‹ Œuvres de Dugald StewartChapitre 3 sur 58 · SUR DUGALD STEWART · texte numérisé non relu

SUR DUGALD STEWART

qui domine dans tous eat une profonde bienveillance pour le genre humain que le philosophe espère rendre plus heureux en le rendant meilleur, c'est un grand amour et une recherche suivie du beau comme étant aussi l'utile en tout genre.

PRÉFACE

DU TRADUCTEUR

L'exuDi exclusivement heureuse des sciences naturelles dans ces cinquante dernières années , a accrédité parmi nous l'opinion qu'il n'y a àejails réels, ou du moins qui soient susceptibles d'être constatés avec certitude , que ceux qui tombent sous les sens.

En rapprochant cette opinion du principe de Bacon , que lout ce que nous pouvons savoir de la réalité se borne à la connaissance des phénomènes par

Il sijlti l. l'ili' Si' lltiiuîfrstiril ILIMI*. f-t JI1I lIlcf'icT; m.

qu'il est possible d'en lircr , nu arrive à cette premiers rnrihéqiii'ncr uni? I.i «rienec delà réalité ne réduit nu* /ails sensibles et oui inductions qui en dérivent , et â rctto autre , que les sciences naturelles sont 1rs seules possibles , ou du raiiiu* 1rs sfrulcs qui soient susceptibles de certitude.

A quelques dissidences près , et qui ne sont pas de vieille date , cette doctrine est aujourd'hui uni-

PRÉFACE

verscllt] lient admise parmi ceux qui cultivent les sciences naturelles.

Ils en eut déduit deui opinions distinctes , mais également fausses sur les sciences pliilosophiques.

Les uns , prenant pour accordé que les questions philosophiques ne sont pas de nature à trouver leur solution dans des faits sensihles , en ont conclu , sans hésiter, qu'elles étaient insolubles, et, parla sublimité même de leur ohjet , éternellement livrées aui caprices de l'opinion. En conséquence ils ont rayé les sciences philosophiques du catalogue des sciences , et les ont méprisées et rejetées.

Les autres tirant une conséquence différente de la doctrine commune , ont essayé de résoudre les questions philosophiques parles données de l'observation sensible , ou , en d'autres termes , de construire les sciences philosophiques sur les mêmes hases que les sciences naturelles. C'est ainsi qu'entre les mains de certains hommes, les phénomènes physiologiques sont devenus le point de départ de l'idéologie, de la morale, du droit politique, delà 'nience religieuse, et de la philosophie du beau.

Les uns et les autres ont trouvé dans leur opinion sui- 1rs sciences philosophiques, une explication du peu de progrès de ces sciences ; ccui-là en niant qu'elles pussent devenir des sciences , ccui-ci en affirmant qu'on ne s'y était pas encore pris de la lionne manière pour les élever à cette dignité. Les sciences naturelles ayant prouvé leur eerti-

DU TRADUCTEUR

tnde par des résultats aussi magnifiques qu'incontestables, les savants qui les cultivent sont aujourd'hui les arbitres de l'opinion. Iieurs sentiments sur les sciences philosophiques sont donc devenus populaires : en sorte que le public de notre époque pense avec eux qu'il n'y a de certain que les faits qui tombent sous les sens , et qu'il faut de deux choses l'une, on que les questions philosophiques soient résolues par des foits de cette nature , ou qu'elles demeurent éternellement indécises.

Yoilà où en est parmi nous l'opinion publique sur les sciences philosophiques. Voici maintenant ce que nous pensons. ■ . : i

Nous admettons pleinement avec Bacon que tout ee que nous pouvons connaître de la réalité se réduit à des faits que nous observons , et à des inductions tirées de ces faits sur la partie de la réalité qui échappe à notre observation. Nous ajouterons même , pour être plus complots , quo nous tirons ces inductions au moyen d'iin certain nombre de vérités ou axiomes primitifs qui nous révèlent ce que nous ne voyons pas , dans ce que nous voyons , et sans lesquels nous n'irions jamais au-delà des faits observés. Nous sommes si convaincus do la vérité de cette doctrine , que nous ne l'admettons pas parce qu'elle est de Bacon, mais uniquement parce qu'elle représente elle-même un fait incontestable de l'intelligence humaine.

Nous sommes donc d'aceord sur ce premier point

Dugald Stewart.— Tome I. 2

1P PRÉFACE

aveoles naturaustes ; mais nous ne croyons pas, avec eux, qu'il n'y ait de faits que ceux qui tombent sous les sens. Nous croyons qu'il y a des faits d'une autre nature, qui ne sont point visibles à l'osil , point tangibles à la main , que le microscope ni le scalpel ne peuvent atteindre, si parfaits qu'on les suppose, qui échappent également au goût, à l'odorat et à l'ouïe, et qui cependant sont très-observables et très-sus ceptiblcs d'être constatés avec une absolue certitude.

Admettant des faits d'une autre nature que les faits sensibles , nous sommes forcés d'admettre aussi une autre observation que celle qui s'opère par les sens. Nous reconnaissons donc deui espèces d'ob- .iervations comme nous reconnaissons deux espèces de faits.

Dès-lors nous no sommes point réduits à accepter la maxime des naturalistes, qu'il n'y a de certains que les faits sensibles et les inductions qu'on en peut tirer, ni sa traduction immédiate que toutcla science humaine se réduit aux faits sensibles et aux inductions qu'on en peut tirer, ni enfin sa traduction plus éloignée que les sciences naturelles sont les seules sciences possibles.

Nous ne sommes point forcés non plus de croire , avec eux, ou que les sciences philosophiques ne sont point des sciences , si elles ne peuvent avoir pour pqint de départ des faits sensibles , ou qu'elles ne peuvent devenir des sciences qu'en résolvant,

DU TRADUCTEUR

pur dos faits sensibles , les questions qu'elles embrassent , c'est-à-dire en devenant aussi des sciences naturelles.

