DE LA FACULTE «OBALK
ARTICLE I«
Observations préliminaires, ayant pour principal but de montrer que la faculté morale est un principe primitif de notre, nature qui ne peut se résoudre dans aucun autre.
171. Les faits rapportés dans le dernier paragraphe de la section précédente ont conduit quelques philosophes à conclure que la vertu est purement une affaire de prudence , et que le sens du devoir n'est, sous un autre nom, que l'amour de soi hien entendu. Cette manière d'envisager le sujet était assez naturelle : nous trouvons qu'en général ces deux principes conduisent aux mêmes actions, et nous avons des raisons de croire que , si notre connaissance des choses était plus étendue, on reconnaîtrait leur accord dans tous les cas possibles.
172. Néanmoins, diverses considérations démontrent que nous avons un sens du devoir qu'on ne saurait résoudre dans l'amour de notre propre bon-
I" Toutes les langues ont des mois qui équivalent
à ceux de devoir et d'intérêt dans la notre , et leur acception 1 distincte n'a jamais été confondue. En général on les voit coïncider dans l'application ; niais toujours ils emportent des idées différentes.
2" Les émotions qui dérivent de la contemplation de ce qui est juste ou injuste diffèrent dans le degré et dans l'espèce de celles que la vue de notre propre bonheur fait naitre. On le voit surtout dans les émotions excitées en noua par la conduite worale des autres : car nous avons tant de penchant à nous aveugler sur nous-mêmes, que peu d'hommes jugent de leurs actions avec un désintéressement parfait. Les émotions que les personnages de l'histoire et les héros de roman nous causent , sont quelquefois encore plus vives que tout oc que nous font éprouver les caractères qui leur ressemblent dans le cercle de nos relations sociales. Néanmoins de toutes les occasions d'observer ces phénomènes , les représentations théâtrales sont la plus favorable. Toute espèce d'enthousiasme se produisant avec plus de force quand les hommes sont réunis , nos sentiments moraux se développent sur une bien plus grande échelle ao théâtre que dans le cabinet. Aussi les moindres hitggcstions du poète excitent jusqu'au transport les passions de l'auditoire, et arrachent des larmes aux personnes même les plus réservées et qui apprécient le mietiX la valeur des choses.
3" Bien que les philosophes aient montré que le '.eus du devoir cl l'intérêt bien entendit .-.'accordent .
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dans le plus grand nombre des cas , à nous prescrire la même conduite , au point de mettre hors de doute que même en ce monde la vertu ne soit la vr:iic sagesse , cependant, c'est une vérité qui échappe au sens commun de l'humanité et qui ne peut ressortir que d'une vue étendue des affaires humaines, et d'un examen attentif des conséquences de nos différentes actions. Aussi-bien, devons-nous à l'expérience et"ïi la réflexion cet enseignement, que la vertu est un moyen de prospérité. Ces grands principes de moralité , qui se retrouvent avec la même évidence dans la conscience de tous les hommes , ne peuvent donc résulter uniquement d'un calcul d'intérêt personnel.
i" Cette vérité est confirmée par l'époque de la vie où nos jugements moraux font leur première apparition. Ils se manifestent dans l'enfance de la raison , et long-temps avant qu'elle soit capable de former la notion générale de bonheur.
173. Pour échapper à la force de quelques-uns des arguments précédents . on a supposé que les régies morales avaient été primitii vimiil découvertes par 1a sagacité des philosophes cl des politiques . et que , popularisées et transmises par l'éducation , elles avalent fini par prendre l'apparence d'un élément constitutif de la nature humaine. On a regardé comme nne confirmation puissante de cette doctrine la diversité des opinions des différents peuples sur la moralité de certaines actions particulières.
174. Mais le pouvoir de l'éducation, quelque grand qu'il soit, a ses limites assignables. Il ne peut produire d'effet qu'en agissant dans le sens des principes constitutifs de notre nature. Même cette susceptibilité d'éducation qui est le caractère universel de notre espèce, implique l'existence de certains principes naturels communs à tous les individus qui la composent.
178. Le pouvoir qu'a l'éducation de diversifier pour ainsi dire la physionomie de la nature humaine, repose sur cette loi de notre constitution que nous avons appelée association des idées. Et cette loi suppose elle-même, dans tous les cas, qu'il existe des opinions et des sentiments essentiels à l'humanité, avec lesquels les circonstances extérieures se combinent, et au moyen desquelles elles s'emparent de l'aine et l'accommodent à sa situation accidentelle.
