‹ Œuvres de DuclosChapitre 24 sur 24 · LETTRE III · texte numérisé non relu

LETTRE III

Au même.

Rome, 18 janYiet 17O7.

J Bue VOUS demande, mon cher ami, d'autres nouvelles de France que sur nos amis et nos sociétés. A quinze jours près , je suis aussi bien instruit que vous , et quelquefois mieux , grâces à la confiance dont m'honore notre ambassadeur. Je ne saurais trop m'en louer; il me dit hier que je réussissais très-bien dans Rome, etqu'ill'aYaitniandé en France aux ministres et à d'autres; cependant je me mets aussi à l'aise ici à table et ailleurs qu'à

Paris.

Il m'est impossible d'être de retour plus tôt qu'en juin. Si j'écrivais mon voyage , il ne ressemblerait à aucun autre , et n'en vaudrait pas moins : je remets cet article-là pour nos dîners du samedi. Rome est certainement digne de curiosité , et même d'un examen réfléchi ; m|iis, pour se fixer, Paris l'emporte supé- * rieurement, et à tov égards , sur l'iulie , TAngletcrre , etc. Je me porte à merveille ; et la saison s'adoucissant journellement , j'espère me sauver des rhumes auxquels je suis sujet l'hiver , puisque je me suis tiré de l'Apennin , oii j'ai éprouvé le plus grand froid que j'aie éprouvé de ma vie. Je voua parlerai, à mon retour , du physique et du moral de ce pays-ci. Je voudrais que les états durassent six mois , pour trouver à Paris notre ami Bellangerais. Il me semble que les lettres - patentes sont des lettres de gr&ce accordées aux accusateurs. Mandea-moi s'il y a d'autres exilés, et oîi ils sont. Qu'est devenu Le Boucher? Au diable le papier sur lequel j'écris ! Il n'a pas plus d'âme que les' gens

du pays.

Je reçois dans ce moment une lettre de la comtesse d'Oxford , qui veut que je loge ches elle à Naples ; et , quelque goût de préférence que j'aie pour les auberges , je serai peut-être obligé d'accepter , attendu le déluge d'étrangers qui inondent Naples , par l'interdiction du carnaval et des spectacles à Rome. Gela peut être d'un saint pape ; mais cela est sârement d'un sot prince. Je vous parais un peu léger en style. Rassurez-vous : le peuple crie hautement contre celui dont il reçoit la bénédic* tion à genoux dans la rue et dans la boue. Vous croyez bien que les gens propres , et je le suis beaucoup , évitent sa.rencontre , quand il pleut. La semaine sainte ramènera ici tous les déserteurs. L'affluence y sera si grande que je garde mon logement pendant mon absence , pour en être sûr. A propos de logement , on m'en destine un à l'inquisition de Gvita-Vec<îhia. Si j'y vais , rassurez-vous encore : le père dominicain , premier in-

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quisîteur , m'a pris en affection sur ce <|u'oii lui a dit de moi , et veut^ me loger , comme il a déjà fait à l'égard de quelqu'un qui me ressemblait beaucoup : ce qui n'empêche pas que je ne sois fort bien venu ici , au collège romain , chez les jésuites ; car eux et les dominicaina non contentur. J'ajouterai qu'à quelques petites et honnêtes discrétions près , je ne me suis masqué iluUe part. En voilà bien assez pour un écrivain ennemi de l'écriture. Je n'ose m'informer de l'état de notre malheureuse et respectable mademoiselle de La Chalotais. Mais , si vous avez par vous ou par d'autres quelque correspondance avec elle, soyez rinterppète de mes sentiment que vous connaissez, f^aîe iteriim.

Ma mère me fait mander que , dans les circonstances présentes , elle approuve fort mon vojage : c^la n'est pas d'une tête centenaire. Quel plaisir j'aurai à la revoir !

Donnez-moi àe^ nouvelles de tous nos amis y et longuement , en cahier. On me mande qu'on dit à Paris que je suis exilé.

LETTRE IV.^ Au même.

Rome, le 4 jaDTÎer l'fi^. .

IwiROYfiz-vous donc que ce soit aux exilés à écrire ? Je n'ai encore reçu qu'une seule lettre de vous. Je ne vous demande aucune nouvelle de gazette , ni même des états , dont nous recevons ici un journal aussi exact que celui de notre ami. Je veux que V0U9 me parliez de nos sociétés ift de mille riens si agréables à trois cents lieues.

