‹ Œuvres de Dugald StewartChapitre 2 sur 58 · SUR DUC A LU STEWART · texte numérisé non relu

SUR DUC A LU STEWART

accompagné en Amérique les commissaires envoyés par l'Angleterre , Stewart voulut bien le remplacer à l'université et se cliargcr du cours de philosophie morale, quoiqu'il se fût récemment imposé une nouvelle tache, en s'engageant à joindre un cours d'astronomie aux deux cours de mathématiques qu'il faisait déjà. Un pareil surcroît de travail ne l'effraya point : la proposition lui fut faite le jeudi . et le lundi suivant il monta en chaire. Chaque soir, après les occupations de la journée, il arr;m;;eiiil dans sa tête, en se promenant dans le jardin de son père , le plan et les matériaux de sa leçon du lendemain. Cependant, au dire de tous ceux qui suivirent ses leçons , il fut dans ce premier cours plus hrillanf, plus fort, plus entraînant peut-être qu'il ne l'a jamais été plus tard et dans toute la maturité de son talent.

Pendant six mois, il fit chaque jour quatre leçons, deux de mathématiques , une d'astronomie et une de philosophie. Mais de semblables efforts ne purent manquer d'altérer sa sanlé; et quand, à la fin de l'année scolaire . il quitta Edimbourg pour Londres , il était tellement épuisé qu'on fut obligé de le porter jusqu'à la voilure.

En 1780 Dugald Stewart prit chez lui quelques élèves particuliers ; l'un d'eux était le marquis de Lothian, avec lequel il visita la France en 178*. A son retour en Écosse , il épousa Hélène Bannaline , fille d'un mnrehand de Glascow. En 178B . Dugald

Stewart perdil son père. Devenu professeur en titre , il permuta avec le docteur Adam Fergu6on , à qui sa santé ne permettait plus d'enseigner , et il passa ainsi définitivement à la chaire de philosophie morale.

En 1787 , ayant perdu sa femme , il entreprit un nouveau voyage sur le continent , et en 1790, il se remaria. C'est vers cette époque qu'il commença à mettre en ordre les noinbrcui matériaux, fruits de ses leotures et de ses méditations , afin d'en former les divers ouvrages qu'il a livrés au public. On ne sait pas positivement à quel âge Dugnld Stewart a commencé à écrire sur la philosophie ; eu qui parait certain, d'après ce qu'on tient de lui-même, c'est que, dès son enfance, il s'occupait déjà de recherches métaphysiques ; cette précocité d'application à telle ou telle branche spéciale des connaissances humaines rat la véritable vocation des hommes qui doivent s'y liisihijui-i . Encore, élève au collège de Glascow , il composa un Essai sur Us rêves, qu'il a inséré déliais dan.» le cinquième chapitre du premier volume île M P/ii/imy/liir de l'rsprit humain. Le commencement do ce grand ouvrage, le premier qu'ait publié Stewart, paruten 1792. L'année suivante, il écrivit pour la société royale V Eloge hLlarii/ue d'Adam. Smith, et il publia ses Esquisses de Philosophie morale, livre qui lui servait de résumé pour aes cours et qui était une sorte d 'aide-mémoire pour ses élèves.

En 1797 , il lut à la société royale un Essai sur

SUR OUI. Al .11 STB W ART. il

la vie et les écrits du docteur Reid (i) , et en 1802 , un mémoire semblable sur le docteur Robcrtson. Ces morceaux furent accueillis par d'unanimes suffrages.

En 1 8 1 0 , il publia ses Essais philosophiques sur les systèmes idéologiques de Loeke , Home Tooke , etc. , ouvrage auquel il travailla surtout pour se distraire du chagrin profond qne lui avait cause la mort du second et du [dus jeune de ses fils. Tous les écrits que Stewart fit paraître depuis avaient été néanmoins préparés avant la publication de celui-ci , c'est-à-dire de 1797 à 1810.

Quelque temps après la mort de son fds , il avait renoncé à sa chaire de l'université, et était allé habiter Kurneil-IIouse , près de la mer , à vingt milles d'Édimbourg. C'est là qu'il acheva de passer ses jours dans uue retraite plùlosopliique , et c'est de là que sont dates tous les ouvrages qu'il publia successivement. En 1813, il fit paraître ta première partie du second volume de la Philosophie de l'Esprit' humain. En 1827, il livra au publie la deuxième partie de ce volume , et les .Disrv.irs piv'/iminttirfs de: rEm-velupèdie , fni-niatil V Histoire abrégée de la Philosophie ; enfin c'est en 1828, que fut imprimé le troisième volume de la Philosophie de l'Esprit humain. Celle dernière pitbliealion ne précéda que de quelques semaines la mort de l'auteur.