176. L'éducation peut dans certains cas établir des diversités dans l'opinion des individus sur le beau et le sublime ; mais l'éducation ne peut créer nos notions de beauté et de laideur , de grandeur et de bassesse. De même, nos sentiments sur telle ou telle action peuvent tenir de l'éducation que nous avons reçue ; mais nous ne pouvons lui devoir les idées mêmes de juste et d'injuste , de mérite et de démérite.
177. Les faits historiques allégués pour démontrer que nos jugements moraux sont tout-à-fait factices, ne résistent pas à l'examen. Tanlol le sens
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qu'on leur prête provient des fausses couleurs sous lesquelles on les a représentés ; tantôt ils conduisent à des conclusions tout-à-fait opposées à celles qu'oit en tire, lorsque l'on a tenu compte, et des différentes circonstances où les hommes se sont trouvés dans les périodes successives du développement social , et de la diversité de leurs opinions spéculatives , et des différents sens que présente i nova le ment la même action dans les usages et les mœurs des différents peuples.
178. Toutes ces doctrines , quelque erronées qu'elles soient , ont été soutenues par des écrivains , lirais sincères de la morale. Mais quelques moralistes licencieux sont allés beaucoup plus loin, et ont essayé de montrer que les motifs de tous les hommes sont au fond les mêmes et que la vertu n'est autre chose que l'hypocrisie.
179. L'impression désagréable que laissent dans l'ame de tels portraits de la nature humaine les déeredite suffisamment. S'il n'y avait réellement aucune distinction essentielle entre la vertu et le vice , d'où viendrait que nous estimons certaines qualités meilleures et plus méritoires que d'autres? Pourquoi penserions-nous que l'orgueil , la vanité , l'égoïsme , sont des motifs de conduite moins respectables que le patriotisme, la philanthropie, le ferme attachement à ce que nous croyons être le devoir? Pourquoi notre espèce nous parai trait-elle moins aimable dans certains systèmes de philosophie que dans d'autres?
DE PHimsOFHIB MORALE.
180. Une erreur générale parmi les moralistes licencieux a été de confondre la question de l'état actuel de l'espèce humaine avec celle de la réalité des distinctions morales , et de substituer la satire du vice et de la folie des hommes au tableau philosophique des principes de leur constitution. En admettant la fidélité des portraits qu'on nous a quelquefois donnés de la dépravation humaine , la tristesse et le mécontentement qu'ils laissent dans l'an» démontrent asses que nous sommes faits pour aimer et admirer l'excellence morale , et que c'est là une loi de notre nature. L'hypocrisie elle-même , comme l'a remarqué La Rochefoucault , est un hommage que le vice rend à la vertu.
ARTICLE II
Analyse de nos perceptions et de nos émotions morales.
181. Après avoir établi l'universalité delà perception morale comme partie essentielle de notre constitution, la question qui se présente est celle de la formation des idées de justice et d'inju3tice. Devons-nous les rapporter à un principe particulier de notre nature , destiné à percevoir ces qualités dans les actions, comme le sont nos sens externes à percevoir les qualités de la matière? ou bien proviennentelles du même pouvoir intellectuel qui découvre le
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vrai dans les sciences abstraites ? ou bien enfin pourrail-on les réduire dans des notions encore plus simples qu'elles et plus générales ? Toutes ces opinions ont été soutenues par des auteurs considérables. Pour établir un jugement sur le point en litige, il est nécessaire d'analyser ce qui se passe en nous, et quand nous sommes témoins d'une bonne ou d'une mauvaise action accomplie par une autre personne , et quand nous réfléchissons sur nos propres actions. Dans l'un et l'autre cas , nous avons conscience de trois faits différents.
1° Perception d'une action, comme juste ou injuste.
3° Sentiment de plaisir ou de peine plus ou moins vif, selon la susceptibilité de notre sensibilité.
3° Perception du mérite ou du démérite de l'agent.
