‹ Œuvres de Dugald StewartChapitre 32 sur 58 · Tout cela explique de même , mutatis mu · texte numérisé non relu

Tout cela explique de même , mutatis mu

ESQ VISSES

tandis, et que l'on entend par la difformité du -vice.

208. Notre perception de la beauté et de la difformité morales est entièrement distincte de la perception de la justice et do l'injustice des actions :

mais les philosophes ont trop peu remarqué cette différence. Parmi les modernes surtout, quelquesuns ont presque entièrement tourne leur attention vers là perception du juste et de l'injuste, et par là mil répandu sur leurs ouvrages je ne sais quoi d'abstrait qui empêche l'intérêt; tandis que les autres , en considérant exclusivement notre perception de la beauté et de la difformité morales , sont tombés dans l'enthousiasme et la déclamation , et ont donné prétexte aux moralistes licencieux de mettre en question l'immutabilité îles distinctions morales.

206. Les émotions de plaisir et de peine , excitées par la contemplation de la beauté et de la difformité morales , surpassent tellement toutes celles que peuvent nous causer les formes matérielles, que quelques philosophes ont prétendu que les mots de beau et de sublime dans leur signification propre expriment des qualités de l'ame , et que si nous sommes affectés par les objets matériels , l'affection ne provient que des idées morales qu'ils suggèrent. C'était la doctrine favorite de l'école de Soeratc , qui a été défendue avec beaucoup de talent par divers écrivains modernes.

207. Quelle que soit, notre opinion sur cette question spéculative, ou ne peut disconvenir d'un l'ail.

c'est que les bonnes actions et les vertueux caractères offrent le plus délicieux spectacle que puisse contempler l'amc humaine. Le monde externe tout entier n'a point de charmes aussi puissants que ceux qui parent la beauté morale et nous appellent à cultiver des qualités qui font le bonheur et la perfection de notre nature.

208. C'était uu objet capital pour les anciens moralistes que cette union de la philosophie et des beaux-arts : ils y voyaient l'avantage d'ajouter à la beauté de la vertu l'attrait que l'imagination donne a toute chose. Les effets qu'il est possible d'obtenir par ce moyen sont faciles à concevoir; tous les jours nous en avons des exemples dans la puissance de l'association à déguiser la bassesse et la laideur des vices à la modo.

De la perception du mérite et du démérite.

209. Les actions vertueuses accomplies par les autros hommes , non-seulement excitent dans notre aine une affection bienveillante ou une disposition à contribuer à leur bonheur , mais y font naître encore le sentiment du mérite des agents. Nous reconnaissons qu'ils sont les objets propres de l'amour et de l'estime, et qu'il est moralement juste qu'ils reçoivent leur récompense. Nous-mêmes nous nous

ESQUISSES

sentons appelés à faire connaître au monde leur mérite, afin de leur procurer la faveur et le respect dont ils sont dignes : et si nous souffrons que leur vertu reste dans l'obscurité, il nous semble qu'en réprimant le langage naturel de notre cœur , nous commettons une injustice.

210. Quand , au contraire , nous sommes témoins d'un acte d'égoïsme, de cruauté ou d'oppression ; que nous en soyons ou que nous n'en soyons pas l'objet, non-seulement nous sentons naître en nous de l'aversion et de la haine pour le coupable, mais encore nous avons peine à retenir l'épanché ment de notre indignation. Les viles passions des individus trouvent un frein dans ce mouvement naturel de l'ame, et, même avant l'établissement des lois positives , le bon ordre y rencontre un appui.

211. Pour ce qui nous regarde, lorsque nous avons conscience de bien faire, nous nous reconnaissons des droits à l'estime et a l'attachement de nos semblables, et nous sentons, avec toute l'évidence d'une perception , que nous jouissons de l'approbation de l'invisible témoin de notre conduite. De là vient qu'au sentiment de notre mérite se joint une anticipation de récompense, et que nous jetons sur l'avenir un regard plein de confiance et d'espoir.