Nous croyons , il est vrai , que les sciences philosophiques ne méritent point encore le titre do sciences, parce qu'elles sont encore livréesàcet esprit de système auquel échappent à peine la plupart des sciences naturelles ; mais nous croyons qu'elles sont susceptibles de devenir des sciences , et des sciences aussi certaines que les sciences naturelles.

Nous no pensons pas, néanmoins, que pour devenir de véritables sciences , elles doivent chercher leurs bases dans les faits sensibles ; car leurs bases ne sont pas plus dans les faits sensibles , que les bases de la chimie ne sont dans les faits astronomiques.

Les questions philosophiques ne se rapportant pas à la réalité sensible , elles ne peuvent être résolues par des faits sensibles ; mais la réalité qui tombe sons nos sens n'est pas, comme le pensent les naturalistes, toute la réalité ; il en est une autre qu'ils oublient , et à laquelle , précisément , se rapportent les questions philosophiques. Cette autre réalité n'est pas moins observable que la réalité sensible, quoiqu'elle le soit d'une autre manière; on y décou; vre des faits d'une autre espèce que les faits sensibles, et dans lesquels les questions philosophiques trouvent leur solution naturelle; et comme ces faits sont aussi certains que les faits sensibles , et que rien n'empêche d'en tirer des inductions aussi rigoureu-

PRÉFACE

ses, les sciences philosophiques sont susceptibles d'une aussi grande certitude que les sciences nalu-

LVrrour des naturalistes est de méconnaître cette autre réalité et nette autre série de faits, que les mains ni les yeux ne rencontrent point et ne peuvent atteindre : c'est là ee qui les rend injustes et faux, quand ils raisonnent des sciences philosophiques. L'erreur des philosophes est d'avoir négligé l'observation de ces faits, et de n'avoir pas suffisamment compris que tout ce qu'on peut apprendre de certain sur les questions philosophiques s'y trouve , et ne se trouve point ailleurs : c'est là ce qui a retenu dans le berceau et discrédité les sciences philosophiques.

Il serait donc important, peur détruire les préjugés des naturalistes et du public , contre les sciences philosophiques , do montrer qu'il y a une autre réalité et d'autres faits que la réalité et les faits sensibles ; et pour mettre enfin la philosophie et les pbilosophes dans les voies de la certitude et de la science, de faire voir que toutes les questions philosophiques dont In solution est possible, sont, en dernière analyse, des questions de faits comme les questions naturelles, et qui sont exclusivement , comme elles, de la compétence de l'observation et de l'induction. Le plus grand service que l'on pût rendre en France aux sciences philosophiques consisterait , selon nous , à mettre en lumière ces deux vérités.

Nous nous citons d'abord proposé de l'essayerdans

DU TRADUCTEUR

cette préface. Un tel travail nous avait semblé l'introduction nécessaire île l'excellent livre dont nous offrons au public la traduction; mais nous n'avons pas lardé à nous convaincre que le sujet était trop vaste pour un cadre si étroit. Il ne faudrait rien moins qu'un ouvrage spécial pour le traiter dans toute son étendue, et avec Jes développements qu'il comporte. Nous nous sommes donc décidés , quoique avec regret , à laisser entièrement de côté la seconde partie de la tâche*, nous Lornant , dans les observation» qu'on va lire , à mettre en évidence cette vérité , méconnue par les naturalistes . qu'il y a pour l'intelligence humaine un ordre do phénomènes dont la conscience est le théâtre , qui sont tout aussi réels, tout aussi incontestables à ses yeux que les phénomènes sensibles, quoique d'une autre nktùre, et dont les luis peuvent être déterminées do la même manière et constatées avec la même certitude. Si co puiiil élail mie l'ois établi dans les esprits , un ne larderait pas à tomber d'accord sur deui antres i érités dont nous avons vu- forcés de nous imcrrlin: lu il reloppemenl ; la première , qne toutes les questions philosophiques viennent «v résoudre dan* l'nbecrro-

ii I - piiêmuuèiies uit'emiiiiiH , roninni Imites

les qui'sli'ins nalurvllcs iIjiii ivM de. phénomènes si>n iîhlfw ; In secoade, que si depuis trois mille ans que les quehiiiuis philosophique» sont débattues, il n'en est pas uno encore qui soit définitivement , ou ce qui revient au même , scientifiquement résolue ,

PRÉFACE

c'est que les philosophes ont négligé jusqu'ici de faire des phénomènes de conscience l'objet d'une science régulière , et ne les ont guère étudies que pour y chercher des inspirations systématiques et des fondements à leurs conceptions aventureuses.

I. Des phénomènes intérieurs et de la possibilité de constater leurs lois.

Il est un fait peu remarqué , attendu qu'il se répète en noua continuellement, et que nous unissons par devenir insensibles aux phénomènes qui nous sont familiers , mais que personne cependant ne peut refuser de reconnaître et d'accepter, c'est que nous sommes incessamment informés de ce qui se passe au dedans de nous , dans le sanctuaire impénétrable de nos pensées, de nos sensations, et de nos déterminations. Quoi que fasse notre intelligence , quoi qu'éprouve notre sensibilité , quoi qu'agile et résolve notre volonté , nous en sommes instruits à l'instant même, nous en avons conscience. Rien, dans l'état de veille , ne parait pouvoir suspendre ni interrompre celte conscience de ce qui se passe en nous. Ainsi, au moment mémo où mon attention parait le plus complètement plongée dans la contemplation d'une chose extérieure , au moment où mon intelligence, frappée du souvenir de quelque aventure passée, parait le plus exclusivement occupée a faire revivre en elle les circonstances effacées de