Apres les pluies abondantes des premiers jours de janvier ^ nous avons eu quelques petites gelées les matins , et depuis huit jours le plus beau mois de mai. J'en profite pour parcourir les ruines. Si monsieur votre frère était ici > la tête lui en tournerait ; il se joindrait sans doute aux dessinateurs qu'on rencontre dans les places , les débris des temples et les vignes , sans que le peuple. y fasse seulement attention , tant il y est fait.

Je fds j hier , présenté au pape avec qui je m'entretins plus d'une demi-heure aussi à mon aise qu'avec l'intendant de Bretagne. Il finit par se faire apporter un chapelet qu'il me donna , et que je reçus en lui baisant la main , ce qui le fit rire en r^ gardant les assistans : j'appris , en sortant, que c'était de ma familiarité y attendu qu'il n'y a que les cardinaux qui aient ce privilège ; tout autre ne baise que sa mule, ce que j'avai«fait en entrant. M. l'ambassadeur me dit que le. saint père m'avait donné une marque de distinction. En effet, de tous les présentés ,

LETTRES. 73i

je suisse seul depuis deux mois à qui il ait donné le chapelet : c'esf qu'il connaît bien ses ouailles. La présidente de Langle en sera peut-être jalouse ; car il y a eu bien des intrigues pour

le sien.

Sachez un peu de d'Alembert pourquoi Thomas n'est pas

encore reçu.

jiu même.

^ ' Naplet, le i4 feVricr 1967.

EPUis le départ de votre lettre , mon cher ami , vous devez en avoir reçu deux de moi : dans la dernière , je vous parlais de ma présentation au pape , et vous faisais des reproches de votre silence. Voilà l'inconvénient d'une correspondance éloignée. jQuoi qu'il en soit , écrivez-moi toujours à Rome par la voie de M. Jeannel ; j'y serai de retour avant votre réponse à celle-ci.

Je ne puis vous peindre la beauté de la position de Naples , la douceur du climat et la fécondité du sol. A peine quelques jours du commencement de janvier different-ils d'un beau mois de mai de France ; et le mouvement de la mer tempère, m'at-on dit , les chaleurs de l'été que la beauté de l'hiver me faisait supposer. F'er ibi perpetuum. Nous avons ici tous les légumes et les fleurs de l'été. Pour surcroît d'agrément, j'ai trouvé une Anglaise de ma connaissance, riche, et que la beauté du climat a engagée k s'y fixer; elle n'a {«-.mais voulu me laisser à l'auberge : son hôtel ou palais ^ domine le port et la ville , et ^ l'appartement qu'elle m'a forcé d'occuper est en face du Vésuve %t de Portici que je vois aussi distinctement que s'il n'était qu'à mille toises ; il est cependant à deux lieues et demie ; mais n'ayant que la mer entre le volcan et sne^ fenêtres , je crois y toucher : il fume le jour, et jette quelques feux que je n'aperçois que la nuit. Depuis huit jours cela augmente , et l'on croit qu'il se prépare une éruption : je le voudrais ; comme mon Anglaise a sa maison de plaisance à Portici , au pied du Vésuve , elle compte m'y mener , et je ferai alors votre commission sur la lave.

L'affaiblissement de ma mère , dont vous me parlez , me fait tout craindre ; et , quoique son âge doive me préparer à l'événement , je me flatte toujours de la voir encore une fois. Je vous embrasse de tout mon cœur. Quelque plaisir que j'aie à vous écrire , c'est pourtant avec humeur que je pense que je n'aurai votre réponse que dans cinq semaines révolues. Envoyez à Hclvélius la lettre que je lui écris sur la mort de sa mère.

nii LETTRES.

LETTRE VI. m

jiu même»

Naplet y k a8 tiwntr 1767.

Je suis Sans la plus horrible inqaiëtude , mon cher «mi ; juges» en : c'est par les gazettes étrangères que j'apprends la mort de ma mëre ; les compHmens de M. de Nivemois , du chevalier de Rochefort , et d'autres j me la confirment , le tout par la voie de M. Jeannel ; et de vous et de ma sœur , pastin mot. Cependant, dans le même paquet où se trouvent toutes ces lettres du 24 janvier , il y en a une de vous du 20 : vous m'j pariez du dépérissement de ma mëre ; vous et les autres pouviez le 20 ne pas savoir sa mort ; mais vous avez dû l'apprendre aussitôt que ceux qui m'ont écrit le 24 9 et m'en écrire en même temps. Je connais votre exactitude : cependant deux ordinaires se passent depuis ; je reçois d'autres lettres de Paris , et de vous et de ma sœur , pas un mot. Vous connaissez mon caractère , les circons* tances oii je me trouve; imaginez la violence de mon agitation. Je ne puis croire que je ne reçoive d'un four à Tautre quelque lettre de vous , qui débrouille cette énigme. Quoi qu'il en soit , que vous m'ayez déjà écrit ou non , répondez-moi , je vous en conjure , à celle-ci ; elle partira de Rome, le mercredi 4 mars , arrivera à Paris le ig ou 20. Vous avez tout le temps de me répondre par l'ordinaire de Rome du mardi 24 mars. Envoyez plutôt votre réponse , et ce que vous aurez de ma sœur le 28 , à M. Jeannel , en lui recommandant le tout , comme pour un homme qui est dans des convulsions d'impatience. Je recevrai ce paquet le 6 ou 7 avril.