182. La controverse sur l'origine de nos idées morales s'est élevée dans les temps modernes à l'occasion des écrits de Ilobbes. Selon lui, c'est par amour pour nous-mêmes que nous approuvons les actions vertueuses on utiles à la société : car nous savons que tout ce qui favorise l'intérêt de la société tend indirectement à favoriser le notre. H enseignait de plus que , comme c'est à l'institution du gouvernement que nous devons tous les avantages
et la sécurité de la rie sociale, les lois qu'impose le magistrat civil , sont les régies suprêmes de la moralité.
183. Le docteur Cudworth, qui, contradictoirement nu système de Hobbes, montra le premier, d'une manière satisfaisante , que nos idées de justice et d'injustice ne dérivent point des lois positives, rapporte l'origine de ces idées au pouvoir qui distingue le vrai du faux, et pendant quelque temps il fut de mode parmi les moralistes de dire que la vertu consiste , non point à obéir à la loi d'un maître , mais à se conduire conformément à la raison.
loi. Dans le temps où Cudworth écrivait, on n'avait point encore essayé d'établir une classification exacte des principes de l'esprit humain. En conséquence , son opinion sur la distinction du juste et de l'injuste par la raison , passa sans contrôle. On n'y voyait qu'une chose, c'est qu'il y a entre le juste et l'injuste, non moins qu'entre le vrai et le faut, une éternelle et immuable distinction , et que ces deux distinctions sont également perçues par nos pouvoirs rationnels, c'est-à-dire par cette classe de facultés qui nous élèvent au-dessus des bêtes.
185. La publication de l'Essai de Locke introduisit dans cette partie de la science une précision d'es pression inconnue jusqu'alors , et apprit aux philosophes à distinguer une variété de facultés qui auparavant avaient été généralement confondues. Avec ce grand mérite néanmoins, son ouvrage a des
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défauts capitaux, parmi lesquels le plus important est la tentative qu'il a faite de déduire toute notre connaissance de la sensation et de la réflexion. Ces deux facultés , selon lui , sont les sources uniques de toutes nos idées simples , et le seul pouvoir que notre esprit possède , consiste à exécuter certaines opérations d'analyse , de combinaison , de corn parai son , etc. , sur les matériaux qui lui ont été fournis de la sorte.
186. Ce système conduisit Locke à quelques opinions dangereuses sur la nature des distinctions morales , qu'il semble avoir considérées comme des effets de l'éducation et de la coutume ; et certes il est malaisé d'échapper à cette conclusion, si les mots de juste et d'injuste n'expriment ni des idées simples ni des rapports que la raison puisse percevoir.
187. Pour réconcilier l'opinion de Locke sur l'origine de nos idées avec l'immutabilité des distinctions morales, on proposa sur la uature de la vertu différentes théories. Selon l'une, par exemple, elle consistait dans une conduite conforme à la nature des choses ; selon l'autre , dans une conduite conforme à la vérité. Le grand objet de toutes ces théories est le même : tirer le juste et l'injuste de la classe des idées simples , et résoudre la rectitude morale dans une conformité à quelque rapport perçu par la raison ou l'entendement.
188. Le docteur Huleheson montra clairement la vanité de ees tentatives : ce qui le conduisit , en
s'Accommodent au langage de la philosophie de Locke, à rapporter l'origine de nos idées morales à un pouvoir particulier de' perception auquel il donna le nom de sens moral. Toutes les idées , dit-il , ou si l'on veut, tous les matériaux de nos jugements et de nos raisonnements , sont reçus par quelques facultés immédiates de perception, internes ou externes, que nous appelons sens. Le raisonnement ou l'entendement parait , non pas créer de nouvelles espèces d'idées, mais découvrir ou discerner les rapports qui existent entre les idées acquises.
1 89. Selon ce système , à l'entendre comme on a coutume de le faire, nos perceptions du juste et de l'injuste sont des impressions que notre esprit est fait pour recevoir à la vue de certaines actions ; semblables aux goûts et aux répugnances que nous inspirent les objets particuliers de nossens internes ou externes.
190. Les écrivains modernes ont déduit de l'hypothèse d'un sens moral différentes conclusions sceptiques. Les mots juste et injuste, a-t-on dit , ne représentent rien dans les choses qu'ils désignent, pas plus que les mots doux et amer, agréable et désagréable. Us n'expriment que certains efTets dans l'âme du spectateur ; et comme il est impropre , ajoute-t-on , de dire d'un objet du goût qu'il est amer; ou do lathaleur, qu'elle est dans le feu, de même il est impropre do dire des actions qu'elles sont justes ou injustes. Il est absurde de parler do la
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moralité comme d'une chose indopendante et invariable . puisqu'elle ne dérive que d'un rapport arbitraire entre notre constitution et certains objets particuliers.