DU TRADUCTEUR

cet événement , dans cea instants de préoccupation profonde où l'esprit, absorbé par un seul objet, devient étranger et comme insensible à tout le reste , encore garde-t-il assez de liberté pour s'apercevoir de ce qu'il fait , ponr remarquer ce qu'il éprouve. Ce qui nous entoure, ce qui assiège nos sens, il rie le voit plus , il ne l'entend plus , il a perdu le sentiment de toutes choses ; mais il a conservé la conscience de ce qui se passe en M; la preuve en est que si vous me demandez brusquement de quoi je m'occupe et ce quej'ém'ouve , je vous le dirai , je pourrai vmis le décrire. Faites la même question à qui vous voudrez dans un. moment quelconque , vous obtiendrez toujours et sur-le-champ une réponse précise. Celte vue de ce qui arrive en nous est donc continuelle. 11 est douteux que le sommeil le plus profond la suspende ; car toutes les Ibis que l'on nous éveille subitement nous sentons qu'on vient d'interrompre en nous une suite de pensées. Il n'est pas mime prouvé qu'elle périsse dans l'évanouissement. Les cas nombreux où il est démontré que nous avons rêvé , bien que nous n'en gardions aucun souvenir , font assez voir que nous pouvons penser, sentir, désirer, vouloir, et en avoir conscience dans Je: moment, sans qu'il en reste aucune trace dans la mémoire.'. ...

. 11. est presque inutile de faire observer que cette perception continue de notre état intérieur n'est point l'œuvre des sens; c'est une chose assez évidente d'clle-inèmo, et que tout le monde reconnaît

FRKPAC'i;

aisément. Miiis ce qu'il est important de remarquer . c'est que do toutes les convictions possibles, il n'en est point de plus forte, déplus complote que celle qui s'attache à celte information. Ce qu'il y fuirait de plus absurde nu monde ce serait de contester à un homme qu'il soudre quand il sent qu'il snulli e, qu'il désire telle chose quand il seul qu'il la désire, qu'il est occupé de telle pensée, qu'il se siiuvieill de telle personne, qu'il prend telle résolution, quand il a conscience en lui de tous ces t'ails. Tout eo que nous témoigne celte vue intérieure uuus parait d'une ineunlcstable certitude. Les choses que voient nus veux, que touchent nos mains, no nous semblent pas d'une réalité plus assurée que les faits dont nous avons conscience. Nom ne chercherons pas. comme on l'a tente plusieurs l'ois . à élever l'autorité du sens intime au-dessus de celle des sens ; niais m m s poserons au moins coin me l'a il. Imrs de doute et que personne necontestera- l'égale autnrilédeces don* perceptions.

n y a, du reste, une raison bien simple à celte égalité. Quelque idée qu'on se forme du principe intelligent dans lu constitution humaine, nul ne peut disconvenir qu'il ne soit un de sa nature ; car. par quelque voie que lui viennent les idées et de quelque espère qu'elles soient, il les compare, il les distingue, il les associe, il les classe; eo un mut, il les travaille do manière a prou ver qu'elles seul réunies . embrassées . possédées par nu même pouvoir. Nous sentons d'ailleurs très-distinctement eu nous qu'il

DU TRADUCTEUR

n'y a pas une intelligence pour percevoir les choses extérieures, une autre pour sentir les phénomènes intérieurs , une autre pour rappeler les choses passées, uneautrepourréfléchir, comparer et raisonner. Nous sentons, au contraire, que c'est ie morne principe qui réunit toutes oes attributions ; c'est une des données les plus distinctes du notre conscience. Si donc c'est le même principe intelligent qui voit par les yeux , qui perçoit par le tact et les autres sens , ce qui se passe hors do nous , et qui sent par la conscience ce qui se passe au dedans de nous, il n'est

tre conscience et à celui de nos sens une r.-nn(îjiii(.''" é^'alo; car, si nuire intelligence se fie à clle-mciuo quand elle rogai île au dehors . pourquoi ne s'y licraït-elle pas quand elle regarde au dedans , et comment . restant la même et voyant également dans les deuï cas , pourrait-elle illégalement croire à la réalité des [tin. 1 in!-nr'> iptYlli' découvre'.' Jïlle peut remarquer quo les organes des sens l'induisent quelquefois en erreur, et que les yeux, par exemple, soumis à certaines lois physiques, lui font voir rond , dans quelques cas . ce qui est réellement carré. Mais une l'ois prévenue de ces muscs d'erreur qui ne viennent pas d'elle, mais de sou instrument, et ses précautions prises contre leur influence, il n'y a plus de raisons pour qu'elle croie moins à ce qu'elle voit qu'à ce qu'elle sent , ni moins à ce qu'elle sent qu'à ce qu'elle voit. Ce n'est doue pas seulement un fait ,

26 PREFACE

mais une nécessita très-facile à comprendre, que les informations des sens et celles de la conscience aient, à nos yeux , la même certitude.

Le fait que nous venons de constater nons révèle une vérité importante , c'est que notre intelligence a deux vues distinctes ; l'une sur le dehors par l'intermédiaire des sens , l'autre sur elle-même et les faits qui se passent dans le for intérieur, sans aucun intermédiaire. La première de ces deux vues est l'observation sensible; la seconde est l'observation interne, qu'on appelle aussi conscience ou sens intime. Il y a donc deux observations bien distinctes , également réelles , et d'une égale autorité. Ce que nous affirmons ici n'est pas un système , ce sont des faits aussi certains, aussi palpables qn'il yen ait; et parce que les naturalistes n'ont aperçu que l'observation sensible et n'ont pas remarqué l'autre, celleci n'en existe pas moins , n'en agit pas moins en eux comme dans le reste des hommes , et n'en doit pas moins être reconnuo comme un fait incontestable de la nature humaine.

