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qu'il avait si considérablement augmenté , qu'il en est regarde coinme l'auteur^^
Je ne puis cependant m'empécher d'observer, qu'en attribuant à un roi les événemens de son règne , on doit distinguer ses actions et ses desseins propres d'avec les révolutions dont les causes sont plus étendues : souvent le règne des princes n'est que l'époque de ces révolutions ; ils en sont quelquefois les ressorts , rarement les auteurs. Celui qui règle le sort des empires, dont le souffle renverse les trônes y qui tient les cœurs des rois dans sa jnain , prépare leur élévation et leur chute par des voies impé* nétfables : le conquérant, le politique, le tjran, le prince faible. \/ ne sont que des instrumens entre les mains de Dieu. Ne croyons pas, avoir sondé ses décrets et pénétré les premiers principes des événemens , quand nous avons aperçu quelques causes Secondes.
Ne bornons pas nos vues à la France ; jetons les yeux sur les autres Etats : nous verrons dans un même temps une influence générale se répandre sur l'Europe, y produire une espèce de fermentation , et en changer la face. Dans le nord , la tyrannie des rois de Danemarck annonçait la liberté de la Suède : ce royaume moins opprimé eût été plus long-temps esclave.
L'Angleterre était le théâtre de toutes les horreurs des factions de Lâancastre etd'Yorck : la force y réglant les droits, le sceptre appartenait à quiconque osait s'en saisir. Le génie anglais ne s'est jamais plus développé que dans ce temps^là : l'inquiétude et la fierté de cette nation ne servaient qu'à faire connaître que c'est par l'audace des entreprises qu'on plait à un peuple libre , eC qu'on parvient à Fassenrir.
L'Espagne , si long-temps alliée et amie de la France , en de-^ vient la rivale aussitôt qu'elle yoit augmenter sa propre puis^ sance par la réunion des couronnes de Castille et d'Aragon sur la tête de Ferdinand-le-Catholique. Le règne de ce prince reçoit un nouvel éclat de la découverte du nouveau monde , source de biens et de maux , qui a enrichi et dépeuplé l'Europe.
La maison d'Autriche , d'abord plus illustrée que puissante , tombe tout à coup par la faiblesse de ses princes dans un état de langueur qui ne répond , ni à ses conunencemens , ni à ce degré de puissance oii elle est parvenue depuis. Elle se relève par le mariage de Marie de Bourgogne, et s'étend plus par ses alliances^ sa politique , ou plutôt ses intrigues^ que les autres princes par des conquêtes et des vertus»
Les Suisses , las d'être les victimes deTorguetl et de la tyran^ nie, secouent le Joug, deviennent recommandables par leur yaleur, sages dans leur gouvernement, respectables par leurs mœurs | redoutablçs à leurs ennemis | fidèles à leurs alliés.
En Italie, Jacques Sforce, un aveuturîer, se fait un nom dans les afmes ; son fiis en augmente la gloire , s'empare du Milanais en usurpateur ^ le gouverne en prince.
Les Médicis , par leurs richesses et par leur crédit , se rendent itiaitres de Florence. C'est en gagnant le cœur de leurs concitoyens , c'est par l'éclat de leurs vertus , c'est en servant leur patrie , ([u'ils trouvent les moyens de l'assujétîr* Ils usurpent la souveraineté par les seules voies qui rendent les princes dignes de la conserver.
Autrefois la puissance illimitée des papes les dispensait de se plier à un plan de gouvernement , et d'avoir les égards dus ant rois. Us parlaient, on s'empressait ; ils commandaient^ on obëis^ sait. L'abus du pouvoir en est toujours l'écueil. On commença à distinguer le prince du pontife ; on le respectait, mais on le re* doutait moins. Des le temps de Louis XI, la cour de Rome n'osait plus hasarder témérairement ses entreprises. Elle employait des mesures, concertait ses desseins, et la diminution de sa puissance donna naissance à sa politique.
Telles sont les circonstances qui accompagnèrent. ou suivirent de près le règne de Louis XI| et qui précédèrent de quelques aimées la plus grande et la plus subite des révolutions ; je veux dire celle qui arriva dans la religion , au commencement du seizième siècle , et qui changea totalement les intérêts des princes et le système politique de l'£uroper On voit par ce tableau que le règne de Louis XI est un de ceux qu'il importe le plus de con-i naître.
Le discours ordinaire de ceux qui n'ont qu'une connaissance médiocre ie notre histoire , est de demander ce qu'on peut dire après Phili{^ de Gommines? Beaucoup de choses qu'il a ignorées ou omises, qui sont très-importantes, et dont on a les preuves. On ne peut trop donner d'éloges à cet excellent écrirain : les vues saines y le sens droit et profond ^ le jugement solide qui régnent dans son ouvrage , lui ont acquis ^ à juste titre , la réputation dont il jouit^ et qu'il conservera toujours.