191. Afin d'éebapper à ces prétendues conséquences de la philosophie de Hutcheson, quelques écrivains modernes, et en particulier le Docteur Price, ont essayé de faire revivre la doctrine de Cudworth, et de prouver que les distinctions morales , étant perçues par la raison ou l'entendement , sont aussi immuables que toutes les autres espèces de vérité.
192. C'est la plus importante question qu'on puisse agiter sur la théorie de la morale. L'obscurité qui l'enveloppe dérive principalement de l'usage de termes ambigus et mal définis.
193. Que les distinctions morales soient perçues par un sens , c'est ce qui est impliqué dans la définition des sens donnée par Hutcbesou , pourvu qu'on accorde f comme l'a fait explicitement Price ) que les mots juste et injuste expriment des idées simples ou des idées qui ne sont pas susceptibles d'analyse.
194. Observons en outre, pour la justification de Hutcheson, que les conséquences sceptiques qu'on a déduites de son hypothèse d'un sens moral , n'en sortent point nécessairement. Malheureusement, il tira des qualités secondaires de la«uatière, que les philosophes depuis Descartes ont l'habitude de placer dans l'esprit, et non dans l'objet, la plupart des
de philosophie Morale. 20!)
exemples dont il avait besoin pour expliquer sa doctrine; mais si nous supposons la perception dujuste et de l'injuste analogue à celle de l'étendue, de la figure et des autres qualités premières , la réalité et l'immutabilité des distinctions morales paraissent fondées d'une manière satisfaisante pour un homme de bonne foi ( §. SI et 32 ).
105. Nous devons dire néanmoins que la définition des sens tle Hutcheson est beaucoup trop générale. Évidemment elle lui fut suggérée par l'Essai de Locke sur l'origine de nos idées. Les mots cause et - <iffe c i durée, nombre, égalité', identité', et quelques autres , expriment des idées simples aussi-bien que ceux de juste et d'in/uste ; et cependant il serait certainement absurde de créer pour chacune d'elles une faculté spéciale de perception. Malgré son imperfection , comme l'expression de sens moral a maintenant la sanction de l'usage , et qu'elle ne peut conduire à aucune conséquence fâcheuse lorsqu'elle est convenablement expliquée , on peut encore la conserver sans inconvénient dans les discussions morales.
196. Voyons maintenant à quelle partie de notre constitution nous devons attribuer l'origine de nos idées de juste et d'injuste. Price dit: à l'entendement; et il s'efforce de montrer, contradictoirement à Locke et à son école que : « l'entendement ou la faculté qui ii discerne le vrai est une source d'idées nouvelles.
197. Celte discussion roule principalement sur l'ac- Dugald Stewart. — Tome I. 1 4
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ception des mots. L'origine de nos idées de justice et d'injustice est évidemment la même que celle des autres idées simples que nous avons citées plus haut. Qu'on les rapporte ou non à l'entendement , ce n'est guère qu'une affaire d'arrangement, pourvu que l'on convienne que les mots de jttste et d'injuste expriment dans les actions des qualités réelles , et non pas simplement un pouvoir qu'elles auraient d'exciter en nous certaines impressions agréables ou désagréables.
198. Peut-être préviendrons-nous quelques objections contre le langage de Cudworth et de Priée, en remarquant que le mot raison est usité dans des sens très-différents. Quelquefois il exprime l'ensemble des facultés qui élèvent l'homme au-dessus des bêtes et constituent sa nature raisonnable , et plus spécialement, peut-être , ses facultés intellectuelles; quelquefois il désigne la faculté de déduction ou d'argumentation. C'est dans le premier sens que ce mot est employé dans le discours ordinaire , et c'est aussi dans ce sens qu'il semble avoir été pris par les écrivains qui ont rapporté à la raison l'origine de nos idées morales. Leurs antagonistes , d'un autre côté , entendent en général par raison, la faculté déductive ou le raisonnement , acception assez naturelle , si on considère l'analogie entre les mots-raison et raisonnement, mais qui s'accommode peu au sens ordinaire qu'on lui donne, a Aucune hypothèse inventée « jusqu'ici, dit Campbell, n'a montré que, par le
DE PHILOSOPHIR MORALE.