Ces deux vues ou ces deux observations ont chacune leur sphère spéciale et distincte ; en sorte que les sens ne peuvent pénétrer dans la sphère de la conscience ni la conscience dans la sphère des sens. Ce fait est remarquable , et mérite qu'on s'y arrête. Rien de ce que nous sentons au dedans de nous n'est perceptible pour les sens ; rien de ce que les sens peuvent saisir n'est perceptible à la conscience. Le

DU TRADUCTEUR

phénomène de la sensation en offre un exemple bien frappant. Il se compose de deux parties distinctes : une impression matérielle est produite sur l'un de nos organes par une cause quelconque ; cette impression est transmise au cerveau par le moyen des nerfs , et il en résulte en nous tantôt un sentiment douloureux ou agréable , tantôt un sentiment et une idée. La nécessité de l'action d'une cause extérieure sur l'organe, et de la transmission do celte action au cerveau , par l'intermédiaire des nerfs , pour que le sentiment et l'idée soient produits en nous , est une donnée de l'observation sensible ; mais toute l'attention possible, aidée des meilleurs instruments, ne pourrait lui révéler ni le sentiment , ni l'idée ; ces faits échappent aux sens. D'un autre côté la conscience sent parfaitement le plaisir ou la douleur, perçoit très-bien l'idée , mais elle ne reçoit aucune notion ni de l'organe , ni du nerf , ni de l'impression faite sur l'un, ni de la transmission opilrée par l'autre. Jamais , sans les informations de l'observation sensible , nous n'aurions appris que la sensation et l'idée sont précédées , dans le corps , de pareilles circonstances. Il en est de même du phénomène du mouvement volontaire ; nous avons conscience de notre détermination , mais nous n'avons pas conscience de la contraction musculaire qui opère ce mouvement ni du mouvement lui-même. Car ce qu'on appelle le sentiment de l'effort n'est autre chose que la conscience de la sensation plus ou moins douloureuse

PRÉFACE

que ta contra c( ion musculaire nous cause, et point du tout la perception de cette contraction. Tout ce qu'il y a de physique dans la production du mouvement et le mouvement lui-même , ne nous est révélé que par l'observa lion sensible qui , à son tour , ne peut en aucune façon percevoir le phénomène de la détermination volontaire. Ainsi, pour connaître complètement le phénomène de la sensation ou celui du mouvement volontaire, il faut eonsulter et l'observation interne et l'observation sensible : une seulo n'y suffit pas. C'est celte impuissance qui a forcé les pin iuilojjistes , comme nous le verrons bientôt, à reconnaître des faits île conscience. On voit par-là combien il est impossible el par conséquent absurde, de prétendre l'aire la seii.'in;e île l'homme, soit comme les philosophes le veulent avec la seule conscience, soit comme les naturalistes la prétendent avec la seule observation sensible. Maia revenons à notre

Cette incapacité de la conscience à percevoir les phénomènes sensibles , et île l'observation sensible « percevoir les phénniiièn.'s de i conscience, est un fait trop ri'iiiiirrpiidile pnnr qu'on n'en cherche pas la raison. D'abord on conçoit très-bien pourquoi les sens ne perçoivent pas les phénomènes intérieurs . et pourquoi la conscience ne perçoit pas les pliénumencs du monde extérieur. Le inonde extérieur n'étant pas en nous , il est impossible que nous l'j- sentions ; et les faits intérieurs n'étant pas placés en dehors de

DU TRADUCTEUR

nos sens, il est impossible que noua les voyions et les touchions. Mais cette explication n'atteint pas le fond de là difficulté ; car d'où Tient d'une part . que nous avons le sentiment de la détermination volontaire , et -que nous n'avons pas celui do la contraction musculaire ; et d'où vient de l'autre que le physiologiste avec son microscope et son scalpel découvre la con-? traction musculaire, et ne saurait par aucun moyen apercevoir la détermination volontaire? Pour résoudre cette double question , il faut en premier heu se faire une idée juste do la conscience. Qu'est-ce que la conscience? C'est le sentiment que le principe intelligent a de lui-même. Ce principe se sent, et parce qu'il se sent , il a conscience de tous les changements , de toutes les modifications qu'il subit. Les seuls phénomènes dontiil puisse avoir conscience sont donc ceux qui se produisent en lui. Ceux qui se produisent hors de lui , il peut les voir , il ne saurait les sentir , il ne saurait en avoir conscience. 11 peut donc avoir conscience de ses sensations , paroe que c'est lui qui jouit et qui souffre; de ses pensées, de ses déterminations , parée que c'est lui qui pense et qui veut j . mais il ne peut avoir conscience de la contraction musculaire, de la digestion, de lacirculationdu sang, parce que c'est le muscle qui se contracte, l'estomac qui digère , le sang qui circule et non pas lui. Ces phénomènes sont donc exactement pour loi dans la même condition que les phénomènes de la nature extérieure ; ils se produisent hors de lui , il

.-(0 PJIÙFACE

ne saurait en avoir coMBteilço. Telle est la vraie raison de l'incapacité de la conscience à sidsir une foule de phénomènes <] nï se passent dans la corps, mais qui pour cela n'en suiit pas moins extérieurs au principe intelligent, au moi véritable. D'un autre côté, les phénomènes de conscience n'étant que les modifications intimes du principe imellijfent, lui seul peut les percevoir parc 1 que lui seul les éprouve , et que pour les percevoir il faut les sentir : à eu premier titre, les phénomènes du conscience échappent nécessairement à toute observation, extérieure. Mais ils en ont encore un autre pour échapper il l'observation sensible. Si l'on veut y réfléchir, on s'apercevra qu'il y a une dillërrure absolue de nature entre lu volonté et tous les phénomènes de conscience d'une part, et la contraction musculaire et tous les plirii.jiiii'jir's qui tombent sons les sens de l'autre. Les choses et les phénomène* sensibles se iiianii'estcut ]iar des apparences qui nflmil prise aux sens : ce sont des couleurs, (les odeurs, des formes, des résistances . des mouvements ou déplacements dans l'espaee, toutes choses que nos sens ont été organises pour saisir. Les faits du conscience n'ont aucun de ces attributs. Ainsi, quand bien même ces phénomènes rie seraient, pas des niudifieai.ions si intimes que le sujet seul qui les subit peut en avoir eonnais- .'nnce; quand bien même ils se produiraient au dehors et arriveraient à la portée des sens . ils échapperaient encore à l'observation sensible par leur

DU TBADUCTEUB.

nature. H est donc doublement impossible que le» physiologistes, dans leurs recherches sur les phénomènes de la vie, pénètrent jamais jusqu'aux faits de conscience. Les sens: ne peuvent pas plus pénétrer dans la sphère de la conscience que la conscience dans celle des sens.