212. Les remords qui accompagnent la conscience du mal enveloppent également un sentiment de démérite et le pressentiment d'une punition future.

SIS. Bien que le sentiment de mérite et de démérite prouve ou philosophe la connexion établie par Dieu entre la vertu et le bonheur, il n'agit pas dans la supposition que des interventions miraculeuses doivent s'opérer en sa faveur dans les occasions particulières. C'est un fait pour lui que la vertu même en ce monde est la route la plus sûre pour arriver au bonheur. Mais il sait que la Divinité gouverne par des lois générales , et s'il se voit déçu dans l'accomplissement de ses vœux , il acquiesce à sa destinée et se console par la perspective de l'avenir. Compter dans les cas particuliers sur l'alliance constante de la bonne fortune et des bonnes actions , de la mauvaise fortune et des mauvaises actions , est un préjugé du vulgaire qui cause bien des désappointements dans la vie; mais sa persistance à toutes les époques et chez tous les peuples , témoigne d'une manière éclatante combien sont véritablement associées dans la nature des choses les idées de vertu et de mérite.

ARTICLE III

De l'obligation morale.

214. Selon quelques systèmes, l'obligation morale est entièrement fondée sur notre croyance que la vertu est un commandement de Dieu. Mais comment, peut-on demander , cette croyance impose- 1-

ESQUISSES'

elle une obligation ? A celte question on ne saurait faire que l'une de ces deux réponses : ou bien qu'il est moralement obligatoire que nous conformions notre volonté à celle de l'auteur et du maître de l'univers ; ou bien que l'intérêt bien entendu doit nous engager par prudence à étudier tous les moyens de nous rendre agréable au tout-puissant arbitre de notre bonheur et de notre malheur. Dans la première supposition, nous faisons un cercle vicieux ; nous résolvons te sentiment d'obligation morale dans le sentiment religieux , et le sentiment religieux dans te sentiment d'obligation inoralë.

21B. L'autre système qui fait de la vertu une simple affaire de prudence, bien qu'il paraisse d'abord un peu plus satisfaisant , conduit à des conséquences qui montrent assez son imperfection. Nous indiquerons les deux suivantes : 1" Celui qui ne croit pas à un état futur est par là même déchargé de toute obligation morale , à moins qu'il ne trouve la vertu utile à son intérêt actuel ; 2° un être complètement heureux ne peut avoir ni perceptions ni attributs moraux,

216. De plus, les notions de récompense et do punition présupposent celles de justice et d'injustice; elles sont des sanctions à la vertu ou des motifs secondaires de la pratiquer; mais elles supposent l'existence de quelque obligation préalable.

217. Enfin, si la considération de notre situation dans une autre vie constitue l'obligation inorale.

I>IÎ PIULOSOPIIIK MORALE 2 I !)

comment, d'une part, prouverons-nous par les lumières naturelles de la raison, l'existence d'un étal futur? et comment, de l'autre, découvrirons-nous quelle conduite est agréable à Dieu? La vérité est. que l'argument te plus solide en faveur de la vie future dérive de nos notions naturelles du juste et de l'injuste , du mérite et du démérite, et du parallèle que nous établissons entre ces notions et le cours général-des affaires humaines.

218. Au fait, il est absurde de demander pourquoi nous sommes obligés à la pratique de la vertu? La vraie notion de vertu implique la notion d'obligation. Tout être qui a conscience de la distinction du juste et de l'injuste, a conscience en même temps d'une loi qu'il est tenu d'observer, ignoràt-til complètement l'existence d'un état futur, u Ce ■i qui nous rend dignes de punition, dit Huiler. •< n'est point de savoir que nous pouvons être pu- •■ nia , mais simplement do violer une obligation

219. Le* faits que nous venons d'établir conduisent à ce résultat , que la faculté morale , considérée comme principe actif, est essentiellement différente de tous ceux que nous avons parcourus jusqu'ici. La moindre violation de son autorité introduit en nous le remords. Plus au contraire nous sacrifions à sou obéissance, plus sont complets notre satisfaction et notre triomphe.

Page 1