-
juclîce pour eux pour la conséquence , et à peine s'y voudraient jamais consentir, pour laquelle cause il était en grande perplexité de ce qu'il avait à faire : car d'un côté il voudrait bien complaire au roi, s'il lui était possible ; et d'autre part il voyait qu'il ne le pouvait bonnement ne licitement faire; ainsi il ne savait que dire. Toutefois il mettrait volontiers les choses en délibération en consistoire , et y ferait ce qu'il pourrait y et néus dirait ce qu'il aurait trouvé.
Sur lesquelles choses nous fîmes plusieurs répliques , et par divers jours et en plusieurs manières ; et entre autres lui dîmes qu'au regard dudit scellé qu'il demandait , le roi l'avait une fois baillé à notredit saint père , et notre saint père s'en était tenu content , et quant aux conditions dont dessus est faite mention , elles étaient accomplies ; car, Dieu merci , la paix était faite entre le roi et mondit seigneur , son frère , et que tant en cela , qu'au fait de la paix du roi et de monseigneur de Bourgogne ^ mondit seigneur de Lyon s'y était employé au mieux qu'il avait pu , et eu telle manière que le roi en était très-content , l'avait en sa singulière recommandation , l'aimait très-fort , et nous avait char* gés en certifier notredit saint père.
Au tiers point du consentement de piondit seigneur d'Avignon touchant ladite matière , répliquâmes que nous n'avions jamais rien entendu dudit tiers point , et il n'était point contenu es articles qui autrefois avaient été baillés touchant ladite matière , et ne s'attendait point le roi , qu'à cette occasion on y dût faire aucune difficulté , et pour ce nous semblait qu'on ne s'y devait point arrêter , et mémement que notredit saint père avait bien de quoi récompenser mondit seigneur d'Avignon ailleurs , et si voyait les requêtes que le roi faisait pour lui es autres matières.
Auxquelles choses et à chacune d'icelles notredit saint père fît plusieurs dupliques et insistances , et fat la chose fort débattue , tant en consistoire comme dehors , et à la fin notredit saint père nous fit réponse qu'il en avait parlé à ses frères les cardinaux, et qu'en ce qu'il pourrait complaire au roi il le ferait de bon cœur , et chargerait messire Falco d'avertir le roi des difficultés qui étaient en ces matières , et lui ferait faire aucunes ouvertures, lesquelles il pensait qui lui seraient bien agréables.
Touchant la seconde requête qui était pour le fait de M. du Mans , afin de le faire cardinal , etc. , notredit saint père nous dit que quand il fut assumpt au saint-siége apostolique , avant son assomption , lui et tous les autres cardinaux firent certains sermens solemnels dedans le conclave , et depuis qu'il fut assumpt il les ratifia , et de rechef les jura et promit ; et entre les autrjes qu'il ne créerait aucun cardinal , sinon par l'avis et
du consentement des autres cardinaux; qu'on ne le fit autrement , ne jamais ne fera ; que par trois fois il avait mis en délibération au consistoire de faire cardinal M. du Mans , par quoi il ne pouvait voir que pour cette heure la chose se pût faire.
D'autre part y il disait que le roi lui avait de'sa main écrit par plusieurs fois que , s'il plaisait à notredit saint përe créer Balue cardinal , lesquelles lettres étaient encore in rerum nature , il ne requerrait jamais notredit saint përe de faire aucun autre cardinal français.
Nous dit aussi en outre que les retenus de l'église étaient fort diminués , et les charges crues ; que quand il y a grande mul* titude de cardinaux , il n'est pas possible au siège apostolique de leur pourvoir ainsi qu'il est accoutumé de faire ; que nous avions six cardinaux français ; qu'en Elspagne ne en Portugal n'y en avait point ; qu'en Angleterre n'y en avait qu'un ; qu'en Hongrie n'y avait point ; que chacun en demandait , comme raison était ; que quand on en ferait encore un français , ce serait grand'charge pour le siège apostolique , et que les autres nations en crieraient et auraient cause d'eux douloir. Toutefois la personne de mondit seigneur du Mans lui revenait très-bien , lai semblait notable prélat , l'aimait fort et eût bien voulu qu'il eAt été cardinal , s'il n'eût tenu qu'en lui ; mais il ne voyait pas que pour cette heure il le pût faire , et qu'il convenait qu'il eût encore un peu de patience.
Sur lesquelles choses nous fîmes plusieurs répliques , tant à notredit saint përe à part, comme au consistoire. Au regard des lettres qu'ils disaient que le roi i^it écrites à notre saint përe de sa propre main , en faveur dudit Balue , nous dîmes que nous ne sçavions rien de cette matière , et ne cuidions point que lesdites lettres fussent écrites de sa main ; mais ledit cardinal Balue était assez fin homme pour donner cela à entendre à notredit saint përe et au collège , pour venir à ses fins , ainsi 'qu'en autres choses il avait bien fait. Et au regard des charges que notredit saint përe disait que le saint-siége apostolique aurait s'il y avait tant de cardinaux , comme chacun requérait , il faudrait que la portion des autres diminuât ; nous remontrâmes que , selon les anciennes ordonnances et constitutions de l'église , il y devait avoir cinquante-un cardinaux ; sçavoir : sept évéques, vingt-huit prêtres et seize diacres ; que le nombre de beaucoup n'était pas rempli , et que , pour créer un cardinal à la requête du roi , le siège apostolique n'en serait pas fort chargé , ne la portion des autres cardinaux n'jen diminuerait de guëres.
Secondement , notredit saint përe n'avait fait aucun cardinal français depuis qu'il était pape , et se on voulait dire que ledit
Balue était cardinal , nous ne le tenions plus pour tel , et nous en fallait un autre.
Tiercement , est bien autre chose de l'église de France que de réglise des autres nations , et doit-on bien avoir autre regard aux prières du roi que des autres princes , et était beaucoup mieux dû à la France avoir cinq , ou six , ou sept cardinaux , qu*à l'Italie qui n'est pas le tiers de France , touchant le fait de l'église , et néanmoins ils en avaient treize ou quatorze ; et semblait être grand'foule pour le roi quand on lut dénierait sa requête en cette partie. Et pour ce , en retournant à notre première requête pour ledit monsieur du Mans , afin qu'il fûc cardinal , suppliâmes avec grand'instance, qu'elle nousi fût admise et accordée, et qu'il fût créé et publié cardinal, ainsi que le roi requérait.
Sur lesquelles choses y eut plusieurs collocntions et communications , et par divers jours ; et à la fin , notre saint père nous dit que nous certifissions le roi, qu'il ne ferait ne créerait aucuns cardinaux , jusqu'à ce qu'il eût des nouvelles dudit seigneur, et que nous lui fissions relation, des difficultés qui étaient en cette matière , et que sur tout le roi eût bon avis , et que notre saint père ne déniait pas audit monsieur du Mans qu'il ne fût cardinal, ne qu'il le pût bien être ; mais , pour cette heure , il n'y pouvait autre chose faire , et qu'il espérait que le roi connaîtrait par effet qu'il lui voulait complaire en tout ce qu'il pourrait.
Suite de lettres rangées suwant l'entre des années
et des affaires.
« Le roi y craignant que la guerre ne s^allumit , donna n ordre à Bourré et à Briçonnet d'engager Warwick k re- » passer en Angleterre. (P* 199*) ^
Lettre du Roi à Bourré, sieur du Pkssis,
AloNSiEUR du Plessis , vous sçavez assez le désir que j'ai et dois avoir du retour de Warwick en Angleterre , tant pour le bien que ce me serait de le voir au dessus de ses querelles , ou à tout le moins que par son moyen le royaume d'Angleterre fût en brouillis , comme pour éviter les questions qui , pour sa demeure par deçà , pourraient advenir , dont vous en avez connu des Gommencemens ; pour quoi vous prie que mettiez peine ^ tant de vous même , comme en sollicitant monsieur l'amiral , monsieur de Goncressault et autres de par delà , de tellement besongner aVec ledit monsieur de Warwick, qu'il parte pour aller audit pays d'Angleterre le plus prestement que faire se pourra ; et pour se faire lui dire toutes les causes et raisons dont vous et eux 2. 36
sçaurez aviser ; maïs j'entends que ce soit par toutes les plus douces voix que pourrez , et en mauicre qu'il n'aperçoive que ce soit pour autres fins que pour son avantage ; et aussi ferez ap-
f>réter de mes navires pour le conduire , si sans conduite ne vouait partir ) car vous sçavez que ces Bretons et Bourguignons ne tendent à autres fins que de trouver moyen de rompre la paix , sur couleur de la demeure dudit de Warv^ick par deçà, et partant commence^ la guerre , laquelle je ne voudrais point voir com-r mencëe sur cette couleur : et pour ce que vous connaissez mes affaires plus que autres , et que j'ai toute ma fiance en vous , je n'écris à présent à nul qu'à vous de cette matière : si vous prie , monsieur du Plessis , que vous y besongniez en manière que je connaisse le vouloir qu'avez à me bien servir au grand besoin. Donné à Ajuboise , le 22'. jour de juin* I^ts, Et plus bas^ Jehan Le Clerc,
(Jean Bourré, sieur du Plessis, secrétaire de Louis XI, avait beaucoup de part à la confiance de ce prince , comme on le voit dans plusieurs lettres de celuir-ci. )
Jjettre du roi au méme^
JVLoNSiEUR du Plessis , j'ai reçu vos lettres faisant mention de$ causes pour quoi vous semble que monsieur de Wanvick n'est pas si près d'aller en Angleterre , comme je l'entends ; pour quoi comme tous avez à vous gouverner toucbant l'argent : vous avez déjà sçu comme larefne d'Angleterre et ledit de Warwick se doivent assembler au Mans, là oii ils auront tôt fait ou failli, pourquoi ledit de Warvrick n'aura cause défaire plus long séjour par deçà ; mais , au regard de l'argent , je crois votre avis , sinon que vissiez qu'autrement faire fût cause d'abréger la matière , et que connussiez qu'il en fût nécessité. Je réponds à monsieur l'amiral de tout le surplus. Donné à Tours le troisième de juillet, Lots. Et plus bas ^ Le Clerc.
jiu tnémCt
AloNSiEUR du Plessis , n'a guères ai envoyé messire Yvon du Fou par delà , pour mettre le fait de monsieur de Warwick en sûreté , et présentement lui mande qu'il mette telle provision et ordre que les gens dudit monsieur de Warwick n'ayent point de nécessité jusqu'à ce qu'ils soient par delà. Aujourd'hui avons fait le mariage de la reine d'Angleterre et de lui (i) , et demain espère l'avoir du tout dépéché prêt à s'en partir. Dieu m^erci et
(i) Cestnà-dire da prince de Galles , ftlt de Marguerite d'Anjou , arec no« fille du comte de Warwipk,
DE LOUIS Kï. 557
I^otre-Dame , avons les scellés de Bretagne, et sommes de tout point amis , monsieur de Lescun et moi , et par ainsi sommes sûrs de ce côté : vous verrez ce que j'écris audit messire Yvon. jJe vous prie que vous faites ce qu'il vous dira , et que n y épargniez rien , en manière que les gens dudit de 'VVarwick n'ayent aucune disette ou nécessité , et qu'ils ne se malcontentent ; et vous y employez vous et le général , ainsi que j'en ai en vous jnsL fiapce. ^crit ^u Pont^derCée ^ le 25 juillet. L0Y9.
uiu même.
lyLoNSiEnR du Plessis, vous sçavez comme j,e vous chargeai, .des Tours , de faire incontinent partir le clerc du trésorier des guerres avec Fargent que j'avais ordonné pour les gens d'armes à ^on frère monsieur le connétable ; toutes voyes il m*'a écrit qu'il n'a nulles nouvelles dudit clerc, ni d.e l'argent, dont je ne suis pas content de la diligence qui y a éjLé faite ; et pour ce envoyez incontinent après pour le faire hâter, et ne vous excusez pas, .disant que vous l'aurez dit au trésorier des guerres ; car , se faute y a , je m'en prendrai à vous. Car^ par votre faute et celle dudit trésorier , vous n^e pouvez faire un grand dommage que vous ne me sçauriez réparer. Je vous ei^voye les lettres que ledit pionsieur le connétable m'en a écrites. Ëorit à Notre-Dame-de- Selle , le troisièmje jour de juin. Loys. Et pli^s bas, Tilhart.
Au mémp et à Gaucovrt.
vil. o N s 1 E tj fi de Gaucourt ^ et vous M. du Plessis , pour ce qu'il y a long-temps que je n'ai eu nouvelles de messire Guerault Desplaces, qui, comme vous sçavez, tient la place deRoquemore, qui est bonne place et forte ^ et aussi que son frère et tous ses ^mis se sont rendus Aragonais ; je ne sçais s'il me voudrait point faire un tel tour qu'ont fait les autres ; je lui écris des lettres, iesqu.elles je vous envoyé , aÇn qu'incontinent il s'en vienne devers moi ; voyez-les , et si elles vous semblent bien , envoyez-les lui par homme qui parle à lui , et entende son vouloir, et si vous voyez qu'il fasse difficulté de venir , c'est mauvais signe ; car par cela vous pourriez connaître une partie de ce qu'il a intei^on de faire; si vous connaissez qu'il voulsist faire quelque mauvais )C0up, ou qu'il fît difficulté de venir devers nioi, vous le devez semoncer de mettre la place en ma main, et s'il la vous refuse ^ incontinent vous devez assembler des gens du pays et autres que avisere^s pour lui mettre le siège devant, et de tous points 1^ inettre en mon obéissance. Si vous prie que y faites diligence ^ -
en manière que aucmi inconvénient n'en puisse advenir. Ecrit a Montsoreau , le vingUhuitiëme jour de juillet. Lots. Et plus bas,
TaHAAT.