Cependant cenx qui font de l'histoire leur étude particulière , conviennent qu'il n'a écrit que des mémoires et non pas une histoire. Indépendamment des fautes qui sont relevées dans les notes marginales de la dernière édition , il lui en est échappé plusieurs autres* Je les m^irquerai hardiment , parce que c'est un de mes devoirs. Toutes les fois que je ne me suis pas trouvé d'accord avec lui) mon sentiment m'est devenu suspect, et je n'y ai persisté qn'après les recherches les plus exactes. Ses fautes lia sont pas ordioaivement importantes ; mais on peut toujours
relever celles des grands hommes ; peut-être sont-ils les seuls qui en soient dignes , et dont la critique soit utile.
Il est encore important d*observer que Commines ne passa en France qu'en 1472 , la douzième année du règne de Louis XI. Il ne pouvait savoir, que par des récits, ce qui était arrivé dans le royaume jusqu'à ce jour-là. Ses mémoires ne commencèrent qu'à la guerre du bien public. Louis XI avait alors quarantedeux ans. On conjecture par les mémoires de Commines , qu'il les composa vers Fan 1491 9 buit ans après la mort du roi, et vingt-sept depuis les premiers événemens qu'il rapporte. Comme il n'écrivait que de mémoire , il ne s'est pas toujours rappelé les faits exactement. Oserais-je avancer une proposition qui , pour avoir l'air d'un paradoxe, n'en est pas peut-être moins vraie : ce ne sont pas toujours les auteurs contemporains qui sont le plus en état d'écrire l'histoire. Ils ne peuvent donner que des mémoires dont la postérité fait usage ; ils sont souvent opposés les uns aux autres. C'est du sein même de cette contrariété que nous tirons la vérité.
D'ailleurs, ils ignorent les ressorts cachés des faits qu'ils rapportent ; au lieu que les actes les plus secrets du ministère deve* nant publics après une longue suite d'années, lorsqu'ils sont sans conséquence^ noas entrons dans un sanctuaire qui était impénétrable à nos aïeux. L'homme de la cour le plus instruit , ne peut jamais l'être aussi parfaitement qu'un historien à qui Ton remettrait les actes, les lettres, les traités, les comptes, et généralement tout ce qui sert de fondement à Thistoire. Voilà précisément quelle est la collection ^es pièces qui sont en dépôt à la biblio— Ûiéqae du roi , et sur lesquelles j'ai composé cette histoire.
Feu M. Fabbé Le Grand , l'homme le plus laborieux, a passé trente ans à former ce recueil sur lequel il avait composé des annales plutôt qu'une histoire. Son travail m*a été extrêmement utile , et m'en a épargné beaucoup. Cest une reconnaissance que je lui dois , et que je ne saurais trop publier. Cependant, je n'ai point suivi son plan ; j'ai encore moins adopté ses vues. Comme il avait toujours eu Louis XI pour objet de ses ëtndes , il s'était accoutumé à regarder ce prince comme le plus grand roi de la monarchie. On croit, par un sentiment secret , inconnu peut— être à celui qui l'éprouve , participer à la gloire de ceux dont on. s'occupe. Il jugeait dignes d'attention les moindres événemens de ce règne ; tous lui paraissaient d'une égale importance. /
Malgré toutes les recherches de M. l'abbé Le Grand , malgré les soins qu'il s'est donnée, j'ai éprouvé que les collections qui abondent en superflu, manquent quelquefois du nécessaire, et que les compilations les plus étendues sont celles qui exigent le:
plus de critique et de discussion. J'ai vérifie les pièces importantes avec ceux dont la profession est d'en joger. Toupies dépots m'ont été ouverts par les ordres de M. le comte de Maurepas , à «^ qui le roi a confié le département des letfres , des sciences et des arts, comme s'il eût consulté ceux qui les culliveiit.
Je ne me suis pas contenté de lire les imprimés et les manus* crits ; î'al eu recours aux personnes les mieux instruites de notre histoire. J'ai tiré un très-grand avantage des conseils de M. Berthier , conseiller honoraire au parlement , et de MM. de F^Br X cemagne et Secousse , de l'Académie des belles -lettres. Je les prie Je me pardonner si je déclare publiquement les obligations qzieje lenr ai. J'ai cru que la reconnaissance pouvait me dispenser de leur en demander la permission que lenr modestie m'aurail refusée. i
Je ne me suis point attaché à rapporter tous ces petits faits qu'on lit saufs les retenir , qui font languir l'attention , qui n'ont jamais eu d'autre mérile que l'intérêt actuel ^ et qui doivent y comme tous les faibles objets , disparaître dans l'éloignement.
