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bois de chêne, et la plaça sur le tombeau. Pas une parole, pas un son ne s'échappa des lèvres de ces malheureux époux. Ils avaient achevé leur tâche dans un profond et morne silence; ils s'assirent alors devant la maison , à la clarté du crépuscule , et restèrent l'un près de l'autre, leurs regards fixés sur l'horizon. Ce ne lut que le jour suivant que Giorgina put raconter à Andrès la catastrophe qui avait eu lieu pendant son absence. — Quatre jours s'étaient écoulés depuis que Andrès avait quitté sa maison ; vers le milieu du jour le valet aperçut beaucoup de figures suspectes qui rôdaient dans le bois , et Giorgina qu'il en avertit soupira ardemment pour le retour de son mari. Au milieu de la nuit ils furent éveillés par un grand tumulte et par les cris qui se faisaient entendre de toutes parts autour de la maison.
Le valet vint trouver Giorgina , plein d'effroi , et lui annonça que la maison était entourée de brigands dont le nombre rendait toute défense inutile.
Les dogues aboyèrent bruyamment , mais bientôt ils furent apaisés , et une voix cria : — Andrès ! Andrès ! — Le valet prit un peu de courage, ouvrit la fenêtre et répondit que le garde-chasse Andrès n'était pas chez lui. — N'importe , reprit la voix , ouvre-nous fa porte. Andrès ne tardera pas à rentrer. — Que restait-il à faire au valet? Il obéit. Une foule de brigands entra en tumulte et ils saluèrent Giorgina comme la femme d'un camarade , qui avait sauvé la vie au capitaine. Ils exigèrent que Giorgina leur préparât un copieux repas , parce qu'ils avaient enduré beaucoup de fatigues pendant la nuit, dans une expédition qui , disaient-ils, avait complètement réussi. Giorgina
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tremblante , éplorée , fit un grand feu dans la cuisine et prépara le repas pour lequel un des brigands, qui semblait être le cellerier et le maître d'hôtel de la troupe, lui remit du gibier, du vin et d'autres sortes d'ingrédiens.
Le valet fut obligé de couvrir la table et de servir. Il saisit un moment favorable , et dit à sa maîtresse qui était restée dans la cuisine : — Savez-vous ce que les brigands ont fait cette nuit ? Après une longue absence et de grands préparatifs , ils ont attaqué le château de monseigneur le comte de Fach ; et après une vigoureuse défense de la part de ses gens, ils l'ont tué et ont rais le feu au château. — Giorgina ne cessait de crier : Ah ! mon mari! mon mari qui était peut-être au château! — Ah ! le pauvre seigneur ! — Pendant ce temps les brigands chantaient , et buvaient dans la chambre voisine , en atten- XIV. 7
dant le repas. Le matin commençait ^ déjà'à paraître , lorsque l'odieux Denner arriva ; alors on se mit à ouvrir les ballots et les caisses qu'on avait apportés sur des chevaux. Giorgina entendit le bruit de l'argent qu'on comptait , et le retentissement de la vaisselle d'argent. Enfin , lorsque le jour arriva les brigands se mirent en route , et Denner resta seul. 11 prit un air riant et amical , et dit à Giorgina : — Vous êtes sans doute fort effrayée, ma chère femme , car il paraît que votre mari ne vous a pas dit qu'il est j déjà depuis quelque temps notre camarade. Je suis extrêmement fâché qu'il ne soit pas de retour à la maison, j il faut qu'il ait pris une autre route. Il s'était rendu avec nous, au château du coquin , du comte de Fach qui nous poursuit depuis deux ans de toutes les façons imaginables, et dont
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nous avons tiré vengeance dans la nuit dernière. — Il est mort de la main de votre mari. Mais tranquillisez- vous , ma chère femme, dites à Andrès qu'il ne me verra pas de sitôt, car la bande se sépare , je vous quitterai ce soir. — Vous avez toujours des enfans bien jolis , ma chère femme. Voilà encore un garçon charmant. — A ces mots il prit le petit des mains de Giorgina et s'entendit si bien à jouer avec lui , que l'enfant semblait y prendre plaisir. Le soir était venu lorsque Denner dit à Giorgina : — Vous voyez, que bien que je n'aie ni femme, ni eniant, ce dont je suis souvent trèsfâché, car je joue volontiers avec les petits enfans, et je les aime fort. Laissezmoi votre fils pour le peu d'instans que j'ai à passer encore avec vous. N'est-ce pas, il ntstpas âgé de plus de neuf semaines? — Giorgina répondit
affirmativement, et laissa non sans hésitation , l'enfant dans les mains de Denner qui se plaça paisiblement devant ia porte, et pria la mère de lui apprêter à souper, attendu qu'il devait partir dans une heure. A peine Giorgina était-elle entrée dans la cuisine, qu'elle vit Denner passer dans la chambre voisine avec l'enfant dans ses bras. Bientôt après, une singulière odeur se répandit dans la maison; elle semblait s'échapper de cette chambre. Giorgina fut saisie d'un effroi sans égal; elle courut vers la chambre, et trouva la porte fermée au verrou.
Il lui sembla qu'elle entendait son enfant gémir. — Sauvez, sauvez mon enfant des mains de ce misérable, cria-telle au valet qui accourut dans ce moment. Celui-ci saisit une pince, et brisa la porte. Une vapeur épaisse et étouffante s'échappa; d'un bond Gior-
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gina s'élança dans la chambre ; Tenfant, complètement nu, était étendu sur une cuvette dans laquelle dégouttait son sang. Elle vit seulement encore le valet lever sa pince pour en frapper Denner, et celui-ci éviter le coup, et lutter avec le valet. Il lui se mbla alors qu'elle entendaitplusieurs voix près de la fenêtre; mais au même instant, elle tomba évanouie sur le plancher. Lorsqu'elle revint à elle, il était nuit sombre; ses membres étaient roidis et elle ne pouvait se lever. Enfin le jour vint, et elle se trouva dans une chambre baignée de sang. Des morceaux de l'habillement de Denner étaient épars autour d'elle , plus loin une touffe de cheveux arrachés au valet, là et au pied de la table l'enfant assassiné. Giorgina perdit de nouveau ses sens , elle crut qu'elle allait mourir; mais elle
ouvrit les yeux, comme après un long sommeil,versle milieu delà journée.Elie se releva avec peine , elle appela Georges; mais comme personne ne lui répondait, elle crut que Georges avait été aussi égorgé. Le désespoir lui donna des forces, elle s'élança dans la cour en criant: Georges! Georges! — Alors une voix faible et plaintive lui répondit d'une mansarde : Maman , ah ! chère maman, est-ce toi? Viens auprès de moi ! j'ai grand'faim ! — Giorgina monta en toute hâte, et trouva le petit que l'effroi avait fait enfuir le premier, et qui n'avait pas eu le courage de descendre. Elle prit avec ravissement son enfant sur son sein , ferma la porte et attendit d'heure en heure, réfugiée dans le grenier, le retour d'Andrès qu'elle croyait aussi perdu. L'enfant avait vu du haut plusieurs hommes entrer dans la maison , et en sortir
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emportant Denneretunhomme mort.
Enfin, après ce récit, Giorgina remarqua les objets qu'Andrès avait apportés : — Ah! ciel, s'écria-t-elle, il est donc vrai, tu es un...
Andrès lui raconta le bonheur qui lui était arrivé au milieu de tant de maux; et il n'eut pas de peine à la convaincre de son innocence.