Les différences essentielles que nous venons do signaler entre les faits de conscience et les faits sensibles n'afiectent. nullement l'égale réalité et l'égale évidence de ces deux espèces de faits; et quoique l'intelligence atteigne ceux-ci par l'intermédiaire des sens et ceux-là sans cet intermédiaire , on ne voit pas que l'observation des faits de conscience soit plus difficile ni soumise à d'autres lois que celle des faits sensibles. . ,

les choses extérieures frappent également les sens d'un paysan et ceux d'un naturaliste ; niais ce qui distingue le naturaliste du paysan, , c'est que le premier fait attention aux choses , tandis que le second les voit sans les regarder, ou ne les regarde pas assei pour démêler tous leurs éléments. C'est donc par l'attention, et une attention persévérante et soutenue , qne le naturaliste dépasse la connaissance vague et imparfaite que le commun des hommes u des choses extérieures , et parvient à une connaissance pfau distincte et plus complète de leur nature. 11 en est absolument de même des phénomènes intérieurs. Tout homme est perpétuellement informé de l'existence en lui d'une foule de sensations, de désirs,

32 PRÉFACE

d'opérations intelIectncHes , de déterminations volontaires qui s'j s i ii-rr ili s i< (. sans interruption. Ainsi tout

homme a une idée etmfnnji tlo chacun de ce* faits de Conscience ; il n'ignore pas ce que n'est que sentir, désiriir . délibère r . vouloir, aimer, haïr . iidmirer, mépriser, connaître, comprendre, se souvenir, croire. 11 a des mots pour désigner tous ees faits; il les dislingue, il en parle ; et même, quand l'occasion se présente , il en dispute. Kl cependant il n'a pas plus une idée précise et complète de ces phénomènes , quoiqu'il les Bit mille fois éprouvé* . que le bourgeois de Paris du phénomène de la combustion , quoiqu'il ait mille luis vu s'eulliiinuier la mèehc de sa bougie , et se réduire en cendre le bois de son foyer. Et pourquoi ? c'est qu'il n'a pas fait attention à ces phénomènes intérieurs. Pour arriver à une connaissance nette et étendue de ces phénomènes . il «•> 'aul doue pas se contenter du sentiment involontaire que nous en avons lorsqu'ils se passent en nous ; il faut , lorsqu'ils se produisent . y attacher notre attention , ou en d'antres termes les ohserver. On voit donc qu'il en est des faits de conscience comme des faits sensibles. Ils se manifestent d'cux-mènies , et également a [Intelligence de tous les hommes , qui en acquièrent ainsi involontairement une idée confuse ; mais celte notion n'est point scientifique parce qu'elle n'est ni précise ni complète ; c'est par la considération attentive et volontaire des phénomènes, que l'observateur peut élever cette idée vague et inachevée à

DU TRADUCTEUR

la distinction et à l'exactitude d'une connaissance scientifique. 1 '•"■'I ■ i '■

Or, il est un fait bien certain et dont il faut conve^ nir parce qu'il est réel ;' c'est que notre attention se dirige beaucoup plus volontiers sut li>s chesrs cxléricures que sur les phénomènes qui se passent cil nous. Est-ce tout simplement habitude . ou la nature s'en mêle-t-ellc'' c'est une question sur laquelle nous concevons facilement qu'on puisse être d'opinions dilïcreiiles. Car si l'on considère quelle multitude de besoins attirent au* dehors l'attention de l'enfant , et v retiennent celle de l'homme ; quelle variété d'objets les relations sociales et l'inépuisable étendue de là nature y présentent à su curiosité cl. A ses passions , on sera forcé de convenir que quand bien même nous n'aurions point do penebant naturel à porter notre attention au dehors plutôt qu'au dedans, les cir^constances denotro condition auraient suffi pourimprimer cette direction et donner ce pli à notre intelligence. Etd'iin autre côté cependant, soit que là puissance de l'habitude nous fasse illusion, soit que réellement l'instinct de no tre; intelligence la porte plus naturellement à regarder au dehors qu'à se replier sur elle-même , il serait difficile à un homme de bonne foide rejeter absolument la possibilité d'une inclination primitive. Quoi qu'il en soit , le fait du penchant actuel de l'attention vers les choses extérieures est incontestable; et certainement, c'est à ce penchant et à la nécessité de pourvnir avant tout à

Diigald Stewart. — Tome T. 3

PRÉFACE

In conservation de notre vie , et aux besoins nombreux de notre corps, qu'on doit attribuer l'avance que les sciences naturelles ont prise sur les sciences philosophiques dans la carrière du développement intellectuel de l'humanité.

Mais cette habitude ou ce penchant qui porte notre attention nu dehors , s'il explique l'espèce d'oùbli dans lequel on a laissé jusqu'ici les faits de conscience, ne prouve rien contre la possibilité de les observer. Bien que dans l'état actuel notre attention se dirige habituellement vers les choses extérieures, une foule de faits concourent n démontrer qu'elle conserve In fnculté de se replier sur les phénomènes intérieurs, et que sa direction hnhituelle n'est point une direction nécessaire. Snns parler des hommes célèbres qui , dans tous les temps , ont possédé à un degré éminent la faculté de considérer et do discerner les phénomènes intérieurs , l'expérience démontre que toutes les circonstances qui peuvent diminuer l'attraction qu'exercent sur notre intelligence les choses extérieures, et toutes celles qui peuvent réveiller son intérêt ou sa curiosité pour les phénomènes intérieurs, la détournent plus ou moins , et sans effort, de ses voies accoutumées. C'est ainsi, d'une part, quo le silence qui laisse en repos notre oreille , que l'obscurité qui nous débarrasse des perceptions delà vue , que la solitude qui noua sépare du mouvement et des intérêts de la vie sociale , nons ramènent naturellement au sentiment de ce qui se passe en nous.