« moyen du raisonnement , sans le secours d'aucune « autre faculté del'ame, nous puissions jamais acquéii rir une notion ou du beau ou du bien. » La remarque est incontestablement vraie et s'applique à tous les systèmes qui attribuent à la raison l'origine de nos idées morales , si les expressions raison et raisonnement sont regardées comme synonymes. Mais si on prend le mot raison dans un sens plus général , si on s'en sert pour désigner simplement notre nature intellectuelle et raisonnable , il y a , ce nous semble , peu d'inconvénient à lui attribuer l'origine de ces notions simples qu'aucune opération immédiate des sens ne nous révèle, mais qui naissent de l'application de nos facultés intellectuelles nui différents objets que les sens nous manifestent.
199. On peut citer une foule de jugements intuitifs qui renferment des idées simples -auxquelles il est impossible d'assigner une autre source que la faculté même qui jugo : ainsi , c'est certainement une vérité intuitive , que les sensations dont j'ai conscience et celles dont je me souviens appartiennent à un seul et même être que j'appelle: moi ; voilà doue un jugement intuitif qui renferme l'idée simple à'identitc. De même, les changements qui' j'aperçais dans la nature me donnent la conviction que quelque cause les a produits; voilà un autre jugement intuitif qui enveloppe l'idée simple de causalité. Lorsque nous considérons les angles adjacents formés par nneligne droite qui tombe sur une autre, et que nous voyons
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que leur somme est égale à deux angles droits, le
jugement que nous formons implique aussi l'idée simple à'r'galité. Dire que la raison ou l'entendement sont une sonn e d'idées nouvelles, n'est donc point, comme on l'a soin eut répété, une si étrange manière de parler. Selon Locke, le sens fournit les idées, la raison perçoit leurs convenances ou disconvenances; mais la vérité est , que ces convenances et disconvenances sont, dans plusieurs cas , des idées simples qu'on ne peut nullement analyser et dont l'origine par conséquent doitètre attribuée ù la raison, d'après la propre doctrine de Locke.
201). L'opinion que nous émettons sur cepointest au reste de peu d'importance, pourvu qu'on accorde que les mots juste et injuste expriment des qualités réelles des actions. Lorsque je dis d'uu acte de juslice qu'il est juste , entends-je' seulement que cet acte excite du plaisir dans mou aine, comme telle ou telle couleur , en vertu du rapport qu'elle a avec mon œil, lui agrée ? ou bien, entends-je affirmer une vérité aussi indépendante de ma constitution que l'égalité des trois angles d'un triangle à deux droits?. On conçoit que le scepticisme s'attache à la vérité morale comme à la vérité mathématique , et on peut le tolérer; mais il n'admet pas plus une réfutation en forme dans un cas que dans l'autre.
201. L'immutabilité des distinctions morales n'a pas seulement été mise en question par des écrivains sceptiques . mais encore par quelques philosophes
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qui ont adopté leur doctrine, avec le pieux dessein d'étendre les perfections de Dieu. Apparemment ces auteurs n'ont pas réfléchi que ce qu'ils ajoutaient à sa puissance et à sa majesté , ils l'enlevaient à ses attributs moraux : car si les distinctions morales ne sontpointimmuables et étemelles, il est absurde de parler de la bonté ou de la justice divine.
Des émotions agréables et désagréables qui naissent de la perception de ce qui est juste ou injuste dans la conduite.
202. Il est impossible d'être témoins d'une bonne action sans avoir la conscience d'une affection bienveillante ou d'amour ou de respect pour l'agent qui l'accomplit ; et connue toutes nos affections bienveillantes renferment un sentiment agréable , toute bonne action est nécessairement une source de plaLair pour le spectateur. Outre ce plaisir , d'autres sentiments agréables d'ordre , d'utilité , de paix de l'ame, etc., viennent successivement s'associer à l'idée générale de conduite vertueuse.
203. Les qualités qui , dans les bonnes actions , excitent d'agréables sentiments dans l'ame du spectateur, composent ce que les moralistes ont appelé la beauté de la vertu.