Je n'écris pas à ma sœur jusqu'à ce que j'aie reçu une lettre d'elle : l'impatience que je lui témoignerais ne ferait que la mettre elle-même sur les épines. Je reçois ici le journal des ^ts , et le dernier est daté de Rennes : quelque intérêt que j'y prisse dans tout autre temps , vous croyez bien que j'aimerais mieux une lettre de vous ; comme je ne puis vous supposer en faute , je vous embrasse.

LETTRE VIL Au même*

Naines, le 14 macs 1767.

V eus n'atez pas dit être étonné , mon cher ami , dn désordre de ma dernière lettre , attendu la persuasion oii j'étais de la mort de ma mère. La lettre de ma nièce m'a détrompé , puis-

qu'elle est postérieure d'un mois à celles qui m'annonçaient cette nouvelle ; je ne vous ai pas marque l'effet qu'elle avait produit sur moi : le dépit de n'avoir pu aller cette année en Bretagne , la fureur contre ceux qui en sont cause , se joignant à la douleur de perdre la seule personne à qui Ton soit sur d'être cher , ine mirent dans on état convulsif. Pour me soustraire aux atten» tions qu'on a ici pour moi , alors très^importunes y je sortis de la ville , et je montai aux CSiartreux qui sont sur une montagne d'un mille d'élévation. Cette marche , par un soleil trës-ardent , me mit en sueur : le froid me saisit dans des dottres revêtus de marhre ; je revins ayec la fièvre ^ je fus deux jours sans j rien faire ; il fallut enfin me faire saigner, et une pinte de sang bràlé , dont on me dégagea , para les grands accidens. Cependant il m'a fallu une convalescence graduelle ; mais votre lettre et celle de ma nièce m'ont presque subitement rétabli. Je partirai dans huit jours , et serai à Rome le 25. Gomme je n'en sortirai que le len-* demain des fêles , je pourrai y recevoir la lettre qne vous m'écririez par Tordinaire du 6 avril , après quoi je ne vous en demande plus , et vous en recevrez de moi. Je vous ai fait une très-belle collection des fruits du Vésuve. M. Hamilton , ministre d'Angleterre ici y m'a fort aidé^ et a fait polir un coté des piernes y afin qu'cHi en pût connaître la nature.

LETTRE VIIL Au même.

Home, i*'. avril 176^.

V o I c I y mon cher ami , une lettre qui ne demande plus de réponse , attendu que je n'aurais pas le temps de la recevoir , et que , jusqu'à mon retour en France , je e'aurai plus d'adresse ^xe y ce qui ne m'empêchera pas de vous écrire de difEévens endroits. La dernière quinzaine que j'ai passée à Naples , avec la tête dénoircie , a été délicieuse pour moi : j'ai parcouru tout le sixième livre de l'Enéide à Pouzol , à Baïes , et je ne connais ni n'imagine de pays plus singulier, et je conçois y par conséquent y pourquoi Tibère , Néron , et les grands de Rome , en faisaient leurs maisons de plaisance. Je retournerai cependant à Paris , passant par Florence , Venise , Milan , Parme et Turin : vous voyez que je prends , comme La Fontaine y mon plus king pour aller à l'Académie.

Dites à notre ami de la me ***y que je l'embrasse «de tout mon coeur , et aux beaux en£Eins -que , si j'étais à Paris , je serais leur écuyer et leur ciœrone, sans leur 4ieRdre des pièges, comme Bellangerais , que je blâme fort. S un an de BaatilU ne l'a

pas rendu sage , faites-le mettre à Saint-Lazare » ne fùt*ce que pour me le garder jusqu'à mon arrivée , car je le reverrai avec grand plaisir. Faites dire à Marmontel , par d'Alembert , que je suppose qu'il m'a réservé un exemplaire de la première édition. Je trouve assez bien qu'on fasse un peu justice de Forbonnais, si le bien de la chose l'exige , mais d'un ton ,poli , ferme et sans aigreur , en lui faisant cependant honte du sien.