DU TRADUCTEUR

Un tempérament froid , lourd , et peu sensible aux impressions extérieures, produit souvent le même effet chez les personnes qui en sont douées. Une nature triste et monotone, repoussant pour ainsi dire l'cpanchement de l'intelligence au dehors, est une autre circonstance qui parle ;'i la réflexion ; et, pour le dire en passant, si les peuples du Nord ont plus d'inclination et de rapacité pour les études métaphysiques que ceux du Midi; si dans la poésie des uns les phénomènes de l'ame jouent un plus grand rôle , et ceux de la nature dans celle de l'autre , c'est à ces deux dernières causes réunies qu'il faut l'attribuer. D'un autre côté, la pénétration qu'acquièrent tout à coup, en matière d 'observa lion intérieure, les personnes les inoins réfléchies quand les faits de conscience prennent accidentellement en elles une grande véhémence ou qu'un puissant intérêt les engage à les étudier; la propriété qu'ont les amants , par cscmplc, d'analyser avec une subtilité profonde et de décrire à leurs innitresses avec une fidélité prodigieuse les sentiments qui tes ;i;;itrnt; la perspicacité avec laquelle un homme, qui a peur de orml racler une maladie, distingue dans certaines parties du corps d'imperceptibles sensations qui s'y produisent habituellement , mais a tu quel les jusque-là il n'avait jamais fait attention, et mille autres faits de cette nature , sont des preuves non moins convaincantes . que si la connaissance des faits internes est si peu avancée , c'est moins le pouvoir de les observer qui

PRÉFACE

a manqué , que l'idée d'en faire l'objet d'une étudo méthodique et le sujet d'une scienn: régulière (ij.

Tout hommo est apte à vérifier sur lui-même la justesse de ectte assertion. Il n'est personne, en effet, qui ne (misse, pour peu qu'il le veuille, remarquer ce qu'il sent en lui-même et acquérir une idée plus précise, qu'il ne l'avait auparui ant . des différentes opérations de son intelligence . des différents mouvements de sa sensibilité et des autres phénoménal habituels de sa conscience. C'est là un commencement d'observation interne. Quand il arrivera à quelqu'un de faire de pareilles remarques sur soimême, il s'apercevra qu'il no fait plus attention aux choses extérieures , que ses sens .deviennent muets et ne l'informent plus , que d'une manière tres-vngue , des phénomènes qui les frappent. Bientôt, sans doute, l'intelligence encore rebelle à cet exercice nouveau, se fatiguera, se laissera distraire, ot reprendra sa direction accoutumée. Mais de nouveaux essais la façonneront peu à peu à cette contempla-

(i) Lpj plij-^l.-ijtr. c(![isi(Ii;rciit Ion iilûci qui nom Tiennent liu dehors, comme plm neltes du leur nature que celles qui noua

dea idées plu nelles et™ choiei «térienrea, c'rat qne noire altenperceplionl lie la conacïonce deTienuent aussi neltra que celles de» ('JÉlémenU de physiologie, par H. Mipcadlt, I. I, p. ijo.

DU TRADUCTEUR

tiim réfléchie : la durée de ses observations se prolongera; clic deviendra moins susceptible 1 au* distractions extérieures; les faits de conscience qu'elle n'avait, d'abord qn'ulisenrénii'iit sentis dans ieur passage rapide , se biis.se nuit plus distinctement apprécier ; elle y discernera des circonstances qu'elle n'y avait d'abord pas aperçues ; ce qui lui avait paru simple se décomposera ; ce qui lui avait paru semblable se distinguera ; un grand nombre de faits

qu'elle n'avait jair

iais soupçonm

ïs se révéleront à

elfe ; en un mot ,

si la personne qui fera sur cllc-

même ces tentative

s est douée de quelques disposi-

lions naturelles pour l'observatii

m et d'un peu de

persévérance, elle

aequerra, ei

1 moins de temps

qu'on ne l'imagine.

e prodigieuse d'at-

tention intérieure,

'rir dans ce moude

ignoré, où. la con:

science du coi

amun ne discerne

que quelques massi

!S dephénomè

nés indistincts, des

perspectives immei

ises, peuplées

de faits sans nom-

bre , dans lesquels

viennent naliiiellenieiil se résnu-

dre les plus hautes questions que l'esprit humain puisse agiter.

Mais, il faut eu convenir, bien que luus les hommes soient plus ou moins capables de cette investigation intérieure, et puissent y trouver de l'instruction et du plaisir, elle ne produira des résultats vraiment scientifiques qu'autant qu'elle sera maniée par des hommes familiarisés avec les procédés, les méthodes et la rigueur des sciences d'observation.

PRÉIAL'IÎ

Des nb-ei'valcurs eu n mie Vmivciiiii'j; iu La 11 ru voie

n'y suffiraient point. En clfet . il ne s'agit pas de déiJLiMi.-i- un iciit l:i ualui'c !(: i.-i >iii]n ■t'r.r; . cl i pielles l'urines clic prend dans nu cj> pari ienlior. tLc n'est là i[iic son allure du moment, qui. étant variable selon li s circonstances, n'est point du ressort do la seience. Ce qu'il s'agit de découvrir, c'est ce qu'il y a de constant , do régulier, d'invariable dans ses opérations ; et, pour le découvrir, ec n'est point asseï lie

la surprendre, il faut savoir l'interroger. II faut, si l'on peut s' exprimer ainsi, la mettre à l'épreuve dans des cas dillcrcnts, lui l'aire répéter une opi ralinu sons des influences diverses, afin de distinguer les cireoosliiiiees variables qui appartiennent nu lieu , au lemps, à l'éducation, à mille causes accidentelles et qu'il finit abandonner au peintre, denucurs, et les circonstances eouslanles qui apparlionueiit à la nature hjuiaiiie el qui doivent trouver place dans la science ; en un mot, pour faire la science des l'iiïts ûilernes. il faut savoir d'abord osprrinicnter. Maïs ce n'est point là tout : lu plupart des philosophes savaionl expérimenter, el ne clicreliaieul dans l'élude de l'homme que les formes immuables de sa nature; Desearles, LciLnitz, Locke, ne considéraient point la scène intérieure sons le point de vue de La Uruyère ; el cependant ils n'ont point fonde la science des faits infinie*, f.'esl qu'il ne suflif pas de savoir observer , il finit encore avoir le cou raye do ne voir dans les faits constates que ce qui y est, de