(i) Cet citai if tramcia en tilt il l'édition Je Reid , que nou< oiAparniu en ee moment.

Mais quittons l'histoire de ces livres pour revenir à celle du philosophe- En 1796 , il consentit une seconde fois à prendre chez lui quelques élèves particuliers. Deux d'ontre eux sont devenus depuis ce temps minisires d'état. Lord Landsdown fut aussi en quelque sorte un élève deDugald Stewart.

Ayant à diriger l'éducation d'hommesque leur rang appelait à prendre une part active aux affaires publiques, Stewart crut qu'ilne suffisait pas de cultiver leur esprit , et qu'il devait les préparer d'avance au rolo qu'ils auraient ù jouer dans le mondo. Dans cette vue, et pour rendre sa maison plus agréable à ses élèves , il y attira la meilleure compagnie ; tout ce qu'Kdimbourg possédait de plus remarquable par l'instruction , l'esprit , l'amabilité, s'y réunit bientôt ; les étrangers de distinction qui visitaient In capitale de l'cicossc, sollicitaient In faveur d'y être admis, et plusieurs d'entre eus confessent que depuis , ils Ont vainement cherché dans des cercles plus brillants, une société plus attachante et aussi profitable.

Dès l'année 1800, Stewart avait joint au cours de philosophie murale , qu'il faisait au ciillcjjc d'Kdiiubourg, des leçons d'économie politique ; et les circonstances dans lesquelles l'Ain;leleiTO se trouva placée, furent pour lui un motif de s'occuper plus spécialement de celle science. Au reste ses connaissances étaient si vastes et si variées, oison esprit se pliait avec une telle Facilité à tous les genres de re-

SUft DUGALOJ STEWART. 11

cherches et d'études, qu'il remplaça successivement presque tous ses collègues dans leurs divers enseignements. Plusieurs fois, on le vit faire le cours de physique pour le docteur Robison, les classes de grec pour M. Dalzel, celles do mathématiques pour M. Playfair; pendant une maladie du docteur Finlayson, il donna en sa place des leçons de logique, et il paraît même que pendant un hiver , il suppléa, dans la chaire de belles-lettres, le successeur du docteur Blair ; son oicessive sobriété, l'activité naturelle de son esprit et la prolongation de ses veilles , lui faisaient trouver, outre le temps de vaquera ces diverses occupations , celui de s'acquitter avec un rare bonheur de tous les travaux préparatoires qu'elles nécessitaient, et en même temps, cehli de s'occuper des ouvrages qu'il destinait au public, de poursuivre ses graves méditations et d'étendre sans cesse le cercle de ses connaissances.

Fji 1806, Dugald Stewart, accompagna à Paris son aini, le comte do Lauderdale, qui y était envoyé en mission. 11 eut ainsi occasion de renouer quelques-unes des liaisons qu'il avait formées avant la révolution , et d'en faire de nouvelles ; il commença dès-lors à entretenir avec plusieurs savants français une correspondance qui a été continuée jusqu'à la fin de sa vie.

Ce fut après son retour du continent qu'ayanl perdu son fils, il se retira, comme nous l'avons dit, à la en h pagne. Pendant les premières années de sa

retraite, Stewart rcoevnit de fréquentes visites de ses amis d'Éditnbourg, et des étrangers qui avaient quelques titres à lui être présentes ; mais , en janvier 1823, ayant été frappe d'une attaque d'apoplexie, qui d'abord le priva de la parole et lui ôta presque entièrement l'usage de ses membres , il fut forcé de se renfermer dans la société de ses amis les plus intimes. Aussitôt que les premiers accidents furent dissipés, il se remit avec ardeur au travail, et aidé de sa fille qui lui servait do secrétaire, il s'oceupa de préparer pour l'impression ceux de ses écrits qui n'était pas entièrement achevés. La maladie , en détruisant presque toutes ses facultés physiques , n'avait point altéré la vigueur do son esprit, ni porté atteinte à la douceur de son caractère; il conserva même jusqu'à la fin une gaité qui semblait incompatible avec un pareil état de souffrance et d'infirmité.

Ceux qui n'ont pu que lire Dugald Stewart, et qui ne l'ont pas entendu, ne «auraient se faire une idée exacte et complète de son mérite : car outre l'écrivain, il y avait en lui tin orateur abondant, gracieux, plein de clarté, depersuasion etd'énergie aubesoin. Peut-être n'a-t-il manque à Stowart, qu'un théâtre convenable pour être réputé un des premiors orateurs de sou siècle.

Les discours préliminaires que de savants traducteurs ont nus en tète de ses ouvrages feront mieux cmuiuih-o chacun d'eux en particulier. l.o caruftf'rii

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