Lettre du roi au comte de Dammartin.
iVLoNSilUElegrand'-inaître, j'ai vu les lettres que m'avez écrites touchant le faitde la ville d'Auxerre; il me déplaît des commissaires quiy ont Aé; et en tant que touche Buteaux , faites le prendre et qu'U soit bien examiné, et s'il est trouvé qu'il ait failli, je veux qu'il soit trës^bien puni ; si vous pouvez trouver façon d'avoir ladite ville d' Anxerre y je vous prie que le fassiez; mais ne faites nulle guerre , et ordonnez à ceux que vous avez mis en garnison , qu'ils se gouvernent bien , par manière qu'ils ne m'acquièrent nuls ennemis , et qu'ils attirent à eux tout ce qu'ils pourront , et les instruisez et enseignez tout le mieux que pourrez tendant à cette fin. Mon frère de Guyenne s'en alla hier bien content, aussi la reine d'Angleterre et madame de Warwick s'en iront demain. Mon frère le connétable et le maréchal Joachim se partiront demain ou samedi , et un chacun s'en ira faire ses diligences. J'ai bien espérance que de votre part vous les ferez bonnes. Faites-moi souvent sçavoir de tout ce qui vous surviendra ; mettez toujours des gens à pratiquer avec ceux d'Auxerre , et vous en allez à Beauvais ; car monsieur de Torcy s'en ira demain. J'ai bien espérance que vous besongnerez bien ; je ne cuide onc mettre commissaire Buteau , et avait été baillé une commission au neveu de l'évêque d'Auxerre. Ecrit à Attboise^ le i3 de décembre. LoYS. Et plus bas , Ddhoun.
« Le duc de Bourgogne publia un manifeste , par lequel jè il prétendait que Baudouin , bâtard de Bourgogne , » Chassa et plusieurs autres avaient comploté de Tassassi- » ner ou de Fempoisonner. (P. ao2«) »
De par le duc de Bourgogne*
JLRÂs-CHiERSet bien amés , puisque vous désirez toujours être avertis de nos grandes afiEûres , mémement de ce qui peut concerner rétat de notre personne et de la chose publique de nos pays ; il est vrai que n'a guères est venu à notre connaissance , et avons certainement été avertis et informés que comme nous eussions , environ y a un an , envoyé devers notre trës-chier et très-amé frère et cousin , le duc de Bourbon , qui lors était devers le roi pour le fiiit ^e l'appaisement de certain différent étant
entre notredit frère et cousin d'une part , et notre très-chier eM trës-amé cousin le comte de Baugejr, seigneur de Bresse, d'autre ; un nommé Jehan d'Arson , lequel de long-temps avait ëtë nourri en l'hôtel de notre trës^hier seigneur et père que Dieu absolve , et depuis son trépas l'avions pourvu en l'état de notre panetier, servant notre bouche, et aussi étant maltre^'hotel de notre très-chier et féal chevalier , conseiller et premier chambellan , messire Antoine , bâtard de Bourgogne , et gouverneur de la personne de monsieur Philippe de Beure , son fils ; icelui Jehaa d'Arson , en lieu de nous faire service en la charge qu'il avait de nous , prit et accepta charge de conspirer et contracter avec messire Baudouin*, lors appelé bâtard de Bourgogne, de nous tuer et faire mourir par glaive ou par venin , pour après envahir et prendre nos pays et seigneuries , comme abandonnées et sans défense , el iceux partir et diviser , et butiner entre aucnns tant de France que d'Angleterre et autres : à laquelle conspiration et conjuration ledit maître Baudouin , ingrat, méconnaissant de la grâce et honneur qu'il avait d'être tenu et renommé bâtard de Bourgogne , à la nourriture qu'il avait eue en notre maison , et des grands biens qu'il avait de nous tant en terres , seigneuries et chevance , j qu'en bonne et grande pension, et aussi en plu* sieurs dons et bienfaits qne souvent il avait de nous extraordmaî* rexnent , se consentit et accorda sous espoir et espérance de , après qu'il aurait fait et exécuté ladite danmable entreprise et conspiration , soi retraire devers le roi, et avoir de lui charge de gens d'armes , pension et autres bieùs , ainsi que par ledit Jehan d'Arson lui avait été dit et exposé par la charge qu'il avait du ro!. Depuis après que ladite conspiration et conjuration fut ainsi pourparlée , conclue et accordée entre ledit messire Baudouin et Jehan d'Arson, et qu'ils s'en furent découverts à messire Jehan de Chassa , lors notredit serviteur en état de chambellaii ordinaire, icelui messire Baudouin se délibéra d'envoyer ledit messire Jehan de Chassa devers le roi, pour assurer et arrêter à son appointement , afin de plus assurément procéder à l'exécution de ladite entreprise , et tellement qu'icelui de Chassa , sont environ trois mois , du sçu et à la requête de maître Baudouin , se partit tellement sans licence de notre hôtel et de nosdits pays , et s'en alla devers le roi, lors étant en son châtel d'Amboise, vers lequel, après qu'il a demouré certain espace de temps , il a assuré et arrêté la provision que ledit Baudouin aurait tant de pension comme de charge de gens d'armes et autrement, incontinent après qu'il aurait fait et exécuté ladite entreprise damnable sur notre personne , se faire le pouvait ; et s'il faillait et fût en doute / d'être découvert, tantôt qu'il se serait retrait devers le roi. Par
5t)o falSTOIRE
laquelle conclusion et assurance de ladite provision signifier et faire sçavoir par deçaj icelui de Chassa, par l'ordonnance et commandement du roi, dépécha , un jour ou deux avant la Saint Martin d'hyver dernier passé, un sien serviteur en qui il avait parfaite fiance, auquel le roi , au parc de Montils-les-Tours parla sûrement i ledit de Chassa , vu que lesditës enseignes ne semblaient audit serviteur assez connues, lui en fît bailler en sa présence d'autres plus espécialés par Le seigneur de Crussol , d^au*^ cunes choses qu'il avait faites par deçà , dès que lé roi l'avait envoyé devers nous , et ledit serviteur ainsi dépêché avec aucunes lettres , le fit accompagner par un page dudit sieur de Crussol i pour avoir plus grande crédence, se besoin était ; et incontinent qu'icelui serviteur fut arrivé en notre ville de Saint-Omer , que, soi illec tenant secrètement , eut fait sçavoir sa venue à ceux auxquels il avait à parler , et que nous , de ce avertis , Je fîmes prendre pour l'amënei* devers nous , ledit maître Baudouin ^ sçachant que ledit serviteur venait dudit Chassa , et que par lui nous pourrions sçavoir et entendre ladite conspiration , soudai-* uement et avant que ledit serviteur fût arrivé devers nous, se partit à trës-grand'hâte , en délaissa iit leurs gens , chevaux et bagages , comme fugitifs , doutant d'être atteints et convaincus d'icelle conspiratiod , et s'en sont allés devers le roi ; lesquelles choses , trës-chiers et bien amés , pour ce que sçavons et connaissons avoir été prescrit, et gardé de ladite conspiration et conjuration par la seule bonté et démence de Dieu , notre créateur , dont ne lui pouvons à suffisance rendre grâces et louanges; nous vous avons voulu bien à plein signifier et écrire , et vous Inandons trës-expressément la grande et singulière grâce qu'il a plu à Dieu faiire à nous et à nos pays et seigneuries , en nous jpréservant de ladite conspiration , vous lui rendiez et fassiez rendre grâces , tant par processions publiques et solèmnelles , messes et prédications , qu'autres dévotes prières et Oraisons , en lui priant dévotement et de cœur, que d'icelles et semblables Conspirations , trahisons et autres incotivéniens , par sa pitié et miséricorde veuille toujours ci-après garder , préserver et défendre notfe personne , nosdits pays, seigneuries et vous , sujets très-chiers et bien amés; notre Seigneur soit garde de vous. Ecrit en notre châtel de Hesdih, le treisième jour de décembre; Taii 1470* Charles. Et plus bas , Le Gros.
Réponse à la lettre précédente.
o M M £ il soit venu à la connaissance de moi Jehan de Chassa) chevalier , seigneur dudit lieu de Chassa , que Charies^ soi disant
DE LOUIS XL • 66t
dac Ae Bourgogne , ait envoyé en plusieurs et divers lieux lettres
signées de sa main , et de Jehan Le Gros , son secrétaire , écrites
à Hesdin le treizième jour du mois de décembre dernier passé »
par lesquelles il s'efForce de, faussement et contre vérité, me
donner charge et imposer que M» Baudouin ^ bâtard de Bour-»
gogne , chevalier , et Jehan d^Arson , écuyer , s'étaient dccou'^
verts à moi d'une entreprise et conspiration qui par eux avait
été faite de le tuer et faire mourir par glaive ou par venin , dont
onc en ma vie ne sçus rien et n^ouïs parler. Considérant que
c'est matière qui touche mon honneur si grandement , que je ne
puis, ne me dois passer, ne dissimuler une si déloyale et inique
calomniation , sans y faire honnête et véritable réponse , ainsi
qu'à un gentilhomme appartient, afin que la vér^é en soit con«
nue et manifestée partout , j'ai bien voulu écrire ces présentes et
autres semblables signées de ma main et scellées du scel de mes
armes, par lesquelles jecertifie et affirme sur mon» honneur , et
de ce appelle Dieu à témoin , que onc ledit maître Baudouin ,
bâtard de Bourgogne , ledit Jehan d'Arson , ne autres ne me
parlèrent de conspiration ne entreprises quelconques contre la
personne dudit Charles de Bourgogne, et ne sçais qu'ils, ne aucun
d'eux , eussent vouloir ou intention de le tuer ou faire mourir
par quelque manière que ce soit, ne autrement lui faire ou
pourchasser mal en sa personne , et onc n'ai volonté de faire ne
conspirer contre sa personne , non plus que contre la mienne ^
et prends sur Dieu et sur mon âme que de la charge que ledit
Charles de Bourgogne m'a donnée par lesdites lettres, lui et tous
ceux qui le voudraient dire ont faussement et déloyaument
menti; et s'il y a personne qui le veuille maintenir, offre sur
cette querelle le combattre , et lui en répondre et faire bon de
mon corps en la présence du très-chrétien roi de France, qui est
de droit juge et souverain seigneur dudit Charles de Bourgogne ,
et , moyennant Taide de Dieu et ma bonne et juste querelle ,
lui en faire dire et reconnaître la vérité t et , quant à ce que
ledit Charles , soi disant de Bourgogne , dit que je m'en suis venu
et absenté de sa maison et de ses pays sans son congié , il me dé«
plait de tout mon cœur , mémement parce que autrefois )e l'ai
tenu et réputé mon seigneur naturel^ à cause de ce que je suis
né de la comté de Bourgogne y qu'à présent il me faille déclarer
chose qui touche son honneur ; mais puisque par sesdites lettres
il veut publier et .coulorer sa fausse et déloyale accusation sur
mon département , contrainte et nécessite m'est, pour mon
honneur, et pour la vérité de ma justice et innocence, de dire et
déclarer, non sans grand déplaisir , la cause qui m'a meu de ce
faire , laquelle est pour les trcs-viles , très-énormes et déshou-
nétes choses que ledit Charles de Bourgogne, lorsque j'étais devers lui, fréquentait et commettait contre Dieu , notre créateur, contre nature et contre notre loi ; en quoi il m'a voulu attraîre et faire condescendre d'en user avec lui ^ et , s'il veut dire le contraire , j'offre sur cette querelle de combattre devant ledit trës^hrétien roi de France , son souverain seigneur , pour les* quelles choses fouir ,' et pour eschever le danger de l'ire de Dieu , et de la conversation de celle déshonnéte et abominable vie , je me suis , à bonne et juste cause , départi de sa maison pour crainte de sa fureur et tyrannie , m'en suis venu sans congié , et aï trop mieux aimé laisser tous les biens, terres et seigneuries que par la succession de mes prédécesseurs Dieu m'a donnés y. et que je tenais et possédais en sa sujétion , que de me soumettre au danger de 'si grièvement offenser Dieu, mon. créateur , et blesser ma conscience et mon honneur. Et combien que, comme dit est , je sois né et mes prédécesseurs extraits de la comté de Bourgogne, à cause de quoi ledit Charles, soi disant de Bourgogne^ se maintient être mon seigneur de naturel : partant ne s'ensuit^il pas que moi , ne autre quelconque qu'il voudrait dire son sujet , soyons tenus de lui obéir ne le respecter pour notre seigneur et notre prince en cette si très-détestable et déshonnéte vie , dont l'énormité est si grande, que par la seule parole l'air eu est corrompu et infect ; mais , selon toute vertu et en honneur , peuvent et doivent tous ses sujets l'abandonner et rebouler la sujétion d'un tel homme , pour vivre et converser sous la règle et obéissance de la loi de Dieu, contre laquelle il n'y a sujétion , ne autre lieu à quoi l'on puisse être tenu ne astreint ; et la cause qui mV meu de m'en venir au royaume et en l'obéissance dudit très-chrétien roi de France, a été pour pouvoir en sûreté mieux et plus honnêtement vivre. Et au regard de ce que ledit Charles de Bourgogne dit par sesdites lettres que j'avais envoyé un mien serviteur devers ledit messire Baudouin, bâtard de Bourgogne ^ pour le fait de ladite conspiration » ce sont menteries faussement et mauv aisément con trouvées ; car je ne l'envoyai point pour cette causé , et onc n'en eus affection ne volonté : mais bien est vrai que , certain temps après mon département , j'envoyai mondit serviteur pour aucunes affaires; aussi je ne dénie pas que je ne les y envoyasse pour parler à aucuns de mes parens et amis étant en l'hôtel dudit Charles , soi disant de Bourgogne , et les admone.ster d'eux départir de la sujétion et du lieu oii ai vicieuses et déshonnêtes choses se fréquentaient , en les conseillant , pour leur sûreté , de venir sous l'obéissance dudit roi trèschrétien , sous lequel ils pourraient vivre vertueusement en gardant leur honneur et leur conscience ; et y être pourvus et avoir
âes biens seloti leurs vertus et mérites. Toutes lesquelles choses dessusdite^ je certifie et afiirme sur mon honneur et ma conscience être vraies : et en témoin de ce j'ai signé cea présentes de ma main , et fait sceller du scel de mes armes , le trentième jour de décembre y Van de grâce i47o> Signé, Jehan de Chassa.
