Sous ce titre généra) sont néanmoins coin
prises deux classes très -différente s de philosophes , ceux qui admettent et ceux qui nient la liberté des actions humaines. Les premiers se bornent à soutenir que toute chose est bien en tant qu'elle est l'ouvrage de Dieu, et s'efforcent de montrer que la création d'êtres libres et par conséquent susceptibles de malfaire , d'une part , et le gouvernement du monde par des lois générales d'où doivent résulter des maux accidentels, de l'autre, ne fournissent point une objection solide contre la perfection del'univers. Mais, en même temps, ils maintiennent, que quoique la permission du mal moral n'ôte rien à la bonté de Dieu , ce mal est imputable à l'homme qui l'accomplit elle rend justement digne de punition. Ce fut le système de Platon et des meilleurs philosophes de l'antiquité dont la doctrine , sous beaucoup de rapports , pouvait parfaitement s'accommoder avec la liherté de vouloir et d'agir.
296. Mais quelques auteurs modernes ont proposé le dogme de l'Optimisme sous une forme inconciliable avec cette liberté, et qui conduit à justifier le mal moral jusque clans le coupable qui le commet.
297. Il est très-important de remarquer la différence qui sépare ces deuK systèmes; car les sceptiques ne manquent pas de les confondre à dessein et d'étendre à tous les deux le ridicule qui s'attache avec justice an dernier. On trouvera dans les observations suivantes le fond des raisonnements développés à l'appui de l'Optimisme platonicien.
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298. On peut réduire à deux classes les divers sujets des plaintes humaines, celle des maux phy siqurs etcelledes maux moraux. Lademière comprend tous ceux qui dérivent de l'abus de la liberté, l'autre ceux qui résultent dos lois de la nature, et que nos efforts ne peuvent prévenir.
299. Selon la définition du mal moral , la question de savoir comment Dieu l'a permis se ramène à celle-ci : Pourquoi l'homme a-t-il été fait libre ? Question à laquelle suffit , ce nous semble , l'une ou l'autre de ces réponses : Ou bien , que l'objet de DÏeu dans le gouvernement de ce monde n'est pas uniquement peut-être de donner le bonheur, mais de former ses créatures à l'excellence morale; ou bien, que la jouissance des degrés supérieurs du bonheur peut exiger l'acquisition préalable des habitudes vertueuses.
800. Danscettesupposition,lessouffrances qu'entraîne le vice ne prouvent pas moins la bonté de Dieu que le bonheur donné par la vertu.
30!. Ces observations justifient la Providence d'avoir permis le mal moral, aussi-bien qu'une foule d'autres maux que nos plaintes ont coutume de ranger parmi les maux physiques. Combien n'en est-il pas effectivement qui sont la conséquence évidente de nos vices et de nos préjugés , et qui , loin d'entrer comme partie intégrante dans l'ordre de la nature , semblent destinés à agir dans le progrès du développement de l'humanité , comme un remède graduel contre les causes qui les produisent.
DE PHILOSOPHIE MORALE. . 'iôi)
302. Quelques-unes de nos autres plaintes sur In destinée humaine paraîtront, quand on les examinera , prendre leur souree dans des vues incomplètes de la constitution de l'homme et dans les fausses idées que nous nous formons sur les circonstances qui constituent son bonheur ou contribuent à son p erf ec tion n entent .
303. Et cependant la liste de nos maux n'estpoint épuisée : il en reste encore auxquels les explications précédentes ne sauraient s'appliquer. Tels sont ceux qui proviennent de ce que l'on appelle communément les accidents de la vie. Si parfait que fût un état social , il ne pourrait y échapper , et s'ils servent à quelque bonne fin , au moins n'est-ee pas dans la sphère de notre connaissance.
304. L'origine de celte classe de maux physiques doit se rapporter aux lois générales qui paraissent diriger le gouvernement de Dieu. Toujours on trou vera la tendance de ces lois favorable à l'ordre et au bonheur , et la philosophie n'a pas de plus noble attribution que de chercher à découvrir les desseins bienveillants auxquels elles conspirent. Mais toutefois , dans un monde ainsi gouverné et dont les habitants sont libres, quelques inconvénients et quelques malheurs sont inévitables.
305. Cependant de bons effets résultent de cette influence du temps et du hasard sur les affaires hu maiïies. La vertu devient désintéressée et les caractères se déploient plus complètement.