DT TRADUCTEUR

n'eu tirer que tes inductions qui en sortent rigoureusement ; il ne faut pas avoir en tête une foule de questions qu'on ait hâte de résoudre et qu'on désire résoudre d'une certaine manière; il ne faut pas, pour satisfaire son impatience ou justifier son opinion, extorquer aux faits, à force de subtilité et d'imagination, les solutions que l'on veut, et qu'Us ne rendent pas ; il ne faut pas, en un mot, observer au profit de l'esprit de système et mêler la poésie à la science. Il faudrait être asseï sage pour comprendre que le meilleur moyen de résoudre des questions de faits d'une manière solide, est d'oublier ces questions dans l'observation do3 faits , afin de pouvoir constater ceux-ci d'une manière impartiale, d'une manière complète ; il faudrait comprendre aussi que le champ des iaits est immense , qu'il faut longtemps pour l'explorer, et que néanmoins la plus petite circonstance négligée suffit pour fausser, la solution .d'une question. Peut-être alors consentiraiton à laisser de c6té pour quelque temps les questions ; peut-être se résignerait- on à borner pendant long-temps ses efforts à reconnaître les faits qui doivent un jour les résoudre ; peut-être , au moins , se eontenterait-on de ne tirer dos faits constatés que des solutions provisoires , qui seraient réformées à mesure que des faits nouveaux viendraient prouver leur insuffisance oulcur inexactitude. Voilà les principes qui ont manqué aux pliiiosopb.es , et dont ceux qui voudront entreprendre la science toujours ajour-

PUiît'.VfH

née (Il's faits internes . devront si. 1 pénétrer. Tnnt que ecs ma\imes sévères . tnnt que ces kiiliiludr-s rirrmisprrirs qui si' sonl cri i in rni'iictrircs diuis l'esdes nutui'idislrs . i-f qui mit h'iukJ uil 1rs sciences qu'ils cultivent :i des rcsilltïita si positifs et si incontestables, n'iiuniTil jiiiinL pénétré dons l'esprit, des piLilusnphes, |;i science des laits internes ne sortira point du bercuati . cl les questions qui s'y rot lâchent ileiuciiromnt livrées au\ caprices de l'opinion.

Mais eu nbnrdunl nver cet. r-prii l'étude drs laits m ternes .on su convaincrn bien loi que tuul ce i|iii il •■l.i- tenté rl consomme sur 1rs luils sensibles |irol également, et d'une lulHIÏèrC aussi solide rt non moins scientifique, Lire o\éciilé sur Ces laits d'une autre unture. En cfl'cl , de i|uoï s'ugil-ii , si ces laits,

eommu l'expérience le pi ve , sont -observables ?

De reconnaître leurs lois . et ees lois reconnues, d'en tirér: des injuriions pour loules les questions qui s'y riippnrteul. A quel autre lerrue aboutissent les seieuees ruiturelles ? Ur , duulerail-un , par hasard, que ees faits se |i réduisent selon des luis régulières '! Ne srruil-il pas Mm singulier qui 1 tous 1rs l'uils observés jusqu'ici dans toutes les [ini ties de ki nature . aient été trouvés soumis ù des lois régulières ; qu'eu un luul l'ordre ait élé reconnu et dans l'ensemble et d:ius les moindres détails de ce vaste univers , et que les opér.iliiuis île l'esprit liuniiiin qui emislnle eei ordre, e! que 1rs ninuicineiits de la seusibililé humaine q m admire ecl ordre, et que les mobiles de

DU TRADUCTEUR

la conduite de l'homme . qui est la pièce la plus merveilleuse do ce vaste ensemble, eussent été seuls abandonnés ait hasard, sans règle et'sans lois certaines? Do toutes les suppositions imaginables ce serait la plus évidemment absurde quand bien mémo l'expérience ne la démentirait pas ; mais il suffit d'avoir observé , et de la manière la plus superficielle, un phénomène quelconque do conscience, pour n'avoir plus de doute h ect égard. Qui ne s'est pas aperçu , pour nous borner à des exemples bien simples, (pic jamais nnus no prenons nue déterminai ion .sans un mol if ci mi pli- ou entrevu d'avance : que jamais un souvenir ne s'éveille en nous qui n'ait été suseilé par une idée antérieurement présente dans imlrii esprit. . et qui avait quelque rapport avec l'idée rappelée ; que jamais notre attention ne s'applique à un objet à moins que lions n'en ayons déjà acquis quelque notion ? et si l'observation prouve que ces trois eircouslanccs aecriinpa;;nciil. constamment l'une le fait de volonté, l'antre celui de mémoire, la troisième celui d'attention , ne sont-ee pas là des luis de ces I rois opérations 7 Les sciences naturelles procèdent-elles d'une autre manière, Ct arrivent-^ellès à d'antres résultats ?