(Baudouin, bâtard de Bourgogne, publia aussi un manifèlste pareil à celqi de Chassa. )
' . . I - !■ ■ I ■ .11 . ■ ■ , III , Il I
« Damraartîn ayant fait passer sa cavalerie au-deU de la » Somme, le roi en eut de vives inquiétude!) etc. (P* 207*)»
Lettre du roi au bâtard de Bourbon , amiral de France.
JVLoN fils, le chemin que le duc de Bougogne prend , est pour aller à Corbie. Je vous envoyé le double des lettres que j'ai écrites au comte de Dammartin ; il ne m'a point fait de réponse, et si les a des lundi ou mardi au matin , ne je n'ai onc nouvelles de lui , je ne sçais s'il avait mis le siège à Corbie , ou s'il veut attendre la puissance du duc de Bourgogne. Mon fils , je ne vis onc si haute folie que d'avoir fait passer la rivière aux gens qu'il a, ou mieux courir au grand déshonneur ou grand dommage; je vous prie , envoyez-y quelques gens , pour sçavoir comment il s'y gouverne , et m'en faites sçavoir des nouvelles deux ou trois fois le jour; car je suis en grand mal-aise, doutant que le grandmaître ait fait du hardi merdoux, et si Dieu ne le sauve et Notre-Dame , et sa compagnie , qu'ils ne se perdent par leur défaut; il me semble que le duc de Bourgogne est défait, et s'il vient une fois au mont St.-Quenlin sur Péronne , je ne l'éloignerais de cet an, que^ je puisse. Ecrit à Noyon, le quatorzième jour de février i47t- Lots. Et plus bas, Tilhart.
Lettre du roi au comte de Dammartin.
IVl ON SIEUR le grand-maitre , j'ai reçu vos lettres, et n'y a bon mot qu'au dernier ; c'est qu'en deux petites lignes vous me' mandez que vous ferez abattre les murailles de monsieur Satint- Acheu , monsieur Saint-Jehan et des faubourgs du côté de la Picardie et des arbres , hayes et tout ce qu'il faut abattre , et en effet tout ce qui est écrit qu'il fallait faire. Et encore , monsieur le grand-maître , j'ai bien espérance que vous y mettrez du votre , et je vous prie que vous attendiez si bien tout , que vous n'ayez point de besoin de vous excuser sur dire que vous ne cuidiez pas qu'ils y vinssent , et montrez que vous avez autrefois vu le comte de Salisbury , Talbot ; l'Escalles et tous ces
5U4 lai&TOlkE
gens^là. Monsieur le grand-maitre , au regard de la franckisif durant la trêve pour ceux de la ville et de dehors , maître Pierre Doriole m'a assuré qu'il vous l'a envoyée ; et pour ce mandesmoi ce qui en est , afin que , si vous ne l'avec eue , îe vous l'en-* Toye. Au regard de ce que vous êtes affamés, vous dussiea mander à Paris et Rouen , qu'on vous envojÀt des vivres , et devez faire bonne justice, el, en faisant bonne justice , vous ne pouvez faillir à avoir assez de vivres , et si pouvez faire un convoi à Beauvais, afin que les vivres vous soient menés sûrement ; je vous prie que me faites souvent sçavoir de vos nou' telles. Écrit à Ham, le dernier jour d'avril. Loys.
Lettre du roi à Pierre Doriole , général des finances , et au
président des comptes.
iVloNSiEUR le général , et par espécial , vous monsieur le président , vous sçaurez l'état de messire Baudoin , bâtard de Bourgogne , étant présentement à Paris par mon ordonnance , et sa très-grande nécessité qui est toute notoire ; et néanmoins ne lui avez souffert lever la somme de sept cent quarante-sept livres j échue au terme de Pâques passé , à cause de la terre d'Orbec que lui ai donnée , comme sçavez ; ainçois avez fkit votre plaisir de ladite somme, et , qui pis est , lui avez laissé assignation sur les restes et fins des comptes de mon domaine , qui est chose de longue attente ^ dont il n^a besoin : et pour ce qu'il m'a fait sçavoir qu'il n'a pas un blanc pour soi défrayer de Paris, et vous le devez bien croire , je vous prie , et néaninoins ordonne et Commande à tous deux bien expressément , sur tout le plaisir que faire me désirez , que vous lui bailliez assignation en lieu sur , soit ordinaire ou extraordinaire , tellement qu'il puisse ^romptement avoir argent pour soi aider et venir devers moi ^ et vous envoyé son homme porteur de cette, pour recevoir ladite assignation ; faites qu'il n'y ait faute , car je ne serais de vou« contenté Donné à Ham , lé trois de juin. Lots.
Lettre du roi au comte de FoiJt^
jyioxsiEtiR le prince, j'ai reçu vos lettres, par lesquellear je connais toujours de plus en plus la bonne affection qu'avez k moi , et la peine que prenez pour me faire service , dont je vous mercie ; et par ma foi , monsieur le prince , j'en ai ma parfaite et entière confiance en vous autant qu'à moi-même.
Depuis la réception de vos lettres , beau-frère le connétable m'a écrit d'hier touchant aucunes ouvertures de trêves , dont
DE LOUIS xi. ' idé
encore l'on ne peut sçavoir la certaineté jasques vers mardi oii mercredi y laquelle sçue , inconlinent j'envoyerai chevaucheur tout eiprès pour vous en avertir , et lors vous ferai réponse à tous les points contenus en vosdites lettres;
Monsieur lé prince , comme autrefois je vous ai dit et écrit ^ si l'on vient à traiter sur là pacification des matières qui à présent courent ^ je désire singulièrement vous avoir auprès dé moi , et pour ce qu'à présent y a aucunes ouvertures de traité 5 je vous prie tant chièrement Comme je puis , que lé plutôt que pourreic , vous en veniez par devers Inoi , to faisant tenir vos gens prcts )usques à ce qu'ayet autrement de mes nouvelle»;
Je suis bien joyeux dé ce que m'écrives que ferez incontinent partir belle cousine, votre fille, pour venir par deçà ; je vous prie qu'ainsi le faites , et qu'il n'y ait point de faute , et tenez Vous certain qu'elle aura bonne chière, et sera traitée et recueillie honorablement comme, fille de roi; car pour telle je la tiens, et Croyez, monsieur le prince, que je désire le bien et prospérité de vous et de votre maison d'aussi bon cœur que le voudrais pour moi-m^me , et si Dieu plaît y quelque jour le connaîtrez par effet.
Monsieur le prince, mon cousin et mon ami *, je prie notre JSeigneur qu'il vous donne ce que désirez. Ecrit à Meaux , lé premier jour de juillet. Loys.
Depuis ces lettres écrites , j'ai reçu autres lettres de vous écrites de votre main à Pampeluné, le dix-septième jour de juin dernier passé , et suis bien joyeux de ce que m'écrivez que vous en venez par deçà : je vous prie que le faites le plus tôt que pourtez ; car si j'ai bien grand désir que vous y soyez.
Au regard dé ce que m'écrivez touchant les gens d'armes , ii me semble qu'avez très^bien avisé , en attendant de ^çavoir plus H plein des nouvelles. A Dieu ^ monsieur le prince ^ mon ami ^ 'qui TOUS dbint ce qu1e désirez.
Lettre du roi au comte de Narbonne.
iVloNSiEtJR de Narbonne, j'ai reçu vos lettres , et connais bie^ lé grand vouloir qu'avez de me faire service, dont je vous mercie : * tenez-vous certain que je ne l'oublierai point , et que quand mes besongnes seront bonnes , les vôtres ne seront pas mauvaises.
J'ai aussi reçu les lettres de monsieur le prince votre père \ dont et de la grand'peine et diligence qu'il met à me servir , et du grand vouloir que je vois qu'il y a , je suis tant content que plus ne pourrais , et m'en tiens tenu à lui ; par ma foi , i'ai faiis ma parfaite con^ance en lui comme à moi-même , et vous
assare que je désire le bien de loi et de sa maison comme le mien propre.
Je lui ai écrit qne je lui prie qu'il s'en vienne devers moi le plus t6t qu'il pourra ; car à présent aucunes ouvertures ont éle .faites pour traiter sur la pacification des matières , et je désire singulièrement qu'il soit avec moi quand on j be«ongnera , et pour ce vous prie que tenies Ia main qn*il s'en vienne le plus tôt que ipossible sera.
Il m'écrit entr'autres choses qu'il envoyé par deçà belle cousine , sa fille , votre sœur , dont je suif très^joyeux ; je vous prie que tenies la main qu'elle s'en vienne le plus tôt que faire se pourra, et elle sera recueillie et traitée honorablement , comme à fille de roi appartient.
Je suis Inen joyeux des bons termes qui sont entre monsieur le prince , votre père et vous , et de ce que m'écrives que rien ne se fera qui ne soit par votre main ; je vois que mettez peine de continuer toujours selon que m'avez écrit. Vos lettres font aussi mention des bons termes que monsieur d'Aire a tenus et tient pour moi , dont je. suis bien joyeux ; dites-lui que j'ai en lui parfaite confiance y que certainement je ne l'oublierai point , et qu'il connaîtra par effet qu'il ne perdra pas sa peine.
Au regard de ce que m'écrivez touchant votre venue , maïs que vous ayez pourvu au fait du pays de Guyenne dont vous avez la charge et gouvernement , je suis bien content que vous en veniez par devers moi , et croyez que si nous venons k la guerre , je désire bien que vous y soyez.
Dedans mardi ou mercredi je sçaurai la conclusion touchant le fait de la trêve y et incontinent envoyera homme exprès devers mon cousin , monsieur le prince votre père , et l'avertirai au long de tout.
Et pour le présent ne vous écris plus largement, fors que toujours vous employiez en ce qui sera à faire au mieux de votre pouvoir , comme j'y ai ma j>arfaite confiance. Donné à Meaux , le deuxième jour de juillet. Loys.
Lettre de Louis XI à Jmbert Bastamajr , sieur du Bouchage.
JVloN SIEUR du Bouchage, Guyot du Chesnay m'a apporté une lettre de monsieur de Guyenne et de monsieur de Lescun , et m'a dit trois jpoints. Le premier , par madame de Savoye qui a envoyé devers lui. Le deuxième , de monsieur d'Urfé , jMur avoir mon consentement. Le tiers , que monsieur de Lescun est venu pour marier monsieur de Guyenne à la fille de monsieur de Foix, et d'abondant qne monsieur de Guyenne a pleigé mon-
sieur de Foix et le mariage de la duchesse. Au premier touchant Savoye , je vous envoyerai le double de la réponse que je lui ferai. Au deuxième , d'Urfé , répondrai que vous en ferez la réponse , et telle que la ferez , je la tiens pour faite ; car vous connaisses mieux de là ou vous étés comme je dois parler', et ce qui n^'est possible à gagner, que je ne fais d'ici. Au regard du tien j du mariage de Foix, vous sçavez le mal que ce me serait, et pour ce mettez-y tous vos cinq sens de nature à Ten garder : il m'a dit, que mon frëre ne Va. point voulu faire; j'ai pensé que monsieur de Lescun l'a fait obliger pour le mariage de la du* chesse , afin qu'en prenant la sœur, que le duc quitterait cette somme , et qu'il le fit plus volontiers pour ce qu'il n'a de quoi payer; j'aimerais mieux payer , et cela et toutes les di£ScuItés qui y seront , et que nous en venions à bon t. En effet , je vous prie, faites-la consentir à marcher avant que vous en veniez; lie vous hâtez point de vous en venir, et besongnez bien. Si le fait d'Aragon se peut faire , vous me mettrez en paradis. Jtem j'ai pensé que monsieiir de Foix ne voudrait point celui d'Aragon , pour ce qu'il attend avoir le royaume d'Aragon de par sa femme , et si monsieur de Guyenne en était averti , je crois qu'il servirait bien à notre cas. Item, il me semble que vous avez présentement belle occasion d'en parler à mon frëre tout pleinement ; car il me ipande par cet homme , que le duc n'a onc tenu compte des protestations qu'il lui a faites de par moi par Corquilleray , et puisque mon frère me mande , vous avez bon de lui dire que je l'en remercie , et suis tenu à lui de ce qu'il me mande la vérité , et que maintenant je connais bien qu'il ne me veut pas faillir , puis qu'il n'épargne le duc , puisqu'il le voit tel contre moi , et lui remontrez le scellé que vous sçavez qu'il ne doit pas prendre , ne faire plus d'alliance qu'il y a , et s'il veut prendre fenmie qui ne soit point suspecte, tant que je vivrai, je n'aurai inspection sur lui, et aura puissance en tout le royaume de France autant ou plus que moi , tant que je vivrai, firièf , monsieur du Bouchage , mon ami , si vous pouvez gagner ce point , vous me mettrez en paradis , et demeurez par delà , tant que monsieur de Lescun s'en soit allé , dussiez-vous faire le malade ; et devant que vous partiez , mettez notre fait en sûreté , si voos pouvez , je vous en prie. Et à Dieu , monsieur du Bouchage , mon auDii , auquel je prie et à Notre-D^une qu'ils vous doinnent bien besongner. Les filles de mondit duc de Bourgogne ont été toutes malades du mal cimud ; et dit-on que la fille est bien malade et enflée, aucuns dient qu'elle est morte. Je ne suis pas sur de la mort; mais je suis bien certain de la maladie. Ecrit à Launoy , le 18 d'août. Lots.