Les convives du vendredi sont , dites^vous , déconcertés : ce n'est pas là ce qu'ils devraient être; ils ont dû. être affligés d'avoir perdu une bonne femme qui nous aimait en mère : pour moi , je la regrette fort , j'ai toujours aimé ceux par qui je l'ai été , et comme je crois qu'il en est ainsi de Borot ^ je l'admets aux samedis. Comme mademoiselle Quinault fait ses Pâques à Paris , elle y sera sans douté quand vous recevrez ma lettre : vous savez combien je l'aime et l'estime , aussi bien que notre Olympe ; partez de là en faisant mention de moi. Yous serez peut-être à Fourqueux en recevant celle-ci ; mais là ou ailleurs vous savez ma vénération pour le mari et la femme, et mon dévouement pour tout ce qui leur appartient au centième degré. A l'égard de votre famille , et de ceux de nos amis communs , vous connaissez si parfaitement mes sentimens , que vous saurez ce qu'il leur faut dire. Je charge en particulier notre ami du Tartre de Monticourt et de Collé. Mais voici ce que vous ne savez pas , c'est le dépit avec lequel je vous écris, quand je pense, à chaque ligne , que je n'y recevrai pas de réponse : cela devrait accourcir ma lettre, et cela l'allonge. Tâchez de persuader à notre ami de la rue ***y qu'il faut au moins quatre mois de Paris quand on ne peut aller à Valogne , pour faire perdre aux beaux enfans l'air prorincial : ce n'est pas qu'il me déplaise , j'ai tant vu de vices brillans , que j'estime le contraire ; recommandez-leur bien de ne pas changer.

Faites-moi le plaisir de demander à M. Quinebaut de me faire venir d'Amiens deux. culottes noires tricotées, de les lui payer , et de les mettre chez moi. Quoique M. Dinvau ne soit plus intendant de Picardie , M. Quinebaut doit y avoir conservé assez de crédit pour cela ; d'ailleurs le successeur est une de mes anciennes connaissances ; je-crois même que nous avons été rivaux, ce qui fait liaison à Paris. Mais en voilà trop pour une culotte. Dites, je vous prie, à madame Brusselle, que son mari (i) se porte bien ; que , malgré son âge et sa santé , il est aussi peu galant que moi , ce qui n'est pas une chose commune ici : aussi y a-t-il bien des gens qui s'en ressentent. Nous avons su , dès le ?.3 , par un des courriers de bénéfices , la mort de madame la

(i) Domestique de Duclos.

' . ' LÇTTRES. 7:^5

dauphîne ; et M. l'ambassadeur a notifié ce deuil à tous les Français qui font ici sensation ; il tient ici le plus grand état ; il m'a offert un logement chez lui , que je n'ai pas accepté ; mais j'y suis souvent et j'y trouve la meilleure compagnie. Kome est un balcon d'oii l'on voit passer ce qu'il y a de mieux dans toutes les parties de l'Europe. P^ale iteriim et me ama.

Au même.

Ro«i», 8 avril 1767.

Vous aviez cru faire pour le mieux ^ mon cber ami , ainsi je n'ai point à me plaindre : cependant le résultat a été de me faire boire deux fois le calice. Lorsque je reçus de ma nièce une lettre du mois de février , dans laquelle elle me parlait de ma mère i dont les gazettes et les lettres particulières fixaient la mort vers la mi-janvier, je ne doutai point que cette nouvelle ne fût fausse. Depuis la lettre oii je me plaignais de votre silence à cet égard , vous en avez reçu une autre où mon cœur se dilatait par l'espoir d'aller encore embrasser ma première et plus sûre amie. Ce n'a pas été sans une cruelle révolution que je suis retombé dans un état que le temps seul pourra calmer. Vous ne pouvez supposer combien .cette perte m'a été sensible : je devais , sans doute , y être préparé ; mais les circonstances ajoutaient à ma douleur. La fureur contre ceux qui m'ont privé de la consolation de voir ma mère , ne me quittera pas aisément ; je suis si agité en écrivant , que la. main m'en tremble. Vous me dites que je puis agir et écrire d'après l'erreur où l'on me suppose ; mais je n'ai jamais su ni voulu savoir contredire mes sentimens : c'est beaucoup pour moi que de les contraindre. Je vous prie, au contraire, de dire à tout ce qui s'intéresse à moi , le véritable état des choses ; car d'ici à mon retour je n'écrirai qu'à vous. M. le duc de Nivernois , qui ignore la fausse joie que j'ai eue , a dû être bien étonné de la dernière lettre qu'il a reçue de moi , après celle où le dépit me faisait exhaler mon ressentiment contre des gens qui le touchent de ])rès ; vous pouvez lui en faire connaître les raisons par mademoiselle Quinault qui le voit. Je n'écris ni à ma sœur, ni à ma, nièce ; mais écrivez à l'une ou à l'autre que je ne leur fais aucun reproche , mais qu'elles ne continuent pas à me faire supposer à Rennes dans une ignorance impossible et dès là ridicule. Il est inutile qu'elles m'écrivent désormais , parce que je ne puis recevoir de lettres , et que je leur donnerai de mes nou-* velles s'il le faut. Je vous embrasse de tout mon cœur. Chargez-