Et remarquons en faveur de cette science nouvelle dont on conteste la possibilité , que les expériences à faire sur les phénomènes internes offrent beaucoup plus de facilité dans l'exécution, et promettent beaucoup plus d'exactitude dans leurs résul-

42 PRÉFACE

lais que colles par lesquelles sont obligées de passer la plupart des sciences naturelles. Car, à commencer par la physiologie , combien de phénomènes lui échappent, et se voit-elle réduite à présumer par l'impossibilité de pénétrer sans la détruire dans les mystères de la vie? Et ceux qu'elle parvient à atteindre ne sont-ils pas le plus souvent altérés par les opérations douloureuses qu'il a fallu pratiquer pour le3 observer? encore n'est-ce point sur l'homme dont il s'agit, mais sur les animaux qu'elle les observe. Qui ne eonnait toutes les dillieultés que présentent les expériences beaucoup plus faciles cependant de la physique et de la chimie ? soit à cause de la subtilité des phénomènes qui échappent aux sens , soit à cause des mille influences extérieures qui tantôt contrarient l'expérience au point de la rendre impossible, tantôt modifient et dénaturent ses résultats, au point de rendre nécessaires les contreépreuves les plus nuili.iplit.rs ''. On se lijjure à peine combien de temps, de sagacité, de patience et d'habilité à expérimenter, ont coûte dan» ces deux sciences les moindres découvertes. Que dirons-nous maintenant de ces autres sciences qui sont obligées de parcourir la terre pour constater un fait , d'attendre les révolutions des astres pour faire une observation, de rapprocher une multitude d'êtres et d'objets différents, dissémines sur la surface du globe, ou enfouis çà et là dans ses entrailles, pour entrevoir une loi de la nature vivante ou inanimée? El, quand

DU TRADUCTEUR

nous voyons la patience et le génie surmonter ces obstacles prodigieux dans les différentes branches des sciences naturelles , comment ne pas se rassurer sur l'avenir de la science des laits internes , qui ne présente ni ces difficultés à vaincre ni ces causes d'erreurs à éviter. En effet, comme le but dans cette science est de connaître l'homme et non pas les hommes , et que l'homme est tout entier dans chaque individu de l'espèce , dans quelque position sociale que se trouve l'observateur , il porte toujours en luimême tout l'objet de ses études , tout le sujet de ses expériences. Il n'a pas besoin comme le physiologiste de mettre la vie en péril ou de troubler ses fonctions pour l'observer. Pour qu'il puisse sentir la vie ruténeure , il faut , au. contraire : ^ q-'il la laisse

qu'elle aille pour qu'il en ait le speciaclc. Or, elle se développe continuellement avec le cortège des phénomènes qui la manifestent ; eu sorte que l'observateur qui la porte partout avec lui, peut, à toute heure, en tout lieu, sans préparation comme sans dérangement, attacher sur elle ses regards et poursuivre le cours de ses recherches. Pour découvrir les lois de ces phénomènes , il n'est pas besoin qu'il se travaille et imagine des expériences ; il altérerait le naturel des phénomènes en les produisant ou en les faisant naître exprès en lui-même. Qu'il se coiv tonte d'acquérir l'habitude de les observer quand ils se produisent naturellement , et qu'il ne s'inquiète

point du reste. Cet Le habitude acquise, que le philosophe vive comme le reste des hommes . qu'il coure le monde . qu'il cultive l a société , qu'il vaque à ses affiûres. La scène mobile delà vie, le jeu varie du Commerce social exileront cent luis le jour et sous L'influence de mille circonstances différentes . le développement des divers phénomène» dont il cherche les lois. Grâce à nette eiporim.en(ation naturelle et perpétuelle., le morne fuit vingt fois reproduit sous des conditions différentes, laissera bientôt paraître ce qu'il a d'invariable el de eouslant, s'abslraira bientôt des circonstances accidentelles qui le modifient dai» les différents cas , et se livrera sans effort à l'observotenr dans ses éléments eonstitntifs.

Qu'on ne s'y trompe p;is, toutefois ; nous ne prétendons point réduire le philosophe à cette observalion passive et insouciante des phénomènes : ce n'est pas à si bon marché que s'acquiert la science. Notre expérience nous a prouvé, il est vrai, que dans l'étude des faits internes 1 , on ne ffa^nc rien à leur courir après ; il faut les attendre si l'on veut les attraper, et les surprendre nu passage si l'on veut les voir au naturel. Mois il no s'ensuit pas que l'observateur doive abandonner ses découvertes auhasnrd. I! faut qu'il ait un plan de recherches prémédité; il faut qu'il se propose successivement, el dans un ordre calculé d'avance, les différentes questions de faits qu'il importe à In science de résoudre; do manière à ne pas s'occuper de plusieurs choses à la

DU TRADUCTEUR

fois, et à ne donner son attention , dans un temps détermine, qu'à une certaine espèce de phénomènes ; ai il.] vini' nr. il -e jicvilrnil dans l'immense variété, dos faits interne-, ri 'éblouirait ai: lieu do s'oolaircr. Il

ne doil [1,1 s m'm plus s'arrêter à I; tien nnïve. mais

inachevée , qui: lu vue rapide du. fait a donnée a l'intelligence : il faut que In méditation la rnnvo pour ainsi dire sous ses ailes , et la fasse éclore. C'est ii elle iju'il appartient dis la préciser , de la développer, de lu féconder; c'est à elle a e\ ami urr si celte milieu est complète , satisfaisante, ou s'il est nécessaire de l'eioellie eu quête l'observation, et d'interroger de nouveau le phénomène; ; c'est à elle aussi à rapprocher les lois particulières pour pénétrer jusqu'auï lois ;;i-[iérides , et de là, s'il est possible, jusqu'à la nature du principe ou du sujet vivant du tout ee vaste développement pliémunénal ; c'est à elle enfin à tirer les inductions. D'où l'on voit que la sagacité de l'observateur n'est pas plus oisive dans qette.esTpoce de recherches que dans Imite autre. Mais il n'en reste pas moins vrai que , non seulement la découverte îles lois par l'expérience est possible dans la science des laits internes , ruais encore sous tous les rapports, plus facile et plus prompte que dans les

Enfin, pour achever ce parallèle, penserait-on que les lois des phénomènes internes une fois découvertes , il n'en sortit aucune induction importante sur des problèmes intéressnnts? Nous l'avons

Page 1