Lettre de Louis XI à Tannegujr du Chdtely vicomte de la
Bellière, gouverneur de Houssillon,
IVlorf SIEUR le gouvernear, Gilles m'a baillé vos lettres; onc homme n'eut si belle pour que eût Philippe des Essars : quand il sçut que tous veniez , et nous pria à moi et à Blanchefort que nous vous écrivissions, pour Dieu, que vous attendissiez jusque^ à lundi qu'il se partirait. Or pe sçais-je s'il est vrai que vous soyez malade , et que ce soit ce qui vous en a fait retourner , ou que vous ayez îoué ce tour , et fait de la l^te de Breton , et que vous en soyez retourné par ce que Blanchefort et moi TOUS en mandâmes. Si vous êtes malade , je vous prie qu'incontinent que vous pourrez être guéri vous en veniez après moi ; et si vous ne Têtes point , je vous prie , venez-vous-en des cette heure. Les choses que je vous voulais mander sont, que Philippe des Essars et Souplan ville offrent de faire une trêve f usques à la Toussaint , et que le duc de Bourgogne la veut tenir et la tiendra , et que le sieur de Lescun se délibérera d'être autant mon serviteur qu'il était de feu monsieur de Guyenne , et de ne me pourchasser jamais nul mal, mais tout le bien qu'il lui s^ra pos? sible. Vous entendez assez que , quand ce serait à bon escient , ce serait la rompture de l'armée d'Angleterre pour tout l'été qui vient. D'autre part , Desmier , qui a été , a joué le beau personnage ; il dit que ce n'est qu'une tromperie de tout ce que les Bretons me présentent , et que ce n'est sinon pour m'entretenir jusques au temps nouveau , et au temps nouveau avoir ]e§ Anglais, et que Jehan d'Armagnac n'aurait pris Létoure , sinon pour la garder jusques au temps nouveau , et au temps nouveau me courir sus de tous côtés : et d'autre part, Jehan Richemond de La Rochelle , qui est en Bretagne , a dit à maître Jehan MToulins qu'on me veut tromper, demande une sûreté pour venir devers moi , et dit qu'il m'avertira de tout ; je n'y ajoute pas grand' foi, car il n'est pas fort sage : toutes voies, je lui envoyé une sûreté pour s'en venir. Monsieur le gouverneur , il me semble que je me puis approcher d'eux jusqu'à Lermenault et là entour^ et que je dois avoir tout mon conseil , besongner tous les jours, et donner la provision de tous les côtés , comme si j'étais bien sûr qu'ils me voulsissent tromper ; car s'ils appointent de boi| escient , je n'aurai pas perdu ma peine , et s'ils ne .veulent aprpointer, au moins j'aurai pourvu et remédié à tout ce qui m'aura été possible , et me trouveront un petit mieux pourvu , que si je ne me donnais point de garde. Monsieur le gouverneur, je .«Jésirais votre venue pour deux- points : Le premier, pouf
prendre conclusion en tout ceci que je voudrais bien que vous y fussiez. Le second , monsieur de Lescun me veut faire jurer sur la vraie croix de Saint-Lâ , pour venir devers moi ; mais )e voudrais bien avant être assuré de vous que vous ne fassiez point faire d'embûche sur le chemin ; car je ne voudrais point être en dangier de ce serment-là , va l'exemple que j'en ai vu cette année de monsieur de Guyenne. Monsieur le gouverneur, je vous prie , si vous pouvez venir , que vous veniez ; je tiendrai tout mon conseil à Fontenay près de moi , et se vous ne pouvea venir , mandez-moi ce qu'il vous en semble , et aussi , si je fais le serment, je vous le tiendrai. J'envoye l'artillerie en Gascogne le plus diligemment que je puis : je vous enmtfm une lettre que j'écris à monsieur du Plessis : vous ferez vos lettres des confiscations que je vous ai données. Ecrit à Poitiers le i3 novembre.
Signé, LoT$, fit plus bas, Tilhai^t,
Lettre de Louis XI au sire de Craon (i) et à Pierre Doriole.
jVIon cousin , et vous monsieur le général , il y eut mardi quinze Jours , que mes dernières lettres arrivèrent devers vous au plus tard , et depuis je n'eus nulles nouvelles de vous , ce que j'ai toujours pris à très-bon signe jusques à hier que mi^ttre Jehan de la Drisque arriva , qui me dit que monsieur le connétable m'avertissait pour certain que je ne finerais de monsieur de Bourgogne ; mais qu'il ne me trcmiperait point , et qu'il disait tout franchement s'il le voulait faire ou non , et qu'il était délibéré de le me tenir, s'il le m'eût promis; et de ces choses qu'il en est bien averti par homme sûr, et qui ne lui en eAt point menti , qui est homme qui le sçait bien ; et, à ce que je puis connaître, par les paroles de maître Jehan de la Drisque , c'^st le chanacelier et maître Jehan Gros qui J'en ont averti.
Mon cousin 9 et vous monsieur le général , je m'ébahis quand vous avez vu que la chose allait mal , que vous ne m'en ayez averti , afin que je ren^édiasse par deçà au mieux que j'eusse pu ; car quand les chos^9 vont bien je n'ai que faire d'être averti , pour y remédier.
Des nouvelles de monsieur de Guyenne t il est toujours en pire depuis mes antres lettres , et on le porte en litière à une ville qui s'appelle Janues, qui est sur le bo^ des pays de mou*sieur de Foix , entre Saint-Séver et ledit pays. F*crit aux Montils , le second jour de décembre. Lots. Et plus bas, Tilhart.
^u dos est écrit ; A notre cti^r et amé cousin , conseiller et (?) La 'J'renioiuUc.
5;o HISTOIRE
premier chambellan , sieur de Craon ; et à notre amé et féal conseiller et général de nos finances , mattre Pierre Doriole.
Atix mêmes,
J\l.oN coosin, et yons monsieur le général , à ce soir f ai reçu vos lettres en cet hôtel de Montbason , là oii je suis venu pour ce que je n'ai encore osé aller à Amboise. Quand je tous écrivis les doutes que l'on me mandait, ce n'était pas en intention que TOUS délaissies à conclure , mais seulement pour vous avertir des menées qu'on fait par deçà.
Et pour vou9:^j|K de tout doute, je vous réponds que si monsieur de Bourgogne me veut faire les promesses tant par écrit y qu'autrement, que nous condàmes à Orléans, je veux que vous l'acceptiez , et que vous concluiez, et suis délibéré de m'y fier.
Et au regard du doute que me mettez de ce qu'il veut faire les promesses principales par lettres à part, sans le mettre en celle» de la paix , vous sçavez que je l'ai accordé au protouotaire ,, et puisqu'une fois j'ai accordé une chose , je n'irais point au contraire.
Mon cousin ^ et vous monsieur le général , faites seulement que iiionsieur de Bourgogne nous assure bien les lettres qu'il doit bailler ; car si j'ai une fois ses lettres , ainsi que nous appoifitAmes, et qu'il y soit lié , je ne fais point de doute qu'il ne le tienne ; et si c'était pour ma vie , je suis délibéré de m'y îitr , et ne renvoyez plus devers moi pour tels doutes ; car je vous assure qne le plus grand désir que j'aye en ce monde, c'est que la chose soit conclue , puisqu'il dit de sa bouche qu'il a îk bon vouloir à moi.
Vous m'avez écrit que le protonotaire vous a dit que je traitais partout : par ma foi , je n'ai ambassadeur que vous , et par les paroles que monsieur de Bourgogne vous a dites , vous lui pouvez bien soudre sa question ; car il ne vous a dit offre qu'il ne vous ait dite avant, quand les choses seraient appointées ; et me semble qu'ils ne sont pas sans traiteurs , puisqu'ils ont l'abbé de Begars et mattre Ythier, marchand.
n est venu ici un hérault du roi d'Angleterre qui a passé par monsieur de Bourgogne , qui m'a demandé sauf-conduit pour envoyer devers moi pour cette trêve ; car, depuis que vous fûtes partis , tout le conseu fut d'opinion que je ne l'accordasse que pour quarante jours , si non que les marchands pussent aller d'un côté et d'autre , et s'il platt à Dieu et à Notre-Dame que vous ayez conclu , je vous assure qne tant que je vive , je n'aurai ambassade , qu'incontinent je ne le fasse sçavoir à monsieur de
Bourgogne , ne grande ne petite , et ne ferai réponse que ce ne soit par lui ; et vous assure que jusques à ce que j'aye nouvelles de vous , si monsieur de Bourgogne voudra conclure ce traité ou non , ainsi que nous appointâmes ensemble , que je n'appointerai avec créature du monde , et de cela le pouvez assurer. Ecrit k Montbazon , le 1 1 décembre. LéOts.
Lettre de Louis XJ au comte de Dammartin,
iVloNSi E u R le grand-maître , mardi au soir je reçus vos lettres , dont je vous remercie tant que je puis ; si Bourré ne fût allé k sa mère , qui est morte, vous eussiez déjà eu les mille cinq centsfrancs de reste ; mais je l'attends d'ici à un jour ou deux , et incontinent qu'il sera venu , je m'acquitterai en la plus grande diligence que je pourrai. Méry de Coué lebicle , qui était à monsieur de Lescun ^ s'en est venu , et a dit adieu au duc , pourquoi je sais qu'il est instruit; je lui ai dit qu'il s'en tensist à son hôtel. Je vous envoyé par écrit ce qu'il m'a dit qui se contrarie l'un et l'autre , et est langage tout forgé : oii de ce qu'il charge monsieur le connétable , il m'en donne meilleur espoir que par ayant. Madame de Thouars est morte, et ils en ont amené le jeune monsieur de Guyenne , qui sl les fièvres quartes. Il a fait faire premièrement serment à ses gens d'armes de le servir mémcment contre moi ; mais il y en a aucuns qui ne l'ont pas voulu faire , et s'en sont venus , et aujourd'hui s'en est venu le fils du sieur de Dampierre. Je vous envoyé Jehan fes Aubus , mon maître*-d'h6tel , auquel j*ai chargé vous parler plus au long de toutes choses. Je vous prie , le croyez de ce qu'il vous dira de par moi ; adieu , monsieur le grand-maitre. Ecrit aux Montils-Ies-Tours y le 29 de décembre. Loys.
Au Thème.
JyloNSiEUR le grand-mattre , depuis les dernières lettres que je vous ai écrites , j'ai eu nouvelles que monsieur de Guyenne se meurt , et qu'il n'y a point de remède que l'on n'ait fait, et le m'a fait sçavoir un des plus privés qu'il ait avec lui par homme exprès , et ne croit pas , ainsi qu'il dit , qu'il soit vif k quinze jours d'ici au plus , qu'on le puisse mener; s'il m'en vient autres nouvelles , incontment vous les ferai sçavoir. Le sénéchal est ici f je lui ai appoiiité son état en manière que je crois qu'il est bien content. Afiii que soyez sàr de celui qui me fait sçavoir les nouvelles, c'est le moine qui dît ses heures avec monsieur Guyenne, 2. 37 ,
57a HISTOIRE
dont je me suis fort ébahi , et m'en suis signe depuis la tête jasques auzpîeds ; adieu. Ecrit àMontils-les-Tours, le 18 mars i477« Loys.
léCttre de Louis XI à Tanncgujr du Chdtel , vicomte de la Bellihre, et goui^erneur de RoussiUon,
JxIoifSiEUR le gouverneur, j'ai reçu vos lettres; je vous prie que vous teniez à Nyort, et n'en bougiez jusques à ce que ayez nouvelles de moi, et n'entrepreniez rien sur ia Rochelle, Xaintes, ne Saint-Jean ; car je n'ai encore point eu de nouvelles de mes ambassadeurs de Bourgogne. Par quoi , s'ils avaient prins une fréve , il faudrait rendre les places , et serait une grand*honte et moquerie , s'il fallait rien rendre.
Aussi se la paix est faite , ce que je crois que ainsi soit ; car les gens de monsieur de Bourgogne , nonobstant que la trêve soit faillie , n'ont point couru en mes pays , et n'en font nul semblant ; par aventure monsieur de Bourgogne ne voudrait point que jusques à ce qu'il eût entre ses mains les places qui lui doivent être baillées, que je prinsse rien sur monsieur de Guyenne.
Monsieur le gouverneur , je vous prie , ne soyez point chault à cette fois ; car se monsieur de Bourgogne me fait guerre , je partirai incontinent pour m'en aller en ce quartier-là , et en huit jours aurons tout dépéché. Aussi se la paix est faite, nous aurons incontinent tout sans coup férir , et ne serons en danger de rien rendre. Toutes voyes cependant se vous pouvez rien avoir par pratique , et que se veuille mettre en vqp mains , prenez-le.
Au regard de l'artillerie , elle est près de vous , et quand il sera temps, et j'aurai eu nouvelles de mes ambassadeurs , vous là pourrez avoir incontinent. Ecrit au Plessis-du-Parc , le hui* tiëme jour de mai. Loys. Et plus bas, Tilhart.
Au dos est écrit : A notre amé et féal conseiller et chambellan y le vicomte delà Belliëre , gouverneur de RoussiUon.
Lettre de Louis XI au gouverneur et au sénéchal de Poitou^
JVlcssicums le gouverneur et sénéchal , j'ai reçu vos lettres ; il est vrai que je vous mandai que vous vous retirissies ; mais depuis je vous ai mandé gue vous 6ssiez du mieux que vous pourries , que vous assemblissiez ensemble toutes les compagnies , et que vous gardissiez bien que personne ne entrât dedans la Rochelle. J'ai envoyé monsieur le grandHnattre , et de La Foret par delà , et pour ce je vous prie qu'ils vous trouvent ensemble tant que TOUS êtes, et francs-archiers, et tout.