vous pour tous nos amis , de tout ce que je leur dirait moimême , si j'avais l'àme plus tranquille. Croiriez-vous, ce qui est fort en pensant k une personne centenaire , que Tespoir de la revoir , après Terreur où j'ai été , ne s'efface que successivement de mon esprit ?

j4u même.

Florence , a8 arril 1767.

«I 'ai été infiniment touché , mon cher ami , des sentiraens que TOUS me témoignes dans votre* dernière lettre , et je les mérite par les miens pour vous. J'erre vous rejoindre dans les premiers jours de juin. Avant ce temps , il arrivera à mon adresse au Louvre une ou plusieurs petites caisses , par les routiers de Marseille. Donnei ordre ches moi qu'on vous avertisse, ou y en votre absence , M. de Launay, podV faire ce que madame Brus* selle ne saurait pas, et vous m'arquerei ce que vous paierez. Gomme je n'oublierai jamais rien de ce qui vous intéresse , j'emporte avec moi les reliques et l'audientique désirées par madame de Lîvois , et j'ai pris pour elle les soins de la plas scrupuleuse dévote. Je vous prie de taire partir la lettre pour ma sœur , à qui j'écris obligeamment sur son intention sans la moindre plainte sur les suites. Je trouve vos enfans mieux placés que partout ailleurs. J'ai toujours aimé ce quartier le plus élevé , quoique éloigné y et que j'habiterais , si je 9'étais pas Ûé à l'Aca-» demie. Je suis très-satisfait de mon veyage , et cependant je reverrai la France avec plaisir. I>epuis que je m'en suis rapproché de qudques postes , je me crois dans les faubourgs de Paris. Je vais cependant m'en éloigner encore dans peu de jours , pour me rendre à Venise y d'oii j'irai à Parme , pour faire ma cour à notre petitrfils. Je le connais par ses lettres familières à ses amis ; car il en a , et il en mérite. Il serait à désirer pour l'humanité qu'il fût le souverain d'un grand Etat , ou le mi-^

nistre de O utinam! Les réflexions m'étouffent; je vous

les garde. Je me suis amusé des lieux que j'ai parcourus , et occupé des hommes et des mœurs. Sans les fatigues indispeiisables , il vaudrait mieux voyager à mon âge que dans la jeunesse. Dites , je vous prie , à chacun de mes amis ce que je leur dois. Vous êtes actuellement plus en état que moi-même de juger de mes dettes. Peut-être paierai-je aux uns trop , aux autres trop peu.

VBfi

j^u même.

Venue, le 16 mai 1^.

Je suis ici depuis douze jours, mon cher ami; mai&j'en pars demain , après avoir épuise tout ce qui mérite d'être vu. On est fort étonné que je n'y attende pas le carnaval de l'Ascension , qui y attire tous les étrangers , et même une foule d'Italiens âes autres Etats. Il n'y a point d'instances que l'ambassadeur de l'empereur ne m'ait faites , jusqu'à me dire obligeamment qu'il serait tenté de me faire consigner aux inquisiteurs d'Etat; mais j'ai tenu f<;rme. Si je restais à la première fête , il faudrait suivre les autres , qui me mèneraient jusqu'à la fin de juin , temps oh je veux être à Paris. Je suis d'ailleurs très-peu sensible aux tristes convulsions de joie dont j'ai vu assez d'échantillons pour ne pas regretter la pièce ; et j'ai des objets plus intéressans sur ma route. Mandez-4noi l'état de mes amis , c'est-à-dire ce qu'ils deviennent dans le mois de juin , afin que je sache qui sont ceux que je dois trouver à Paris à mon arrivée. Sur ce je vous embrasse , vous et tout ce qui vous touche.

Fin DU segoud volume.

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