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306. Plusieurs de nos qualités morales tiennent à des habitudes qui impliquent le mal physique. La patience, le courage, l'humanité, supposent une vie semée de souffrances à subir soi-même ou à consoler chei les autres.
307. G'est ainsi qu'il devient manifeste que, nonseulement les maux particuliers peuvent être bons relativement à l'ensemble , mais qu'ils le sont réellement même dans cette faible partie de l'ensemble que nous voyons.
308. Les observations que nous venons de faire en faveur de la bonté de Dieu prendront une nouvelle force , si nous montrons que , dans la vie humaine, la somme du bien surpasse de beaucoup celle du mal.
S09. Plusieurs écrivains qui ne partageaient point cette opinion , ont allégué contre elle la prédominance du mal moral sur le bien dans la nature de l'homme. Pour démontrer cette prédominance , ils ont évoqué cette multitude de crimes qui souillent l'histoire des temps passés.
310. Quand bien même nous accorderions la réalité de ce fait, il n'aurait aucune force contre nos raisonnements précédents ; carie mal moraln'est .m putablequ'à celui qui le commet. Mais nous n'avons pas besoin de cette réponse évasive. Quelle que soit la corruption de l'humanité, la partie de leur v.e que les hommes donnent au vice est bien faible , si on la compare à la vie tout entière. L'histoire elle-
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même en est une preuve. Les événements qu'elle rapporte sont ceux-là surtout qui , par leur singularité . peuvent exciter la curiosité et intéresser les passions du lecteur. D'ailleurs , si dans l'appréciation de la dépravation des hommes , on prend pour base leurs actions , on se trompe et on leur fait tort. La justice exige qu'on fasse une large part aux opinions erronées , aux fausses idées sur les faits , aux préjugés engendrés par les mœurs dominantes , et aux habitudes insensiblement contractées dans les premières années de la vie.
311. Quanta la balance du bien et du mal physique, la supériorité du bien est encore plus évidente, s'il est vrai , comme nous l'avons reconnu ( §. 304 ) , que dans leur tendance générale les lois du monde matériel sont bienfaisantes , tandis que les inconvénients qui en dérivent ne sont qu'accidentels.
312. Et même, parmi ces maux accidentels, combien n'eu est-il pas qu'on doit attribuer aux obstacles que les institutions humaines opposent à l'ordre naturel? Quelque vaines que puissent être les spéculations des philosophes au sujet d'une législation parfaite, elles ont au moins cela d'utile , qu'elles font sentir la sagesse et la bonté du gouvernement do Dieu.
313. Et ce n'est point seulement dans les lois qui garantissent aux hommes la satisfaction de leurs besoins les plus impérieux qu'on retrouve une intention I lien veillante. Quelle riche provision de bonheur, ménagée pour nous dans les plaisirs de l'intelligence,
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de l'ima gi nation et du cœur ! et combien peu ces plaisirs dépendent du caprice de la fortune! L'appropriation des organes de nos sens au théâtre sur lequel nous sommes appelés à vivre est encore plus admirable. Quelle harmonie que celle de l'odorat et des parfums du monde végétal ; que celle du goût et de cette profusion d'aliments délicieux que lui offrent à l'envi la terre, l'air et les eaux ; que celle de l'oreille et des chants mélodieux des oiseaux ; que celle de l'œil et des beautés sans nombre et des splendeurs infinies de la création visible !
314, Parmi ces marques de bienveillance dans l'organisation de l'homme , il en est une qui ne doit pas être omise : c'est le pouvoir de l'habitude. Son influence est si grande , qu'il est difficile d'imaginer une situation avec laquelle elle ne puisse peu à peu réconcilier nos désirs , et dans laquelle même , à la fin , nous ne parvenions pas à trouver plus de bonheur que dans celles que la multitude envie. Ce pouvoir de s'accommoder aux circonstances est comme un remède mis en réserve dans notre constitution , contre la plupart des maux accidentels que l'action des lois générales peut causer.
311i. Eu appréciant les sentiments des personnes qui sont placées dans des situations très- différente s de la nôtre, nous tenons rarement assez de compte des effets de l'habitude : et c'est ce qui fait que nos estimations du bonheur de la vie restent si fort endeçà de la vérité.
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