J'ai euvoyé Guérin Le Groing faire tirer l'artillerie à Nyort,
et pour ce envoyez en quérir tant que vous voudrez , et incontinent que vous me manderez pour la Rochelle , je monterai k cheval et m'y en irai à toute diligence. Ecrit au Plessis-du-Paroles-Tours, le quatorzième mai. LofS. Et plus bas, Tilhàrt.
Letire dt Louis XI au comte de Dammartin,
jyioirsiEUR le grand-maître y fai été averti comme durant la trêve le duc de Bourgogne a fait prendre Nelle , et tué tous ceux qu'il a trouvés dedans, de laquelle chose je désire. bien être vengé ; et pour ce vous en ai bien voulu avertir , afin que si vous pouvez trouver moyen de lui faire le cas pareil en son pays, vous le fassiez partout où pourrez, sans y rien épargner. J'ai bien espérance que Dieu nous aidera à nous en venger, attendu le meurtre qu'il a fait faire tant dans l'église qu'ailleurs , et sur la sûreté et confiance de la composition qu'ils avaient faite leurs vies sauves. Donné à Angers, le diz-neavième jour de jnio. Lots.
Si ladite place edt été abattue et rasée, comme j'avais ordonné , il n'en fût pas ainsi advenu , et pour ce faites que toutes semblables places soient rasées ; car qui ne fera , on perdra les gens de dedans , et si me sera accroissement de déshonneur et dommage.
Lettre de Louis XI aux gouverneurs de Roussillon et d^Anjùû\
AlIessieurs les deux gouverneurs, je vous envoyé les lettres que ceux de Chantocé m'ont écrites; je vous prie que j'aye demain deux grosses bombardes , et les chevrettes garnies , ainsi qu'il faut , et tous les pavays à potence qui sont prêts , et aussi les chats et les manteaux qui sont prêts : et vous , monsieur le gouverneur de Roussillon , ne partez jamais d^ Angers jusqu'à ce que tout ce que j'ai ordonné soit accompli ; et que pour amener au siège (îe que j'ai mandé , qu'on ne laisse point à faire le surplus ; et* laissez le général Herbet , Jehan-Pierre-Jacques de la Barde et seigneur de Thory, pour achever ce qu'ils ont à faire \ et monsieur de Cursay , et Jehan des Aubus pour le pont : je vous prie, monsieur le gouverneur, fuon ami, que m'envoyiez incontinent deux grosses bombardes et deux grosses coulevrines , et aussi deux honunes que vous et le maître d'artillerie m'envoyerez pour en tirer , et Girault avec ses deux grosses cou<* levrines et ses deux grosses serpentines , garnies de leurs boulets et de leur poudre. Donné à Qialonne , le vingt-quatriëme jour de juin. Et vous prie, monsieur le gouverneur, mon ami, qu'il n'y ait point de faute avant que vous partiez , et laissez si bon
ordre à toutes mes choses : pour maître Jefaan Bourré , je croif qu'il ne me faudra point k faire tout ce que sçayez : et aussi envoyez-moi des pieds-de«chèvre. Ce porteur vous dira la cause pourquoi je suis allé audit sj^ge. Lot».
Lettre de Louis XI au comte de Dammartin.
JVLoN SIEUR le grand-mattre , j'ai reçu vos lettres par Poitou , et ait sçu votre arrivée à Compiëgne , dont j'ai été biea joyeux ; je vous prie que vous mettiez bonne peine à faire garder ladite ville de Compiëgne ; car c'est une bonne place : et que l'on désempare toutes les méchantes qui ne sont point tenables r qu'on ne garde que les bonnes places , et que les gens d'armes ne se perdent point ; au plaisir de Dieu et de Notre-Dame nous recouvrerons bien le surplus. Monsieur le gr^nd-maitre , je tous prie que vous, qui êtes par delà , avisiez à frapper quelque hett^ coup sur le duc de Bourgogne , se vous le pouvez trouver à votre avantage , et j'espère faire si bonne diligence par deçà , que voua connaîtrez que je n'ai pas chômé, tant que j'y aurai demeuré, et pense avoir bientôt fait au plaisir de Dieu , et vous aller aider par delà. Ecrit au Plessis-Macé , le premier juillet. Lovs.
Lettre de Louis XI à Bourré du Plessts.
JvloNSiEUa du Plessis , mon ami , je vous écris que j'ai fait vœu de ne manger point de chair jusqu'à ce que le vœu que j'ai fait d'envoyer mille deux cents écus pour deux cents marcs d'argent que j'ai ordonnés , pour faire une .ville de Beauvais , en rememrbrance de que ce Dieu m'a donné cette ville , soil accompli ; et pour ce, je vous prie tant que je le puis , que vous fassiez incontinent délivrer par Briçonnet lesdits mille deux cents écus , et en faites faire une ville, et y envoyez un homme bien s&r pour la faire faire , et que Briçonnet preigne l'argent sur ce qu'il pourrait devoir sur cette année , et avant je ne lui demanderai rien de cettedite année qu'il ne les baillât , ou qu'il ne me presse ; et qu'il le preigne des premiers mois de l'année qui vient ; mais sur-tout qu'il n'y ait point de faute , et qu'on ne renvoyé plus à moi f car s'il y avait difficulté , mon vœu ne serait aocon^pli , et veuque je suis si près du duc , je douterais que mes besongnes ne a'en portassent pas si bien. Toutefois , afin que la chose ne demeurât , j'aimerais mieux que ladite s<Hnme fÙt prise sur l'argent de la guerre ; mais , comme vous sçavez , j'en ai bien besoin à cette heure. Monsieur du Plessis , je vous prie , mon ami, qu'it n'y ait point de faute en ceci , et que la plus frand'diligence
DE LOTJIS XL 5:5
^qn'on pourra Faire à faire ladite ville d'argent, soit faîte; mon-sieur du Plessis , ordonnez^en bien , en manière que l'argent soit bien employé , et qu'il n'y soit rien perdu , et je vous assure que vous me ferez bien grand plaisir. Ecrit à la Guierche , le ' Yingtiëme jour de juillet. Loys.
Lettre de Louis XI au comte de Dammartin.
IVl oNSiEUii le grand maître, j'ai été requis de par monsieur de Roban de le recevoir en la compagnie de vous et autres seigneurs et chevaliers de l'ordre de monsieur Saint-Michel, ce, comme sçavez , que ne lui pourrais octroyer par autre voye que l'ordinaire, sans aller contre les constitutions dudit ordre Saint- Michel , pour ce que il a libéralement délaissé tout son bien en Bretagne , pour venir en mon service , auquel il est continuellement , et qu'il est de bien bonne et grande maison , de laquelle je pourrais , au temps à venir , être grandement servi ; j'ai assemble tel nombre desdits seigneurs et chevaliers que j'ai pu ici trouver, pour en avoir sur ce leur avis , auxquels, pour les causes dessus^ dites et autres, a semblé que sa requête n'est pas à être de legier refusée. Toutes voyes, pour]e doute que aucuns ont fait que le duc qui tient parole de le vouloir demander , par déplaisir de le voir , à un sien sujet plutôt que à lui , le voulsist délaisser à prendre , aussi que sans les opinions de vous et des autres ne se pouvait faire , on n'y a prins aucune conclusion ; nonobstant ce doute , la chose leur semblait bien être à octroyer. Toutefois pour ce qu'il est requis sur tout ce .et en tous tels semblables cas , avoir l'avis de vous et des autres ^gneurs et chevaliers qui sont de ladite compagnie , je vous en ai bien voulu aviser, afin que vous m'en écriviez ce qu'il vous en semble, pour y prendre délibération en la manière et forme due et accoutumée ; si le veuillez ainsi faire le plus brief que faire le pourrez. Donné à la Guierche, en Bretagne , le dernier joor de juillet, 'Lots.
jiu même,
JVloNSiEUR le grand-maitre , j'ai reçu vos lettres oii vous m'écrivez qu'aucuns dient que le duc de Bourgogne doit aller mettre le siège à Dieppe ou à Arques ; pareillement le maréchal Joachim le m'a écrit , et m'a demandé de l'artillerie , du trait et des vivres. Au regard de l'artillerie , j'y ai envoyé un des gentilshommes de ma maison , pour y faire mener douze coulevrines et deux canons , quatre milliers de poudre et du trait d'arbalète. Touchant les vivres, j'envoye Blanchefort à Rouen vous en
porter ce qui sera notre; monsieur le grand-maître, je yoo9 recommande toujours mon fait de par delà ; car je vois bien , si TOUS n'y mettez la main , que le duc de Bourgogne nous fera du déshonneur et du dommage beaucoup, ce que je n'eusse jamais Cttidé : et de ce'que dites qu'il ne tient pas à faire les montres , que le nombre des gens d'armes qui doit être par delà n'y>st, pour ce qu'ils sont répandus par les places ; ce n'est pas ce qne j'ai toujours écrit , que Ton pdt tout saillir aux champs , et que Ton fit quelque exploit sur le duc de Bourgogne, qui ne va qa'à petites journées. Le duc m'a requis la trêve pour six jours , et aucuns m'ont averti que durant la trêve il rompra son armée , ce qui a été cause de m'y faire consentir , pour vous envoyer une bonne bande de gens , laquelle je vous envoyé ; et s'il rompt son armée, incontinent m'en irai en personne par delà en toute diligence ; je vous prie , monsieur le grand-maître , que me faites sçavoir de vos nouvelles, car il me fait grand bien d'en ouifr. Écrit à la Guierche, le ii d'août. Lots.
Lettre de Louis XI au chancelier, à Doriole, et à du Pies si s,
Ju ES SIEURS le chancelier général , et du Plessis , j*ai ordonné que monsieur le gouverneur de Roussillon, et le sénéchal de Beaucaire, seront à Ancenis pour faire la meilleure guerre qu'ils pourront , et pour garder le quartier de par delà , et pour eux loger doivent faire fortifier ledit lieu d' Ancenis , et pour ce faire a été avisé qu'il était besoin , pour ladite fortification , qu'on lui fit délivrer jusques à mille sept cents livres ; et pour ce , je vous prie que vous envoyiez incontinent lesdites mille sept cent livres audit lieu d' Ancenis, pour faire faire lesdites réparations, et qu'il n'y ait point de faute ; car vous sçavez que ce n'est pas place à perdre, et ledit gouverneur est déjà là, qui ne ferait rien , ne lui ne la bande qui y est, sans ladite somme. De rechef vous prie qu'il n'y ait point de faute. Écrit à Montsùr, le quinzième jour d^août. Lovs. Et plus bas , Tilhart.
Lettre de Louis XI au comte de Dammartin.
JVLoNSiEUR le grand^mattre , j'ai reçu les lettres que le bailly de Caux, messire Geoffroy de 0>urtin et Jean du Fou , m'ont écrites, par lesquelles ils m'écrivent que les Bourguignons ont approché et mis leur parc à demi«lieue près d'eux, et se doutent d'avoir le siège ; pour ce , je vous prie qu'à la plus grande diligence que possible vous sera , vous les faites fournir de vivres et d'artillerie , et de tout ce qui leur sera besoin pour attendre
ledit siège ; failes-leur envoyer quatre-vingts à cent arbalétriers des meilleurs que vous ayez. Monsieur le grand-maitre , j'ai en vous toute ma parfaite fiance , et sçais bien que vous me serves bien de par de là , et avez beaucoup de peine pour moi ; mais j'ai espérance de le vous reconnaître tellement que vous devrez être content ; et mais que Dieu et Notre-Dame nous veuillent sauver Dieppe et Arques , nous sommes au-dessus de nos besongifbs ; pour quoi vous prie que vous mettiez peine de leur pourvoir lesdits Dieppe et Arques , et à la plus grande diligence que possible sera. Monsieur le grand-maît|:e , je vous prie que vous fassiez chevaucher les gens d'armes entre les Bourguignons et leur pays ; car , vu qu'ils sont si avant dedans notredit pays , il me semble que mais que vos gens chevauchent souvent sur eux pour rompre leurs vivres , ce fera d'eux en retourner en leurdit pays , et pour ce en tout ce que verrez que leur pourrez nuire , vous prie que fassiez ainsi que j'ai en vous ma parfaite fiance ; adieu. Écrit à Château-Gontier , le 22 août. Loys.
Au même.
A/l OR SIEUR le grand*maître , j'ai reçu vos lettres, et ai commandé les mandemens qui vous sont nécessaires pour votre procès. Je suis bien aise de ce qu'un si sage homme , comme vous , êtes de mon opinion ; et aussi il me semble qu'il n'y a meilleur remède de faire partir le duc de Bourgogne du pays de Caux , et s'en retourner , que d'aller en ses pays faire bonne guerre et mettre le feu partout et brûler tout , comme il fait en mes pays. Monsieur le grand-maîlre , je vous mercie toujours de la peine que vous prenez , et des services que vous me faites ; mais je vous prie que , par tous les moyens que vous pourrez , vous essayiez de les mettre hors du pays de Caux , et me faites sçavoir de vos nouvelles. Écrit à Château-Gontier , le 25 d'août.
Loys.
hettrt de Louis XI à Bourré du Pîessis,
JVl ON SIEUR du PlessiSf le maréchal Joachim m'a écrit que le duc de Bourgogne se vante de venir devant Noyon et Compiègne : et pour ce que pieça je voulze à Notre-Dame de Cléry la somme de douze cents écus , pour employer en une ville d'argent , et icelle être présentée en l'église de ladite Dame ; je vous prie , sur tout le plaisir et service que jamais vous me voulez faire , que quelque part que vous doyez prendre l'argent , vous envoyiez incontinent à Orléans à un bon orfèvre ladite somme de
douze cents écusy et qu'il besongne eu toute diligence à faire une ville d'argent de ladite valeur, à ce que ladite Dame me sauve ladite ville de Nojon , et tout le royaume ; car si faute j avait , j'aurais grand'peur qu'il m'en vensist mal.
