DUCLOS
J E n'entreprendrai point de prouver ruliîité de l'histoire : c'est une vérité trop généralement reconnue pour avoir besoin de preuves. Les sciences et les arts ont dififérens objets d'utilité, et font la gloire d'une nation : il «'appartient qu'à l'histoire de former les hommes d'Etat. C'est là qu'ils doivent trouver les règles de leur conduite.
On ne voit sur le théâtre du monde qu'un certain nombre de fcènes qui se succèdent et se répètent sans cesse : quand on aperçoit les mêmes fautes suivies régulièrement des mêmes malheurs, on doit raisonnablement penser , que si l'on eût connu les prer mières , on aurait évité les autres. Le passé doit nous éclairer sur l'avenir : la connaissance de l'histoire n'est qu'une expérience anticipée.
Sur ce principe , les histoires particulières l'emportent sur les générales. Celles-ci peuvent être curieuses ; plusieurs ne méritent qu'on s'en instruise , que parce qu'il est honteux de les ignorer : on doit lés lire ; mais il faut étudier les histoires particulières.
Si Von ne voulait connaître que les principaux évcnemens , nne longue suite de siècles offrirait peu de variété : des guerres cruelles et souvent injustes , des provinces désolées , des peuples opprimés , des traités jurés et violés ; voilà l'histoire.
Parmi tant de faits pareils , la différence ne se fait sentir que dans les ressorts qui les produisent ; c'est aux histoires particulières à nous en instruire. Celles qui concernent notre nation , sont les plus intéressantes et les plus utiles pourxuous. C'est là que nous pouvons connaître la constitution. fondamentale de la monarcliie , les principes du droit public et particulier^- et ceux des révolutions. Une des principales est celle qu'on attribue à Louis XI ; révolution d'autant plus singulière, qu'elle s'est faite sans ébranler l'Etat, et par degrés insensibles. On a dit que ce prince mit les rois hors de page ; mais ce fut sans annoncer ses entreprises avec un éclat qui ne peut qu'en empêcher ou en retarder le succès. Il sut préparer et saisir les circonstances , s'écarter à propos des formalités , les rétablir dans le besoin , paraître s'y assujétîr pour les faire respecter , parce qu'elles sont elles-mêmes un des remparts de l'autorité. Par une conduite également souple et ferme, il jeta les fondemens delà puissance oii sont parvenus ses successeurs ; de sorte que , malgré la fîiiblesse de quelques uns d'entre eux, l'autorité royale s'est toujours élevée depais -, par ce mouvement que Louis XI lui avait imprimé , ou