‹ Œuvres de E.-T.-A. Hoffmann (volume 2)Chapitre 27 sur 46 · CHAPITRE IZ · texte numérisé non relu

CHAPITRE IZ

La joie privait Andrès de la parole, et le comte paraissait prendre du plaisir à la satisfaction de son fidèle serviteur. Celui ci résolut de procurer à sa femme une douce surprise, et le

6S CONTES jVOCTURIVES.

jour même , il se dirigea vers Francfort, après avoir fait dire à Giorgina que le comte l'avait chargé d'une dépèche qui le retiendrait durant quelques jours , loin de sa maison.

A Francfort, le banquier du comte, à qui il s'adressa , le renvoya à un autre marchand qui était chargé d'acquitter le legs ; et Andrès reçut en effet cette somme qu'on lui avait anjioncèe. Songeant toujours à Giorgina.

rêvant au moyen de lui causer une plus vive joie , il acheta pour elle une foule de jolis objets, et entr'autres, une épingle d'or toute semblable à celle que Denner lui avait donnée ; et comme sa valise était devenue trop lourde pour un piéton, il se procura un cheval. C'est ainsi qu'il se remit en route, après six jours d'absence, le cœur joyeux et l'esprit en repos.

Il eut bientôt atteint la foresterie et

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sa demeure. La maison était soigneusement fermée : il appela à haute voix son valet , Giorgina ; personne ne répondit : les chiens renfermés dans le chenil, hurlaient avec fureur; alors il soupçonna quelque grand malheur, frappa avec violence et répéta mille fois le nom de Giorgina.

Un léger bruit se fit entendre à une fenêtre du toit , et Giorgina s'y montra.

— Ah, Dieu! Andrès, est-ce toi ?

Que le ciel soit loué puisque te voilà de retour !

La porte s'ouvrit , et Giorgina pâle , abattue , tomba dans les bras de son mari, en poussant des géraissemens.

Pour lui, il resta long-temps immobile; enfin il la prit dans ses bras, car elle tombait en faiblesse, et la porta dans sa chambre. Mais une horreur profonde s'empara de lui en entrant.

Les murs, le pavé, étaient cou-

70 CONTES N^OCTURNÈS.

verts de larges taches de sang , et son plus jeune fils, était étendu sur son berceau, la poitrine ouverte et déchirée.

— Où est George ? où est George ?

s'écria enfin Andrès dans un affreux désespoir; mais au même moment il vit l'enfant accourir du haut fie l'escalier en appelant son père. Desustensiles brisés , des meubles renversés se trouvaient dans tous les coins. La lourde et énorme table qni d'ordinaire était placée près de la muraille , avait été traînée au milieu de la chambre, une pince de forme singuUere , plusieurs fioles et une clef tachées desang, y avaient été jetées péle-méle. Andrès tifa son pauvre enfant du berceau ; Giorgina le comprit, apporta un drap dans lequel ils l'enveloppèrent; puis ils allèrent l'ensevelir dans le jardin. Andrès fit une petite croix en

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