Je m'envoye à Sablé , et y serai jeudi , au plaisir de Dieu et 3e Notre-Dame , et pour ce rendez-vous là à moi , et qu'il n'y ait point de faute. Écrit à Beslo , le vingtième jour de septembre 1472. LoYS. Et plus bas , Tilhart. *'
Lettre Je Louis XI au comte de Dionmartin.
Je vous envoyé le double d'une lettre que le duc de Bourgogne écrivait au duc de Bretagne , par un nommé François Ymbert , lequel s'est venu rendre à moi ; aussi le double d'une lettre que maître Guillaume Eocbefort écrivait à Poucet de Rivière , et la déposition dudit François Ymbert , et par cela vous verrez ce que ledit duc de Bourgogne a intention de faire.
Monsieur le grand-mattre , je ne sçais si le duc de Bourgogne voudrait point retourner tout court à Rouen , ou ailleurs en ces marches; je vous prie, monsieur le grand-maître , que vous y ayez bien l'œil y et y faites si bon guet , que vous soyez au-devant de lui, oii qu'il marche ; car , parce que vous êtes allé devant lui de ville, en ville, vous lui avez rompu toutes ses intelligences.
Je vous prie , monsieur le grand-maître , que vous mettiez peine de toujours bien me servir par delà , ainsi que aves fait par ci-devant , et ayez mes affaires pour recommandées.
J'envoye Blandin par delà qui vous dira comme mes gens , tant ceux qui sont en Normandie et en Poitou , que ceux qui sont à l'entour de moi , fétoyent les Bretons ; je vous prie que vous fêtiez bien les Bourguignons , aussi de votre c6té, et croyes ledit Blandin de ce qu'il vous dira de par moi. A laRoche^u-Duc, le vingt-huitième jour de septembre. Lots.
Xjettres du roi, données à Alençon au mois d'août i473 , présens le sire d'Argenton, le sénéchal de Xaintonges, Thierry de Lénoncourt, maître Louis d'Amboise, par lesquelles il ac-* corde aux habitans d' Alençon le pouvoir d'avoir un maire , douze pairs , vingt-quatre conseillers. Lequel maire s'élira de trois ans en trois ans le jour de Saint-Laurent : le maire sera confirmé par le roi ; en sortant de charge , il sera du nombre des pairs , et un pair venant à mourir , n'y ayant point de maire pour le remplir , sera élu par le maire , les autres pairs et conseillers I un conseiller pour être pair. Les moti& de celte grâce ^
sont que le roi est bien sûr que lorsque la ville fut surprise par les Bretons et autres ennemis du roi , les habitans n'y trempèrent point et ne songèrent qu'à se remettre sous l'obéissance du roi.
Lettre de Louis XI au chancelier , au comte de Dammartin et '
au sire de Craon.
JVL ESSiEURS le chancelier, grand maître, et de Craon , je vous écris par maître Louis d'Amboise et monsieur de Genlis , ce que les gens du connétable ont dit , et ce que je leur ai répondu; ils vous diront ce qu'ils ont de charge touchant notre connétable. II me semble que monsieur de Genlis a bonne volonté, et m'a promis de gagner monsieur de Mouy et des gens d'armes , et de recouvrer la ville maugré le connétable. Entretenez-le bien , ainsi que vous sçaurez bien faire , pourvoir s'il fera ce qu'il dit. Je leur ai baillé par écrit , que si le connétable veut rendre la ville de monsieur Saint-Quentin , et faire le serment sur la vraie croix de Saint-L6 , ainsi qu'ils vous montreront , que je suis coûtent de lui pardonner ; et tandis vous sçaurez si le duc de Bourgogne veut accepter le parti que je vous ai mandé par monsieur de Limosin , et par aventure que cette offre gardera notre connétable d'assurer de tous points son fait avec le duc de Bourgogne , sitôt comme il ferait , s'il n'avait point d'entretennement d'autre part ; s'il n'a conclu son appoiutement avec le duc de Bourgogne, je ne crois point que le duc de Bourgogne n'accepte l'un des deux partis par paix ou par trêve de lui courre sus ; et si d'aventure le duc de Bourgogne le refusait , je raurais monsieur Saint-Quentin , par quoi il n'aurait plus de quoi me tromper, que de ses places , qui est peu de chose; car au regard des gens d'armes je les raurais quand je voudrais. Je vous prie , sentez , le plutôt que vous pourrez , par notre protonotaire , la volonté du duc de Bourgogne ; et s'il est besoin que je m'approche jusques à Creil, écrivez-le-moi, et je le ferai incontinent , soit pour le traité du duc de Bourgogne , ou pour celui du connétable; et de Creil j'irais de. Guise en une nuit jusques à Cornpiègne , pour parler à notre protonotaire , si besoin est , et m'en retournerais lendemain.
J'envoyerai monsieur du Bouchage après eux , afin qu'il les fasse charier droit f mais je vous assure que maître Louis d'Amboise est bon pour cette querelle, à cause de l'avertissement qu'il me fit, et ne voudrais point qu'il eût pouvoir de lui nuire, et vous le connaîtrez bien quand vous parlerez à lui à part : montrez ces lettres au gouverneur de Limosio , et non à autre ,
58o HISTOIRE
et après les jetés au feu devant ce portear ; adieu. Écrit à Montléan , le yingt-uniëme jour de décembre.
LOYS. Et plus bas TiLHART.
* Lettre de Louis XI à du Bouchage.
J\X o ir SI EU R du Bouchage , je vous remercie de votre diligence. Les rebelles ni Martin Anjorant , qui étaient consentans , ne doivent jouir de Timmunité ; punissez grièvement ceux que vous avez , et n'épargnez personne de ceux qui ont fait l'émotion dernière contre Gilles Milon , et les faites mettre en prison ; informez-vous si les cinq que vous avez n'y consentirent point ; car je le crois. Faites un maire et douze échevins , qui soient parens de Raoulet ; le maire sera François Gautier ; à l'avenir je les nommerai les uns et les autres, comme je fais k Tours ; ils jouiront des privilèges. Faites Raoulet prévôt au lieu de monsieur de Milandres , que je récompenserai; les sergens , qui seront toujours avec Raoulet, et tiendront la ville en sujétion , auront quatre livres par mois. Séparez les cinq prisonniers que vous avez faits , envoyez-les à Mehun et en la Tour. Monsieur de Gyé «era récompensé de sa diligence et aura sa part du profit. A Compiègne, le 12 de mai. Lots.
j^u même.
yjv^oy punisse grièvement les coupables ; mais en bonne justice. Que ceux qui méritent d'être exécutés soient mis à leur porte ; pour les cinq prisonniers , qu'on les amène au bois de Yincennes , parce qu'ils seraient trop près de leurs parens , s'ils étaient dans la tour ou à Mehun. A Compiègne , le 12 mai. Loys.
lettre de Louis XI à Ys^on du Fou et à du Bouchoffe,
JL/Epuis que j'ai fait vos lettres, je me suis avisé que je suis content que vous faites dépendre et ôter les corps qui auront été exécutés , après qu'ils auront été attachés un jour à la porte de leurs maisons ; si le faites ainsi. Aussi vous , monsieur du Bouchage , informez-vous bien s'il n'y a nuls desdits gros qui soient consentans de l'émotion ; car les pauvres ne l'ont faite d'euxmêmes , et aussi besongnez diligemment au procès de ceux qui firent l'émotion contre Gilles Milon , et n'épargnez nuls ; je vous envoyé une lettre que j'écris à monsieur le vidame , à ce qu'il envoyé à Jehan de Monenvilliers la décharge de la Tour ; je vous prie que vous y envoyiez un de vos gens , et lui écriviez
DE LOUIS XL 58i
en manière qu'il n'y ait point de faute : vous, monsieur du Fou , retournez incontinent , et tenez vos gens prêts ; car nous n'avons plus que quinze jours de trêve. A Noyon , le i5 mai. 'I/)YS.
hettre de Louis XI au comte de Dammartin,
JVLoivsiEUR le grand-maitre f les deux hérauts de Bourgogne , c'est à sçavoir , Toison-d*Or et Luxembourg me sont venus dire ;. c'est à sçavoir , Toison-d'Or ^ pour me sommer de garder la trêve au roi d'Aragon ; et Luxembourg , pour aller devers ledit roi Jehan d'Aragon , le lui dire. Je leur ai répondu que de ma part je veux tenir la trêve , si le roi d'Aragon la tient ; mais que c'est lui qui l'a rompue , et a pris les places sur moi ; et s'il me les peut rendre , je suis content de la tenir ; et sur ce je fais conduire Luxembourg jusques devers le gouverneur de Dauphiné , et mande qu'il le garde jusqu'à ce qu'il ait fait les besongnes , et après qu'il le me renvoyé ; et cependant le duc de Bourgogne cuidera que son héraut besongnera le mieux du monde ; je vous manderai le surplus par monsieur le chancelier. Brest y qui les conduisait , dit qu'ils oot dit à un homme que le duc de Bourgogne voudrait bien maintenant récompense pour ses deux villes. J'ai doute que les Bretons et eux ayent à l'accord à me demander récompense qui me fût plus dommageable que les deux villes; et s'ils voulaient demander chose raisonnable , ils ne les envoyeraient point ; mais ils sèment cette récompense ici , afin qu'on die que j'ai plus grand tort , si je ne fais ce qu'ils demandent , vu qu'ils m'offrent tant de partis , et que je n'en accepte quelqu'un. Jetez ces lettres au feu y a£n que vous ne les perdiez comme les autres , et me faites sçavoir , par Pierre Clerc , votre opinion , s'ils le font pour cause y ou pourquoi il vous semble qu'ils le font; et adieu. Ecrit à Amboise , le 26 juin. Loys.
Lettre de Louis XI au comte de Comminge,
DNS I EUR de Comminge , mon ami, je m'en parts demain , et ai promis d'être dans huit jours à gîte à Notre-Dame-de- Behuart. Vous m'avez écrit que le duc mettait en conseil la réponse qu'il me devait faire de ce que le bailly de Montargis lui dit. J'en suis bien ébahi ; car il semblait , par son procureur , qu'il ne fût jamais à temps d'avoir accompli le traité. Depuis vous m'avez écrit que le duc vous a laissé les scellés en votre main , et aussi qu'il voulait envoyer une ambassade. JVIonsieur de Comminge, afin que vous soyez averti , avant que partir de là , de mon intention ; c'est que, si le duc veut faire cet appointement , je ne
bougerai d'Angers , jasqaes à ce que ce soit fait , et ferai le serment et tout ce qu'il faudra ; et amenez quand et vous ceux qu'il y voudra envoyer; car par moi ne tiendra ainsi que ce que je dis au bailly de Montargis , et de tout je me soumettrai à la raison de ma part, s'il y avait aucun différent. Si le duc veut dissi* muler , je n'y arrêterai qu'une nuit , et m'en retournerai. Monsieur de G>mminge , je ne vous saurais autre chose écrire , sinon que je veux achever ce que je dois faire de bon , pour jamais avec le duc ; ou s'il dissimule, je veux connaître la dissimulation tout au clair. Je suis bien sûr que ceux qui ne m'aiment point, ne voudraient pas qu'il eût fait appointement final avec moi ; car il ne tiendrait plus compte d'eux ; et s'il se fie plus en moi qu'en eux ]M>ur cette fois , je sais bien que tant qu'il vive , ne lui en prendra mal , et le connaîtra par effet ; ou s'il les veut croire contre moi , je ne suis pas délibéré de me laisser plus longuement amuser , sans connaître mon cas , pour complaire k ceux qui mal me veulent. J'ai attendu un an et plus, et en effet je ne suis plus délibérif de leur faire plaisir ; et adieu , monsieur de Comminge , mon ami. Ecrit au Plessis-du-Parc , le ouxième jour d'octobre. Lots.
Lettre de Louis XI au connétabfe de Luxembourg,
JVloif frëre , j'ai reçu vos lettres par François de Luxembourg» mon cousin , faisant mention' que vous avez été averti que aucuns de par moi ont fait commandement à Ragusse et autres geps d'armes de votre compagnie , qui étaient à Brie-Comte-Robert , qu'ils ne vous suivissent , pareillement que j'ai pris les places de Melun et de Corbeil , et qu'à cette cause vous envoyez ledit de Luxembourg par devers moi pour sçavoir mon vouloir sur ce.
Mon frère , quand vous seres devers moi , ainsi que je m'attends que brief serez, et comme je vous ai fait savoir par le sieur de la Heuze et par plusieurs autres , je vous dirai les causes qui m'ont fait faire ce que jusques ici en a été fait. Toutes voycs , TU et considéré ce que ceux qui sont avec vous vous ont fait faire , et enfin , oii je sçais certainement qu'ils tendent , laquelle ils ne sçavaîent déguiser en fiiçon que je sçusse entendre , que ce ne soit pour mon mal , et veux bien qu'ils sçachent , quelqiie chose qu'ils dient , que je ne suis que un enfant , et que je ne parle que par bouche d'autrui , que je ne serai jamais content d'eux , s'ils ne changent leur propos , vu aussi qu'ils vous ont emmené si soudainement de cette ville sans cause et pour chose toute contraire à vérité ; je m'attendais vous trouver et bien TOUS traiter ; vous ne vous devez pas émerveiller si j'ai eu quelque
{magination contre eux que desdites places et gens d'armes ils me voulsissent pourchasser mal ; mais tout ce nonobstant quand T08 gens n'ont point été mis hors desdites places, ni ne vous pense rien avoir otë , ni ne ferai tant que vous gouvernerez envers moi ainsi que vous devez , et y êtes tenu , en mettant toutes vos questions entre mes mains , comme votre chef et votre souverain seigneur , sans user de voie de fait ; car à n;il de mon royaume n'appartient de l'entreprendre, sans mon exprès cohgié et commandement ; et quand il faudrait que je le sçusse , ce s€^ait à votre grand et évident tort et à ma très-grande dëplaisance, ^ et plus que de personne qui soit vivant ; et à Dieu , mon frère ,* auquel je prie qu'il vous ait en sa sainte garde. Ecrit à Paris , le. huitième jour de février 14^5. Loys.