Des communautés ou des familles ne trouveront point ici des particularités qui pourraient peut-être les intéresser , mais qui seraient de la dernière indifférence pour le public ; à moins qu'elles ne soient importantes , et, qu'elles ne servent à faire connaître le prince dont j'écris la vie. On ne doit pas admettre dans une histoire tout ce qui peut entrer dans un journal ou des annales. JL'historien doit chercher à s'instruire des moindres détails, parce qu'ils peuvent servir à l'éclairer, et qu'il doit examiner tout, ce qui a rapport à son sujet ; mais il doit les épargner au lecteur. Ce sont des instrumens nécessaires à celui qui construit l'édifice , inutiles à celui qui l'habite. L'historien doit tout lire y et ne doit écrire que ce qui mérite d'être lu.
Je n'ai omis aucun des faits qui sont dignes de quelque attention ; je me suis particulièrement arrêté sur ceux qui concernent les lois , le gouvernement , et dont les suites se font encore sentir aujourd'hui. Je n'ai pas eu moins d'attention à peindre les mœurs, ' » parce qu'elles sont ordinairement le principe ou la suite des ré- ' volutions.
On verra combien les vertus et les vices des hommes dépendent \ des mœurs de leur siècle ; qu'ils n'ont presque jamais de prin- ^ cîpes sûrs , et n'agissent que par imitation ; que les siècles les moins polis sont les plus vicieux , et que la vertu s'épure à mesure que l'esprit s'éclaire : nous sentons alors que nos véritables intérêts dépendent d'être unis à l'intérêt commun. Ce que j'avance au sujet d'une nation peut s'appliquer aux particuliers. Les liommes privés f\e lumières sont toujours dans l'occasion du
crime ; au lieu qtt'un homme d'esprit , n'eût- il que Jes vues d'intérêt, sent qu'il n'a point de meilleur parti à prendre que d'être honnête homme. On est bien près de suivre la vertu^ quand on est obligé de rougir du vice.
Dans des temps peu éclaires on conservait une réputation de probité en fiiisant des actions qui déshonorei^ient aujourd'hui. J'en pourrais rapporter plusieurs exemples ; mais je crois qu'on doit respecter jusqu'aux fantômes de vertu que le temps a consacrés , et qui peuvent être même des objets d'émulation à la fa- Veor de l'obscurité qui en couvre les défauts.
Pour mieux développer le caractère de Louis XI , j'ai tâché de faire connaître le génie de son siècle. Je n'ai eu aucun égard aux idées populaires. Plusieurs personnes seront peut-être étonnées de ne pas trouver tous mes jugemeus d'accord avec ceux qu'elles ont pu se former d'avance, et sans examen. Je ne crains point
^ de heurter les préjugés ': c'est le premier pas vers la vérité. Je n'ai admis que les faits consacrés par des pièces authentiques et
: I des auteurs contemporains. J'ai eu grand soin de conser\'er les 1 traits particuliers qui caractérisent Thomme/et l'exposent à nos yeux dépouillé de tous les dehors imposa ns du trône : mais j'ai méprisé les traditions populaires ; content de les supprimer , je n'ai pas cru qu'elles méritassent d'être réfutées , à moins qu'il n'en résultât quelque éclaircbsement utile. Je n'en ai pas moins relevé et condamné les fautes de Louis XI, sans m'appuyer sur des fables qui ne doivent leur naissance qu'à des bruits populaires. Le commun des hommes , ne co/maissant guère l'histoire que par une tradition vague , il n'est pas étonnant que cette tradition se ressente de l'ignorance et de la grossièreté du peuple qui en est le dépositaire.
Je ne donne point de pièces justificatives, parce que j'aurais fait trop de volumes , à ne choisir que les plus importantes. Ceux qui voudront l^s consulter , les trouveront à la bibliothèque du roi. A l'égard de Tordre que j'ai suivi , il est à propos d'observer que, du temps de Louis XI , l'année commençait à Pâques. Ce n'est qu'en i564 , que le commencement en a été fixé au i*', de janvier. J'a^ suivi le nouveau style ; mais j'ai marqué au commencement de chaque année la date du jour de Pâques , afin qu\)u fût en état de comparer les deux styles. Quand il s'est trouvé des faits qui concouraient ensenible et se croisaient , j'ai préféré l'ordre de la matière à celui des dates : une plus grande exactitude serait elle-même une source de confusion. Yoila SLfJ engagemens : le lecteur jugera «i je les airemplis.