Lettre de Louis XI à du Bouchage,
.oif SIEUR du Bouchage, mon ami, j'ai reçu vos lettres par Toutes-Pièces ; et au regard de ce que vous dites que le sieur Bouffile ne se veut consentir qu'on chasse le peuple dehors de la ville y mais seulement les nobles , et les gros qui firent la tra* bison ; puisqu'il est de cette opinion , et qu'il dit qu'il n'en prendrait point la garde autrement , et qu'il n'y sçaurait vivre ; faites-le ainsi qu'il avisera , lui en baillez la charge , et le laissez lieutenant par delà , et lui dites qu'il ne se dise pas gouverneur pour l'amour de messire ILoquebertin , afin qu'il n'ait cause de crier ; mais au moins les chefs du peuple et ceux qui entretenaient le peuple contre moi, et qui me faisaient la guerre, qu'il les jette dehors.
Au regard de la citadelle , laissez-la lui faire ainsi qu'il a avisé ; et que M. d'Alby et le trésorier y voyent pour la faire faire ; et quand le sieur Boaffile aura, fait faire celle qu'il dit , il pourra après , peu à peu , faire celle qui avait été avisée , si elle vaut mieux.
Monsieur du Bouchage, nous n'avons point de trêve par deçà, par quoi il me faut aider des gens d'armes ; et pour ce je vous prie que vous en veniez le plus tôt que vous pourrez, et les gens d'armes par deçà , et les gens de monsieur du Lude et de Consoles en Guyenne ; et s'il n'y avait assez de gens par delà de ceux de Bouffile , pour tenir la chose en sûreté , laissez-y ceux de Consoles, et se Consoles n'y veut demourer , envoyez-le jnoi , et lui dites que je lui donnerai de l'argent ; avisez le plus homme de bien de sa compagnie , lui en baillez la charge , et le charmez bien.
Parlez au Poulailler ( Etienne Poissiea ) ^ et lui dites bien
qu'il mette en bonne sûreté ses places sur sa vie , et lui parlez da mariage de la fille de Philippe Aubert , s'il la veut avoir ; et , s'il ne la veut, parlez-en à Regnault du Chesnay.'
Monsieur du Bouchage, mon ami, je vous prie que vous fassiez diligence de mettre cette chose en sûreté , qui est le plus grand service que vous me puissiez faire , et puisque vous y êtes , j'ai bien intention , au plaisir de Dieu , que vous assurerez tout ; et vers l'hiver , si je puis avoir paix ou trêve , mon intention est d'y aller en personne.
Au surplus la guerre est commencée , et ponr ce , je vous prie que incontinent vous en veniez, et m'envoyiez tous les gens d'armes en la plus grande diligence que vous pourrez.
Je vous donne à vous et à Boufiile toutes les forfaitures de ceux qui seront mis dehors pendant que vous serez par-delà ; et aussi je donne à Bonffile l'office de baiUy, et pour ce bailJez-lui-en ses lettres. Je vous envoyé un mémoire qu'un nommé Jaubert m'a envoyé : parlez à lui et vous en aidez ; car il me semble être bon homme pour moi. Je vous prie , monsieur du Bouchage y mon ami , sur toutes choses mettez cy en sûreté.
Monsieur du Bouchage , au regard de Canet , vous sçavez qu'il n'est pas en sûreté pour moi es mains là oii il est ; et pour ce faites abattre le fort, et laissez la maison seulement. Je vous envoyé toutes les lettres que j'écris à Toutes-Pièces ; voyez tout , et après les refermez, et faites bailler partout ; adieu. Ecrit à Paris , le vingtième jour d'avril. LoYS.
u4u même.
JVloïvsiEUK du Bouchage , aujourd'hui à trois heures que Toutes- Pièces est parti , j'ai oublié à vous écrire sur ce qui s'ensuit.
Premièrement , se vous pouvez faire piller les maisons de ceux que vous chasserez , ou au moins de Antoine Yiviet et d'aucuns gros qui sont les plus traîtres à la commune ; jamais ladite commune ne consentirait qu'ils remissent le roi d'Aragon dedans , et y feraient meilleur guet que vous ; et ne croyez pas Bouffile de cela ; car c'est la chose dont je vous avais plus chargé , monsieur du Bouchage , et vous ne m'en faites point de réponse ; mais c'est le plus grand service, et la plus grand'sûreté que vous nie puissiez faire par delà ; et si BoufHle est de cette opinion , bien ; et si n'est de cette opinion , ne laissez pas pourtant à me servir bien à mon gré , et de ceci qui me semble être si bon ; et vous le pourrez connaître à ce que j'ait fait à Jehan Pin et à Mercurden enPuissardan.
D'autre article si est qui sont venus ici un grand tas pour les
offices. Je vous assure que je n'en donnerai nuls , eC pour ce donnez-les tous à ceux que vous voudrez , et en faites une bonne bande contre le roi d'Aragon ; et si Bouffile est de cette opinion , bien ; sinon , ne laissez point à en faire cela et autre chose que vous verrez.
Au regard des offices que je vous avais dit que vous donnassiez a Bouffil e et au Poulailler , faites-en ce que vous en voudrez et que vous verrez pour le mieux, pour mettre la chose en sûreté. Abrégez , vous en venez et amenez les gendarmes quand et vous, car nous n'avons point de trêve ; et si Bouffile peut garder tout seul le pays, bien; et s'il n'y a assez, laissez-y Gonzoles ; et s'il n'y a assez de lui et de Gonzoles, laissez-y la compagnie de monsieur du Lude.
Je vous prie, contentez bien le comte et le Castellan, et ne plaignez point à leur écrire de bonnes lettres , et y envoyez huit ou dix messages, cependant que vous serez là, et les entretenez bien de paroles ; adieu. Ecrit à Paris, le vingtième jour d'avril. Loys.
Lettre de Louis XI au comte de Dcmvnartm.
JVIoNSiEUE le grand-maître , je vois en Normandie à grand'hâte, comme vous sçavez ; cuidions trouver les Anglais prêts à descendre ; mais se trouve que l'armée de mer le jour de devant que j'arrivasse s'était retraite , et descendue en terre et a abandonné la mer. Quand je vis que nous ne faisions rien , il me sembla que pour rompre le propos des Anglais de venir en Normandie , que je devais envoyer mes gens courre en Picardie , afin de leur détruire le pays de là oii les vivres les eussent suivis , et les ai envoyés entrer par le Pont St.-Bemi , parce que la Blanquetaque n'est pas bien ^Axe à grand'compagnie , et sont allés jusqu'à la mer , et ont tout brâlé depuis la Somme jusqu'à Hesdin , et les faubourgs de Hesdin , et de là s'en sont venus toujours faisant leur métier jusques à Arras, et mardi, environ quatre heures après midi, messire Jacques de Saint^-Pol , le sieur de G)ntey, le sieur deCarancy , de Miremont , et le sieur de Romont , s'allièrent pour recourre le feu d'un village qui est près de la ville , et un grand sus de gens de pied après nos gens saillirent des logis, ainsi qu'ils venaient, les emblaient, et leur tenaient l'escarmouche ; un fut tué du sieur de Saint-Lô, qui est au sieur de Torcy , et l'autre Gayen d'Alyson , qui est; à Salezart. Le bruit en vmt oii était l'amiral , qui monta à cheval , pour y venir , et se mit le moyne Blasset devant ; incontinent que le moyne arriva , il était déjà venu de tontes compagnies au bruit , et des Ecossais. Chacun commença à charger à travers >
et ont été tous pris ou morts ; Jacques Saint-Pol est fort blessé en la tête et au visage , sa salade lui vola hors la tête en s'enfuyant, le sieur de Contej est pris , le sieur de Carancj Bourbon ; on a une robe de velours noir et une croix d'or à un qui a été tué et qui était tout défait , et que Mortemart, qui en est vena , ne l'a pas sçu connaître ; le sieur de Miraumont n'était pas encore trouvé ; mais on dit qu'un archer l'a ; nos gens se retirent. J'envoyerai quatre cents lances à Eu, et ferai porter les grains à Dieppe et de la ville et de tout le pays , afin que les Anglais ne trouvent rien. Et si le roi d'Angleterre ne vient en personne , Eu se tiendra bien ; si aussi il vient , on le dépêchera de bonne heure , des qu'on saura qu'il est descendu à Calais. A Calais y a quatre ou cinq cents Anglais ; mais ils ne bougent , et n'en est pas venu un se montrer devant nos gens , vous en avez bien vu d'autres qui se seraient bien venus montrer. Monsieur de Lescun a été ici pour s'oflfrir , disant qu'il n'avait nul parti avec Je duc , et m'a conté seulement la diligence que le sîeur d'Urfé mettait de faire le duc homme de guerre , et conseillait quej'y envoyasse le chancelier, ce que j'ai fait volontiers. Les Anglais prennent, maintenant des Bretons sur mer , et dient qu'ils les ont trahis ; je me tiens ici autour de Neuf-Châtel , tant que je sçache si les Anglais marcheront en 'Normandie ou non , et ai les gens d'armes de la bande de Normandie avec moi , et fais fortifier Dieppe et avitailler le mieux que je puis ; et si les Anglais marchent , ceux d'Eu se mettront dedans avec ceux de monsieur le maréchal , qui sont cinq cents lances et un bon nombre de francs-archiers. Antoine de Mouher est devers le connétable, et maître Jehan de Paris. Je voudrais que les Anglais ne descendissent tant que cet appointement-là fût fait.
Je ne vous écris . point les nouvelles de la bataille de Bourgogne ; car vous les sçavez beaucoup plus tôt que moi. J'envoye le bailly deVermandois pour fournir Noyon de vivres; s'il vient secrètement, je vous avertirai. J'ai chargé ce porteur de passer par Dammartin , parce que se peut qu'il vous y trouvera. Ecrit à Coursi-sur»Andelle , le trentième jour de juin. Lots.
j4u même.
IVloNSiEtJR le grand-maître, j'ai reçu vos lettres, et quant à ce que m'écrivez des longues lances, il me semble que votre opinion et celle du maître desdites lances est bonne; c'est à sçavoir de ne les point faire distribuer pour cette heure , et veux bien qu'ainsi se fasse , et qu'elles se portent en chariots, comme les maillets de plomb et autres choses de l'artillerie ; en tant que
touche ce que monsieur le maréchal de Lohéac vous a écrit , je lui écris présentement, et aussi à monsieur le maréchal Joachim , comme à cause de votre of&ce vous appartient la prindpale charge de l'armée qui est avec ma personne , et qu'ils s'aâsemhlent avec vous à Mantes , ou autre lieu qu'il semblera être le mieux y pour aviser entre vous ensemble à la conduite des choses qui seront à faire. Si vous prie, monsieur le grand-maître , qu'en besongnant avec eux leur teniez les meilleurs et honorables termes que pourrez , en leur gardant Thonneur et prééminence qui leur appartiennent à cause de leurs offices , qui , comme sçavez , sont de grand'autorité; je suis certain qu'êtes bien délibéré d'ainsi le faire, et aussi par bonne amour et communication tous ensemble m'en pourrez mieux servir en ma garde. Monsieur le grand* maître , faites-moi toujours sçavoir des nouvelles qui surviendront; et adieu. Écrit à Senlis, le dix-neuviëme jour d'août.
Lots.
Au même.
AloNSiEVR le grand-maître, je suis étonné que vous ne me faites point de réponse par vos lettres touchant les bonnes nouvelles , et en suis marri ; car il me semble que vous n'êtes plus dans la volonté que je vous laissai touchant Bourgogne , et je n'ai autre paradis , en mon imagination , que celui-là. J'ai eu ce matin des lettres du sénéchal de Beaucaire que je vous ai envoyées; nous remédierons bien k tout quand j'aurai parlé à vous. Je m'en vais lundi à Tours , je ne vous écris autre chose ; mais' j'ai plus grande faim de parler à vous, afin de trouver le remède en cette matière de Bourgogne , que je n'eus onc à confesseur pour le. salut de mon âme. Ecrit à Azirons , près Loches , le 27 octobre. Lots. Et plus bas, Tilhart.
Sur la croix de St-^Lo.
(Il est si souvent parlé dans l'histoire de Louis XI, des sermens sur la croix de St.-Lo , qu'il est à propos de la faire connaître. )
Xj a. croix de St.-Lo d'Angers , célèbre sous le règne de Louis XI , était un morceau de la vraie croix , qui était dans l'église collégiale de St.-Lo au faubourg d'Angers. C'est ce qu*on voit par une lettre que Jean Bourré, sieur du Plessis, secrétaire , favori de Louis XI, écrivait à ce prince. Elle est au manuscrit 376, de ceux de Gagnières dans la bibliothèque du roi ^ fol. i3. Louis XI avait beaucoup de dévotion à cette croix. L'église oii elle était , est 4ilécorée d'un chapitre composé de deux dignités, douze^hanoines 2. ' 38
et vingt-sept chapelles. Voici ce que porte un certificat des chanoines de cette église^ tiré du manuscrit 38o, det Gagniëres, fol, 4i-
« Les doyen et chanoines de l'église collégiale de St.-Lo-les- •I Angers, ont fait dire et célébrer par les chapelains de ladite » église pour le roi , notre sire , une messe basse tous les purs » de l'an , en l'honneur et révérence de la vraie croix , étant en » îcelle église depuis le jour de la fête de monseigneur saint » Louis, qui y le vingt-cinquième jour d'août mil quatre cent M soixante-neuf, jusques aujourd'hui neuvième jour de novem- » bre , l'an mil quatre cent soixante-dix; et encore font tous les ** jours continuer ladite messe , et aussi aux jours de fête de » l'Exaltation et Invention de Sainte-Croix, une messe à notes , » solennelle , à diacre et soadiacre. »
Formule pour exiger le serment.
Vous jures par Dieu , votre créateur, sur le damnement de votre âme , et par le baptême que vous avek apporté de dessus les fonts , et par la vraie croix de St.-Lo ci-présente , que , etc. y et dudit serment vous renoncez à toutes dispenses.
Serment de Louis XI au duc de Bretagne , tiré du manuscrit 872, parmi ceux de Gagniëres dans la bibliothhque de sa majesté, foL i3.
Item, jure sur la vraie croix de St.-Lo, que je ne prendrai, ne tuerai, ne ne ferai prendre , ne tuer , ne ne consentirai qu'on prenne ou qu'on tue mon beau neveu Françoisi, à présent duc de Bretagne; et que je ne ferai, ne pourchasserai, ne ne ferai faire , ne pourchasser mal , dommage, ne inconvénient à sa per^ sonne ; ne ne souffrirai k personne quelconque le lui fair^; et se je sçais que aucun le veuille faire, en avertirai mondit neveu , et l'en garderai et défendrai à mon pouvoir, comme je ferais ma propre personne.
Et est ce présent serment, en confirmant et approuvant le traité de paix , qui fut fait et accordé entre moi et mondit neveu , par ses gens et amis , le neuvième jour d'octobre , l'an mil quatre cent soixante-quinze , et sans aucune novation ou dé gation y faire , etc.
Serment que le duc de Bretagne fit deux ans après y le
23 août i477-
JVlAiTRE Jehan Brete, trésorier de l'église de Tours , un des ambassadeurs du roi , dit la messe en présence du duc d'Imbert de Batamaj, et à l'élévation, le duc se leva et dit :
« Je 9 FVançois , par la grâce de Dieu , duc de Bretagne > jure à » Dieu, mon benoist Sauveur,, qui est ici sacramentalement , M que tant que mon trë»-redouté seigneur , monseigneur Louis , M par la grâce de Dieu roi de France , vive , je ne prendrai , *> ni tuerai, et ne ^erai ni prendre ni tuer, ne attenterai, ni »> ferai mal à sa personne; jure aussi que ne lui ferai guerre ni M à son royaume. »
La messe dite , on prêta le serment sur la croix de St.-Lo d*Angers.
Tiré de l'inventaire du trésor des Chartres , vahime troisième , Jol, 197 et 108 , par M. l'abbé Le Grand.
Autre serment tiré du manuscrit 845 1 de la bibliothkque de sa
majesté , foL 3i.
Je, François Doms, écuyer, jure par Dien, mon créateur , sur le daranement de mon âme, et par le baptême que j'ai apporté des fonts , que bien et loyaument je servirai le roi , Louis de France , mon souverain seigneur , envers tous et contre tous , qui peuvent vivre et mourir , sans nul excepter , et nommément contre le roi Jehan d'Aragon , et son fils , le prince , et contre tous ceuic qui tiennent et tiendront leur parti, soient mes frères, mes parens et autres quels qu'ils soient ; et si je sçais , ou puis açavoir aucune chose au préjudice dudit seigneur, de sa personne ou de son royaume , je l'en avertirai et éviterai , et aussi pourchasserai son bien à mon pouvoir. En témoin de ce , j'ai signé ces présentes de mon seing manuel , le troisième jour de novembre, l'an mil quatre cent soixante-quatorze. F. Doms.
Copié sur l'original.
On ajoutait ordinairement à la fin de ce serment :
Et au cas que jamais je fassse contre ce présent serment , je me soumets et requiers à Dieu que je sois puni de toutes les peines, punitions , périls et dangers qui sont ad^nus et ont accoutumé d'advenir à ceux qui se sont parjurés sur vraie croix de St.-Lo.
Sgo HISTOIRE
Lettre de Louis XI au chancelier.
Monsieur le chancelier, j'envoye le duc de Nemours àPari», par monsieur de Saint-Pierre, et lui ai charge le mettre dedans la Bastille de Saint-Antoine, et pour ce , avant qu'il y arrive, faites prendre tous ses gens qui sont à Paris , et les faites mettre dedans la Bastille , et les faites bien enserrer , afin que à l'heure que monsieur de Saint-Pierre y arrivera , il les y trouve tous ; mais avançe»-vou8-en ; car s'ils oyent le bruit que leur maître aille il Paris , ils s'enfuiraient.
Faites aussi qu'il y ait douze hommes à la morte-paye dedans ladite Bastille pour la garde dudit de Nemours , outre ce que Philippe Lhuillier a de gens ; car j'écris à Philippe qu'il en aura la garde , et que les mortes-payes feront ce qu'il leur commandera.
Et mais que ledit de Nemours soit mis en bonne garde et sûreté dedans la Bastille , si vous en vene« devers moi à Tours , et y soyes dedans le dix*huitième d'aoÀt , et qu'il n'y ait point
de faute, i'ai chargé à monsieur de Saint-Pierre de vous parler de cette
matière plus au long. Écrit à Orléans , le dernier jour de juillet
1476. LoYS. Et plus bas, J. Hesme.
lettre de Loitis XI au comte de Damnuartin,
JVloN SIEUR le grand-maitre , vous sçavez les grandes aiSaire» que continuellement j'ai eues depuis la création de notre ordre , tellement que à l'occasion d'iceux , il ne m'a été possible de tenir la féie d'icelle, ce que je désire fort , tant pour aviser d'y mettre le nombre des chevaliers qui y défaillent , que pour pourvoir à beaucoup de choses qui y sont nécessaires. Toutes iroyes , pour ce que bonnement ne puis sçavoir se si promptement se pourrait tenir la fête comme je voudrais , et que plusieurs des frères et chevaliers dudit ordre , pour le grand nombre qui y défaut , m'ont fort pressé d'y en mettre certain nombre , et entre autres m'ont nommé monsieur de Gyé , qui est de bonne et grande maison , comme sçavez, et de présent comte de Porcien et de Marie, et sont d'opinion qu'il est homme qui vaut bien d'y être ; je vous en avertis , afin que m'écriviez votre avis sur ce ; si vous prie que ainsi le veuillez faire à toute diligence. Écrit à Selomme^ le seizième jour de septembre. Loys.
« Le roi fit proposer , cette année, un cm de conscience » assez singulier. (P. 281.)» ' '
Consultation si le roi doit faire la guerre au duc de Bourgogne,
du R ce qui a été mis en délibération; à sçavoir , si , y eu les ter* mes que monsieur le duc de Bourgogne a tenus et tient envers le roi, dont il ne doit pas être content , ledit seigneur peut , dès à présent y sans faire autre sommation à mondit seigneur de Bourgogne y ou sans autrement le déclarer rebelle et désobéissant envers loi , permettre et souffrir , ou tolérer qu'aucuns princes , seigneurs ou communautés , qui ont ou peuvent vraisemblablement avoir querelle contre mondit seigneur de Bourgogne , lui fassent guerre et portent dommage de fait , eu prenant places sur lui ou autrement , et si le roi , en son cœur , le peut et doit ainsi vouloir , et en être bien content , sans offenser Dieu et sa conscience.
A semblé que, considéré que le roi et tous ceux de son royaume qui ont bon vouloir envers lui et sa seigneurie , peuvent clairement voir et connaître que mondit seigneur de Bourgogne tient bien grand tort au roi en maintes manières , et à ses sujets ; aussi le roi ne doit point (aire de conscience de souffrir , permettre et tolérer qu'autres princes , seigneurs et communautés auxquelles mondit seigneur de Bourgogne tient pareillement tort , ou qui ont querelles contre lui , fassent et portent dommage contre lui par guerre ouverte ou autrement, afin que par ce moyen le roi le puisse plus aisément contraindre à faire son devoir envers lui , et le garder de plus opprimer son peuple et ses sujets , et ne le doit le roi aucunement empecber ; ainçois peut licitement , et sans cbarge de conscience, donner, ou faire donnera entendre auxdits princes , seigneurs et communautés , que , se ainsi le veulent jaire , le roi en sera bien content. Mais il a semblé que le roi ne peut pas licitement prier , ou requérir , ou autrement pourchasser lesdits princes , seigneurs ou communautés , de faire guerre ouverte , ou porter dommage de fait à mondit seigneur de Bourgogne , ne à ce faire leur aider , ou donner secours de fait , jusqu'à ce qu'il se soit rendu désobéissant au roi , et à ce que ledit seigneur voudra qu'il fasse , et qu'il doit faire envers lui; auquel cas , le roi le peut et doit tenir et réputer pour son ennemi , et contre lui faire tout ainsi qu'il peut et doit faire contre ses autres ennemis.
Lettre de Louis XI à du Bouchage,
AlLoit SIEUR du Bouchage , j'ai reçu vm lettres , et me semble , puisque vous avez bien pourvu et fourni la grosse tour de Bourges, et que mais que le procès soit jugé, que vous vous en pourres bien venir , et laisser dedans Olivier Guérin ; car c'est un très* bon honinfè et sûr , et aussi j'ai envoyé Millandres par delà qui se donnera garde de tout.
Mais , avant que départir, sachez si les gentilshommes de Bourbonnais sont allés à l'arriëre-ban de Bourgogne ou non , et vous donnez bien garde, et en avertissez bien Olivier Guérin, qu'iU ne fassent point d'assemblée que vous n'en soyez averti, et laissez la chose en bonne sûreté. Écrit à Cambray , le neuvième jour de inay i477- Lo'ïs.
Lettre de Louis XI au comte de Dammartùi.
JVLoNSiEUR le grand maître, je vous envoyé trois on quatre cents faucheurs pour faire le gAt que vous savez ; )e vous prie , mettez-les en besongne , et ne plaignez pas cinq ou six pièces de vin à les faire bien boire et à les eny vrer , et lendemain bien matin mettez-les en besongne , tellement que je ne oye parler ; et , monsieur le grand-maître , mon ami , je vous assure que sera la chose qui fera plutôt dire le mot à ceux de Valenciennes, et adieu. Écrit à monsieur Saint-Quentin , le vingtKânquième de juin.
Au même.
JVloNSiEUR le grand-maitre , vous retiendrez avec vous , tant que vous voudrez , les deux cents lances qui vont à Tournay , et mille ou douzo^cents chevaux , n'étant pas pour vous courir sus , vu la compagnie que vous avez ; mais je vous prie qu'il n'y faille à retourner une autre fois faire le gât ; car vous êtes aussi bien officier de la couronne , comme Je suis ; et si je suis roi , vous êtes grand-maître ; et adieu. Écrit à monsieur Saint— Quentin , le 25 juin*
Lettre que Guillaume Hugonet sieur de Saillant, chancelier de Bourgogne, écrivit à sa femme le jour quon lui trancha la tête.
A ma sœar LouUe , dame de Saillant et d'Epoiste.
31 A sœur , ma loyale amie , je vous recommande mon âme de tout mon cœur. Ma fortune est telle que j'attends aujoup-
U'huî mourir , et partir de cettui monde , et y comme Ton dit , pour satisfaire au peuple ; Dieu , par sa bonté et clémence , leur veuille pardonner , et à tous ceux qui en sont cause , et de bon cœur je leur pardonne. Mais, ma sœur, ma loyale amie , pour ce que je sens aucunement la douleur que vous prendrez pour ma mort , tant à cause de la séparation de la cordiale compagnie, comme pour la honteuse mort que j'aurai soufferte , et pour la perdition que vous et nos pauvres enfans y aurez , ^e vous prie et requiers , sur toute la bonne et parfaite amour que je sais que vous avez en moi , que vous veuillez présentement conforter et prendre consolation sur deux choses contraires aux dessusdiles. La première que la mort est commune à toutes gens , et plusieurs Tont passée , et passent en plus jeune âge ; la seconde , que la mort que je soutiendrai, est sans cause et sans que j^aie fait, ne que Ton me trouve avoir fait chose pour laquelle je devrai la mort; par quoi je loue mon créateur qu'il me donne gré de mourir en cette sainte semaine , et en ce glorieux jour qu'il fift livré aux Juifs pour souffrir sa passion tant injuste. Et ainsi, ma mie , j'espère que ma mort ne sera honteuse à vous , ni à nosdits enfans , et de ce qui sera en moi, je le prends bien en gré pour l'honneur et exemple de notre créateur, et à la rémission de mes pochés ; et , quant aux biens , celui qui nous a fait grâce de mettre n jsaits enfi.ns âur terre, les nourrira et* adressera selon sa sainte grâce et miséricorde ; pour ce, ma mie, reconfortezvous , et encore tant plus que je vous certifie que je suis résolu et délibéré ^ moyennant l'aide et grâce divine , recevoir sans regret la mort et venir à la gloire de Paradis. Et en après , ma mie , je vous recommande mon âme et la décharge de ma cons- . cience ; et tant sur ce que sur autre , j'ai prié mon chapelain de vous déclarer mon intention , auquel veuillez ajouter foi comme à moi-même. Adieu , ma sœur , ma loyale amie , je remets vous et nos enfans en la recommandation de Dieu et sa glorieuse mère. Ce Jeudi-Saint , que je croîs être mon dernier jour.
Lettre de Louis XI au comte de Dammartin.
iVloTTSiEUH le grand-maitre, j'ai reçu vos lettres, et onï ce que Jehan Le Maréchal m'a dit de par vous , auquel ai fait la réponse telle qu'il voudra ; et aussi j*ai chargé au gouverneur de Limosin, votre neveu, qui a tout vu, vous en écrire plus au long; car il a été présent à tout ce qui y a été fait.
Monsieur d'Albret dissimulera tant qu'il voudra de prendre Avesnes , et semble qu'il le fasse pour épargner la place ; mais je vous assure que s'il attend que je m'en approche , que je la
lui chaufferai si bien , d'un bout jusques à l'autre , qu'il n'y faudra point retourner : je vous prie , faites-moi souvent sçavoîr de vos nouvelles , et adieu. Écrit le onzième our d'avnl 1478-